Organisation internationale de la Francophonie

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DISCOURS DE M. ABDOU DIOUF - PARIS, LE 6 MAI 2008

Allocution prononcée par le Secrétaire général de la Francophonie à l’occasion des travaux de la 13e Conférence stratégique de l’Institut de relations internationales et stratégiques sur "l’avenir de la Francophonie"

L’Institut de relations internationales et stratégiques a choisi de mettre la Francophonie à l’honneur. Dire que j’y suis sensible n’étonnera personne, dans la mesure où la qualité de la réflexion et du dialogue que vous développez au sein de cet Institut, Monsieur le Directeur,
n’est plus à démontrer. Et je tenais à vous remercier chaleureusement d’avoir souhaité confier à l’analyse des éminentes personnalités, qui participeront aujourd’hui et demain aux débats, l’avenir de la Francophonie. Je ne doute pas que notre organisation saura en tirer
toute la substantifique moelle. Je voudrais dire, également, combien la présence du Secrétaire d’Etat à la coopération et à la Francophonie, Alain JOYANDET, nous honore. Je sais, Monsieur le Secrétaire d’Etat, l’intérêt convaincu et énergique que vous portez à notre
mouvement et la Francophonie sait qu’elle peut compter sur la France.

On ne saurait envisager l’avenir de la Francophonie en la dissociant de celui du monde. Ce serait tout à la fois une erreur de perception et de stratégie.

Erreur de perception, tout d’abord, parce qu’aujourd’hui déjà la Francophonie est résolument ancrée dans les réalités du monde contemporain, pleinement consciente des enjeux et des
défis auxquels nous confronte la mondialisation.
Erreur de perception, ensuite, parce que la Francophonie aujourd’hui déjà n’est pas une organisation qui vit en autarcie, mais une organisation qui travaille en étroit partenariat avec l’ONU, l’Union européenne, l’Union africaine, le Commonwealth ou la Ligue des Etats arabes ainsi qu’avec les autres aires linguistico-culturelles.

Erreur de stratégie, enfin, parce que les missions de la Francophonie devront continuer à évoluer avec le monde, et que nous ne savons pas, aujourd’hui, ce que sera le contexte demain.

Les organisations internationales, qui connaissent depuis quelques années déjà, une crise de légitimité et de fonctionnement, au premier rang desquelles l’Organisation des Nations unies, seront-elles encore des acteurs influents des relations internationales ? Le multilatéralisme,
auquel la Francophonie est fondamentalement attachée, sera-t-il encore de mise dans les relations entre Etats ? Bien plus, quelles seront les prérogatives de l’Etat nation face à la diversification et à la multiplication des lieux de pouvoir transnationaux ?

« Un bon politicien, disait Winston Churchill, est celui qui est capable de prédire l’avenir et qui, par la suite, est également capable d’expliquer pourquoi les choses ne se sont pas passées comme il l’avait prédit. »

Cela étant, prédire l’avenir même, est de plus en plus difficile, et l’histoire de ces dernières décennies nous invite à la prudence et à l’humilité.

En effet, qui aurait pu prévoir la chute, en l’espace d’une nuit, du Mur de Berlin, la fin de la Guerre froide, l’effondrement des idéologies, la disparition de la bipolarité au profit d’une unique hyper puissance, largement tentée par l’unilatéralisme, dans un contexte de micro
polarités encore en gestation ?

Qui aurait pu prévoir que l’humanité, sortie endeuillée comme jamais de deux guerres mondiales meurtrières, continuerait à se déchirer dans des conflits intraétatiques, que l’humanité traumatisée par la Shoah laisserait se perpétrer un génocide au Rwanda, et
aujourd’hui au Soudan ?

Qui aurait pu prévoir la globalisation de pans entiers de l’activité humaine sous le coup de la mondialisation ?

