Organisation internationale de la Francophonie

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DISCOURS DE M. ABDOU DIOUF - ANDORRE, LE 20 MARS 2007

Conférence donnée par le Secrétaire général de la Francophonie à l’occasion de la Journée internationale de la Francophonie en Andorre (Principauté d’Andorre)

Je vous remercie, Monsieur le Ministre, des mots trop élogieux que vous avez eus à mon endroit. Permettez-moi, à mon tour, de vous dire combien je suis heureux d’être dans votre belle Principauté, et combien j’ai été sensible à la chaleur et la cordialité de l’accueil qui m’a
été réservé depuis mon arrivée.

Si j’ai tenu à célébrer, ici, la Journée internationale de la Francophonie, c’est aussi pour saluer, comme il se doit, l’entrée d’Andorre dans la grande famille francophone. Car je veux voir dans votre souhait de rejoindre notre communauté, l’expression renouvelée de cette
devise qui préside au destin pacifique des Andorrans depuis plus de sept cents ans :
« Virtus unita fortior ». Et cette devise, la Francophonie pourrait parfaitement la faire sienne, parce que la volonté d’unité dans le respect de la diversité, la volonté de solidarité qu’elle exprime sont aussi les maîtres mots qui guident notre réflexion et notre action.

Mais bien d’autres choses nous rapprochent. Vous vous êtes en effet attachés, de la manière la plus exigeante, à tirer toutes les conséquences des droits et des responsabilités que vous confère la Constitution adoptée en 1993. Et l’on ne peut qu’être frappé par
l’énergie et le dynamisme qui vous ont poussé, depuis lors, à devenir membre de l’ONU et de la plupart des grandes organisations internationales, mais aussi à ratifier de nombreuses Conventions. Vous nous démontrez, ainsi, de façon éclatante, qu’il n’est pas de petit Etat sur la scène internationale, et que ce qui prime, c’est la volonté de s’engager avec détermination et conviction dans les affaires du monde. Et cette volonté, nous la partageons pleinement avec vous.

Il suffit de porter notre regard quelque quarante ans en arrière. C’était, comme vous le rappeliez Monsieur le Ministre, le 20 mars 1970, à Niamey, au Niger. Le dessein lumineux, conçu par Léopold Sédar Senghor, porté, avec lui, par Habib Bourguiba, Hamani Diori, Norodom Sianouk, de rassembler 29 pays ayant le français en partage au sein d’une Agence de coopération culturelle et technique, voyait le jour.

Que de chemin parcouru depuis ! De Sommet en Sommet, de réforme en réforme, la Francophonie a su se transformer en une organisation internationale à part entière, toujours mieux connue et reconnue sur la scène internationale, une organisation qui accueille désormais 68 Etats et gouvernements, répartis sur l’ensemble des continents, une
organisation qui s’appuie sur quatre opérateurs spécialisés : l’Agence universitaire de la francophonie, TV5 Monde, l’Université Senghor d’Alexandrie et l’Association internationale des maires francophones. Une organisation qui s’appuie aussi - fait original - sur une
Assemblée parlementaire de la Francophonie, vigie de la démocratie et soutien précieux à l’action politique de notre organisation.

Cette composition fait toute l’originalité et toute la modernité de la Francophonie, en ce qu’elle l’ouvre largement sur la société civile qui est appelée à jouer un rôle toujours plus important dans l’instauration d’une démocratie mondiale. Elle témoigne, aussi, de la part
active qu’ont prise les organisations non gouvernementales, dès les années 60, dans son avènement. A cet égard, je voudrais souligner fortement, qu’en se donnant les moyens d’entrer dans la modernité, la Francophonie n’a, pour autant, jamais renoncé à son identité,
à son intégrité, à ses idéaux.

« La Francophonie, disait Léopold Sédar Senghor, est l’expression d’une certaine culture, d’un certain esprit d’humanisme, d’habitudes de penser et de réagir, une manière de poser les problèmes et d’en chercher les solutions. »

La Francophonie est plus que jamais, en 2007, l’expression d’une certaine culture autour de la langue française, l’expression d’une certaine vision de l’homme et du monde. Elle est plus que jamais manière de poser les problèmes et d’en chercher les solutions, tout en constatant malheureusement, que beaucoup de problèmes se sont aggravés au fil de ces trente sept années, et que d’autres, tout aussi préoccupants, sont venus s’y ajouter.

