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DISCOURS DE JOSEPH MICHEL MARTELLY, PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE D'HAÏTI - ST KITTS ET NEVIS, LE 1ER JUILLET 2011

A la 32ème Réunion ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CARICOM - St Kitts Et Nevis (30 Juin-4 Juillet 2011)

Monsieur le Président,
Madame le Secrétaire Général ad intérim de la CARICOM
Chers Collègues,
Mesdames, Messieurs,

C’est avec un très grand plaisir que je me retrouve parmi vous ce soir pour l’ouverture officielle de ce Sommet de la CARICOM. Depuis mon investiture comme Président de la République d’Haïti, c’est ma première visite officielle dans un pays étranger et je suis très heureux que ce voyage officiel se fasse à St Kitts and Nevis.

Permettez-moi de remercier le Gouvernement et le peuple de St Kitts et Nevis pour l’accueil chaleureux qu’ils nous ont réservé. Cela ne fait que renforcer le sentiment d’admiration que j’ai pour ce peuple en particulier et pour les caraibéens en général dont on ne finira jamais de louer le sens de l’hospitalité et surtout celui des arts qui fleurit sous toutes ses formes sur ces terres qui ont produit non seulement de très grands écrivains et de très grands poètes mais aussi de très grands artistes.
Je profite de l’occasion pour rendre un hommage particulier et mérité à Monsieur Edwin CARRINGTON, Ex Secrétaire Général de la CARICOM, qui a su, pendant plus de vingt ans, mener à bon port la barque de notre Organisation. Le travail effectué par lui témoigne combien il est un grand caribéen et nous souhaitons qu’il serve de modèle aux générations actuelles et futures.

Je profite de l’occasion pour saluer mon collègue de la Colombie Monsieur Juan Manuel SANTOS et lui confirmer combien nous sommes intéressés à approfondir les relations entre nos deux pays.

Je salue aussi la présence parmi nous de Monsieur Jose Miguel INSULZA et le remercie une fois de plus de l’assistance apportée par l’OEA à Haïti.

Monsieur le Président,
Chers Collègues,
Mesdames, Messieurs

Ma présence ici ce soir avec vous ne représente pas seulement une simple formalité protocolaire ou une simple participation à un Sommet de la CARICOM. Je connais l’importance que vous accordez à Haïti. C’est un pays qui vous est cher non seulement pour des raisons ethnoculturelles mais aussi pour des raisons d’ordre historique. Vous lui avez accordé une attention très grande et nous vous en sommes reconnaissants même si parfois il y a des moments passagers d’incompréhension. Ce sont des choses qui arrivent dans toutes les bonnes familles et qui servent parfois à resserrer davantage les liens de fraternité et de convivialité. Je suis venu ce soir vous apporter le message d’amour et d’amitié du peuple haïtien. Je suis venu aussi vous apporter le message d’espérance du peuple qui m’a voté et m’a permis d’être son porte-parole ce soir auprès de la grande famille caraïbéenne.

Le Révérend Martin LUTHER KING avait fait un rêve pour les États-Unis. Moi aussi j’ai fait un rêve pour Haïti et son peuple. J’ai rêvé d’une Haïti où après mon mandat de cinq ans la grande majorité des enfants d’Haïti apprendront à lire et à écrire, j’ai rêvé d’une Haïti où au-delà de la forte capacité de résilience du peuple haïtien, nous pourrons arriver à créer ou à jeter les bases d’un environnement moins dégradé et susceptible de mieux résister à la force des cyclones, à la capacité de destruction des tremblements de terre et à l’action insidieuse des pluies sur le sol et les habitats humains. J’ai rêvé d’une Haïti où la croissance économique et la durabilité du processus de développement permettra au peuple haïtien de mieux exprimer son étonnante capacité créatrice non seulement à travers les arts mais aussi à travers la science et la technologie. Je rêve d’une Haïti forte, belle et prospère telle que l’ont rêvé les héros de notre indépendance : Toussaint LOUVERTURE, Jean Jacques DESSALINES, Henri CHRISTOPHE, Alexandre PETION. Ce sont eux qui inspirent ma vision et ma mission.

