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DISCOURS DE M. ABDOU DIOUF - PERPIGNAN, LE 6 DÉCEMBRE 2006

Discours prononcé par le Secrétaire général de la Francophonie lors de la Cérémonie de remise des insignes de Docteur Honoris Causa de l’Université de Perpignan Via Domitia (France)

Qu’il me soit permis, Monsieur le Président, de vous remercier et, avec vous, la communauté universitaire de Perpignan pour l’honneur qui m’est fait en ce jour où vous me décernez ce titre de « Docteur Honoris Causa » de l’Université de la Via Domitia.

J’y suis d’autant plus sensible que votre Université doit son prestige à son ancienneté, elle existe depuis 1350, même si un décret napoléonien a oublié de citer Perpignan parmi les villes universitaires. Il fallut attendre 1979, pour que votre Université renaisse et fonctionne avec tous les attributs d’un véritable établissement d’enseignement supérieur.

Elle est située non loin de la Via Domitia, la plus ancienne voie romaine de Gaule, cette voie qui, pour des raisons militaires, fut construite, en huit siècles, de Rome à Cadix, avant de devenir un axe de communication et de commerce, un lien entre les civilisations méditerranéennes et les civilisations du monde. Il était donc dans
votre tradition d’accueillir parmi vos 10 600 étudiants 3 500 étrangers venant d’une centaine de pays. Vous confirmez ainsi votre identité qui est enracinement dans votre culture catalane et ouverture à l’autre et au monde. C’est que, entre Rhône et Pyrénées, la région Languedoc Roussillon forme un vaste amphithéâtre tourné vers la Méditerranée creuset de civilisations diverses, « les premières et les plus
grandes » disait Senghor qui ajoutait : « S’agissant des peuples méditerranéens, depuis les Égyptiens jusqu’aux Arabes…chacun s’est métissé avec son voisin, ses voisins ; c’est surtout qu’il lui a emprunté un, ou, le plus souvent, plusieurs éléments de sa civilisation ». Il concluait : « Il se trouve qu’ils (les peuples méditerranéens) furent les premiers à réaliser l’idéal humain, qui est symbiose entre les civilisations ». Là est votre vocation : la rencontre des civilisations et le
dialogue des cultures.

A ce propos, je tiens à féliciter l’Université de la Via Domitia pour avoir créé en 2002, la Faculté internationale de Droit comparé des Etats francophones (FIDEF) dirigée par le doyen Albert Lourde, un ancien de Dakar. Seule Unité de formation et de recherche (UFR) axée sur la francophonie juridique dans toute sa diversité y compris l’islamologie juridique, elle est l’unique faculté française qui délivre un master en droit musulman comparé et l’une des rares UFR qui assure une
formation sur l’Organisation internationale de la Francophonie. Avec ses 1200 étudiants africains, ses antennes en Algérie, au Maroc, au Sénégal, aux Comores et en Grèce, la FIDEF qui abrite un des centres de recherche sur le Maghreb et l’Afrique noire les plus importants de France forme une élite francophone jusqu’au niveau doctoral. Avec la FIDEF, l’Université de Perpignan apporte une contribution
remarquable au développement de la francophonie juridique et de la coopération universitaire francophone.

Dans les propos que vous venez de tenir à mon endroit et dont je vous remercie encore, vous avez parlé de la langue française et de la Francophonie. Senghor qui restera toujours notre référence en tout, mais en cette matière plus précisément, disait : « Le seul principe incontestable sur lequel la Francophonie repose est l’usage de la langue française ». C’est pourquoi nous accordons à l’enjeu linguistique dans nos programmes de coopération une grande importance : dans
un contexte multilingue auquel il faut prêter attention, la langue française est langue d’enseignement dans vingt-six pays du Sud de la francophonie. De la maîtrise qu’en auront maîtres et élèves, enseignants et apprenants, dépend au premier chef la validité des systèmes éducatifs. Et l’éducation, vous le savez, est
un pilier du développement durable. Vous comprendrez dès lors pourquoi nous en avons fait un des programmes essentiels de l’OIF et pourquoi dès le scolaire, l’apprentissage de la langue française est fondamental.

