Organisation internationale de la Francophonie

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DISCOURS DE M. ABDOU DIOUF - ADDIS-ABEBA, LE 9 MAI 2005

Discours prononcé par le Secrétaire général de la Francophonie devant les membres du corps diplomatique et les représentants des organisations internationales à Addis-Abeba (Ethiopie).

Je dois d’abord vous remercier d’être présents ici aujourd’hui et de me donner l’occasion d’avoir, avec vous toutes et vous tous, cet échange. Votre expérience, le travail que vous effectuez au quotidien sur le terrain ont une valeur considérable pour moi. J’attends donc
avec un grand intérêt vos réactions et vos commentaires. Ils me permettront d’enrichir les réflexions et les actions de la Francophonie. Surtout celles que nous menons avec l’Afrique et en faveur de l’Afrique, qui constitue vous le savez bien une priorité pour la Francophonie.

Monsieur le Président de la Commission de l’Union Africaine, Mon cher Alpha Oumar Konaré,

Cette invitation que vous m’avez adressée à venir effectuer une visite à Addis-Abeba au siège de l’Union Africaine, pour faire le point avec vous-même et vos collaborateurs sur les perspectives de renforcement de la coopération entre nos Organisations, je l’ai immédiatement acceptée avec beaucoup de bonheur et beaucoup d’espoir.

Beaucoup de bonheur, parce que j’apprécie votre chaleur, votre enthousiasme, vos convictions fortes, votre remarquable dévouement à la cause de l’Afrique. Votre vision, vos analyses, vos positions sur les grands dossiers que vous avez en charge, sont pour moi, pour l’Organisation que je dirige, une véritable référence. Laissez-moi vous dire, sans pudeur, combien j’admire votre engagement, le courage que vous avez eu d’accepter cette nouvelle responsabilité à la tête de la Commission pour rénover et renforcer l’Union
Africaine, lui donner une plus grande crédibilité, l’adapter aux nouvelles exigences de l’Afrique et du monde.

Votre dynamisme a permis à l’Union, avec le soutien de ses chefs d’Etat, de se doter d’un programme de travail ambitieux. Sachez que nous apportons tout notre soutien au Plan d’Action 2004-2007 que vous avez élaboré. C’est dans ce cadre volontariste mais nécessaire que nous comptons bien situer le renforcement de notre coopération. Nousmêmes,
en novembre dernier, à Ouagadougou, en terre africaine, nous avons, également avec le soutien fort de nos chefs d’Etat et de gouvernement, adopté pour la Francophonie un cadre stratégique décennal qui donne à notre ambition plus de clarté, plus de cohérence. Vous étiez vous-même présent à Ouagadougou. Vous avez pu mesurer combien nos stratégies sont compatibles, convergentes même. Et cela pour une raison
fondamentale : elles se réfèrent toutes les deux aux mêmes valeurs : celles de l’humanisme, du partage, de l’équité ; elles visent à relever les mêmes défis : celui du développement et du bien-être des populations de nos pays, celui de la démocratie, du respect des droits de l’Homme et de la paix, celui enfin de la mise en exergue et de la valorisation de nos identités, de nos cultures pour construire ce dialogue des civilisations
auquel nous aspirons tant.

Pour toutes ces raisons, nos deux Organisations, chacune avec ses missions propres, chacune avec sa spécificité, se sont engagées dans un combat commun, celui de contribuer à la construction d’un monde plus juste, plus équitable, plus ouvert, d’un monde qui refuse la volonté de puissance, l’unilatéralisme, l’usage de la force et une
mondialisation sauvage.

Ce combat implique, pour nous tous, une adhésion au multilatéralisme. Nous savons qu’il ne s’agit pas là du chemin le plus facile, mais c’est celui qui a le plus de sens par rapport à nos valeurs, celui qui permet le mieux d’associer le plus largement les acteurs de la société internationale, les pauvres comme les riches à l’édification d’un monde de paix et de liberté, à une gestion équilibrée, régulée des richesses communes de l’humanité.