Certes, la menace d’une guerre mondiale, suspendue à la rupture d’équilibre entre les deux blocs, s’est éloignée, mais les crises et les conflits se sont multipliés, le plus souvent à l’intérieur même des nations.

Dans le même temps, les inégalités sont allées en se creusant entre les pays pauvres et les pays riches. Il ne suffit plus aujourd’hui de parler de crise de l’aide au développement, il faut bien plutôt parler de fracture économique, de fracture sanitaire, de fracture éducative, de
fracture numérique.

A cela est venue s’ajouter, sous l’effet de la mondialisation des moyens de communication et d’information, la menace d’uniformisation et de standardisation des imaginaires, en raison de la capacité quasi monopolistique d’entreprises globales à contrôler et à vendre le
divertissement, le rêve, les valeurs, la pensée, tandis que se faisait jour, en réaction, la tentation du repli, de l’enfermement identitaire.

Il est clair que ces problèmes, que ces enjeux de paix, de développement économique et social, de diversité culturelle sont indissociables. Et la Francophonie du troisième millénaire se devait de prendre en compte ces évolutions de la société contemporaine, sous peine de se couper des aspirations des peuples qui la composent.

C’est donc tout naturellement que la Francophonie développe désormais son action dans quatre champs prioritaires : la promotion de la langue française et de la diversité culturelle et linguistique, l’appui à l’éducation, la formation, l’enseignement supérieur et la recherche, le développement durable, et, enfin, la promotion de la paix, de la démocratie et des droits de l’Homme.

Certes, la Francophonie n’est pas l’ONU, elle n’est pas l’Unesco, elle n’est pas l’OMC. Elle n’en a ni les moyens, ni la volonté. Nous prétendons, plus modestement, pour reprendre la formule de Léopold Sédar Senghor, faire valoir une certaine manière de réagir, une certaine
manière d’appréhender les problèmes, de trouver et de proposer des solutions.

Et s’il me fallait qualifier en quelques mots, cette approche spécifique, je dirais spontanément : solidarité, complémentarité, respect des différences.

A cet égard, je crois que l’action politique et diplomatique de la Francophonie est tout à fait emblématique de notre mode opératoire, un mode opératoire qui a fait ses preuves, si l’on considère que ce volet de notre action a été mis en place lors du Sommet de Hanoï, en
1997, il y a dix ans à peine, sous l’autorité du Secrétaire général dont la fonction était créée au même moment, et qu’il s’est depuis pleinement affirmé sur la scène internationale.

C’est bien l’exigence de solidarité qui nous pousse à être présents, disponibles, engagés envers ceux de nos pays membres en situation de conflit, en sortie de crise ou en transition et à les accompagner sur le chemin long et difficile de la paix, de la démocratie, de l’Etat de
droit et des droits de l’Homme.

C’est bien le souci de complémentarité, qui nous conduit à agir seuls parfois, mais le plus souvent en collaboration avec d’autres organisations, dont l’ONU, dans les médiations que nous menons, dans les missions d’information, de contact, ou d’assistance électorale que
nous dépêchons.

C’est bien le souci du respect des différences qui nous amène à prendre en compte les réalités et les spécificités propres à chaque situation. Nous ne prétendons pas exporter la démocratie, les droits ou les libertés clefs en mains ! Nous ne prétendons pas donner de
leçons ! Nous entendons bien plutôt privilégier la concertation, les mises en réseaux, les échanges d’expériences et d’expertises dans l’appui et l’assistance que nous apportons à nos membres.

Mais entendons-nous bien ! Reconnaître que chaque chemin est différent, ce n’est pas nier, pour autant, l’universalité de l’impératif démocratique, des droits et des libertés. A cet égard,
la Francophonie peut s’appuyer, depuis 2000, sur les engagements fermes souscrits, en la matière, par ses Etats et gouvernements dans la Déclaration de Bamako, renforcée par la Déclaration de Saint-Boniface en 2006.

Solidarité, complémentarité, respect des différences sont aussi au coeur de nos actions de coopération en matière d’éducation, et de développement durable.

