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DISCOURS D'ABDOU DIOUF - PARIS, LE 13 JANVIER 2012

Discours prononcé par le Secrétaire général lors de la célébration des 20 ans de l’Institut supérieur de Management de Dakar

Je suis très touché, Monsieur le Professeur, Cher Souleymane Bachir DIAGNE, par les propos très élogieux que vous venez de tenir à mon endroit, mais aussi par votre évocation des moments d’échanges complices que nous avons eus durant des années et qui me poussent à vous dire, à mon tour, combien je suis fier, aujourd’hui plus qu’hier encore, d’avoir pu, à la tête du Sénégal, m’appuyer en matière d’éducation et de culture, sur les conseils avisés, éclairés et précieux d’un homme qui compte aujourd’hui parmi les penseurs les plus marquants de ce temps.
Monsieur le Président, Cher Amadou DIAW, comment exprimer la joie et la gratitude profondes que je ressens en recevant ce doctorat honoris causa de l’ISM que je voudrais partager avec toutes les éminentes et talentueuses personnalités que vous avez choisi de distinguer ce soir, tout en vous remerciant très chaleureusement pour l’honneur que vous me faites ?

Comment exprimer mon émotion au moment d’évoquer, dans ce lieu dédié au génie africain, ce que le Sénégal, terre à jamais mêlée à ma chair et à mon cœur, ce que l’Afrique toute entière comptent de forces vives, de jeunes talents et d’hommes inspirés ?
Inspiré vous l’avez été, Monsieur le Président, lorsque vous avez décidé de créer, en 1992, à Dakar, l’ISM. 

Que d’énergie, d’imagination, de clairvoyance, pour en arriver au palmarès impressionnant dont vous pouvez vous enorgueillir 20 ans après ! Huit campus, 5 lycées d’excellence, 1 500 bourses d’études, 100 enseignants, 12 000 diplômés, et la promesse d’avoir formé 20 000 leaders pour l’Afrique à l’horizon de 2020.

La longévité et le succès de ce grand projet tiennent, bien sûr, à celles et à ceux qui l’ont porté et fait vivre durant deux décennies, mais ils tiennent aussi aux valeurs et aux objectifs qui vous guident.

L’ISM constitue plus qu’une offre de formation, c’est la volonté d’agir aujourd’hui pour demain. Et ce formidable pari sur l’avenir de l’Afrique, je veux, ce soir, le prendre résolument avec vous, parce que j’ai la conviction que c’est la vision du futur, d’un futur souhaitable, d’un futur possible, qui dicte ce qui doit être accompli au présent.

Le temps des clichés, des a priori, de l’afro pessimisme et même de l’afro optimisme est révolu ! Le futur de l’Afrique s’inscrit désormais dans un mouvement global et interconnecté de devenir du monde, dans le futur souhaitable et possible de la grande famille humaine.

C’est une chance et un défi pour l’Afrique, mais c’est aussi une chance et un défi historiques pour l’ensemble des peuples et des nations.

Ce défi, les fils et les filles de l’Afrique se sont attachés à le relever année après année, enregistrant des avancées substantielles, en matière économique, éducative, sociale, en matière de démocratie et d’Etat de droit, en matière de sécurité et de paix, en matière d’intégration, avec, certes, des résultats parfois très différents d’un pays à l’autre, avec certes, des avancées et des reculs, du fait de la folie des hommes, de la corruption ou du comportement de certains dirigeants, mais du fait, également, du fardeau de la dette, de la crise alimentaire, du changement climatique, de la menace terroriste, et aussi de certains diktats contreproductifs, imposés au nom de la coopération internationale.

Car, il faut bien le reconnaître, ce défi, la communauté internationale ne l’a que trop longtemps pensé comme celui de la seule Afrique, comme celui d’un parent pauvre gratifié d’une diplomatie de la générosité au gré d’intérêts stratégiques, économiques, ou de puissance, sans véritable vision partagée pour demain, sans véritable volonté d’instaurer une nouvelle gouvernance mondiale, sans véritable conscience de notre communauté de destin.

Sinon comment justifier, par-delà l’égoïsme ou l’indifférence, que l’on accepte, aujourd’hui encore, que des dizaines de millions d’enfants dans le monde naissent sans espoir de vivre au-delà de l’âge de cinq ans, que des centaines de millions d’êtres humains doivent survivre avec moins d’un dollar par jour, sans accès à une eau potable, sans accès aux soins de base, sans accès à l’éducation, que l’on accepte de repousser d’année en année l’atteinte des Objectifs du millénaire pour le développement ?

