Organisation internationale de la Francophonie

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DISCOURS DE M. ABDOU DIOUF - VAL D'AOSTE, LE 24 AVRIL 2008

Allocution prononcée par le Secrétaire général de la Francophonie à l’Université de la Vallée d’Aoste, lors d’une conférence sur le thème « Francophonie et mondialisation »

Permettez-moi tout d’abord de vous dire, combien je suis heureux d’être parmi vous aujourd’hui, et pour la première fois, dans cette magnifique Région de la Vallée d’Aoste. A cet égard, je tiens à exprimer ma profonde reconnaissance au Président Caveri pour l’invitation
qu’il m’a adressée, et à le remercier, ainsi que l’ensemble des autorités valdôtaines, pour l’accueil particulièrement chaleureux qui m’a été réservé depuis mon arrivée.

C’est pour moi également une grande satisfaction que de pouvoir intervenir dans le cadre de l’Université de la Vallée d’Aoste, qui plus est dans le cadre d’une formation qui réjouit au plus haut point – vous vous en doutez – le Secrétaire général de la Francophonie consacrée, ici,
comme un objet d’étude de la plus haute importance. Merci donc, Monsieur le Recteur de l’occasion précieuse que vous m’offrez de venir à la rencontre de vos étudiants en sciences politiques et en relations internationales.

Je me félicite d’ailleurs du partenariat que nous avons scellé, aujourd’hui même, et qui permettra aux étudiants valdôtains d’effectuer des stages de formation au sein de notre organisation à Paris. Je ne doute pas que ce geste symbolique, porté en direction de la jeunesse, ouvrira la voie à beaucoup d’autres projets de coopération.

« La mondialisation, nous dit l’historien, Jacques Le Goff, n’est ni l’horreur, ni le bonheur », nous invitant par là-même à bannir les comportements manichéens que suscite, encore trop souvent, ce processus inéluctable.

Mais il faut bien comprendre que nous sommes, du même coup, placés face à une page blanche, à un espace encore en attente de tous les possibles, possibles qu’il nous revient, aujourd’hui, de conceptualiser, de formuler, de mettre en oeuvre, afin de concrétiser les promesses d’un avenir meilleur dont les tenants inconditionnels de la mondialisation veulent nous convaincre, afin, surtout, d’écarter les menaces qu’elle recèle et que dénoncent, à juste titre, ses détracteurs.

En d’autres termes, nous portons l’entière responsabilité – et disant cela je pense singulièrement à la jeune génération – nous portons l’entière responsabilité de ce que sera le monde de demain, parce qu’il sera ce que l’on en fera.

Dès lors, quelles attitudes adopter, quels choix opérer, quelles solutions proposer, quelles valeurs instaurer ? Ce sont là autant de questions essentielles, qui peuvent susciter des réponses différentes, voire divergentes. Et pourtant, nous n’avons d’autre choix que celui de
l’unité et de l’union, tant est devenue irréversible notre interdépendance.

Cette unité, cette union, c’est celle que la Francophonie est parvenue à enraciner, année après année, entre des Etats et gouvernements membres, toujours plus nombreux, puisqu’ils sont aujourd’hui 68, entre des Etats et gouvernements de culture différente, de langue
différente, de religion différente, entre des Etats et gouvernements parmi les plus riches du monde pour certains, les plus démunis pour d’autres, entre des Etats et gouvernements qui n’ont, pour certains jamais connu de conflits, qui n’ont, pour d’autres, jamais vécu en paix.

N’est-ce pas, en dernière analyse, la photographie fidèle du monde d’aujourd’hui ?

Et pourtant, malgré ces différences, ces disparités, ces inégalités, nous sommes parvenus, à apporter des réponses communes à ces questions essentielles que j’évoquais. En d’autres termes, nous sommes parvenus, grâce à la langue que nous avons en partage, à nous
rapprocher, à dialoguer, à collaborer, à faire émerger une vision commune de l’homme et du monde, une vision commune de l’avenir.

