Organisation internationale de la Francophonie

  • Lettre d’information
  • English

DISCOURS DE M. ABDOU DIOUF - QUÉBEC, LE 18 OCTOBRE 2008

Rapport du Secrétaire général au XIIe Sommet de la Francophonie.

Au moment de vous faire rapport sur l’exécution du mandat que vous m’avez confié, je voudrais vous redire combien je suis fier, après bientôt six ans, d’exercer les responsabilités de Secrétaire général de la Francophonie, sans doute parce que j’ai la conviction, comme j’ai eu l’honneur de vous le dire hier, que le mouvement que nous incarnons a vocation à jouer un rôle toujours plus important dans un monde en proie à des mutations inédites et contraint à en tirer au plus vite toutes les conséquences. Le monde bouge, la Francophonie aussi. C’est de ces changements dont je voudrais essentiellement vous faire
part, aujourd’hui, tout en soulignant les éléments d’une continuité au service des valeurs que nous défendons.

Changements institutionnels, tout d’abord. Nous nous sommes, en effet,
attachés, durant ce biennum, à donner toute sa portée à la volonté d’unité exprimée par la Charte rénovée d’Antananarivo et à engager l’Organisation dans la voie de la modernisation administrative et financière que vous souhaitiez.

Cette réforme, conduite par l’Administrateur Clément Duhaime, qui a toute ma confiance, est, comme vous l’avez voulu, animée d’un souci de rigueur, de transparence, d’économie, de justice et d’éthique. Elle a pris la forme, depuis le 1er janvier 2008, d’un Plan de gestion stratégique pluriannuel qui vise à développer, dans l’ensemble de nos activités, une culture de gestion axée sur les résultats.

Une « révolution tranquille » est en marche, avec l’appui de tout le personnel de l’OIF. Elle nous a d’ores et déjà permis, bien en amont de son adoption, de vous présenter les orientations d’une programmation 2010-2013 novatrice et audacieuse. Cette programmation se veut recentrée sur nos savoir-faire reconnus. Il a fallu opérer des choix, il faudra en opérer d’autres encore, tant il est vrai que nous n’avons plus droit à la dispersion. L’efficacité nous impose, également, de rechercher, plus encore que par le passé, les synergies entre opérateurs et acteurs de la Francophonie, de valoriser, mieux que nous ne l’avons fait, les ressources sur le terrain que représentent nos Représentations
permanentes et nos implantations régionales, d’utiliser, enfin, plus
rationnellement les moyens dont nous disposons tout en élargissant notre recherche de partenariats et de cofinancements. C’est ce à quoi nous nous sommes employés.

A ce stade, permettez-moi de faire une remarque et de vous lancer un appel.

Ma remarque se veut optimiste, puisque le biennum écoulé a été marqué par un retour à l’équilibre financier et la reconstitution des réserves nécessaires à un bon fonctionnement. Les ministres ont également adopté, à Vientiane, un nouveau barème des contributions statutaires, qui tient à la fois compte des principes de solidarité et de la capacité contributive de chacun de vos Etats et gouvernements. Mon appel se veut solennel. A ce jour, 32 Etats membres n’ont toujours pas versé leur contribution statutaire, 26 ont des arriérés représentant
11,5 millions d’euros. Certains ont consenti des efforts remarquables pour apurer leur dette ; et je tiens, ici, à les en remercier une nouvelle fois. Il n’en demeure pas moins que ces problèmes de trésorerie ne facilitent pas une gestion que nous voulons, dans le même temps, toujours plus rigoureuse.

Sur le plan fonctionnel, je retiendrai l’interaction étroite qui s’est poursuivie entre le Secrétariat général et les Instances de la Francophonie, qu’il s’agisse du président de la CMF, ou du Conseil permanent de la Francophonie et de ses commissions. J’ai à cet égard pu mesurer toute l’utilité et la pertinence des mécanismes mis à ma disposition en matière de prévention et de règlement des crises et des conflits, en réunissant, à 3 reprises, un Comité ad hoc consultatif
restreint, composé de vos Représentants personnels ou d’Ambassadeurs en poste à Paris, pour examiner la situation en Transnistrie, en Guinée et au Tchad. Les recommandations issues de ces échanges nous ont permis de baliser avec précision la méthodologie et la nature des actions à entreprendre, aux côtés des acteurs nationaux et internationaux, en accompagnement des processus de paix et de consolidation de l’Etat de droit requis par le contexte.
Plus récemment, j’ai décidé de réunir le CPF en session extraordinaire, suite au coup d’Etat intervenu le 6 août 2008, en Mauritanie. La décision prise, à cette occasion, de suspendre ce pays membre de la Francophonie, se voulait la traduction de notre commune détermination à faire respecter les engagements souscrits par tous nos membres dans la Déclaration de Bamako. Il va sans dire que ce rappel ferme d’un principe partagé par l’ensemble de la communauté internationale, se décline toutefois avec le sens de la responsabilité et la disponibilité à soutenir les initiatives endogènes, propres à favoriser une sortie
de crise concertée.

