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DISCOURS DE M. ABDOU DIOUF À PARIS, LE 20 MARS 2013

À l’ouverture du Forum mondial des Femmes francophones

« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. »

Mesdames, Messieurs,

Qu’avons-nous fait de cette affirmation solennellement inscrite dans l’article premier de la Déclaration universelle des droits de l’Homme ?

Pouvons-nous, en toute conscience, affirmer, que « chacun peut, aujourd’hui, se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés » dans cette Déclaration, « sans distinction aucune », notamment de sexe ?

Mesdames et Messieurs,

Soixante-cinq ans après l’adoption de cette Déclaration, nous restons comptables et responsables devant l’Histoire, et devant toutes celles et tous ceux qui avaient placé si haut l’idéal en rédigeant ce texte qui honore la famille humaine,
Parce que la violence domestique, les mauvais traitements à l’égard des femmes et des filles, qui tuent, chaque jour, dans tous les pays, sur tous les continents, sans distinction de classe, ne sont pas une affaire privée,
Parce que l’infanticide des filles, leur non accès à l’éducation et à la santé, les mariages forcés, les mutilations génitales féminines, les crimes d’honneur ne relèvent aucunement de la diversité des expressions culturelles ou de la spécificité des croyances,
Parce que le viol, cette arme de destruction massive, ne constitue pas un effet collatéral des conflits armés,

Ce sont là autant de violations graves et massives des droits de l’homme !

Ce sont là autant d’atteintes intolérables aux principes d’égalité, de respect de l’intégrité physique, de dignité !

C’est au nom de ces principes et de ces valeurs universelles que nous devons nous mobiliser de la manière la plus énergique et la plus volontariste qui soit.

Ce faisant, nous devons garder à l’esprit que les femmes, dans l’histoire des peuples, ont toujours pris leur part de souffrances, de larmes et de sang pour que triomphent la liberté, la démocratie, la paix, au bénéfice de tous, sans discrimination, qu’elles se sont courageusement engagées dans la lutte contre l’esclavage, dans les mouvements de libération nationale, dans la résistance contre l’occupation, l’oppression ou la dictature, et tout récemment encore dans les révolutions arabes, et que, par un injuste retour des choses, il leur a fallu, et il leur faut, aujourd’hui encore, combattre de haute lutte pour que soient reconnus et respectés leurs droits fondamentaux.

Nous devons garder à l’esprit que la violence faite aux femmes et aux filles a un coût considérable dans toutes les sociétés, que la discrimination en matière d’éducation, de santé, d’accès aux responsabilités a des incidences considérables sur le développement, la démocratie, la paix.

Et il faut bien dire qu’en refusant d’éradiquer ces fléaux, c’est la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement que nous acceptons de reporter sine die, et c’est déjà les Objectifs du développement durable que nous hypothéquons.
Nous devons garder à l’esprit, enfin, que, de plus en plus, des femmes et des hommes, partout, se mobilisent, que des progrès essentiels ont été accomplis au fil des années, à travers l’adoption de conventions internationales, de plans d’action, de résolutions. Mais ces progrès ne sont pas effectifs partout, et ils ne sauraient être considérés comme acquis, parce que nous voyons bien qu’il y a, de la part de certains, une farouche volonté de remettre en cause ces avancées.

Bien plus : vouloir préserver l’acquis ne doit pas nous détourner de l’urgente obligation d’aller plus loin encore.

Mesdames et Messieurs,

L’enjeu est immense, et requiert une véritable mobilisation générale que la Francophonie a décidé de faire sienne.

Je voudrais, donc, ici, exprimer ma profonde gratitude au Président de la République française, François Hollande, qui a souhaité la tenue, en cette Journée internationale de la Francophonie, du premier Forum mondial des femmes francophones. Tous mes remerciements vont également vers vous, Madame la ministre chargée de la Francophonie, chère Yamina Benguigui, qui, avec la force de conviction que l’on vous connaît, avez permis que nous nous retrouvions, ici, afin de partager les expériences, de croiser les témoignages, d’envisager les moyens de réagir et d’agir pour qu’enfin les engagements soient tenus et les manquements dénoncés, pour qu’enfin la tolérance zéro devienne la norme, pour qu’enfin les mentalités évoluent en profondeur, pour qu’enfin il soit admis de tous qu’ « il est difficile, comme le disait Victor Hugo, de composer le bonheur de l’homme avec la souffrance de la femme », et qu’il est impossible de relever les défis immenses qui se posent à la société mondialisée, sans la participation pleine et active des femmes, sans la collaboration harmonieuse des hommes et des femmes.

Telle est bien la vocation de la Francophonie, au nom des valeurs universelles qu’elle porte. Telle est bien le sens des actes forts qu’elle a voulu poser depuis des années, au sein de son espace, tant d’un point de vue normatif qu’opérationnel, tout en œuvrant à la promotion des textes internationaux.

Je pense, notamment, à la Déclaration francophone sur les violences faites aux femmes adoptée en 2010, je pense au Plan d’action adopté, voilà quelques jours, en marge de la 57ème session de la Commission du statut de la femme, je pense à nos actions spécifiques en matière de lutte contre les discriminations et les violences faites aux femmes, je pense au plaidoyer que nous menons aux côtés d’ONU sida, je pense au partenariat fructueux que nous avons scellé avec ONU femmes et je voudrais, à cet égard, rendre hommage à l’action de Madame Michèle Bachelet.

Pour l’heure, je suis heureux de vous annoncer, ce matin, que j’ai décidé, cette année, de consacrer l’intégralité du Fonds francophone d’initiatives pour la démocratie, les droits de l’homme et la paix, à des ONG qui luttent contre les violences faites aux femmes.

Mesdames et Messieurs,

Ce Forum constitue une occasion unique d’être encore plus ambitieux, de dessiner des partenariats innovants, d’amorcer la création de réseaux de femmes francophones, parce que ces réseaux ont montré, dans beaucoup d’autres secteurs, à quel point le partage de la langue française et de valeurs communes, constituait un levier puissant.

Je voudrais donc, en terminant, dédier l’énergie, l’espoir, la détermination qui ressortiront de cette rencontre, aux milliers de femmes, de jeunes filles, de petites filles anonymes, qui, à l’instant où je vous parle, souffrent en silence, meurent en silence, dans l’Est de la République du Congo et dans d’autres régions de notre espace.
C’est pour elles que nous devons donner le meilleur de nous-mêmes, et à travers elles, pour notre avenir à tous.
Je vous remercie

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