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DISCOURS DE M. ABDOU DIOUF - NEW YORK LE 28 MARS 2008

Allocution prononcée par le Secrétaire général de la Francophonie lors de la Cérémonie de remise du prix Léopold Sédar Senghor par la Société des professeurs français et francophones d’Amérique à New York (USA)

Je veux, avant toute chose, exprimer mes très vifs remerciements à la Société des Professeurs français et francophones d’Amérique et à tous ses membres pour m’avoir fait l’honneur de m’attribuer cette distinction qui porte le nom d’un illustre homme qui - vous l’avez rappelé Monsieur le Président, et je vous en remercie - a joué un rôle essentiel dans ma vie d’homme.

C’est donc avec bonheur et fierté que je reçois ce prix Léopold Sédar Senghor, un prix qui, à travers ma personne, récompense l’Organisation internationale de la Francophonie que l’ai l’honneur de diriger et qui, au cours de l’année 2006, dans tout l’espace francophone, sur les cinq continents, a salué la vie et l’oeuvre de cette grande figure intellectuelle et politique qui fut à l’origine de sa belle et noble aventure,
et grâce à laquelle, bien des vocations francophones se sont découvertes et affermies. C’était à l’occasion des festivités organisées pour le centenaire de sa naissance.

C’est aussi par ce pionnier et bâtisseur que nous avons compris à quel point la Francophonie pouvait être une idée de grande modernité et de forte utilité, tant notre monde a besoin de liberté pour asseoir le nécessaire respect des identités pour la fraternité des cultures par la protection et la promotion de la diversité de leurs expressions.

Or donc, célébrer Léopold Sédar Senghor sur cette terre américaine chargée d’histoire et le faire dans cette ville de New York qui lui a inspiré l’un de ses plus beaux poèmes, offre au disciple que je suis, l’occasion d’exprimer ses sentiments d’admiration et de respect à celui qui fut son maître et illustre prédécesseur à la tête du Sénégal.

Mesdames, Messieurs, Membres de la Société des professeurs français et francophones d’Amérique, comme vous, Léopold Sédar Senghor, homme d’Etat, chantre de la Négritude et théoricien du dialogue des cultures, était aussi un enseignant.

Oui, il était tout cela et bien d’autres choses encore ! Mais il était d’abord et avant tout un poète, c’est-à-dire un voyant comme disait
Rimbaud, un homme doté du sens de l’anticipation, je veux dire un visionnaire. Si j’ai tenu à invoquer le poète c’est certes pour rester fidèle à une hiérarchie qu’il avait lui-même établie mais c’est pour mieux revenir à vous et à ce qu’il fut sa vie durant, dans ses multiples légitimités, c’est-à-dire un enseignant.

Cette seule dignité – celle de l’éducateur – aurait suffi à expliquer pourquoi votre Société de Professeurs, en cette période si incertaine mais si prometteuse de la marche du monde, a tenu à créer un Prix Senghor pour, comme vous le dites, récompenser des personnalités qui se sont distinguées dans le domaine de la Francophonie, cette Francophonie si chère à cet enseignant qui a fortement marqué
l’histoire de notre époque et qui continuera longtemps encore de fasciner des générations, pour qui son nom, celui d’un grand poète et d’un grand homme d’Etat, est symbole de générosité, de dialogue et d’espoir.

Or donc, Mesdames, Messieurs, vous l’aurez compris, c’est avec une grande joie et un profond sentiment de fierté que je reçois le Prix Senghor, ici à New York, cette ville que Senghor a tant aimée, cette ville au carrefour des races et des couleurs, des rythmes et des mélodies, cette ville au carrefour de la fécondante complémentarité du
brassage des diversités qui s’y croisent et s’y entrecroisent.

New-York avec ses grandes filles d’or aux jambes longues, dont les têtes foudroient le ciel, New York avec ses gratte-ciel qui défient les cyclones sur leurs muscles d’acier et leur peau patinée de pierres.

Vous l’aurez compris, j’ai cité le poète qui, après avoir visité Harlem bourdonnant de bruits de couleurs solennelles et d’odeurs flamboyantes, avait invité New York à laisser affluer le sang noir dans son sang pour qu’il dérouille ses articulations d’acier, comme une huile de vie. Qu’il donne à ses ponts la courbe des croupes et la
souplesse des lianes. Et, puisant dans sa vaste culture fortement empreinte d’une grande connaissance des Ecritures saintes, Léopold Sédar Senghor s’adressant toujours à New York lui annonce que : Voici revenir les temps très anciens, l’unité retrouvée la réconciliation du Lion, du Taureau et de l’Arbre.

Par ce beau vers et par cette image biblique, Léopold Sédar Senghor, fidèle à luimême et à ce qui fut le combat de toute sa vie, prêche la réconciliation et la concorde des hommes par cette idée du métissage biologique et culturel qui lui était si chère.

N’est-ce pas cela, aussi, tout le combat de la Francophonie !

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