Cette vision, elle est d’abord fondée sur le respect de la diversité.
De Montréal à Hanoi, de Kinshasa à Bruxelles, de Paris à Bucarest, la Francophonie bruit de la diversité de ses cultures, une diversité que nous nous attachons à promouvoir, en appuyant les productions audiovisuelles du Sud, en favorisant la circulation des artistes et
des oeuvres. Une diversité qui trouve aussi à s’exprimer sur les écrans de TV5Monde, notre chaîne multilatérale francophone, diffusée dans plus de 200 pays.

Il était donc naturel que, forte de son expérience, la Francophonie se mobilise pour l’adoption, à l’Unesco, de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Et je voudrais, souligner, à ce propos, que nous avons pris toute la
mesure, à cette occasion, de la magistrature d’influence qui pouvait être la nôtre dans les enceintes internationales.

Il était naturel, aussi, que nous soyons aux avant-postes de ce combat en faveur de l’égale dignité de toutes les cultures, en faveur de la spécificité du bien culturel qui ne saurait être réduit à un statut de marchandise, en faveur du droit légitime de chaque peuple et de chaque
nation à préserver sa culture propre, son identité. Il s’agit là d’un enjeu capital, singulièrement dans le contexte de la mondialisation. Peut-être parce que, comme l’exprime Emmanuel Todd, « ce n’est pas la mondialisation qui dissout les nations, mais l’autodissolution des
nations qui produit la mondialisation ». Dans la mesure, surtout, où nous sommes bien conscients, que les identités bafouées peuvent se muer en identités meurtrières.

Et je sais quel écho cette revendication du droit à la diversité trouve, ici, en Vallée d’Aoste, qu’il s’agisse de la diversité culturelle ou de la diversité linguistique qui en est au fondement.

Il s’agit là, du reste, d’un autre défi que la Francophonie s’attache à relever, au nom du refus de la mort annoncée de la moitié des quelque 6000 langues encore parlées aujourd’hui, au nom du refus de l’uniformisation linguistique et conceptuelle, car la langue n’est pas
seulement outil de communication, elle est aussi manière de comprendre et d’appréhender le monde, elle est perception et expression originale de la réalité. Au nom du refus, enfin, d’une domination linguistique qui irait à l’encontre de la démocratisation des relations internationales.

Et c’est bien dans cet esprit qu’il faut entendre notre engagement pour le respect de la langue française dans les organisations internationales, notamment dans le système des Nations Unies. C’est dans cet esprit que nous formons, chaque année, à la langue française quelques 13 000 cadres des pays membres de l’Union européenne. C’est dans cet esprit, également, que nous sommes attentifs à la place réservée au français dans les organisations internationales africaines, dans le Mouvement olympique, et plus généralement dans le mouvement sportif international. C’est dans cet esprit enfin qu’il faut comprendre notre
volonté de tisser des liens étroits avec les autres grandes aires linguistiques : hispanophone, lusophone, latine, arabophone, anglophone.

Car de la même manière que nous voulons vivre, avec le reste du monde, l’épanouissement de toutes les cultures, nous entendons militer en faveur du rayonnement de toutes les langues.
Nous sommes conscients, cependant, qu’à côté de cette diversité fécondante, subsistent des disparités révoltantes, des fractures – économique, éducative, sanitaire, numérique, environnementale – qui vont en s’aggravant, sous l’effet même de la mondialisation.
Et cette dure réalité est là pour rappeler, chaque jour, la Francophonie à son devoir de solidarité, solidarité qui imprègne notre vision commune, et qui constitue le fil directeur de nos actions de coopération multilatérale en matière d’éducation, d’économie et de
développement durable, mais aussi de nos interventions dans les domaines politique et diplomatique au service de la démocratie, des droits de l’Homme et de la paix.