Certains diront qu’il y a des difficultés apparemment insurmontables auxquels est confrontée Haïti. Mais tout est une question de leadership c’est-à-dire de la capacité d’engager ses compatriotes à avoir une vision positive et constructive de l’avenir. Mon équipe et moi nous voulons influer de façon positive le cours de l’histoire haïtienne et mettre fin au cercle vicieux qui l’accable depuis plus de trois décennies. Notre vision est celle d’une Haïti autre que celle montrée par certains médias. Nous voulons changer Haïti pour le meilleur et nous la changerons.

Ce changement qui fait partie intégrante de notre vision et de notre mission, nous entendons le faire avec vous, leaders et peuples de la CARICOM. Nous aimerions que vous puissiez nous accompagner tout au cours de notre mandat afin que mon rêve et celui du peuple haïtien puissent se réaliser. Lors du séisme du 12 janvier 2010, vous avez su nous accompagner sans arrière-pensées. Au cours des différentes catastrophes naturelles qui ont frappé notre pays par le passé vous avez su nous accompagner aussi par le cœur et par l’esprit. Nous avons pris l’habitude de parler de la reconstruction d’Haïti ; mais il s’agit en fait d’un pays à construire selon un nouveau modèle et de nouvelles normes. La tâche est immense mais elle est exaltante .Quel sera l’Haïti de demain ? Je n’en connais pas encore les contours exacts mais je sais que de son cœur jaillira ce capital humain dont je veux favoriser l’épanouissement à travers la politique d’éducation qui est au centre de mon action.

Mais cette Haïti de demain ne pourra pas se faire sans l’apport des capitaux nécessaires. Le taux d’épargne national en Haïti, en raison de certaines vicissitudes historiques et du choix de stratégies inappropriées, est extrêmement bas et nous manquons cruellement de capitaux pour construire une Haïti conforme à la vision du peuple haïtien. C’est pourquoi, du haut de cette tribune qui m’est offerte ce soir, je lance un pressant appel aux hommes d’affaires pour qu’ils viennent investir en Haïti et aider à créer cette richesse indispensable à notre développement et à notre reconstruction. Je suis en train de créer, tant avec le secteur privé qu’avec le secteur public, les conditions nécessaires pour que Haïti devienne, elle aussi une destination naturelle pour les investissements directs étrangers.

En 2009, le montant total des investissements directs se chiffraient à 400 millions de dollars dont la plus grande partie relevait du secteur des télécommunications. Nous espérons que d’ici une dizaine d’années, avec les nouvelles politiques qui vont être mises en place, le montant total annuel des investissements directs annuels pourra se chiffrer à 4 milliards de dollars américains ou même davantage. Nous croyons à l’investissement et à sa capacité de contribuer à façonner une vision solide et correcte du futur. Nous croyons à l’être humain et à la politique de l’éducation car c’est à travers des hommes, des femmes et des enfants bien éduqués en fonction d’un objectif fondamental, que nous pourrons façonner cet avenir rêvé par Toussaint LOUVERTURE et Alexandre PETION.

Monsieur le Président,
Madame le Secrétaire Général par intérim de la CARICOM,
Chers Collègues,
Distingués Représentants des Nations de la CARICOM

Au cours de ce Sommet, nous n’allons pas seulement parler de notre pays et de son avenir. Nous allons profiter de cette occasion pour vous offrir aussi notre vision à part entière de la CARICOM telle qu’elle s’exprimera à travers notre politique étrangère au cours des cinq prochaines années. Pour nous, la CARICOM c’est avant tout ce lieu qui doit servir de lien consistant et durable entre nos nations au sein de la Grande Caraïbe.

L’idée d’une fédération des îles de la Caraïbe a germé au 19ème siècle dans l’esprit de certains écrivains haïtiens comme un Anténor FIRMIN qui prônaient avant la lettre l’unité de la Caraïbe pour ne pas dire de la « Grande Caraïbe » si l’on part de l’idée que font partie de la Caraïbe tous les pays baignés par cette méditerranée qu’est la mer des Caraïbes. La CARICOM est composée de 14 États qui a eux seuls représentent près de la moitié des États de l’Hémisphère occidental. Elle est au cœur même d’une organisation régionale comme l’Association des États de la Caraïbe et sans aucun doute elle sera également une force avec laquelle il faudra compter au sein de toute la nouvelle Communauté des États d’Amérique Latine et de la Caraïbe (CALC).

