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DISCOURS D'ABDOU DIOUF - BRUXELLES, LE 7 DÉCEMBRE 2011

Discours prononcé par le Secrétaire général à l’occasion du 40e anniversaire du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Je voudrais vous dire combien votre souhait d’associer la Francophonie à la célébration du quarantième anniversaire de votre Parlement me touche. Et je souhaiterais, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, vous remercier très chaleureusement de votre invitation.

Les anniversaires se fêtent généralement en famille ou entre amis. Et c’est bien le sens que je donne à ma présence, parmi vous, aujourd’hui. Je pourrais, en effet, Monsieur le Ministre Président, revenir sur tout ce qui, depuis tant d’années, lie la Francophonie à la Communauté française de Belgique que nous devrons désormais nous habituer à appeler la Fédération Wallonie-Bruxelles. Mais pour la Francophonie, c’est et ce sera toujours, quelle que soit la dénomination, un gouvernement militant et engagé, troisième bailleur de fonds de notre organisation, des hommes et des femmes de talent qui ont tant apporté et qui continuent de tant apporter au fonctionnement et à l’évolution de nos institutions, à la mise en œuvre de notre coopération multilatérale, au déploiement de notre réflexion.

Il n’y a là rien de surprenant, car c’est animés par la même créativité, la même volonté de solidarité entre tous les francophones, la même exigence de dialogue et de coopération avec les assemblées fédérale, régionales et communautaires, la même exigence d’ouverture au monde que vous avez souhaité, tout au long de ces quarante ans, faire évoluer vos institutions au service des citoyens, de la démocratie, de la Belgique toute entière.

Alors vous comprendrez mieux, Mesdames et Messieurs, que je saisisse l’occasion de cette célébration et de ma présence dans ce lieu chargé de symboles et d’histoire, pour réaffirmer, devant vous et avec vous, que Francophonie et démocratie sont indissociables mais que si nous prétendons souscrire, pour l’avenir, à cet impératif démocratique, il nous faut, plus encore que par le passé, mobiliser toute notre énergie et notre imagination.

Nous avons été de tous les combats en faveur de la démocratie, des droits et des libertés.

Nous nous sommes résolument impliqués, Monsieur le Président de l’APF, avec le concours exigeant et précieux de votre assemblée, dans le vaste mouvement de démocratisation des années 90 qui s’est emparé des États de l’Afrique et de l’Europe centrale et orientale. Nous n’avons cessé, depuis, de soutenir et d’accompagner ceux de nos États membres qui le souhaitaient sur le chemin de l’État de droit, des droits de l’Homme et de la paix.

Nous sommes, aujourd’hui, tout aussi résolument engagés aux côtés de nos frères tunisiens, et nous avons renouvelé toute notre disponibilité à nos frères égyptiens.

Nous en sommes ressortis confortés dans notre conviction que la démocratie ne s’impose pas, qu’elle ne se décrète pas, mais qu’elle est le résultat d’un long et difficile processus d’appropriation, fait d’avancées et de reculs, qu’elle est universelle dans son principe mais diverse dans ses modes d’organisation et d’expression.

Nous en sommes ressortis, confortés dans notre conviction que la démocratie est le plus sûr chemin sur la voie du progrès social, du développement économique, de la stabilité et de la paix.

Nous en sommes ressortis, confortés dans notre conviction que nous avions beaucoup à apprendre les uns des autres, que nous avions beaucoup à gagner, à partager nos expériences et nos expertises.

Mais la Francophonie manquerait à ses idéaux si elle n’était pas, aujourd’hui pour l’avenir, aux avant-postes du nouvel élan démocratique que nous devons susciter.

Je le dis solennellement, nous sommes tous concernés. Départons-nous de l’idée que les vieilles démocraties occidentales sont, plus que d’autres, armées pour résister aux bouleversements engendrées par la mondialisation et aux turbulences provoquées par une crise économique dont nous ne mesurons encore, ni la durée, ni l’ampleur.

Ayons la lucidité d’admettre qu’au moment où certains meurent au nom de la démocratie, de la dignité et de la liberté, d’autres renoncent à se rendre aux urnes, ou délaissent le vote d’adhésion au profit d’un vote sanction, qui fait presque toujours le jeu des extrêmes.

Ayons la lucidité d’admettre que la démocratie, pérenne dans ses principes d’égalité et d’équité, peine de plus en plus à se réaliser dans les sociétés développées, marquées à leur tour par des disparités et des fractures grandissantes.

Ayons la lucidité d’admettre que l’autoritarisme économique mondial, a pris le pas sur la démocratie politique nationale, stigmatisant chaque jour un peu plus, singulièrement en cette période de crise, l’impuissance de systèmes politiques qui n’ont pas pris la mesure et tiré les conséquences des transformations qu’avait engendrées la société globalisée.