Nous ne prétendons pas nous substituer à l’OMC, au FMI, à l’Union européenne ou à l’ONU. Nous sommes pleinement conscients des moyens dont nous disposons. Et nous en avons d’ailleurs tiré toutes les conséquences, en opérant des choix, en resserrant nos programmes,
en modernisant notre gestion. La modestie de nos moyens ne saurait pour autant être un frein à l’action. Car il y a, dans ce monde souffrant, place pour tous les hommes de bonne volonté.

J’ajouterais même que la taille « humaine » de notre organisation nous confère des atouts incontestables. Celui, par exemple, de pouvoir répondre dans l’urgence aux situations de crise que traversent certains de nos Etats membres.

Je pense, aussi, à notre souci d’agir en complémentarité, pour plus d’efficacité, avec les autres coopérations multilatérales ou bilatérales déjà à l’oeuvre. On ne dira jamais assez, combien l’aide au développement et les populations bénéficiaires ont eu à pâtir, ces
dernières années, du manque de coordination entre les différents partenaires.

Je pense, aussi, à la qualité d’écoute et de dialogue que nous avons su développer, au fil des années, au plus près des besoins des populations. Notre objectif n’est pas d’imposer des modèles, de nous substituer aux acteurs locaux, mais bien plutôt d’accompagner nos
partenaires dans des stratégies conçues en parfaite concertation, dans des projets qu’ils sont susceptibles de s’approprier et de pérenniser.

Je citerai, à titre d’exemple, le vaste réseau de plus de 200 Centres de lecture et d’animation culturelle que nous avons implantés, au fil des années, dans 18 pays du Sud, et qui a favorisé l’émergence, dans chacun de ces pays, d’une politique nationale de lecture publique.

C’est également, cette qualité d’écoute et de dialogue, qui nous permet, aujourd’hui, de jouer pleinement notre rôle dans l’observation, l’alerte précoce, la diplomatie préventive, la gestion des crises, l’accompagnement des transitions ou la consolidation de la paix.

Je pense, aussi, à notre volonté de placer l’homme au centre de toutes nos interventions. Là où certaines institutions financent la construction d’écoles, nous faisons le choix d’agir au niveau de la formation des enseignants, comme c’est notamment le cas pour le dispositif de
formation à distance des maîtres du primaire que nous sommes sur le point de lancer dans quatre pays pilote : le Bénin, le Burundi, Haïti et Madagascar.

Je voudrais évoquer, enfin, cet atout précieux que constituent nos réseaux. N’oublions jamais que la Francophonie a d’abord été le fait du milieu associatif et de la société civile.
Ces différentes associations ont constitué et constituent, aujourd’hui encore, un maillage irremplaçable.

Qu’il s’agisse de l’Agence universitaire de la Francophonie, riche de plus de 650 universités de par le monde, ou encore des 166 villes qui constituent l’Association internationale des maires francophones (AIMF). Qu’il s’agisse de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie
(APF), véritable vigie de la démocratie et structure consultative indispensable à notre action politique. Je veux y ajouter l’Association internationale des Régions francophones (AIRF), acteur essentiel de la coopération décentralisée. Et je voudrais saisir l’occasion de ma
présence, ici, pour saluer la part active que prend la Vallée d’Aoste au sein de ces deux institutions. Je citerais enfin l’apport déterminant des organisations non gouvernementales à notre action.

Je le disais en commençant, le monde sera ce que l’on en fera, à l’instar de la mondialisation. La Francophonie, pour sa part, a fait résolument le choix de s’engager en faveur d’une mondialisation maîtrisée, régulée, humanisée, et par là même d’une démocratie planétaire, solidaire, unie sur l’essentiel, mais respectueuse des différences. Ce sont ces
choix, ces ambitions, ces convictions, que je voulais partager, aujourd’hui, avec vous, en même temps que ce moment d’amitié chaleureuse dont je tiens, une fois encore, à vous remercier.

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