La CARICOM a encore un autre point très positif à son actif, elle représente sans aucun doute le schéma d’intégration le plus avancé de tout l’hémisphère. Tous ces aspects positifs font que la CARICOM représentera à côté d’autres schémas d’intégration comme l’Association des États de la Caraïbe, le Système d’Intégration d’Amérique Centrale (SICA) un élément très important dans notre politique régionale et multilatérale. A ce sujet, mon pays continuera d’apporter son soutien à la politique programmatique en faveur d’une gestion durable de la mer des Caraïbes et de ses écosystèmes ainsi qu’à la lutte contre le changement climatique. Ce sont de telles approches, au-delà des questions économiques, monétaires et financières qui feront la force de notre région. Nous devrions penser en termes de programmes à travers lesquels les nations caraïbéenne deviendront un ensemble géopolitique qui aura un poids déterminant dans la conception et la réalisation de l’ordre mondial du 21ème siècle.

En ce sens, je n’hésiterai pas à vous proposer que soit conçu et mis en place un vaste programme que l’on pourrait appeler « Union pour la Grande Caraïbe ».Dans le cadre de ce programme la CARICOM, le SICA, le CALC, l’OEA, l’ONU et l’AEC pourraient travailler ensemble sur un thème commun qui servira de catalyseur à nos espérances fondamentales. La véritable force de la Caraïbe réside aussi dans sa culture plurielle et multidimensionnelle. Elle sera aussi au cœur de notre action diplomatique régionale, car nous devrions cultiver avec force l’approche culturelle que je chéris tout particulièrement, si nous voulons que la Caraïbe soit vraiment forte au sens prométhéen du terme.

Mesdames, Messieurs,

La force de la Caraïbe et de la CARICOM réside aussi dans sa diversité linguistique. C’est dans ce sens que je recommande au Groupe de Travail Intergouvernemental sur la Révision du Traite de Chaguaramas d’ajouter à son agenda la question de la diversité linguistique au sein de notre communauté et de l’intégration du français comme langue officielle et de travail au niveau du Secrétariat et des autres instances de la CARICOM. 

Le schéma d’intégration de la CARICOM qui est le plus avancé de notre hémisphère est en même temps le seul au monde ou l’anglais est la seule langue officielle tandis que plus de 50% de sa population est francophone ou créolophone. Nous espérons que nos amis et nos collègues comprendront nos appréhensions et appuierons cette demande légitime. Je dois rencontrer très bientôt le Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie Monsieur Abdou DIOUF et lui demanderai de voir comment son organisation pourra travailler de façon positive et efficiente sur cette question avec le Secrétariat de la CARICOM.

Nous accorderons aussi une très grande attention aux questions de changement climatique, de prévention et de gestion des catastrophes naturelles. Notre région plus que tout autre est menacée par les impacts du changement climatique qui représente un danger à moyen terme pour nos écosystèmes marins et terrestres mais aussi l’habitat et la sécurité alimentaire de nos populations.

Une autre question qui fera partie intégrante de la politique d’Haïti au sein de la CARICOM est celle de la Sécurité régionale et hémisphérique. D’ores et déjà nous affirmons notre appui et celui de la diplomatie haïtienne à toutes les initiatives prises par la CARICOM en matière de sécurité régionale que ce soit dans le domaine de la lutte contre le crime organisé ou celui de la lutte contre le trafic illicite des stupéfiants. Une attention particulière sera également accordée à la lutte contre le trafic illicite des petites armes. Quant à ce qui a trait à la lutte contre le terrorisme international, le Gouvernement haïtien appuiera toutes les mesures adoptées par la CARICOM dans le cadre de la mise en œuvre de la Résolution 1540 du Conseil de Sécurité des Nations Unies et des autres Résolutions des Nations-Unies et de l’Organisation des États Américains y relatives.

