Organisation internationale de la Francophonie

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ALLOCUTION D'ABDOU DIOUF - PARIS, LE 27 OCTOBRE 2011

Prononcée lors du Colloque international : « Cap sur les partenariats innovants », dans le cadre de la cérémonie de clôture des 2es journées du PGS.

Mesdames et Messieurs,

C’est pour moi un immense plaisir et un grand honneur de conclure, avec vous, les travaux d’une riche journée consacrée au partenariat.

Riche par le nombre de hauts responsables, d’institutions prestigieuses investies dans la coopération pour le développement, qui nous ont fait l’amitié de répondre à mon invitation,
Riche d’échanges nourris entre personnalités avisées et d’un partage sincère des enseignements et des expériences des uns et des autres,
Riche, enfin, des perspectives porteuses d’élan, de concertations à venir et de volonté réaffirmée de travailler ensemble pour plus de résultat et plus d’efficacité.
Il y a deux ans, nous organisions une journée similaire, sur les « nouveaux paradigmes de la coopération internationale pour le développement » à la lumière de la Déclaration de Paris et du programme d’action d’Accra sur l’efficacité de l’aide.

Nous préconisions, avec l’ensemble des intervenants, encore plus d’engagement, plus de hardiesse et un rythme de changement plus soutenu pour être au rendez-vous des objectifs arrêtés par la Communauté internationale.

Nous appelions au redoublement des efforts car nous craignions que l’irruption de la crise financière mondiale avec ses prolongements de crise économique et sociale, écologique et alimentaire, ne vienne remettre en cause les quelques progrès, modestes mais prometteurs, enregistrés dans l’atteinte des objectifs du millénaire.

Nous avions appelé à tout mettre en œuvre pour non seulement juguler les effets immédiats de la crise financière, mais aussi en affronter les causes profondes et structurelles et ce dans le cadre d’une gouvernance mondiale inclusive, notamment dans les secteurs du développement où le besoin de régulation s’avère aussi impératif qu’urgent.

Hélas, nos craintes se sont confirmées. La déferlante de crises prend des formes plus complexes et plus profondes au Nord, et s’avère, à terme, encore plus sévère pour les pays les moins avancés et pour les populations les plus vulnérables.
L’agenda de la coopération est de ce fait, face à un nouveau défi, voire un nouveau paradoxe.

En même temps qu’une pression s’exerce, en raison de la crise, sur le niveau et l’évolution nécessaire de l’Aide publique au développement, le nombre d’acteurs et la diversité des mécanismes de la coopération ne cessent de proliférer.
Cette prolifération inégalée est, certes, source d’opportunités nouvelles et de pratiques novatrices, notamment avec l’implication de la société civile et des fondations privées. Mais il convient de constater que cela peut créer, en même temps, des difficultés supplémentaires pour les pays en développement dans la gestion efficace de la coopération.

Je voudrais à cet égard citer, d’après une étude de l’OCDE, l’exemple d’un de nos pays membres, le Vietnam qui a dû recevoir en une seule année, en 2005, 791 missions de bailleurs, soit plus de deux par jour, fin de semaine et jours fériés compris.

La meilleure utilisation des moyens de coopération pour des résultats durables passe d’abord par le renforcement des capacités institutionnelles des destinataires et par l’appropriation de leur destin en lieu et place d’une logique d’offre ou de transferts de modèles, constamment renouvelés et élaborés ailleurs.

Se pose, aussi, avec acuité la nécessaire coordination entre les donateurs et un cadre de partenariat multilatéral cohérent et harmonisé auquel, du reste, la Déclaration de Paris appelle et qui constitue, par ailleurs, comme vous le savez, le huitième Objectif du millénaire.

Voilà pourquoi, et en toute logique, nous avions décidé d’organiser cette journée sur le partenariat.
D’abord parce que cette thématique vient compléter les travaux de la première édition tenue en novembre 2009.
Ensuite parce que, pour une Organisation comme la nôtre, fondée sur la solidarité et le partage, notre approche ne peut être que partenariale.
Une telle approche permet d’apporter notre valeur ajoutée dans les grands enjeux internationaux, mais aussi de rechercher partout des effets de levier au bénéfice des membres de notre Communauté.

Travailler en complémentarité avec les autres acteurs est pour nous un choix stratégique.
Notre ambition de tous les jours est de faire coopérer les coopérations au bénéfice de notre espace et de nos populations.
Je me réjouis donc fortement de voir que nos principaux partenaires ont répondu à notre invitation.

Qu’il s’agisse de l’Organisation des Nations unies, de l’UNESCO, de l’ISESCO, de l’Union européenne, de l’Union africaine ou du Secrétariat des ACP.

Je tiens à remercier leurs illustres représentants d’avoir éclairé nos débats et enrichi notre vision pour la consolidation de partenariats féconds.
Permettez-moi de remercier aussi, vivement, les premiers responsables des organisations de coopération bilatérale de l’espace francophone pour leur participation enrichissante.

Ils ont, en effet, débattu en compagnie de l’Administrateur de notre Organisation et du Délégué général de la Francophonie en République démocratique du Congo, hôte de notre prochain Sommet, des défis de la complémentarité entre les coopérations bilatérales et multilatérale francophones.

