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DISCOURS DE M. ABDOU DIOUF - TOURS, LE 10 NOVEMBRE 2006

Discours prononcé par le Secrétaire général de la Francophonie au lycée Descartes de Tours (France) dans le cadre de la célébration de l’Année Senghor

Il est dans la vie de certains grands hommes, et ce fut le cas pour Léopold Sédar Senghor, des moments qui marquent, et qui, après coup, nous font déceler les signes de destinées singulières. Tours est pour Senghor un de ces moments-là.

Antique cité, Tours l’est assurément ! Peuplée d’ombres célèbres chères à nos coeurs, elle est l’exemple même de la ville de province française de vieille tradition chrétienne, qui représente si bien la France, haut lieu de culture, au milieu de ce Val de Loire que Claudel appelait le pré carré français.

Le hasard - à supposer qu’il existe – fait bien les choses. Madame Claude Pompidou ne s’y est pas trompée, qui notait que ce jeune africain, venu tardivement au français, fut nommé dans cette province qui est en quelque sorte le sanctuaire du beau parler de la langue française.

Nommé au Lycée Descartes, Léopold Sédar Senghor ne pouvait manquer de se remémorer que, alors qu’il était étudiant, il avait déjà opposé l’émotivité nègre à la rationalité cartésienne sans toutefois séparer, comme on lui en a fait injustement le procès, rationalité et sensibilité, raison discursive et émotion.

Aujourd’hui, en venant ici à Tours et tout particulièrement dans ce Lycée, c’est à tout cela que je pense. En venant ici, je mesure encore plus toute la place que cette ville et cet établissement ont eue dans la formidable trajectoire de l’homme que nous célébrons en cette année 2006.

Étape importante et décisive, Tours l’est assurément ! En effet, après les auberges du savoir, je veux dire : après les classes de Ngazobil et celles de Dakar, après le prestigieux lycée Louis le Grand à Paris et la vieille et vénérable Sorbonne, auréolé de son titre de premier africain agrégé de l’Université française, c’est ici au lycée Descartes de Tours que Léopold Sédar Senghor va, trois années durant, vivre des moments d’une importance cruciale.
Avec passion et application, il ouvre de juvéniles intelligences au génie de la langue de Hugo, à celle de Virgile et à celle d’Homère.

En des heures, maussades et sombres, le voici livré au silence des nuits
tourangelles. Les jours passent, et il contemple toits et collines dans la brume, et ses pensées le portent vers la terre ancestrale, vers son royaume d’enfance.

Se souvenant de Joal l’ombreuse, se souvenant du visage de la terre de son sang, il chante : Joal ! Je me rappelle. Je me rappelle les signares à l’ombre verte des vérandas.

Les signares aux yeux surréels comme un clair de lune sur la grève.
C’est ici, dans votre ville que Léopold Sédar Senghor naît à la poésie et à la politique. Ici à Tours, entre son enseignement, son écriture et sa réflexion, se forgent les éléments qui vont déterminer sa personnalité et, partant, imprimer un nouveau cours à sa vie.

C’est à Tours, entre Saint-Martin et Ronsard, entre le preux chevalier et le prince de la Pléiade, que s’épanouit Léopold Sédar Senghor, le professeur, le poète, l’Orphée noir de la langue française.

Léopold Sédar Senghor durant toute son existence a eu le don de nous enchanter et de nous émerveiller. Il a voué vie et oeuvre mêlées à l’affirmation de la dignité de l’homme noir, de l’homme universel. Il nous a offert des trésors à travers d’heureuses combinaisons. Avec les grands poètes Aimé Césaire et Léon Gontran Damas, il fut le père de la Négritude. Avec les hommes d’État, Habib Bourguiba, Hamani Diori et Norodom Sihanouk, il fut le père de la Francophonie. La rencontre
en sa personne de cette double paternité ne surprend guère quand on sait que Négritude et Francophonie, sous sa houlette, sont les instruments merveilleux de la fécondante complémentarité des échanges de cultures et d’humanités dont le professeur, poète et homme d’État a toujours été le chantre.

L’Année Senghor tire à sa fin. En cette ville et en ce lieu qui furent au début de la belle et longue marche du poète Président, en ces endroits qui figurent en si bonne place sur le tracé des lieux de mémoires, il nous faut méditer cette parole de Senghor qui, s’adressant à des poètes de l’Hexagone leur disait :
Ce n’est pas hasard, en effet, si enracinés dans nos ethnies et cultures différentes, nous chantons, pourtant, les mêmes substances et de manière, je ne dis pas identique, mais convergente.

Je suis vraiment très heureux d’avoir aujourd’hui l’occasion de visiter ce lieu, de visiter le Lycée Descartes. Je suis heureux de voir l’attachement que vous portez tous à cette page de notre histoire commune, à cette présence ici, voici bien des années, du Professeur Senghor. Je tiens à vous remercier tous, et vous en particulier, Monsieur le Proviseur, de m’avoir donné l’occasion de cette rencontre.
Mes remerciements et mon amitié vont aussi et surtout vers vous, Monsieur le Ministre, cher Renaud Donnedieu de Vabres, pour avoir pris cette heureuse initiative de m’inviter dans cette ville qui vous est si chère, et d’avoir eu la gentillesse de nous faire profiter de votre présence, en dépit de vos si lourdes charges.

J’ai beaucoup apprécié la qualité de l’accueil qui m’a été réservé dans votre ville par les autorités municipales, préfectorales et académiques. Je garderai toujours, sachez-le, un excellent souvenir de cette journée.

Je vous remercie de votre attention, et je suis heureux que nous puissions disposer d’un peu de temps pour un échange.

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