Nous nous proposons aussi, dans la perspective de notre partition à jouer dans le cadre de la problématique de la sécurité régionale, de renforcer les capacités de la Police Nationale d’Haïti et le système des gardes-côtes afin qu’Haïti puisse répondre aux normes internationales et régionales en matière de sécurité. La question de la sécurité multidimensionnelle sera en ce sens au cœur de notre action dans ce domaine. Mon Gouvernement appuie et continuera d’appuyer toutes les décisions adoptées par la communauté hémisphérique et la CARICOM en vue du renforcement de la sécurité régionale. La coopération entre l’IMPACS et les Autorités compétentes haïtiennes doit être renforce. Dans ce contexte, je ferai appliquer intégralement sur le territoire haïtien les principes et les recommandations de la « Déclaration de San Salvador sur la sécurité citoyenne » et de la « Déclaration de Lima sur la Paix, la sécurité et la paix dans les Amériques » qui ont été adoptées en 2010 et en 2011 par l’Assemblée Générale de l’Organisation des États Américains.

Mesdames, Messieurs,

Nous accorderons également au cours de notre mandat une importance capitale au processus d’intégration d’Haïti au marché unique de la Caraïbe. Le Gouvernement précédent a déjà entamé des démarches au niveau des procédures d’harmonisation de nos normes avec celles en vigueur au niveau de la CARICOM ainsi que le processus de certification des produits d’origine communautaire et l’harmonisation partielle au tarif extérieur communautaire.

Nous allons accélérer le processus afin que l’économie haïtienne puisse s’intégrer à moyen terme aux autres économies de la CARICOM que ce soit au niveau de l’agriculture, de l’industrie ou des services. Haïti à un très grand potentiel économique, qui une fois libéré de certaines entraves, pourra devenir un partenaire fiable et consistant pour les autres 13 États membres de la CARICOM. 

En ce sens, nous sommes disposés à travailler avec les investisseurs institutionnels de l’espace géoéconomique de la CARICOM afin qu’ils puissent participer activement à la croissance économique et au développement durable d’Haïti. Je tiens à remercier la CARICOM d’avoir octroyé un tarif et un accès préférentiel non réciproque pour certains produits haïtiens au marché de la CARICOM.

D’après les informations qui m’ont été communiquées par des instances compétentes, une première cargaison de produits a été expédiée vers la Grenade sous la base de cette disposition. Cela prouve une fois de plus que mon pays est prêt à certifier les produits d’origine communautaire ; ce qui est un élément important et nécessaire dans le cadre de la mise en œuvre par mon Gouvernement de certaines composantes du marché de la CARICOM.

Je voudrais aussi souligner à votre haute attention qu’en 2009, le Parlement haïtien a ratifié et harmonisé environ 40% du tarif haïtien au Tarif Extérieur Commun (TEC) de la CARICOM. Nous envisagerons avec vous comment Haïti et la CARICOM pourront lancer et dynamiser le commerce des marchandises sous la base de ces modifications et établir un échéancier de mise en œuvre pour les 60% restants.

Lors du troisième Sommet CARICOM-Cuba qui s’est tenu en septembre 2010, une décision avait été adoptée en vue de la création du Fonds CARICOM-Haïti en vue de la reconstruction d’Haïti. Des pas significatifs ont été accomplis depuis lors vers la concrétisation de ce fonds. Je vais passer des instructions formelles en vue de relancer les négociations avec la Banque Caraïbéenne de Développement sur le statut actuel d’Haïti au sein de cette banque . Je laisse cependant à mes collaborateurs immédiats le soin de mieux s’imprégner des objectifs de ce fonds qui très certainement rejoindra la vision et la mission pour lesquelles le peuple haïtien a voté pour moi. J’espère que les ajustements nécessaires seront réalisés le plus tôt que possible pour voir avec vous comment m’aider à accoucher ce rêve de changement réel pour Haïti et son peuple qui me hante depuis plusieurs années.

Une autre question qui me tient à cœur est celle des visas. J’aurais souhaité que mes compatriotes ne rencontrent plus de difficultés en se rendant dans un pays de la CARICOM à cause de visas non obtenus.
J’aurais souhaité aussi approfondir la coopération avec l’Université des Indes Occidentales afin de renforcer le système éducatif en Haïti.
Je ne saurais terminer sans porter à votre attention que la République d’Haïti souhaiterait organiser le Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CARICOM au cours du premier semestre de l’année 2013. Comme vous le saviez déjà, Haïti devait présider ce Sommet en 2010 mais n’a pu le réaliser en raison du séisme du 12 janvier. J’espère que vous appuierez cette demande.

Je vous remercie de votre attention.

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