Dans ce contexte, nous savons bien le formidable enjeu que constitue actuellement la réforme des Nations Unies. Il est de notre devoir de la soutenir et de tout faire pour la réussir, et je rends un hommage appuyé au travail accompli dans ce sens par son Secrétaire général Koffi Annan.

Cette réforme est importante mais elle est difficile. Elle sera pour l’Union Africaine et pour toute l’Afrique, comme pour l’Organisation internationale de la Francophonie et toute la Francophonie, une étape décisive pour la réalisation, dans les meilleures conditions, de nos objectifs. Elle nécessitera, face aux réticences que nous connaissons les uns et les autres, beaucoup de détermination et beaucoup de cohésion et d’unité.

Vous avez dit récemment, Monsieur le Président de la Commission, « Chaque fois que les Africains mettent en avant les intérêts du continent et prennent le temps de se concerter, ils peuvent réussir à déployer une stratégie d’influence, atteindre les résultats escomptés et augmenter le poids de l’Afrique dans les négociations internationales ».

Encore une fois, je suis heureux de constater que nous partageons la même analyse, que nous faisons les mêmes constats et que nous en tirons les mêmes leçons.

Ce que l’Union Africaine, depuis sa création, à réussi et je pense en particulier aux progrès accomplis dans le domaine de la Paix et de la Sécurité, et qui se traduit par exemple dans le rôle éminent que vous jouez dans l’horrible tragédie du Darfour, en est la preuve.

Vous connaissez tous mes convictions : l’Afrique a un besoin vital de son unité, elle doit faire progresser l’intégration et renforcer sa coopération. Pour relever les défis majeurs auxquels elle est confrontée, l’Afrique a plus que jamais besoin de l’Afrique.

Mais l’Afrique ne réussira pas si elle se replie sur elle-même, si elle se laisse entraîner sur la voie de la marginalisation. L’Afrique a besoin du monde. Elle doit gagner l’estime et la confiance, elle doit inspirer le respect en s’affirmant comme un partenaire crédible et
capable de valoriser ses nombreux atouts.

C’est exactement dans cet esprit que la Francophonie inscrit sa coopération avec l’Afrique, sa coopération avec l’Union Africaine sur laquelle nous avons travaillé ensemble aujourd’hui. C’est dans cet esprit que nous avons défini les grands axes de cette coopération, les lignes de force de la complémentarité nécessaire entre nos actions. Et je
voudrais insister brièvement sur quelques aspects de ces objectifs communs.

Le premier concerne la Paix, la Démocratie et les Droits de l’Homme. Dans le domaine de la Paix, je l’évoquais à l’instant, l’Union Africaine a ouvert avec courage une nouvelle voie. Mettre un terme aux conflits qui ravagent le continent est bien plus qu’une priorité, c’est une urgence impérative. Dans ce domaine, et tout particulièrement pour les situations de transition, de sortie de crise et surtout d’alerte et de prévention, nous développerons notre appui à vos actions, nous mobiliserons davantage nos moyens et nos savoir-faire,
principalement au sein de l’espace francophone, pour conjuguer nos efforts avec les vôtres. Aux Comores, où nous avons efficacement travaillé ensemble, en Centrafrique où la transition et la sortie de crise a pu progresser de manière encourageante, en Côte d’Ivoire où le Président Thabo Mbeki, au nom de l’Union Africaine, avec l’appui du
Président Olesegum Obasanjo et le vôtre, s’est engagé dans une médiation décisive, et où il faut se préparer à favoriser la réussite des prochaines échéances, en République Démocratique du Congo où le travail qui doit encore être accompli pour préserver toutes les chances du retour à la démocratie et à une paix durable est considérable et nécessite l’engagement de tous, à Haïti même qui attend beaucoup de nous tous, partout où nous sommes sollicités, nous devons additionner nos forces et nos compétences au service de la paix. De même, au Togo, où nous avons ensemble réagi fermement aux dérapages
anti-démocratiques, nous devons à présent maintenir notre vigilance et tout faire pour répondre aux attentes en matière d’ouverture, de réconciliation et de progrès démocratiques du peuple togolais.