Je me réjouis également de la présence de tous les responsables des commissions nationales de la Francophonie et des correspondants nationaux de nos Etats et gouvernements membres que je tiens à saluer chaleureusement.

Mesdames et Messieurs, chers invités

Dans quelques semaines, se tient à Busan le quatrième forum mondial sur l’efficacité de l’aide.

Notre Organisation y participera enrichie des fructueux débats et des résultats de vos travaux au cours de la journée.

À Busan les principaux acteurs mondiaux de la coopération pour le développement seront appelés, tout en enregistrant les progrès réels accomplis depuis Paris, à examiner les moyens de dépasser résolument les contraintes qui persistent, notamment, eu égard à la prévisibilité de l’aide, à la réduction de sa fragmentation, à la complémentarité des initiatives, à la coordination des missions et des pratiques et au renforcement des capacités des pays les plus fragiles et dont la situation est précaire.

Face à ces contraintes effectivement, la bonne gestion des sorties de crise, la consolidation et le maintien de la paix et le renforcement de l’État de droit figurent en bonne place comme condition incontournable pour enregistrer de nouveaux et nécessaires progrès sur la voie du développement.

Le travail que nous conduisons, notamment avec l’ONU et l’Union africaine et avec d’autres, et dont vous avez mesuré, tant la difficulté que l’importance et les espoirs, ce matin, permet à un certain nombre de nos pays membres de rejoindre le concert international des nations et de bénéficier de tous les moyens pour rendre dignité et optimisme à leurs populations.

L’ampleur des besoins et l’étendue considérable de la tâche pour lutter résolument contre la pauvreté et l’ignorance, nécessite, dans le cadre des responsabilités communes, mais différenciées, d’abord de remplir au plus vite les engagements pris depuis trois décennies par les pays industrialisés, et d’édifier aussi de nouveaux partenariats tout en mobilisant des financements novateurs.

J’enregistre avec satisfaction que certains de ces aspects, précisément ceux relatifs à la coopération triangulaire et à la coopération sud sud ont fait l’objet ce matin d’échanges et de débat entre des responsables de la Commission européenne, du Secrétariat des ACP ainsi que d’autres acteurs et ont débouché sur des propositions avec de réelles perspectives.

Je salue également les échanges intervenus entre l’Unesco, l’Isesco et l’OIF sur les nécessaires et fructueux partenariats autour de l’éducation pour tous, la promotion de la diversité culturelle et du dialogue des cultures, autres conditions pour un développement inclusif et durable.

Je souligne enfin l’importance toute particulière de la complémentarité entre la coopération multilatérale et les coopérations bilatérales.
Il est vrai que pour des questions politiques et de visibilité le bilatéralisme joue un rôle éminent pour les bailleurs de fonds.
Il est vrai aussi que pour les questions relatives aux biens publics mondiaux, comme, à titre d’exemple, la diversité culturelle, l’environnement ou les changements climatiques, le multilatéralisme présente des avantages certains ainsi que la possibilité d’offrir une même opportunité à tout le monde.
Sans être exclusif l’un de l’autre, une saine complémentarité et une harmonisation soutenue entre les deux me semble être la voie pour un nouveau paradigme et de nouveaux partenariats en conformité avec les ambitions, maintes fois réitérées, de la Communauté internationale.

Cette harmonisation devrait également tenir compte de l’émergence des nouveaux acteurs du développement que sont notamment les grandes associations de la société civile, les fondations et les organisations de mécénat.

C’est la voie pour être à la mesure des attentes considérables et légitimes des milliards de personnes qui n’ont toujours pas pu embarquer dans le train du bien-être, du savoir et de la dignité.
Je suis heureux que cette question ait fait l’objet de vos échanges cet après-midi pour ce qui concerne l’espace francophone.
Je suis convaincu que toute avancée dans ce cadre, chez nous, peut servir d’exemple, voire illustrer encore une fois le rôle médiateur que joue parfois, modestement, notre Organisation au niveau des relations internationales.

C’est avec ce même crédo de médiation positive que nous avions rencontré, avec mon collègue et ami le Secrétaire général du Commonwealth, au nom de nos pays membres les plus vulnérables, le Président Sarkozy en tant que Président du G20.
Je saisis cette occasion pour saluer vivement le Président Sarkozy pour la qualité de son accueil chaleureux et de l’écoute stimulante qu’il nous a réservée.

Voilà pourquoi je salue aussi l’initiative de consacrer une conférence de la Présidence française du G 20 à la question du développement, organisée vendredi dernier, par le ministère des affaires étrangères avec plus de 400 acteurs du développement, de chercheurs et d’experts de tous horizons.

Mesdames et Messieurs,

En vous remerciant à nouveau pour la richesse de vos interventions et de vos conclusions, je voudrais conclure par une profession de foi.
C’est dans les moments aigus de crise que la famille humaine a toujours effectué le sursaut nécessaire et a trouvé certaines voies du salut.

Puisse-t-elle, par le dialogue et l’implication de tous, dépasser les dérives des quelques aspects pervers de la mondialisation et faire en sorte que l’immense potentiel que cette mondialisation recèle soit maîtrisé, soit humanisé, pour installer une ère de dignité, de responsabilité et de prospérité partagées par tous.

Je vous remercie de votre attention.

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