Concernant plus spécifiquement la coopération multilatérale, le Conseil de coopération que je préside régulièrement en présence des responsables des Opérateurs et de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, est véritablement devenu au fil du temps un lieu de partage de l’information, un lieu où se développe une réflexion stratégique et où se construisent des projets communs, à l’instar des 3 projets pilotes qui ont été lancés durant la période :
l’initiative francophone pour la formation à distance des maîtres, le volontariat francophone, les maisons des savoirs. Au vu des premiers résultats, je suis convaincu que cette démarche doit être amplifiée, et qu’elle n’entame en rien la spécificité et l’originalité des acteurs impliqués, bien au contraire. J’ai souhaité, enfin, que la place et le rôle des Organisations internationales non gouvernementales accréditées et des organisations de la société civile, soient renforcés par l’octroi d’un statut consultatif auprès des instances de l’OIF.

Rationnaliser et moderniser les modes de fonctionnement et d’intervention n’est pas une fin en soi. Notre dessein est de toujours mieux servir les populations de nos Etats et gouvernements membres, et par-là même de mieux servir nos idéaux et nos objectifs les plus précieux. A cet égard, les actions menées, durant ce biennum, en faveur de l’éducation, de la formation, de l’enseignement supérieur et de la recherche, en faveur du développement durable, en faveur de la paix, de la démocratie et des droits de l’Homme, nous démontrent, chaque jour, à quel point le partage d’une langue favorise la coopération, dans un esprit de dialogue et de compréhension renforcés, à quel
point aussi il favorise la solidarité de l’esprit.

Nous devons donc rester vigilants et proactifs afin que l’enseignement du et en français soit toujours mieux assuré, afin que sa place soit renforcée dans la société de l’information, mais aussi afin que son statut et son emploi soient garantis dans les organisations internationales. En effet, nous ne pouvons d’un côté, réaffirmer notre attachement au multilatéralisme, et bafouer, dans les instances où ce multilatéralisme trouve à s’incarner, le principe de la parité entre les langues officielles et de travail.

En d’autres termes, développer des formations ambitieuses à l’attention des diplomates comme nous le faisons, se doter de mécanismes appropriés, à l’instar du vade-mecum adopté à Bucarest, ne suffira pas, si votre mobilisation et les pratiques linguistiques de vos représentants dans les organisations internationales ou régionales restent en-deçà des engagements souscrits sur le papier.

Le rapport que je vous ai transmis - un rapport rénové dans sa conception et sa facture à l’image des changements que nous conduisons et du format novateur proposé par les co-hôtes de ce Sommet - dresse le bilan des actions menées en 2007 et pendant le premier semestre de 2008, à la lumière des orientations que vous aviez arrêtées, lors du Sommet de Bucarest, et dans le cadre des
quatre grandes missions que nous assigne le cadre stratégique décennal. Je n’entrerai donc pas, ici, dans le détail. Je souhaiterais plutôt vous livrer quelques remarques sur les conditions de leur mise en oeuvre, qui font apparaître un certain nombre de constantes, caractéristiques de ce que l’on pourrait appeler la « démarche francophone », démarche qui mérite, certes, d’être affinée, mais qui nous laisse entendre, au vu des résultats déjà atteints, que nous sommes sur la bonne voie.

La première caractéristique de cette démarche est la recherche permanente de complémentarité pour plus d’efficacité :

• Complémentarité des interventions déployées par l’OIF et l’ensemble des
opérateurs et des acteurs de la Francophonie. Je l’ai déjà mentionné, je
n’y reviendrai pas.
• Complémentarité, ensuite, entre nos actions en matière de coopération
multilatérale et en matière politique et diplomatique, tant il est vrai que
développement, démocratie et paix sont indissociables.
• Complémentarité, enfin, avec les autres coopérations bilatérales et
multilatérales engagées sur des dossiers pour lesquels nous avons un
intérêt partagé. Les accords de coopération que nous avons signés ou
revitalisés, ces dernières années, avec l’ONU et de nombreuses
organisations internationales ou régionales, ou encore avec les autres
grandes aires linguistiques, se sont traduits toujours plus concrètement
au bénéfice de nos pays membres. Je pense, par exemple, au programme d’appui à la justice mené en Haïti en partenariat avec l’Union
européenne et l’Agence canadienne de développement international, ou
encore au projet de renforcement des capacités des pays ACP en
formulation, négociation et en mise en oeuvre de politiques
commerciales, conduit en partenariat avec le Commonwealth et l’Union
européenne.

La deuxième caractéristique concerne la volonté que nous avons d’agir, tout à la fois dans l’urgence et dans la durée, et qui s’incarne, notamment, dans notre action politique.
Agir dans l’urgence, c’est réagir à des événements ou à une crise brutale qui met en péril la paix et la sécurité dans l’un de nos Etats membres.

