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DISCOURS DE M. ABDOU DIOUF - CAEN, LE 5 OCTOBRE 2006

Discours prononcé par le Secrétaire général de la Francophonie à l’occasion de l’inauguration des canons de Gorée au Château de Caen (France).

Il m’est particulièrement agréable de me trouver parmi vous, ici à Caen, sur cette terre normande si chère à nos coeurs de sénégalais, pour saluer avec vous, à l’occasion du centenaire du poète, le nouveau destin de ces deux canons venus de l’île de Gorée et offerts à la ville de Caen par le Président Léopold Sédar Senghor.

Léopold Sédar Senghor portait en lui toutes les beautés de l’âme africaine. Passeur de cultures et pont entre peuples par-delà les vicissitudes de l’histoire, le Poète Président a toujours exprimé, tant par son oeuvre que par son action, l’unité profonde de l’homme,
quelle que soit son origine ou la couleur de sa peau.

Né dans un siècle brutal, Léopold Sédar Senghor était sur les bancs de l’école primaire au moment du premier conflit mondial. Jeune professeur au Lycée Marcellin Berthelot à Saint-Maur-des-Fossés, il entre dans la tourmente du second conflit et fut fait prisonnier en défendant le Pont de la Charité sur Loire.
Témoin de la montée des totalitarismes, il a vécu dans sa chair les douleurs de la décolonisation et les ignominies du régime éhonté de l’Apartheid.

En dépit des souffrances qui ont jalonné la longue et douloureuse histoire de son peuple, en dépit des mille raisons de crier vengeance et haine, Léopold Sédar Senghor a toujours préféré entonner la prière de paix et de pardon. Tout en lui le porte toujours à trouver dans
le dialogue des peuples et des cultures l’instrument idéal de rédemption.

Seigneur Dieu, pardonne à l’Europe blanche !
Et il est vrai que pendant quatre siècles de lumières
Elle a jeté la bave et les abois de ses molosses sur mes terres
Et les chrétiens, abjurant Ta lumière et la mansuétude de Ton coeur
Ont éclairé leurs bivouacs avec mes parchemins…
Leur poudre a croulé dans l’éclair la fierté des tatas et des collines
Et leurs boulets ont traversé les reins d’empires vastes comme le jour clair…
Mesdames, Messieurs, ces paroles sont celles de Senghor dans sa Prière de Paix, poème dédié à Georges et Claude Pompidou.

Or donc nous voici devant ces canons qui ont craché la poudre et les boulets, ces canons qui sont passés du feu de la haine à la lumière de la paix.

Le génie et la générosité du poète, liés par sa foi profonde, ont permis cette transmutation qui fait que ces deux canons, symbole de l’amour de la puissance et de la domination, deviennent aujourd’hui l’image même de la puissance de l’amour et de la fraternité.

Puissent ces deux pièces, dessous l’arc-en-ciel de leur paix, maintenir et renforcer l’amitié entre les deux patries de Léopold Sédar Senghor pour que vive sa Francophonie, notre Francophonie qu’il a toujours voulu comme un humanisme intégral qui se tisse autour de la terre.

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