Organisation internationale de la Francophonie

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DISCOURS D'ABDOU DIOUF - PARIS, LE 15 DÉCEMBRE 2011

Discours prononcé par le Secrétaire général lors de la cérémonie de remise du Prix de la traduction Ibn Khaldoun - Léopold Sédar Senghor

C’est avec joie que j’accueille, ici au siège de l’Organisation internationale de la Francophonie, cette quatrième édition du Prix de la traduction Ibn Khaldoun-Léopold Sédar Senghor que l’Organisation arabe pour l’éducation, la culture et les sciences, l’ALECSO, et l’OIF ont créé afin de favoriser le dialogue des cultures.

Ibn Khaldoun est né à Tunis au 14e siècle et a été un important philosophe et historien. Ses analyses rigoureuses de l’histoire des civilisations en font un précurseur de la sociologie moderne. Quant à Léopold Sédar Senghor, le Poète-Président, il n’a eu de cesse de promouvoir cet humanisme intégral qui lui tenait tant à cœur. Toute sa vie il s’est fait le chantre du dialogue entre les peuples ce qui l’a naturellement mené à être un des pères fondateurs de la Francophonie. Vous ne serez pas étonnés d’apprendre que la salle où nous nous trouvons présentement porte son nom.

La Francophonie compte parmi ses membres de nombreux pays arabes, ce qui explique la collaboration intense qu’elle déploie avec plusieurs organisations internationales du monde arabe, dont l’ALECSO. Ce prix de la traduction, l’ALECSO et l’OIF, l’ont institué en 2007. Convaincues de l’importance du dialogue des cultures, notre objectif commun était de stimuler, dans le domaine des sciences sociales, les échanges entre les civilisations arabes et francophones. Pour ce faire, il fallait s’attaquer à un problème majeur et fondamental, celui de l’accès à des œuvres dans l’autre langue. D’où l’idée de mettre sur pied un prix qui récompense de manière alternée une œuvre de traduction du français vers l’arabe et de l’arabe vers le français.

Ainsi, à travers le Prix Ibn Khaldoun-Senghor, nous voulons appuyer la connaissance mutuelle et l’enrichissement réciproque des cultures arabes et francophones. Nous voulons aussi stimuler l’intérêt pour la lecture d’ouvrages publiés dans l’autre langue et ainsi encourager les éditeurs et les centres de traduction à multiplier leurs efforts afin de rendre des œuvres, particulièrement celles en sciences humaines, plus accessibles dans l’autre langue.

Il y a un an, nous étions à Rabat pour la remise du troisième Prix Ibn Khaldoun-Léopold Sédar Senghor. Qui aurait pu prévoir, alors, que le monde arabe nous donnerait, en 2011, d’assister à un des mouvements populaires parmi les plus importants et les plus porteurs d’espoir que l’humanité ait connus depuis plus d’un demi-siècle. Cette force irrépressible de peuples entiers, marquée par le courage inouï de milliers et de milliers de simples citoyens, force l’admiration. Je veux croire que, dans le monde occidental, ils ont été et sont encore des milliers et des milliers de simples citoyens pour prendre la pleine mesure de la leçon que le monde arabe vient de donner au reste de l’humanité.

Cet incroyable printemps arabe, que personne n’avait vu venir, aura certainement fait davantage en quelques mois pour modifier l’image, trop souvent simpliste, que beaucoup de personnes en Occident se font du monde arabe malgré des décennies de coopération, de diplomaties et d’échanges économiques et culturels. Preuve est faite, s’il fallait la faire, que, quelles que soit leur langue, leur religion, leur culture, leur histoire, tous les êtres humains sont semblables et aspirent à la paix, à la justice et à la liberté. Jamais le Prix Ibn Khaldoun- Senghor n’aura revêtu un tel caractère symbolique qu’en cette année 2011.

À travers ce prix, l’ALECSO et l’OIF veulent tout simplement concrétiser ce qu’elles ne cessent de promouvoir : l’écoute, la tolérance et le respect de l’autre. Seuls capables de permettre l’émergence d’une véritable diversité linguistique et culturelle respectueuse des différences.

Plus que jamais notre coopération fondée sur le dialogue des civilisations prend tout son sens. Nos organisations sont convaincues que les relations de bon voisinage, l’entraide et la coopération en bonne intelligence passent par une connaissance approfondie de l’autre, par une interprétation plus fine et plus juste des valeurs qui animent et font évoluer nos sociétés respectives. Il en va des peuples comme des individus. Le dialogue est et sera toujours la clef du savoir vivre ensemble.

En cette année exceptionnelle au plan de l’affirmation de la volonté des peuples, le jury du Prix Ibn Khaldoun–Senghor a, semble-t-il, eu la tâche difficile tant la qualité des multiples candidatures était impressionnante. Cela ne les a pas empêchés de désigner, à l’unanimité je le souligne, Messieurs Abdelkader MHIRI et Hammadi SAMMOUD comme lauréats 2011 pour la traduction en langue arabe du « Nouveau Dictionnaire Encyclopédique des Sciences du Langage ».

Cette unanimité du jury s’appuie non seulement sur la pertinence et la valeur scientifique de cet ouvrage en regard des objectifs poursuivis par l’ALECSO et l’OIF à travers le Prix Ibn Khaldoun-Leopold Sédar Senghor, mais aussi et surtout, sur la qualité exceptionnelle et la rigueur du travail de traduction réalisé par nos deux lauréats. Le jury a aussi salué les ajouts faits par Messieurs MHIRI et SAMMOUD à l’ouvrage original afin d’en faciliter l’utilisation.

Je dois dire que j’ai été particulièrement impressionné par les curriculums de nos deux lauréats qui sont d’éminents universitaires dont on ne compte plus les nombreuses publications scientifiques ainsi que les décorations et les prix qu’ils ont reçus tout au long de leur brillante carrière. C’est certainement l’association de ces deux grands chercheurs et pédagogues qui nous permet aujourd’hui de souligner de manière exceptionnelle leur excellent travail qui, je le souhaite de tout cœur, contribuera à rapprocher encore davantage le monde arabe et le monde francophone pour le plus grand bénéfice de tous.
Chers amis,

La mondialisation dont on parle tant et dont certains voudraient qu’on y voit la naissance d’une humanité homogène et unie, pour ne pas dire unique, ne mènera pas à ce résultat, et c’est tant mieux. Au contraire, en même temps que les moyens et les médiums de communication véhiculent une vision de plus en plus univoque du monde, on assiste, parallèlement, à l’émergence de volontés plus affirmées que jamais de protéger les identités nationales.

Comme en toutes choses, il nous faut trouver le juste équilibre. Celui qui nous porte à être fier de nos origines, celui qui permet de conserver son âme et son identité propre tout en sachant s’ouvrir à l’autre et chercher à mieux le connaître et le comprendre.

Par le Prix Ibn Khaldoun-Senghor, nous faisons le pari de cet humanisme intégral si cher à Léopold Sédar Senghor qui signifie que, au-delà de nos différences apparentes, nous sommes tous semblables. Des hommes et des femmes tout simplement. Des hommes et des femmes de langue, de culture, de couleur différentes, mais tous à la recherche du bonheur.

Le Prix Ibn Khaldoun-Senghor est un moyen de rapprocher les peuples et les individus, d’aller au-delà des apparences pour voir, chez le voisin, l’âme profonde de l’homme et de la femme qui les habite.

Je vous remercie

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