Organisation internationale de la Francophonie

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DISCOURS DE M. ABDOU DIOUF - MONTRÉAL, 25 MARS 2009

Discours prononcé par le Secrétaire général de la Francophonie lors du Conseil des Relations internationales de Montréal (CORIM).

Permettez-moi toute d’abord de remercier le Ministre Pierre Arcand, pour ces propos empreints de chaleur et d’amitié qui me touchent profondément. Croyez bien que c’est pour moi, tout à la fois un honneur et un plaisir que d’être parmi vous, aujourd’hui, d’abord parce que je me sens un peu chez moi au Québec. Sans doute parce que le Québec incarne, d’une certaine manière, la quintessence des potentialités de la Francophonie, en nous démontrant que l’on peut commercer, enseigner, s’informer, créer, vivre en français, dans un océan anglophone, tout en restant dynamique, compétitif, imaginatif, que l’on peut s’ouvrir au monde et être ouvert au monde sans renier son identité. Et Montréal, ville internationale, en est, Monsieur le Maire, le symbole éclatant. Le plaisir, c’est aussi celui de pouvoir, dans quelques instants, dialoguer avec vous, un plaisir que je dois à votre Président-Directeur général, Monsieur Pierre Lemonde, et je l’en remercie très chaleureusement. Mais avant notre échange, je souhaiterais vous exposer les grands axes qui guident l’action de la Francophonie, quelques mois après le Sommet de Québec, un Sommet mémorable à maints égards, un Sommet placé sous le signe de l’innovation, de l’exigence et de l’ambition.

Mesdames, Messieurs,
« Il faut, disait Georges Clémenceau, savoir ce que l’on veut. Quand on le sait, il faut avoir le courage de le dire ; quand on le dit, il faut avoir le courage de le faire. »

Cette affirmation, me semble-t-il, rend bien compte des étapes successives qui ont conduit la Francophonie à être ce qu’elle est aujourd’hui.

Certes, nous avons toujours su ce que nous voulions. Nous voulons, comme aux premiers jours, être une communauté fondée sur le partage de la langue française, au service de la solidarité et de la coopération, au service d’une civilisation de l’Universel. Mais nous voulons, aussi, être une organisation internationale moderne, susceptible de proposer des réponses aux défis d’aujourd’hui et aux enjeux de demain. Il était donc indispensable que nos aspirations et nos missions évoluent en même temps que le monde.

Il fallait que nous nous engagions en faveur du développement durable dans ceux de nos pays membres les plus démunis, et que nous ayons le courage de dire que nous refusons la mondialisation à deux vitesses, que nous refusons d’assister, dans l’indifférence et la résignation, à l’aggravation des fractures entre les pays pauvres et les pays riches, que le budget alloué à l’aide au développement ne saurait pâtir de la faillite du système financier international.

Il fallait que nous nous engagions en faveur de l’éducation, de la formation, de l’enseignement supérieur et de la recherche et que nous ayons le courage de dire que maintenir la moitié de l’humanité dans l’analphabétisme, c’est priver des centaines de millions d’hommes, et surtout de femmes, du plus élémentaire des droits, c’est condamner leur développement et leur avenir, et par là-même celui de leur pays, de leur région, de leur continent.

Il fallait que nous apportions notre contribution à la vague de démocratisation de ces dernières années, à la promotion des droits de l’Homme, mais aussi à la résolution des conflits qui se sont multipliés à l’intérieur même des nations et que nous ayons le courage de dire, qu’il ne saurait y avoir deux poids deux mesures, au nom de tel intérêt stratégique ou économique, que tous les manquements à l’Etat de droit, que toutes les violations des droits de l’Homme, que toutes les vies se valent et méritent l’attention de la communauté internationale.

Il fallait, que nous nous engagions en faveur du respect de la diversité de toutes les langues et de toutes les cultures et que nous ayons le courage de dire que ce serait porter atteinte à la richesse du patrimoine de l’humanité, à la démocratie internationale et à la paix que de confier à une hyper culture, à une hyper langue le soin d’exprimer les avancées scientifiques, de formuler les normes, de véhiculer la pensée, l’information, le divertissement et le rêve, en d’autres termes de dire le Monde.

Mesdames, Messieurs,
Vous le voyez, nous savons ce que nous voulons, nous avons le courage de le dire dans les plus hautes instances internationales, et ce sont ces engagements, ces revendications que les chefs d’Etat et de gouvernement nous ont donné mandat d’approfondir lors du dernier Sommet à Québec.

Mais je voudrais à ce stade compléter quelque peu l’affirmation de Georges Clémenceau, car il ne suffit pas, me semble-t-il, d’avoir le courage de dire ce que l’on veut au reste du monde, il faut aussi avoir le courage de dire les choses entre nous.