Dans le domaine de la Démocratie et des Droits de l’Homme, nous avons également la même détermination de progresser. La Francophonie s’est dotée, avec la Déclaration de Bamako de novembre 2000, d’un texte normatif de référence qui nous a permis de développer un mécanisme d’observation et des réseaux institutionnels efficaces, devenus
des outils précieux au service de tous. L’Union Africaine prépare un projet de Charte sur la démocratie, la bonne gouvernance et les élections qui deviendra également un texte de référence important pour nous tous. Je sais qu’il y a là un formidable chantier de coopération que nous avons déjà commencé à explorer et qui va être appelé à se
renforcer.

Nous ferons le point de nos actions cinq ans après Bamako en novembre prochain et nouscomptons bien que l’Union Africaine s’associera à ce travail.

Le second aspect concerne le développement. La Francophonie a adopté à Ouagadougou des textes importants sur ce sujet. Les priorités de l’Union Africaine et les grands projets, comme celui du NEPAD, convergent avec nos orientations et bénéficieront de tout notre soutien.

Nous avons, en la matière, dans les prochains mois, de grandes
échéances internationales qui doivent être autant d’occasions de faire prévaloir nos voix et de promouvoir les intérêts de l’Afrique : le prochain Sommet du G8 où l’Afrique figurera en bonne place et bénéficiera des initiatives fortes lancées par la France et le Royaume-Uni ;
le premier bilan aux Nations Unies de l’avancement des Objectifs de Développement du Millénaire ; ou encore, la Dixième Conférence Ministérielle de l’OMC (à Hong-Kong) qui doit fixer la conclusion du cycle de Doha.

Sachez, à cet égard, que la Francophonie offre une enceinte irremplaçable de discussion et de concertation. Les pays et gouvernements du Nord et du Sud, que des intérêts divers
peuvent opposer, ont la possibilité d’expliciter leurs positions et, à défaut d’aboutir à un accord, de prendre l’exacte mesure de leurs divergences et d’améliorer ainsi leur capacité à trouver les solutions les plus favorables aux pays du Sud.

Enfin, le troisième aspect que je tiens à évoquer est celui de la diversité culturelle et linguistique. Je ne reviendrai pas dans le détail, ici, sur l’importance de l’enjeu linguistique et culturel pour l’Afrique. Il en va de son identité, de la valorisation de la richesse de son formidable patrimoine, mais aussi de sa relation au monde, de son rôle dans le partage universel des savoirs et du progrès, de sa capacité à relever le défi de l’éducation et de la formation de ses jeunes générations. A ce stade, je me contenterai, ici, de mentionner une échéance fondamentale qui se rapproche à grands pas : celle du vote, en octobre
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prochain à l’UNESCO, du projet de convention destiné à garantir, contre les effets d’une libéralisation excessive du marché, la diversité culturelle et la capacité de nos pays à bâtir des politiques culturelles et une coopération internationales dans ce domaine.

Dans la dernière ligne droite des négociations difficiles qui se déroulent actuellement, l’engagement de tous et la voix de chacun comptent et détermineront le succès de cette entreprise commune. Je sais que nous pourrons compter sur vous. Sachez que vous pouvez compter sur la disponibilité et l’appui de l’Organisation internationale de la
Francophonie et de ses équipes à tout moment.

Je voudrais mentionner, pour terminer, la décision prise par les chefs d’Etat et de gouvernement, membres de l’Organisation internationale de la Francophonie, de faire de l’année 2006, « l’Année Léopold Sédar Senghor ». Je suis sûr que vous devinez l’importance que j’accorde personnellement et institutionnellement à cette décision.

Né à Joal en 1906, le Poète-Président Léopold Sédar Senghor est en effet un des fondateurs et de la Francophonie et de l’Organisation de l’Unité africaine. Je me suis entretenu à ce sujet avec le Président de la Commission et je me réjouis d’avance des propositions qu’il vous fera le moment venu afin d’associer l’Organisation continentale à la célébration de cet illustre africain francophone.

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