Nul n’est en mesure, donc, de dire ce que sera la géographie et l’histoire du monde de demain, ce que seront les équilibres géopolitiques et les relations internationales, ce que seront les grandes utopies, ce que sera l’état de la planète.

Tout au plus pouvons-nous, en l’état actuel des choses, revendiquer une forme de gouvernance planétaire soucieuse de maîtriser la mondialisation, de démocratiser la gestion des biens communs de l’humanité, de concilier progrès et solidarité, universalité et respect
des différences, tout en travaillant à son instauration. Et c’est bien cette vision de l’homme et du monde que prône la Francophonie, et qu’elle entend contribuer à concrétiser.

La Francophonie, donc, peut et doit envisager son avenir avec confiance et ambition.

D’abord parce que, quelque quarante ans après sa création, le bilan est incontestable. Elle a su se réformer, préciser ses missions pour mieux les adapter aux besoins des populations de ses Etats membres, mais aussi aux réalités de la société contemporaine, qu’il s’agisse de
ses programmes en faveur de l’éducation, de l’enseignement supérieur, de la recherche ou du développement durable. Elle a su se doter de textes normatifs de référence exigeants qui viennent encadrer son action, désormais internationalement reconnue, au service de la
démocratie, des droits de l’Homme et de la paix. Elle a su créer des relations de travail suivies avec les autres organisations régionales et internationales, mais aussi avec les autres grandes aires linguistiques. Elle a su tisser un réseau sans pareil de solidarités de l’esprit, d’expériences partagées, associant, au-delà des Etats, les organisations non gouvernementales, les acteurs de la société civile, les intellectuels, les experts. Lieu de dialogue sans exclusive, elle a su enraciner les concertations entre ses Etats et gouvernements, pour mieux s’imposer comme une force de propositions, pour mieux
exercer sa magistrature d’influence dans les instances internationales.
Nous devons, certes, aller plus loin, rechercher toujours plus l’efficacité et la cohérence dans la mise en oeuvre de notre coopération multilatérale, en évitant la dispersion ou l’accumulation de projets, en nous assurant des financements innovants, en encourageant
les synergies, tant au sein de nos structures qu’avec nos partenaires extérieurs, en mettant en place une véritable culture de l’évaluation et du résultat. Nous y travaillons d’ores et déjà très activement.

Conjuguons toujours mieux notre rôle d’agitateur d’idées et de catalyseur de projets.

Revendiquons, sans complexes, notre statut d’organisation internationale, parce que les organisations internationales demeurent les mieux à même d’élaborer des normes communes, de développer un état de droit international fondé sur les droits de l’Homme et
les droits sociaux, la protection de l’environnement, l’éthique des affaires, la diversité culturelle. Elles sont les mieux à même de gérer et d’encadrer notre interdépendance croissante, tant en termes de coordination, que de négociation ou d’institutionnalisation. Bien
plus, elles sont les seules à pouvoir réaliser cette nécessaire synthèse entre des conceptions, des intérêts nationaux souvent divergents, condition préalable à toute politique véritablement multilatérale.

Tirons le meilleur parti de notre singularité. Nous sommes l’une des rares organisations à toucher aux confins des cinq continents, à asseoir à la même table des pays parmi les plus riches et parmi les plus pauvres de la planète, dans un total respect de ce principe du droit
international trop souvent bafoué : « Un Etat, une voix ».

Nous sommes la seule organisation à accueillir, à côté des États souverains, des gouvernements participants.
Nous sommes, enfin, la seule organisation à associer statutairement les universitaires, les maires de grandes villes, les parlementaires de nos Etats et gouvernements, et même un média, TV5, préfigurant ainsi ce que devrait être un fonctionnement véritablement démocratique des organisations internationales de demain.

Tirons le meilleur parti de notre originalité. Nous sommes la seule organisation, parvenue à cet état d’achèvement, à s’être construite autour du partage d’une langue et de valeurs. Et l’on voit bien que cette forme d’association tend à s’imposer autour d’autres langues,
d’autres cultures, tant la culture est devenue un enjeu éminemment politique, bien plus un enjeu pour la sécurité et la paix, tant la culture et le dévoiement que certains en font pourraient nous faire basculer dans un affrontement identitaire à l’échelle du monde.

