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DISCOURS D'ABDOU DIOUF - NIAMEY, LE 16 JANVIER 2012

Discours prononcé par le Secrétaire général lors du Forum international francophone de Niamey "Jeunesse et Emplois Verts"

C’est avec un très grand plaisir que je suis à Niamey, pour ouvrir, à vos côtés, ce premier Forum international francophone de la Jeunesse, consacré à l’économie verte et aux emplois verts, dans la perspective du prochain Sommet de Rio de Janeiro.

En vous remerciant pour votre accueil chaleureux et fraternel, je salue avec émotion votre pays et sa capitale. Niamey, le berceau de la Francophonie institutionnelle, a toujours été un lieu de réflexion et d’approfondissement pour notre communauté francophone. Le Niger, pour sa part, a fourni à notre Organisation des cadres prestigieux, des militants de la langue et des valeurs que nous partageons ; il nous offre maintenant sa jeunesse.

En effet, aujourd’hui, Monsieur le Président de la République, vous me faites l’honneur, vous me donnez la joie de m’adresser à la jeunesse francophone réunie pour la première fois en ce lieu historique. Je vous en suis infiniment reconnaissant.

Vous et moi avons partagé déjà bien des moments difficiles ou exaltants. Mais que pouvons-nous, que devons-nous dire à ces jeunes, qui sont d’abord soucieux de leur avenir, de l’avenir du monde qui est le leur et qu’ils vont habiter après nous ? Que léguons-nous à nos enfants, à cette jeunesse qui se rencontre dans un pays et sur un continent confrontés à de multiples défis ?

Nous vivons une période qui connaît des changements d’une ampleur dépassant tout ce que même nous, depuis notre propre jeunesse et la fin de la seconde guerre mondiale, avons vécu.

Il est facile de dresser un tableau assez sombre de cette époque : la crise économique et financière, qui augmente la vulnérabilité de nombreux états en développement ; le changement climatique qui accroît l’insécurité alimentaire ; les incompréhensions persistantes entre communautés pourtant rapprochées par les moyens de communication et d’information. Tout cela, ce sont des réalités incontestables. Et la communauté humaine, réunie dans un système multilatéral bientôt centenaire, semble avoir du mal à définir un objectif d’intérêt général et à obtenir l’adhésion de tous à cet objectif.

Mais ce monde est aussi un monde ouvert. Il possède toutes les techniques nécessaires pour faire vivre non seulement la population actuelle, mais celle qui sera là dans cinquante ans. C’est un monde d’échange et de savoir : le Réseau met à la disposition des trois quarts de l’humanité la quasi-totalité des connaissances existantes ; demain il atteindra les endroits les plus reculés pour apporter les capacités nécessaires, pour faciliter le partage d’expérience, pour susciter de nouvelles communautés fondées sur une volonté et des objectifs adoptés ensemble.

Parmi toutes ces communautés qui structurent les sociétés, la jeunesse est la première : elle naît, naturellement, du partage d’un même moment, des mêmes images, des mêmes attentes. Car, à une échelle inimaginable il y a seulement vingt ans, la jeunesse aujourd’hui, communique, échange, discute et cherche des idéaux qui, à la fois, respectent et transcendent les différences. Consciente de vivre dans un monde globalisé, elle aspire à surmonter les barrières que la peur reconstruit de toutes parts et à bâtir une fraternité à la mesure de ses élans. C’est ce que montrent aussi bien le printemps arabe que le mouvement des Indignés.

Alors, quels espoirs, quels rêves encore à réaliser confions-nous à cette jeunesse ?

C’est d’abord notre rêve de solidarité, de respect des diversités, d’enrichissement par la différence, ce rêve fondateur de la Francophonie, déjà proclamé à Niamey, que maintenant nous lui transmettons. C’est aussi le rêve d’un monde libéré de la pauvreté, une pauvreté inacceptable puisque la richesse globale est telle que chacun pourrait recevoir de quoi vivre dignement. C’est enfin le rêve d’un monde conscient de ses limites, capable de choisir de nouveaux modèles de production et de consommation qui ne soient pas destructeurs.

Vous allez, pendant ce Forum, réfléchir sur l’économie verte, les emplois verts, le développement durable. Il s’agit là d’une ambition majeure. Aujourd’hui encore, l’économie fonctionne en prenant très partiellement en compte certains coûts réels : celui de l’air, celui de l’eau, celui de ressources qui ne se renouvelleront pas. Ainsi elle mesure mal les conséquences, à moyen et long terme, de l’emploi de ces richesses fragiles. De même la consommation ne tient pas compte de la possibilité de réutiliser certains biens, ni ne mesure leur durée de vie effective.

Les pays développés et émergents ont pris conscience de ces questions, sous la pression d’une opinion publique de mieux en mieux informée. Mais, dans les pays en développement, où le but premier est de réduire la pauvreté et de créer des emplois, on accepte des types d’industrie et des modes de consommation qui peuvent s’avérer terriblement destructeurs. Or, il est possible à la fois d’adopter des techniques de production moins dangereuses pour l’avenir et de fabriquer des produits satisfaisants, peu coûteux et durables ; et, en général, ces fabrications demandent une main d’œuvre plus nombreuse et mieux formée que des produits issus de chaînes robotisées. Il est également possible de veiller à ce que les bénéfices de ce type de travail aillent d’abord aux producteurs, aux travailleurs eux-mêmes.

Voilà le défi qui vous est lancé, à vous jeunes venus de tous les horizons francophones. Bien sûr la jeunesse hérite d’un passé qu’elle n’a ni voulu, ni vécu. Ce passé est là : l’ignorer conduit à l’échec. Mais la jeunesse a la capacité d’inventer des solutions nouvelles et de prendre des risques nouveaux.

Nous le savons : les modèles de développement que nous avons suivi jusqu’ici ne sont pas tenables à long terme. Des pays comme la Chine, le Brésil, avec toutes leurs contraintes, toutes leurs ambitions, travaillent à orienter leur développement dans une direction compatible avec les ressources dont la terre dispose. À leur niveau, ils cherchent à construire une économie qui mette en valeur les ressources renouvelables, tirent le meilleur parti de tous les matériaux et favorisent une consommation responsable : ils sont en quête d’une économie verte, respectueuse du capital naturel de la planète et capable de répondre aux aspirations de tous, en veillant en particulier à la situation des plus pauvres.

La jeunesse francophone, tout particulièrement la jeunesse africaine, la plus nombreuse et la plus désireuse de se libérer de la pauvreté et de la vulnérabilité, doit prendre sa part de cet effort universel. Elle a déjà pour elle son enthousiasme et son courage. Aujourd’hui, ici, elle doit forger les outils, fixer les buts qui donneront corps à ses espoirs et à nos rêves communs.

Je vous remercie de votre attention.

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