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DISCOURS DE M. ABDOU DIOUF - PORT-VILA, LE 25 NOVEMBRE 2006

Discours prononcé par le Secrétaire général de la Francophonie lors de l’inauguration de l’Avenue Senghor à Port Vila (Vanuatu)

Nous voici réunis ici à Port Vila, presque à l’opposé du Sénégal pour baptiser du nom de Léopold Sédar Senghor cette avenue du centre ville.

Dans le courant de l’année 2006, année du centenaire de sa naissance, beaucoup de lieux urbains à travers le monde – places, rues, avenues ou ponts - ont été ainsi baptisées, que ce soit au Québec, à Paris, en Afrique ou en Louisiane.

Alors que nous approchons de la fin de cette année de célébration, je suis particulièrement heureux que vous m’ayez fait l’honneur et le plaisir d’attendre ma venue dans votre pays pour, à votre tour, honorer le poète-Président.

Ce faisant, vous honorez un homme aux multiples dimensions, habité dés 1930 par deux idées : celle de la négritude et celle de la Francophonie. Défenseur de la dignité et de l’indépendance des pays africains, il est aussi le premier des pères fondateurs de la
Francophonie, un des poètes majeurs du XXème siècle, un penseur et un humaniste. Il a bien sûr été un homme politique averti, député et ministre français, premier Président de mon pays, le Sénégal. Il fut aussi un membre studieux de l’Académie française, vigilant dans la défense d’une langue française qui était pour lui un trésor conquis de
haute lutte.

Tout dernièrement, en octobre, je me suis rendu à Verson, village natal de Madame Colette Senghor, son épouse, en Basse-Normandie, pour inaugurer le Mémorial SENGHOR. C’est là-bas que Senghor s’est installé lorsqu’il a volontairement quitté le pouvoir en 1980 jusqu’à la fin de ses jours. Enfant issu du village de Joal, en pays sérère, il a toujours su allier une double culture.

Si je devais choisir, ici et aujourd’hui, des dates dans la vie de Senghor, j’en retiendrai quatre.

En 1928 Senghor arrive à Paris pour poursuivre ses études supérieures au Lycée Louis-Le-Grand, après des études primaires et secondaires au Sénégal : c’est là qu’il fait la connaissance de Georges POMPIDOU, futur président de la République française et un ami en tous temps fidèle, puis qu’il rencontre également d’autres futurs créateurs, comme Aimé Césaire, Léon Gontran Damas, qui partagent avec lui et approfondissent l’idée de négritude.

En 1945, après une vie de professeur en France, à Tours, puis dans la banlieue de Paris, il est élu député du Sénégal, siège qu’il ne quittera que pour celui de la Présidence de son pays devenu indépendant. Il s’engage pleinement dans l’action politique au service d’une haute idée de l’Afrique et de son intégration dans le monde moderne.

En 1960 il devient le premier Président de la République du Sénégal, façonnant son pays en tenant compte à la fois de ses propres idéaux et des réalités sociales, économiques et culturelles, pratiquant ce qu’il a appelé le « compromis dynamique » et donnant à sa patrie un rôle international bien supérieur à son rang démographique et
économique.

Enfin, en 1983, m’ayant depuis 1980 confié la lourde charge de présider au destin du Sénégal, il est élu membre de l’Académie française et se consacre pleinement à l’achèvement de son oeuvre et à la langue française, dont il défend passionnément le rôle universel et les valeurs qu’elle porte.

Senghor était convaincu de la réalité de la civilisation de l’universel. Celle-ci passait pour lui par le respect de l’Autre et de grandes valeurs, la solidarité, la fraternité, la diversité, le dialogue, le droit, mais aussi par la vigilance envers l’universalité des langues : ainsi au Sénégal furent enseignés dans le secondaire et le supérieur le latin,
le grec et l’arabe et, sous son impulsion, l’Université de Dakar créa des départements d’arabe, d’allemand, des langues romanes, de linguistique générale et des langues négro-africaines.

Assuré qu’il faut installer un enfant dans sa langue maternelle avant de le faire accéder aux langues de portée internationale, Senghor a également voulu développer l’alphabétisation dans son pays et s’attela à la transcription des langues locales, dont six reçurent, dans la Constitution, le statut de langues nationales.

C’est cela, tout autant que la mise en place d’une vie politique démocratique et d’un état de droit effectif, qui a valu au Sénégal son rayonnement incomparable et à Senghor de figurer dans toutes les mémoires en Francophonie.

Pour conclure, je souhaite que cet hommage que nous lui rendons en rappelant son nom dans nos villes et nos cités ne soit pas une simple salutation à un grand défunt, mais qu’il nous rappelle selon quels idéaux il a vécu et nous entraîne à les vivre à notre tour, à notre façon, dans notre langue et dans notre culture.

Je vous remercie de votre attention.

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