Cessons, donc, de nous interroger sur notre raison d’être, notre spécificité ou notre plusvalue.

Car nous restons fidèles à notre vocation quand, au nom du respect de la diversité linguistique et de la démocratisation des relations internationales, nous nous attachons à promouvoir la langue française, et plus largement le plurilinguisme dans les organisations
internationales, ou dans le Mouvement Olympique.

Nous assumons nos responsabilités quand nous oeuvrons de façon déterminée, aux côtés de l’ONU et des Organisations régionales, à faire, désormais, de l’alerte précoce et de la prévention des conflits, une réelle priorité dans le continuum de la paix. Qu’il s’agisse de la
prévention structurelle à long terme par la consolidation généralisée de l’Etat de droit et de la démocratie, qu’il s’agisse, encore, de la prévention immédiate par le renforcement d’initiatives diplomatiques concertées, en alliant, tout à la fois, respect de la souveraineté et
accompagnement modulé de l’application des textes normatifs et des engagements souscrits par nos Etats et gouvernements dans ces domaines.

Nous sommes dans notre rôle quand, au nom de la solidarité, nous nous engageons en faveur de l’éducation de base pour tous, en faveur de la circulation des étudiants et des chercheurs du Sud, en faveur de l’accès au savoir par tous.

Nous sommes dans notre rôle quand, au nom de la solidarité, nous formons les experts des pays du Sud afin qu’ils puissent faire entendre leur voix et défendre leurs intérêts dans les négociations commerciales internationales ou dans les grandes conférences sur l’environnement et le développement durable.

Nous sommes dans notre rôle quand, au nom de l’égale dignité de toutes les cultures, nous favorisons la circulation des artistes et des oeuvres au sein et au-delà de l’espace francophone.

Nous préparons l’avenir quand, au nom d’un dialogue équilibré et apaisé entre toutes les cultures, nous nous engageons en faveur de l’adoption de la Convention sur la diversité culturelle.

Nous préparons l’avenir quand nous nous mobilisons pour que la diversité culturelle et linguistique soit l’un des principes structurants de la société de l’information, quand nous accompagnons les initiatives de numérisation des patrimoines culturels francophones,
quand, au nom d’un progrès équitablement partagé, nous favorisons l’accès du plus grand nombre au savoir numérique.

Alors allons de l’avant ! Concentrons-nous sur nos métiers, notre expertise, nos valeurs.

Cela étant, je voudrais vous dire, que ce qui constitue la Francophonie, ce n’est pas seulement le partage d’une langue et de valeurs, ce n’est pas seulement l’appartenance à une organisation commune, c’est d’avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé, et de vouloir en faire encore dans l’avenir.

En d’autres termes, c’est de notre volonté de développer la Francophonie que dépendra aussi son avenir. Mais cela ne saurait suffire, car, en dernière analyse, rien ne sera possible sans l’engagement et le soutien déterminé des Etats et gouvernements, sans
l’adhésion et l’appui, surtout, des citoyennes et des citoyens. Alors, s’il est utile que nous réfléchissions entre nous, que nous débattions entre francophones convaincus de l’avenir de la Francophonie, il faut aussi que chacun soit persuadé, dans le même temps, de la nécessité d’exercer son militantisme partout et en toutes circonstances,
singulièrement hors des enceintes traditionnelles de notre mouvement. Car, entre le passé où sont nos souvenirs et l’avenir où sont nos espérances, il y a le présent où sont nos devoirs. Et nous avons incontestablement le devoir de préparer le rayonnement de
la Francophonie de demain, en contribuant à faire toujours mieux connaître la Francophonie d’aujourd’hui.

Je vous remercie.

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