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DISCOURS DE M. ABDOU DIOUF À NANTES, LE 22 MARS 2013

À l’occasion des Rencontres France-Acadie

Je suis un Secrétaire général de la Francophonie heureux.

Heureux d’être à vos côtés, aujourd’hui, dans cette ville de Nantes qui, sous l’impulsion de Jean-Marc Ayrault a célébré, dès 1990, la Journée internationale de la Francophonie avec une conviction et une qualité de programmation que vous avez, Monsieur le Maire, cette année encore, portées, avec vos collaborateurs et vos partenaires, à un degré d’excellence et d’originalité qui constitue un formidable symbole de la Francophonie que nous aimons : une Francophonie vivante, vibrante, créative, une Francophonie riche de la diversité de ses cultures, une Francophonie fière de la langue et des valeurs qu’elle porte.

Si je suis heureux de fêter « Nantes en Francophonie », je suis tout aussi heureux de retrouver, à Nantes, l’âme de l’Acadie qui a su conjuguer, au passé et au présent, le droit à la différence dans la tolérance, qui a toujours fait rimer résistance et persévérance, identité et universalité, dynamisme et modernisme.

Enfin, si je suis heureux de m’adresser à vous toutes et à vous tous, ce soir, c’est parce que ces rencontres France-Acadie illustrent, de la manière la plus concrète qui soit, l’une des raisons d’être de la Francophonie dont nous n’avons pas encore exploité toutes les potentialités. Et pour la qualifier, je voudrais emprunter à l’un des plus illustres Nantais, Aristide Briand, un extrait du discours qu’il prononça, en 1929, devant l’assemblée de la Société des Nations :
« Je pense, déclarait-il, qu’entre des peuples qui sont géographiquement groupés comme les peuples d’Europe, il doit exister une sorte de lien fédéral ; ces peuples doivent avoir à tout instant la possibilité d’entrer en contact, de discuter leurs intérêts, de prendre des résolutions communes, d’établir entre eux un lien de solidarité, qui leur permette de faire face, au moment voulu, à des circonstances graves si elles venaient à naître. »

Ces propos visionnaires, qui annonçaient la construction européenne à venir, pourraient, à un mot près, qualifier le projet francophone. Car les 77 Etats et gouvernements qui composent la Francophonie d’aujourd’hui, ne sont pas géographiquement, mais linguistiquement et culturellement « groupés ». Et sans doute, ce lien est-il bien plus fédérateur encore, car nous ne coopérons pas par nécessité, mais par choix.

C’est ce trait d’union aussi puissant qu’original qui nous a permis, depuis plus de quarante ans, comme le rêvait Aristide Briand à propos de l’Europe, « d’entrer en contact, de discuter nos intérêts, de prendre des résolutions communes, d’établir entre nous un lien de solidarité », par-delà les continents et les océans.

La Francophonie du troisième millénaire, c’est donc tout à la fois des concertations au plus haut niveau, l’adoption de déclarations communes, une réelle magistrature d’influence sur la scène internationale, mais aussi une coopération multilatérale solidaire dans des domaines aussi essentiels que la démocratie, les droits de l’Homme, la paix, l’éducation, l’enseignement supérieur, la recherche, le développement durable, la diversité culturelle et linguistique, et, bien sûr, la promotion de la langue française qui est notre ciment.

C’est dire combien ces premières Rencontres France-Acadie, votre volonté de favoriser, de développer des partenariats dans les champs du développement économique, de l’enseignement supérieur, du développement touristique et de la commercialisation de la culture entre régions de l’Ouest atlantique et l’Acadie des provinces atlantiques du Canada, vient utilement enrichir la dynamique de la Francophonie.

Et je tenais, ici, à vous en féliciter, tant il est essentiel que la coopération traditionnelle Nord-Sud puisse essaimer en des coopérations Nord-Nord, Sud-Sud ou tripartites, qui constitueront autant de points d’ancrage de la Francophonie, et lui permettront, comme l’envisageait Aristide Briand, « de faire face, au moment voulu, à des circonstances graves si elles venaient à naître. »

Mesdames et Messieurs,

Je le dis solennellement : ce moment est venu. Les circonstances sont graves.

Le monde se déconstruit sous nos yeux. Les équilibres d’antan s’effondrent, les valeurs universelles sont dangereusement menacées par le relativisme culturel, des crises d’une ampleur inédite propagent leurs effets déstabilisateurs par-delà les frontières, de nouveaux acteurs transnationaux s’imposent, de nouveaux rapports de force s’installent sur fond de mondialisation.

Et alors que nous devrions, du fait de notre interdépendance, affronter, unis, ces défis inédits, que nous devrions trouver des solutions et créer des structures innovantes à l’échelle de la planète, que nous devrions inventer de nouvelles formes de coopération et de solidarité, que nous devrions démocratiser les relations internationales, la tentation grandit, chaque jour, du repli sur soi, du chacun pour soi, ou d’alliances scellées au mépris de l’intérêt de tous.

Mesdames et Messieurs,

Si j’ai tenu à venir à votre rencontre, aujourd’hui, c’est aussi pour vous persuader que la Francophonie, c’est bien plus que le partage d’une langue. C’est tout autant une certaine vision de l’homme et de la société mondiale que nous voulons, fondée sur des principes de démocratie, de justice, d’éthique, de solidarité, de respect de la diversité dans la préservation des valeurs universelles.

La Francophonie, c’est une invitation à l’engagement de chacun à la rencontre de tous dans un espace qui transcende les frontières, les océans, les continents.

La Francophonie, c’est, enfin, la conviction que les initiatives telles que celle qui vous a réunis, ici, doivent être multipliées, amplifiées, dupliquées, parce que c’est des citoyens que viendra l’impulsion à même de mettre un terme à l’immobilisme, de bousculer les pesanteurs, d’infléchir les logiques étatiques ou intergouvernementales pour qu’enfin prenne forme le monde que nous voulons offrir à nos enfants.

Je vous remercie et vous donne rendez-vous, en 2014, au Congrès mondial des Acadiens.

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