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DISCOURS DE M. ABDOU DIOUF - SAINT-BONIFACE, LE 13 MAI 2006

Discours du Secrétaire général de la Francophonie à l’occasion de l’ouverture de la Conférence ministérielle de la Francophonie sur la prévention des conflits et la sécurité humaine à Saint-Boniface (Canada).

La Francophonie se sent toujours chez elle au Canada. J’y reviens moi-même chaque fois avec beaucoup de bonheur.

C’est avec une grande joie que je vous retrouve toutes et tous aujourd’hui pour la première fois dans cette province si accueillante du Manitoba pour cette Conférence ministérielle.

Je tiens à remercier d’emblée les autorités fédérales et provinciales pour ce remarquable accueil qu’elles nous ont réservé. Un accueil qui témoigne de la vitalité et de l’esprit de solidarité francophone du peuple canadien.

Ce rendez-vous de Saint-Boniface est un événement marquant pour notre communauté et pour l’OIF. Il concrétise notre volonté de progresser ensemble, de nous engager à prendre une part plus grande dans les débats cruciaux de notre temps, de promouvoir notre action en faveur de la paix.

En acceptant, lors du Sommet de Ouagadougou, la proposition du Gouvernement canadien de tenir une conférence ministérielle sur « La prévention des conflits et la sécurité humaine », nos chefs d’Etat et de gouvernement ont bien mesuré l’opportunité que cette invitation offrait à la Francophonie de s’impliquer davantage dans les efforts déployés par toute la communauté internationale en faveur de la
paix et de la sécurité. La paix est l’affaire de tous, elle est l’affaire de tous les Francophones. La paix est une priorité première de l’agenda international. Le Sommet du Millénaire +5 qui s’est tenu à New York en septembre dernier nous l’a bien confirmé. Il a été l’occasion de montrer clairement la nécessité de rénover et de renforcer la dynamique de la paix, quitte à bouleverser certaines de nos habitudes. Il a ainsi mis sur les rails une nouvelle conception de la sécurité collective qui doit à la fois nous inspirer et nous motiver.

Je cite le Rapport « Dans une liberté plus grande » du Secrétaire général des Nations-Unies, Koffi Annan : « A l’heure de la mondialisation, les menaces qui nous guettent sont interdépendantes. Les riches ne sont pas à l’abri de ce qui menace les pauvres, ni les puissants épargnés par ce qui inquiète les faibles, et vice versa. (…) Face à cette interdépendance des menaces, il nous faut trouver un nouveau consensus sur la sécurité qui posera en principe premier que tous ont le
droit de vivre sans peur, et que ce qui est une menace pour l’un, l’est pour tous. ».

C’est bien dans ce contexte que nous avons apprécié l’initiative du Canada, dont nous connaissons l’engagement actif et précurseur dans ce domaine, et en particulier son importante contribution à l’émergence et à la prise en compte de la problématique de la sécurité humaine, qui vient de connaître une avancée significative au Conseil de sécurité le 28 avril dernier avec l’adoption de la Résolution 1674.

La Francophonie se reconnaît parfaitement dans ce mouvement engagé autour de la Réforme de l’ONU pour la recherche de voies nouvelles vers la paix, fondées sur la primauté du droit et qui conjuguent sécurité, droits de l’Homme, démocratie et développement. Elles doivent permettre de placer l’Homme au centre des préoccupations et des devoirs de la communauté internationale, de reconnaître que tout être humain a le droit de vivre dans le respect et la dignité.

Nous sommes ici à Saint-Boniface, nous Francophones, pour nous engager clairement et avec force à prendre part activement à ce mouvement.

La promotion de la paix figure parmi les principaux objectifs de l’OIF depuis que celle-ci a pris, en 1997, sous l’impulsion du Sommet de Hanoi, une dimension et des mandats politiques, confortés par l’adoption en novembre 2000 de la Déclaration de Bamako puis, en novembre dernier, de sa Charte révisée, lors de la Conférence d’Antananarivo.

Nous voulons nous aussi contribuer à répondre au besoin de paix. Les conflits et les guerres sont des fléaux qui bouleversent profondément les sociétés et portent atteinte à la vie, à la dignité et à l’intégrité physique des êtres humains. La violation des droits de l’Homme, la négation des valeurs et des principes démocratiques, ainsi que la persistance de la pauvreté sont autant de menaces à la sécurité
humaine et à la stabilité internationale. Entre la responsabilité des États et celle de la communauté internationale, se pose dès lors notre propre responsabilité : celle qui nous incombe face aux troubles qui affectent notre espace commun.