Je le redis, nous sommes tous concernés, à divers degrés, de diverses manières, que la démocratie soit dans certains pays menacée de rupture, dans d’autres fragilisée, dans d’autres encore instrumentalisée, et ce, alors même que tend à s’universaliser l’idéal démocratique.

Il y a donc urgence, non pas à réinventer la démocratie, mais à la défendre envers et contre tout, à l’adapter aux réalités et aux défis d’aujourd’hui, à l’enraciner toujours plus et toujours mieux, du local au global.

Je suis, à cet égard, intimement persuadé que nous vivons une étape décisive où tous les possibles sont permis, que nous sommes parvenus à ce moment fugace et exaltant où les barrières et les rapports de force du passé s’estompent ou s’effondrent sans que n’aient eu le temps de s’installer et de s’imposer d’autres barrières, d’autres rapports de force.

Nous n’avons pas su saisir cette chance à la fin de la guerre froide, investie pourtant des plus grands espoirs. Peut-être saurons-nous saisir l’occasion qui s’offre à nous, aujourd’hui, sur fond de crise et de peur du lendemain.

Parce que je veux croire que nous sommes tous convaincus, désormais, de l’interdépendance de nos destins.

Je veux croire, au moment où les pays développés doivent faire face à un endettement qui fut longtemps le lot silencieux et douloureux des seuls pays en développement, au moment où retentit la voie de la liberté dans des régions que certains jugeaient culturellement vouées à la dictature, je veux croire que nous aurons enfin la sagesse de comprendre que les hommes, qu’ils vivent au Nord ou au Sud, à l’Est ou à l’Ouest, partagent les mêmes aspirations au bien-être, à la dignité, à l’équité, à la justice, à la liberté et à la paix.

Je veux croire que nous aurons enfin la sagesse de comprendre que les grands défis d’aujourd’hui sont les mêmes pour tous, et que nous devons travailler à les relever, ensemble, sans exclusive et sans exclusion, sans a priori et sans préjugés.
Alors tirons parti, plus que nous ne l’avons fait jusqu’à présent, de ce formidable laboratoire de la diversité du monde qu’est la communauté francophone pour partager nos expériences et nos analyses, pour dessiner des solutions, élaborer des recommandations, pour nous sentir solidairement responsables de notre avenir commun.

Continuons à aider, à soutenir, à accompagner les démocraties nouvelles ou naissantes, mais interrogeons-nous, dans le même temps, sur les voies et moyens de revitaliser les démocraties anciennes, de redonner aux citoyens le sentiment qu’ils sont encore écoutés et entendus, qu’ils ont encore la capacité d’influer sur les choix qui conditionnent leur vie quotidienne et l’avenir de leurs enfants.

Continuons à œuvrer sans relâche dans les pays où l’éducation n’est ni une obligation, ni même un droit pour tous, mais un luxe réservé à une élite, parce que nous savons bien qu’il s’agit là du meilleur rempart que l’on puisse opposer à la tyrannie ou au fanatisme, du meilleur gage que l’on puisse offrir à un développement durable, mais interrogeons-nous, dans le même temps, sur les voies et moyens de redonner des raisons d’espérer à toute cette jeunesse pour qui le diplôme a cessé d’être un passeport pour l’emploi.

Continuons à militer en faveur du respect et de la promotion de la diversité culturelle, vécue comme un véritable « rendez-vous du donner et du recevoir », et non pas comme une ligne de partage infranchissable ou une source de tensions ou d’affrontements obligés, mais interrogeons-nous, dans le même temps, sur les voies et moyens, dans nos sociétés plurielles, de garantir les droits de chacun, sur les voies et moyens, à l’échelle internationale, de rendre effective l’égale dignité de toutes les cultures, condition nécessaire à la démocratisation des relations internationales.

Mesdames et Messieurs,
Ne nous trompons pas d’objectif : l’économie doit être au service de l’homme et de la société, et non l’inverse.

Ne nous trompons pas de crise, ne nous trompons pas de solution. C’est du renforcement du politique, dans sa dimension sociale et culturelle, que peut venir la solution à la crise économique. C’est du renforcement de la démocratie, tant à l’échelon local, national qu’international, que doit venir la solution à la crise sociétale. Et vous avez, à cet égard, en qualité de parlementaires, un rôle déterminant à jouer.

Aristide Briand disait, « La politique est l’art de concilier le désirable avec le possible ». Il disait aussi que, « dans tous les actes de l’homme, voire les plus importants et les plus sages, il y a toujours quelque grain de folie ou de témérité. »

Mesdames et Messieurs,
La langue et les valeurs qui nous fédèrent nous confèrent une force et une magistrature d’influence certaines, alors osons, désormais, dans nos actes les plus importants, ce grain de témérité pour faire en sorte d’éviter l’inacceptable, quand bien même la raison nous conduit, dans nos actes les plus sages, à accepter l’inévitable.

Je vous remercie.

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