Agir dans la durée, c’est prendre en compte que la préservation de la paix, des droits et des libertés fondamentales demande du courage, de la volonté, et une vigilance permanente. Le courage et la volonté de dénoncer ne suffisent pas, s’ils ne s’accompagnent, dans le même temps, de la volonté d’accompagner à
toutes les étapes.

C’est bien cette démarche qui nous a conduits, durant ce biennum, à réagir aux événements graves auxquels a été confronté le Tchad.
C’est bien cette démarche qui nous a conduits à continuer d’accompagner les processus de sortie crise en cours d’achèvement ou de résolution, singulièrement en Côte d’Ivoire où nous nous sommes attachés à soutenir la mise en oeuvre de l’Accord politique de Ouagadougou, issu, sous la facilitation du président du Faso, du dialogue direct entre les acteurs. Nous avons en particulier participé aux travaux du comité d’évaluation et d’accompagnement, mobilisé en vue de la tenue des prochaines élections présidentielles.

C’est cette démarche qui nous a conduits à rester vigilants à l’égard de pays en sortie de crise et de consolidation de la paix, comme c’est le cas en République Centrafricaine, en République Démocratique du Congo ou aux Comores.

C’est bien cette démarche, enfin, qui nous a conduits à vouloir faire avancer de façon significative la réflexion sur l’alerte précoce et la prévention des conflits, et sur les modalités de sa mise en oeuvre, dossier parmi d’autres où a trouvé à s’illustrer utilement la réflexion de haut niveau que nous entendons mener avec l’Onu et les autres organisations internationales ou régionales sur les enjeux qui interpellent la communauté internationale.

Agir dans la durée, c’est, également, être convaincus de l’importance de la coopération juridique et judicaire pour asseoir les droits de l’Homme, mais aussi un environnement économique sécurisé, c’est prendre acte du fait que justice nationale et justice internationale vont de pair, et ce au moment où doit se mener une réflexion de fond sur la justice pénale internationale. C’est conscients de ces enjeux que nous avons voulu relancer, treize ans après la Conférence du Caire, notre coopération en la matière à travers la tenue, en février 2008 à Paris, de la IVe Conférence des ministres francophones de la Justice.

La troisième caractéristique de notre démarche touche à une spécificité, certes commune à d’autres organisations, mais que nous entendons, pour notre part, transformer en un atout et en une force. Je veux parler de la diversité des membres qui composent notre communauté.
Cette diversité, nous la revendiquons et nous l’entretenons, en faisant de notre espace un véritable laboratoire de la diversité culturelle. Mais nous savons, dans le même temps, que cette diversité peut être source de divergences d’opinion, voire de disparités. C’est la raison pour laquelle nous multiplions les concertations à tous les niveaux, et je veux à cet égard saluer le rôle éminent du Groupe des Ambassadeurs francophones auprès des Nations Unies à New York et à Genève, auprès de l’Unesco à Paris et de l’Union Africaine à Addis
Abeba. Ces concertations nous permettent, tout à la fois, de mieux comprendre et de rapprocher les positions et d’accroître notre magistrature d’influence, comme c’est le cas à l’Unesco, sur le dossier de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, ou encore au sein du Conseil des droits de l’Homme à Genève. C’est la raison pour laquelle aussi,
nous nous attachons à favoriser la pleine participation des pays du Sud aux grandes conférences internationales, parce que nous sommes convaincus que, tant que la voix des plus faibles ne comptera pas davantage dans le règlement des problèmes mondiaux, la confiance en les institutions internationales sera d’autant plus difficile à obtenir.

Le bilan de ce que la Francophonie a réalisé, dans ses courtes années
d’existence, nous autorise un optimisme prudent, mais ferme. A cet égard, grâce au volontarisme du Président de la République française, S.E.M. Nicolas Sakorzy, la Francophonie disposera dès 2010, d’un lieu d’implantation à la mesure des aspirations que vous nourrissez pour elle. Cette Maison de la Francophonie, sise au coeur de Paris, viendra, en quelque sorte, parachever les changements institutionnels et fonctionnels réalisés. Elle permettra, également, d’accroître la visibilité de notre mouvement, et contribuera, à n’en pas douter, à son rayonnement. Je voudrais donc, Monsieur le Président, vous
dire, une nouvelle fois, la reconnaissance et la gratitude de tous les acteurs de la Francophonie, et vous remercier, très chaleureusement, de ce geste fort, un geste symbolique de l’engagement de votre pays dans notre organisation, un geste que nous recevons comme un témoignage de confiance, mais aussi et surtout comme une invitation à être toujours plus ambitieux, toujours plus déterminés.

Je vous remercie de votre attention.

Documents à télécharger

Haut de page

COORDONNÉES


© 2013 Organisation internationale de la Francophonie
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d'intérêts.     En savoir plus...Fermer