En francophonie, c’est la langue qui véhicule les valeurs de la culture française et des cultures francophones riches de leur diversité. Et c’est dans ce sens que l’appartenance à la communauté des locuteurs d’expression française ne se réduit pas à une simple compétence linguistique. Parler français, c’est participer d’un esprit. La francophonie est culture : « C’est (je cite Senghor) un mode de penser et
d’action : c’est une certaine manière de poser les problèmes et d’en chercher les solutions. C’est une communauté spirituelle : une noosphère autour de la terre ». Ce n’est pas une idéologie, mais un idéal qui anime des peuples en marche vers une solidarité de l’esprit. Ce n’est pas un prolongement du système colonial : Jean
Daniel notait en 1962, année des accords d’Evian et de l’indépendance l’Algérie : « Le pays de France s’est imprégné si fort des civilisations qu’il a entendu dominer, que les colonisés lui font, aujourd’hui, un sort à part, voyant, dans ce bourreau, une victime en puissance, dans cet aliénateur, un aliéné, dans cet ennemi, un complice ». Senghor traduit : « Colonisateurs et colonisés se sont, en réalité,
colonisés réciproquement…. Au contact des réalités coloniales, c’est-à-dire des civilisations ultramarines, l’humanisme français s’est enrichi, s’approfondissant en s’élargissant pour intégrer les valeurs de ces civilisations….L’ennemi d’hier est un complice, qui nous a enrichis en s’enrichissant à notre contact ».

Aujourd’hui cette dynamique de l’échange et de l’enrichissement ne peut
progresser qu’en se mettant au service de la paix, et en particulier de la paix par le dialogue.

La Francophonie s’emploie tous les jours à résoudre des crises et des conflits : elle obtient souvent des résultats encourageants ; cela n’exclut pas des déceptions qui cependant ne nous découragent pas. En cette matière, il faut travailler sur le long terme pour vaincre préventions, préjugés et mauvaises habitudes, pour éduquer à la citoyenneté et associer femmes et jeunes à la recherche de la paix, à
l’établissement de la démocratie et au respect des droits de l’Homme, à la construction et à la pérennité d’un Etat de droit.

Une autre question concernant la langue française nous préoccupe : son usage dans les organisations internationales et régionales. Bien que son statut, reconnu par les textes organiques, soit celui d’une langue officielle ou de travail, la situation actuelle de son usage est préoccupante : la langue française est en difficulté à
l’ONU, à l’Union européenne et dans d’autres instances mondiales et régionales. Le Sommet de Bucarest a voulu réagir en adoptant un « Vade-mecum relatif à l’usage de la langue française dans les organisations internationales », destiné à nos représentants et délégués. Nous serons vigilants et exigeants sur son application.

Nous comptons sur les groupes des ambassadeurs francophones accrédités auprès de ces organisations pour intervenir collectivement afin qu’elles s’attachent à promouvoir le multilinguisme et qu’elles en fassent une des conditions du recrutement de leur personnel.

Je constate en tous cas que la diversité culturelle et linguistique est devenue un enjeu politique majeur du XXIème siècle, parce qu’elle est au coeur de la problématique des identités et de celle du dialogue des civilisations. Et c’est bien dans ce cadre que la Francophonie situe aujourd’hui ses ambitions pour la langue qu’elle a en partage.

Enseignants, chercheurs, étudiants, vous êtes des acteurs majeurs de l’élaboration et de la diffusion du savoir, donc de la francophonie.
Nous avons besoin de vous dans la consolidation de cette nouvelle Francophonie qui sera moderne, ouverte et créative ou ne sera pas.
Nous sommes assurés de votre soutien résolu dans cette noble mission.

Je vous remercie de votre attention.

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