Comment justifier, par-delà l’oubli du droit international, que l’on accepte de voir perdurer la loi du deux poids deux mesures dans la résolution des conflits armés, la protection de droits de l’homme ou la mise en œuvre de la responsabilité de protéger ?

Comment justifier, par-delà l’absence de démocratie internationale, que l’on accepte de laisser vide le siège qui revient de droit à l’Afrique au Conseil de sécurité, que l’on accepte de ne lui octroyer qu’un strapontin dans les grandes négociations internationales, notamment commerciales ?

J’ai envie de dire, paraphrasant Léopold Sédar Senghor, que les plus puissants, pour l’heure encore, « disent bien la voie droite et cheminent par les sentiers obliques ». Mais j’ai la conviction que ce temps est en passe d’être révolu, qu’une conscience nouvelle est en éveil.

Le monde est entré dans le 21ème siècle, le 11 septembre 2001, dans les cendres, les larmes et le sang. Moins de dix ans plus tard, ce fut l’arrivée fracassante d’une crise économique à l’échelle du monde dont nous n’avons pas fini de mesurer les incidences. Et c’est dans ce contexte douloureux et déstabilisateur qu’a commencé à se faire jour l’idée que la barbarie, la pauvreté, l’injustice pouvait frapper tout le monde, sans distinction de race de culture ou de PIB, l’idée que les Etats, si puissants soient-ils, étaient devenus trop petits pour les grands problèmes, l’idée que le malheur des uns ferait désormais immanquablement le malheur des autres, l’idée, enfin, qu’il y avait urgence à changer le cours des choses.

Et c’est de la jeunesse, d’une jeunesse mue tout autant par le courage du désespoir que par des idéaux universels, qu’est venu cet appel au changement.

Voilà un peu plus d’un an, le 17 décembre 2010, s’immolait par le feu, à Sidi Bouzid, un jeune marchand ambulant, Mohamed BOUAZIZI, déclenchant une onde de révolte, d’indignation, de mise en garde, qui allait se propager de pays en pays, de continent en continent.

Il faudra du temps, pour que se réalisent pleinement les valeurs de liberté, de dignité, de démocratie, de justice sociale qui ont porté la jeunesse arabe. Les évolutions se feront à un rythme différent, selon des modalités différentes, avec le risque même que ces révolutions soient confisquées ou instrumentalisées, tant sont différentes les situations d’un pays à l’autre, d’une région à l’autre. Mais l’impulsion du changement a été donnée, la revendication d’un autre monde, plus démocratique et plus juste, d’un autre avenir, a été partagée, au même moment, par des millions d’inconnus dans le monde à travers ce formidable moyen de ralliement que sont les réseaux sociaux.
« On dit que les nouvelles générations seront difficiles à gouverner. Je l’espère bien. », écrivait le philosophe Alain. Comme il avait raison, car il n’y a que les régimes sclérosés, frileux ou autoritaires pour penser que la jeunesse est un problème alors qu’elle est notre seul espoir d’un avenir meilleur.

Qui mieux que la jeunesse peut, aujourd’hui, incarner le changement au nom du futur qu’elle vivra demain ?

Il est de notre devoir à tous, aux États, à la communauté des États, de fournir très vite et massivement, à la jeunesse africaine, à la jeunesse de toutes ces régions du monde ou pauvreté règne encore avec ignorance, cette éducation et cette formation de qualité dont nous savons bien qu’elles sont le plus sûr chemin sur la voie du développement économique et social, dont nous savons bien qu’elles sont aussi le plus sûr rempart contre l’obscurantisme, le fanatisme et l’intolérance, dont nous savons bien qu’elles sont la clef qui ouvrira ce futur souhaitable, ce futur encore possible.

Ne refusons pas aux jeunes générations l’opportunité de réussir là où nous avons échoué. Soyons ceux qui leur auront donné les moyens de reposer les questions auxquelles nous n’avons pas su répondre, de mettre en œuvre des solutions volontaristes, de réaffirmer des idéaux universels.

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

Grâce à vous, grâce au travail remarquable que vous accomplissez au sein de l’ISM, je repartirai ce soir avec la conviction renforcée qu’une aube nouvelle se lève sur notre continent, avec l’image d’une Afrique bruissant de jeunes énergies et de jeunes talents, d’une Afrique regorgeant de ressources et de potentialités, d’une Afrique qui, comme voilà plus des centaines de milliers d’années, lorsque se dressa sur son sol le premier homme, s’apprête, une nouvelle fois, à orienter le cours de la grande aventure humaine.

Je vous remercie.

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