Ces troubles touchent en majorité, nous le savons, les pays et les peuples les plus démunis. C’est bien un sentiment de gravité qui nous rassemble, ici, dicté par la tragédie qui frappe nombre de nos pays, en Haïti par exemple, sur le continent africain, mais aussi, celles, vécues il y a quelques années par d’autres États, notamment d’Europe centrale et orientale, et dont les souvenirs ne se sont pas effacés de nos mémoires.

Nous le vivons chaque jour : les évolutions géopolitiques, l’instauration de nouveaux rapports économiques induits par la mondialisation, l’accélération des mutations technologiques, mais aussi et surtout, le déficit de dialogue entre les cultures et les civilisations, appellent un surcroît de solidarité.

Cette solidarité est au coeur du système de valeurs de la Francophonie. Son affirmation politique, sa capacité à exprimer l’unité dans la diversité, la vitalité de ses réseaux institutionnels et non gouvernementaux, alliée à son expérience et sa connaissance des réalités du terrain, sont autant d’atouts pour répondre aux exigences et aux impératifs de la solidarité et de la paix.

Ces préoccupations sont d’ores et déjà bien inscrites dans le projet francophone et s’incarnent tout particulièrement dans les engagements auxquels nos États et gouvernements ont souscrit dans la Déclaration de Bamako. Nous y avons d’abord affirmé le besoin urgent de prévention, par la consolidation de l’Etat de droit et le plein respect des principes démocratiques et des droits de l’Homme, garants d’une vie politique apaisée et d’une culture de paix.

La Déclaration de Bamako couvre ainsi largement les dimensions politiques de la sécurité humaine. Les mécanismes de protection et de sauvegarde qu’elle prévoit, en particulier autour de l’observation et de l’alerte précoce constituent déjà une avancée majeure dans la réalisation de nos ambitions dans ces domaines.

Avec la mise en oeuvre de ce dispositif, la Francophonie a acquis aujourd’hui une expérience et un savoir faire dans le règlement des crises et des conflits comme dans l’accompagnement des processus de sortie de crise et de transition.

En Haïti, aux Comores, en Centrafrique, au Burundi, en République démocratique du Congo, en Côte d’Ivoire ou encore en Mauritanie, notre démarche, fondée sur le partage des expériences, l’appui aux dynamiques endogènes, et la mise en place de mécanismes et d’institutions favorisant le dialogue, la régulation et la
médiation, peut éclairer les débats en cours et inspirer la réflexion autour des modalités de consolidation de la paix.

Nous allons pendant cette Conférence ministérielle, à partir de ces acquis, émettre des suggestions utiles à la mise en oeuvre pleine et entière des potentialités que recèle le dispositif de Bamako. C’est d’ailleurs, je le rappelle, ce qui a été préconisé à l’occasion des « Rencontres sur les pratiques constitutionnelles et politiques en Afrique », organisées conjointement à Cotonou, avec l’Union
Africaine, en octobre 2005, ainsi que par le Symposium international Bamako +5, tenu en novembre dernier, dans la capitale malienne.

Vous allez en outre approfondir la réflexion et les efforts de notre communauté sur les autres éléments constitutifs de la sécurité humaine, et dans ce sens ouvrir la voie à de nouvelles perspectives pour la coopération multilatérale francophone visant à mettre dans notre espace la personne humaine « à l’abri de la peur et du
besoin ».

Nos chefs d’État et de gouvernement ont déjà souligné, dans leur Déclaration de Beyrouth en 2002, « le rôle majeur du dialogue des cultures dans la promotion de la paix et de la démocratisation des relations internationales ».

Ils ont également réitéré leurs « engagements internationaux en ce qui concerne la protection et l’assistance aux populations civiles, en particulier aux femmes et aux enfants dans les situations de conflits armés ».

Au Sommet de Ouagadougou, en 2004, ils ont affirmé l’importance qu’ils attachent à la responsabilité des États en ce qui concerne la protection des populations civiles et à celle de la Communauté internationale en cas de défaillance des Etats à assumer cette responsabilité.