La solidarité, c’est rappeler, ici, que la Francophonie rassemble en son sein les pays parmi les plus riches et les pays parmi les plus pauvres de la planète. Cela nous confère des devoirs ! Le respect des différences ne saurait signifier l’acceptation résignée des disparités !
Mais il est clair que nous ne pouvons tout faire. C’est dire que nous avons opéré des choix, guidés par la raison.

Au premier rang de ces choix, les actions en faveur de l’éducation. L’éducation est un droit, le premier de tous sans doute, car nous sommes bien conscients que l’éducation est indissociable du développement. Le lieu n’est pas, ici, d’entrer dans le détail de nos
programmes en matière d’alphabétisation, de formation professionnelle, d’enseignement et d’apprentissage du français et des langues nationales, ou encore d’enseignement supérieur et de recherche, si ce n’est pour vous dire que nous intervenons en complémentarité avec
les autres partenaires bilatéraux ou multilatéraux engagés, mais aussi et surtout avec les politiques nationales, car là encore il ne s’agit pas d’imposer un modèle, mais bien plutôt d’accompagner les Etats en les aidant, aussi, à réformer, renforcer, structurer leurs
systèmes éducatifs.

C’est dans le même esprit, que la Francophonie appuie, en matière de développement durable, l’amélioration de la gouvernance économique, le renforcement des capacités, la concertation et la recherche de stratégies communes dans les grandes négociations
internationales.

Evoquant les grandes négociations internationales, je voudrais m’arrêter, pour finir, sur cette autre mission essentielle de la Francophonie, je veux parler de la promotion de la diversité
culturelle et linguistique, et rappeler, avec fierté, le rôle déterminant qu’a joué notre organisation dans les enceintes de l’Unesco en faveur de l’adoption et de la ratification de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles.

Nous avions été aux avant-postes de la réflexion, avec l’adoption, dès 2001, par les ministres francophones de la Culture, de la Déclaration de Cotonou. Et aujourd’hui, sur les 53 Etats qui ont ratifié la Convention de l’Unesco, 28 sont membres de la Francophonie. Comme vous le rappeliez, Monsieur le Ministre, Andorre est de ceux-là.

Cela étant, la bataille est loin d’être gagnée. Reste, maintenant, à veiller à la mise en oeuvre et à peser, là encore, dans les décisions et les orientations qui seront prises. C’est notre responsabilité, mais aussi notre devoir parce que nous sommes bien conscients que ce défi
ne peut être relevé seulement à l’échelon local, ni même à l’échelon national. Mais nous savons aussi que l’échelon mondial apparaît trop lointain, trop abstrait aux citoyens et aux communautés pour susciter l’adhésion et la mobilisation. Et c’est là, à mi chemin entre le « tout local » et le « tout mondial », que la Francophonie trouve sa place et sa capacité d’agir, tant à l’extérieur de son espace qu’à l’intérieur. A l’extérieur de son espace en développant, comme elle l’a fait depuis quelques années, un dialogue et une coopération étroite avec les autres grandes aires linguistiques et culturelles : l’arabophonie, la lusophonie, l’hispanophonie, le Commonwealth. A l’intérieur de son espace, surtout, car la Francophonie fait coexister et coopérer tous les continents. Elle fait coexister et coopérer les religions, les cultures, la langue française et les langues nationales.

Etre francophone, ce n’est donc pas renoncer à son identité, c’est tout au contraire être encore plus andorran, sénégalais, vietnamien, roumain, marocain, haïtien. Etre francophone, c’est vouloir construire ensemble, grâce à la langue que nous avons en partage, ce beau
dessein d’assumer l’intégralité de l’humain jusque dans ses divergences, de favoriser le besoin d’ouverture et d’enracinement de l’individu, de conjuguer harmonieusement aspiration à l’universel et diversité des peuples.

Voilà la conviction de la Francophonie. Voilà ma conviction profonde. Et cette conviction, je sais que vous la partagez. Bien plus, je sais qu’elle est au fondement même de l’histoire de la Principauté d’Andorre. Vous me permettrez-donc, en terminant, de vous souhaiter une nouvelle fois la bienvenue en Francophonie.

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