Organisation internationale de la Francophonie

  • Lettre d’information
  • English

DISCOURS DE M. ABDOU DIOUF - ECULLY, LE 13 JUIN 2006

Discours du Secrétaire général de la Francophonie à l’occasion de l’Assemblée générale de la Fondation Paul Bocuse à Ecully (France).

Vous le savez, j’ai été très sensible à l’honneur que vous m’avez fait en me proposant la présidence d’honneur de votre Fondation. Assuré du plein succès de votre entreprise, j’ai été heureux et fier d’y être associé.

Aujourd’hui je suis doublement heureux d’avoir pu me rendre à votre invitation et de prendre part à votre Assemblée générale. Je salue tout particulièrement Monsieur Jean Fleury, votre Président, qui a tout fait pour que la rencontre entre la Fondation et la Francophonie ait bien lieu, Monsieur Hervé Fleury, Directeur de l’Institut qui l’a accompagné dans ce travail et bien entendu Monsieur Paul Bocuse qui est à l’origine de toute cette belle entreprise et dont nous saluons l’immense talent.

C’est à nouveau pour moi l’occasion de dire combien je partage les idéaux qui vous animent : avant tout celui de l’excellence, ensuite celui de la mise en valeur des traditions, enfin le respect des produits.

L’excellence en premier lieu, qui tient au goût de la belle ouvrage.
Il y a une excellence qui est pure froideur technicienne, dure habileté en quête d’un geste spectaculaire et sans profondeur. Cette excellence engendre à la longue l’uniformisation : elle est affaire de gabarit excluant toute interprétation, de machine bien réglée et non d’homme prêt aux surprises du hasard.

Celle que vous défendez, c’est l’excellence des compagnons du Tour de France et des meilleurs ouvriers de France, celle qui recherche un équilibre entre la connaissance pratique et son expression théorique, entre la transmission d’un tour de main et l’analyse du savoir qui le fonde, entre les formes acquises et les découvertes. Elle repose sur la patience, le temps apprivoisé, réconciliant l’intuition de l’instant critique et le sens de la durée. Elle témoigne de la continuité entre les
générations, de la conscience que nous sommes tous le fruit d’une histoire faite de multiples influences et de l’inéluctabilité du changement.

Or, je ne me lasserai jamais de le redire, la Francophonie défend la diversité et une universalité faite de la reconnaissance des différences, fondée sur l’échange entre les cultures propres à chacun de ses membres et à tous ceux qui veulent entrer en amitié avec eux.

Nous ne pratiquons pas ce culte des traditions qui s’appelle le folklore –
l’apparence de la diversité au service de la globalisation touristique -. Nous voulons une tradition vivante, inscrite dans la vie quotidienne, afin d’en recevoir le meilleur, de dominer la banalité et l’ennui pour féconder l’avenir.

La Francophonie ne regarde pas vers le passé, vers un supposé âge d’or où le français régnait sur les autres langues ; elle n’est pas la défense crispée d’une exception linguistique ou culturelle, comme a pu le faire penser une formule inventée dans l’urgence et désormais abandonnée. Elle refuse le repli sur soi. Elle est ouverture, déploiement d’une universalité riche de nos multiples différences et des échanges qui doivent se multiplier entre nous.

Parmi ses traditions, il y a celle de l’accueil et du partage, celle des nourritures essayées en commun et organisées en une vaste palette de plaisirs. Qui ne sait ici que la cuisine française a conquis sa place en sachant marier la mémoire des terroirs et la découverte de nouveaux produits, de nouveaux univers d’odeurs et de saveurs ? Le respect des produits, qui ne va pas sans curiosité, est la base de toute tradition et de toute innovation : la connaissance de leurs caractères, de leur
genèse et de leur évolution permet de redonner vie à de très anciennes recettes autant que de susciter des accords inconnus et pourtant irréfutables. De là l’importance d’une question actuellement largement débattue, celle des origines géographiques. Ces indications ne sont pas la marque d’un repli protectionniste, d’une peur devant l’ouverture et l’échange ; elles témoignent au contraire de la vigueur d’une histoire et de la variété nécessaire des produits commercialisés.

Ce respect du produit est également à l’origine du maintien de l’ensemble des métiers visant à l’excellence. Une longue chaîne se construit et se pérennise, qui va du vigneron au grand vin accompagnant un repas de fête, du meunier au pain,
de l’éleveur et du maraîcher aux plats les plus habituels. Et les grands mets sont ainsi le couronnement d’une habitude de ne manger que le meilleur, fût-ce une simple salade. Qu’un maillon disparaisse et c’est l’ensemble qui succombera à l’uniformité et à la médiocrité.

Des Fondations telles que la vôtre ont un rôle essentiel à jouer, celui de passeur et d’interprète. Elles offrent la possibilité de s’adapter à des contextes différents, sans céder à la facilité et aux automatismes des institutions administratives.
Connaissant la logique de l’entreprise et du profit, mais dégagées de la tyrannie du court terme, des contraintes du spectacle, elles deviennent ces lieux de rencontre et de dialogue où se créent de nouvelles solidarités.

Fortes d’un travail sur la durée et d’objectifs partagés, elles sont le creuset de communautés d’acteurs voués non à un repli craintif sur des acquis toujours menacés, mais à la conquête d’horizons nouveaux et à la création de notre avenir.
et complémentaires.

Documents à télécharger

Haut de page

COORDONNÉES


© 2013 Organisation internationale de la Francophonie
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d'intérêts.     En savoir plus...Fermer