A ce titre, ils ont réitéré leur appui à la Cour pénale internationale, ils se sont engagés à favoriser la coopération pour la lutte contre le trafic des armes légères illicites, le désarmement, la démobilisation et la réinsertion des anciens soldats, en particulier des enfants soldats, ainsi que pour l’élimination des mines antipersonnel et l’application de la Convention d’Ottawa. Ils ont réaffirmé (je cite) « avec force, le nécessaire respect, par les troupes engagées dans le cadre d’opérations de maintien de la paix, des dispositions du droit international humanitaire et des droits de l’Homme ».

Même si, comme le rappelle avec pertinence Koffi Annan, « c’est dans le domaine du droit international humanitaire que le fossé entre rhétorique et réalité, c’est-àdire entre les déclarations et les actions, est le plus marqué », je dois noter avec satisfaction que la quasi-totalité des membres de l’OIF ont ratifié les principales conventions dans les domaines du droit humanitaire et dans celui des réfugiés, en
particulier les Conventions de Genève de 1949.

Quoiqu’il en soit, au cours de nos travaux, nous aurons l’occasion d’examiner l’état de mise en oeuvre de ces engagements et d’identifier les modalités et les instruments d’une coopération effective entre nos Etats et gouvernements, ainsi que les nouvelles initiatives qui devront être prises auprès des organisations internationales partenaires, concernées par ces mêmes sujets.

Ce rendez-vous de Saint-Boniface a le mérite d’être la première concertation interrégionale sur la problématique de la sécurité humaine après que la communauté internationale se soit engagée, lors du Sommet du millénaire + 5, en septembre dernier, à définir ce concept. Notre Conférence qui s’ouvre aujourd’hui doit marquer un tournant de cette nouvelle dynamique de partenariat, tant au sein de notre communauté qu’avec les institutions multilatérales.

Cette concertation est d’autant plus importante que, comme vous le savez, les Nations Unies s’apprêtent à mettre en place de nouvelles institutions appelées à jouer un rôle majeur dans la prévention des conflits et la sauvegarde de la sécurité humaine.

Il s’agit d’abord du Conseil des droits de l’Homme. Et c’est dans cet esprit que la Francophonie s’est activement impliquée, dès l’origine, dans le processus de consultation qui a abouti à sa création, le 15 mars dernier. De même, elle s’est mobilisée pour préparer de façon concertée la mise en place et les travaux de ce nouvel organe des Nations Unies. La démarche solidaire qui a motivé les délégations francophones lors de l’élection des premiers membres du nouveau Conseil, le 9 mai dernier, est un excellent exemple de notre volonté commune de contribuer utilement et efficacement aux progrès du multilatéralisme.

Il s’agit, en second lieu, de la Commission de consolidation de la paix, au sein de laquelle nous devons impérativement coordonner notre participation et systématiser nos concertations, de manière à faire largement bénéficier nos pays membres en situation de sortie de crise des appuis et des aides qui y seront décidées.

C’est dans le même esprit de partenariat avec les autres institutions internationales que je me suis engagé à mettre en oeuvre le mandat que nous a confié en novembre 2005 la Conférence ministérielle d’Antananarivo dans le domaine du maintien de la paix, et en particulier dans le cadre des opérations de maintien de la paix des Nations Unies.

Nos consultations avec l’ONU ainsi qu’avec nos pays membres qui ont déjà entrepris des programmes internationaux de renforcement de capacités en la matière, doivent nous amener, dans les meilleurs délais, à nous impliquer concrètement pour développer la participation des francophones dans les opérations de maintien de la paix des Nations Unies et promouvoir la langue française au sein de ces opérations, en particulier lorsqu’elles sont déployées dans des pays francophones.

Face aux menaces contre la paix, la Francophonie doit en permanence affirmer sa volonté politique et mobiliser ses moyens.

En matière de prévention et de sécurité humaine, la Francophonie est engagée et forte de l’engagement avéré de ses Etats et gouvernements membres qui le prouvent aujourd’hui. Cet engagement doit permettre de renforcer le dispositif reconnu que nous possédons.
Il doit s’inscrire dans notre choix d’un monde pluraliste et multilatéral. Il doit montrer notre détermination à participer activement à la rénovation d’un système international au service de la dignité de l’Homme, du respect de ses droits fondamentaux y compris son droit au développement et celui de vivre en paix.

Je l’ai dit à Ouagadougou, à New York, à Bamako, je le redis avec conviction aujourd’hui, s’il est un domaine dans lequel le travail de notre Organisation repose largement sur l’implication forte de ses Etats et gouvernements membres c’est bien celui de la paix, de la prévention des conflits et de la sécurité humaine.

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