La langue française est le ciment de notre coopération, mais elle incarne aussi un système de valeurs, celui que nous entendons défendre à l’échelle du monde. C’est dire que la logique voudrait que l’on parle français en Francophonie, pourtant cela ne va pas de soi. Cela m’a conduit à proposer, à Québec, aux chefs d’Etat et de gouvernement, qui l’ont entérinée, la mise en place des pactes linguistiques avec ceux de nos pays membres qui le souhaitent.

Nous devons, de la même manière, être exemplaires sur la scène internationale. Les succès – je pense singulièrement au Grand événement francophone que nous avons organisé en marge des jeux olympiques de Pékin – ne doivent pas occulter les défis qu’il nous faut encore relever, notamment au sein des organisations internationales où le statut de langue officielle ou de travail du français est menacé.

Il faut avoir le courage de dire, entre nous, que tous les représentants ou fonctionnaires de nos pays membres en poste dans les organisations internationales ne jouent pas le jeu, et qu’ils sont nombreux à choisir de s’exprimer en anglais quand rien, ni personne ne les y oblige.

Il faut avoir le courage de dire, entre nous, que tous nos pays membres ont adopté à Bucarest un vade mecum précisant les conditions d’emploi du français dans les organisations internationales, mais que la pratique ne reflète pas l’unanimité qui s’est dégagée lors de l’adoption de ces principes.

Il faut savoir ce que l’on veut. Quand on le sait, il faut avoir le courage de le dire ; quand on le dit, il faut avoir le courage de le faire.

Ce courage dans l’action, nous l’avons, et c’est ce qui nous a conduits à entreprendre une ambitieuse réforme de nos modes de gestion et de fonctionnement, sous la houlette efficace et talentueuse de l’Administrateur Clément Duhaime, pour plus de rigueur, de transparence et d’efficacité. C’est ce qui nous a conduits, aussi, à vouloir resserrer nos programmes et à hiérarchiser nos priorités. C’est ce qui nous a conduits à développer des synergies entre l’OIF et les opérateurs spécialisés - l’Agence universitaire, TV5, l’Association internationale des maires francophones, l’Université Senghor d’Alexandrie, - ainsi qu’avec l’Assemblée parlementaire de la Francophonie et les Conférences ministérielles sectorielles. Synergies et complémentarités que les chefs d’Etat et de gouvernement, réunis à Québec, nous ont demandé d’inscrire au rang des priorités de la nouvelle programmation que nous soumettrons aux ministres à l’automne. C’est ce qui nous a conduits, enfin, à renforcer toujours plus notre coopération avec l’ONU, le Commonwealth, l’Union européenne, l’Union africaine, la Ligue des Etats arabes ou encore les autres grands espaces linguistiques que constituent l’hispanophonie, la lusophonie et l’Union latine.

Nous devons, certes, être plus ambitieux encore, mais les résultats sont déjà là.

Je pense, par exemple, en matière de développement durable, à la formation de milliers d’experts du Sud aux négociations commerciales internationales, tant dans le cadre de l’OMC, que dans celui des accords de partenariat économique entre les pays ACP et l’Union européenne. Je pense à notre Système d’information mondial francophone pour le développement durable – Mediaterre -, géré par l’Institut de l’Environnement de Québec, qui attire plusieurs millions de visiteurs par an.

Je pense, en matière d’éducation et d’enseignement supérieur, à notre ambitieux projet de formation à distance des enseignants du primaire, à la mise en réseau, par l’Agence universitaire, de centaines d’universités bien au–delà de l’espace institutionnel francophone, aux milliers de bourses qu’elle octroie, chaque année, à des étudiants, des enseignants, des chercheurs.

Je pense, en matière politique et diplomatique, à nos actions pour renforcer l’Etat de droit, consolider les processus démocratiques, promouvoir les droits de l’Homme au sein de nos Etats membres, dans un esprit constant d’écoute et de dialogue. Je pense à notre contribution à la prévention et au règlement pacifique des conflits, mais aussi à l’accompagnement que nous fournissons aux pays en sortie de crise ou en transition.

Je pense, en matière de promotion du français, aux milliers de diplomates et de fonctionnaires que nous formons au sein de l’Union européenne. Je pense à nos efforts pour assurer la présence du français sur l’Internet, ou à notre projet de Bibliothèque numérique francophone.

Je pense, en matière de diversité culturelle, à notre mobilisation exemplaire, pour l’adoption et la ratification de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles à l’Unesco. Je pense à notre mobilisation en faveur de la circulation et de la promotion des artistes et de leurs œuvres, au soutien technique et financier que nous apportons aux entreprises culturelles du Sud.

Mesdames, Messieurs,
Vous le voyez, nous savons ce que nous voulons, nous avons le courage de le dire et de le faire, mais ce que nous voulons, nous ne le voulons pas pour nous-mêmes, nous le voulons pour l’humanité souffrante. Et par-delà la volonté et le courage qui nous animent, il y a aussi la conscience, que « la vraie générosité envers l’avenir, comme le disait Albert Camus, consiste à tout donner au présent. »

Je vous remercie.

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