Organisation internationale de la Francophonie

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EXPOSÉ DE CLÉMENT DUHAIME, ADMINISTRATEUR DE L'OIF, MONTREUX, LE 20 OCTOBRE 2010

Exposé présenté à l’occasion de la 28e session de la Conférence ministérielle de la Francophonie

Madame la Présidente,
Madame la Ministre des Affaires étrangères et des Cultes,
Monsieur le Secrétaire général de la Francophonie,
Mesdames et messieurs les ministres et chefs de délégation,
Monsieur le Commissaire aux comptes,
Mesdames, Messieurs,

Je voudrais débuter mon intervention en rendant, au nom du Secrétaire général, un hommage appuyé à Madame Marie Michèle Rey et, à travers elle, à toutes les Haïtiennes et tous les Haïtiens. Aujourd’hui, alors qu’Haïti traverse des temps difficiles, notre héritage commun, partagé, prend tout son sens. Car le besoin de reconstruction matérielle ne doit pas faire oublier que les fondations d’une Nation sont aussi faites de ses racines culturelles, de son histoire et de la confiance qu’un peuple peut placer dans ses plus fidèles amis.

La Francophonie a été présente, par le passé, aux côtés du peuple haïtien, elle l’est aujourd’hui pour l’aider à s’appuyer sur ses identités francophone et créolophone et contribuer au renouveau que chacun d’entre nous appelle de ses vœux. Dès le lendemain de la catastrophe, notre Secrétaire général a lancé un vibrant appel aux 70 États et gouvernements membres pour que la solidarité francophone s’exprime fortement envers Haïti. Il a également mobilisé les compétences et les énergies, engagé des moyens exceptionnels et fédéré, au sein d’un seul et même élan, l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, les opérateurs directs et spécialisés et nos nombreux réseaux.

Cette mobilisation est révélatrice de ce que nous sommes ; la Francophonie s’est toujours attachée à rendre vivante sa devise « égalité, complémentarité, solidarité ». C’est l’esprit du Plan d’action de la Francophonie que j’ai présenté à la demande du Secrétaire général, à New York, en mars dernier, et dont notre représentante à Port-au-Prince est chargée du suivi quotidien.

Mesdames et messieurs les ministres et chefs de délégation,

Permettez-moi, à la veille de ce XIIIe Sommet, d’esquisser la synthèse d’un héritage précieux qu’avec le temps nous avons su faire fructifier. De constater ensemble comment notre Organisation a été, dès sa création, un acteur précurseur et dans bien des domaines. De partager avec vous les voies qui nous permettront d’être cet acteur mobilisé, fort de sa maturité et en phase avec un environnement en pleine mutation.

Les pères de la Francophonie portaient des intuitions et des aspirations qui constituent encore les fondements de notre Organisation prouvant, chaque jour, une modernité qui traverse toutes les actions que ces intuitions continuent d’inspirer.

La première de ces intuitions est celle qui fait de la langue française le ciment d’une solidarité, celle qui permet à une communauté de peuples de communiquer sans intermédiaire, de se comprendre sans malentendu et de s’entendre dans ses différences.

Raison d’être de notre communauté, la langue en partage est au cœur de notre action. Cette cause, nous l’avons très tôt portée sur le terrain. De la création du Village du Bénin ou celle du Centre d’enseignement des langues du Burundi en passant par notre approche innovante de « pédagogie convergente » qui allie harmonieusement la langue partagée et la langue nationale, cette priorité n’a cessé d’être le préalable indiscuté de nos coopérations.

Fidèles à cet esprit, nos programmes actuels donnent une incarnation mieux ciblée et plus efficace. Qu’il s’agisse de l’action forte menée pour la pratique du français dans les organisations internationales, au sein des Nations unies, de l’Union européenne ou de l’Union africaine, ou encore dans le mouvement olympique, ou maintenant à l’occasion des expositions universelles. Ou qu’il s’agisse encore du travail de fond mené avec nos centres régionaux de l’enseignement du français, notamment en Asie et en Europe centrale et orientale.

Si l’on ne devait retenir qu’un seul chiffre, je vous dirais « 70 000 », soit le nombre de diplomates et de fonctionnaires qui, au cours de la décennie actuelle, auront été formés au français des relations internationales.

Une autre intuition majeure, elle aussi en avance sur son temps, fut celle qui consacre l’égalité des langues et des cultures, celle qui considère nos langues et nos différences comme une richesse à cultiver jalousement. Notre engagement dans ce domaine n’est plus à démontrer. Rappelons-en quelques repères ; le soutien apporté, dès 1972, au FESPACO, le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou ; l’adoption de la résolution sur l’exception culturelle par le Sommet de Maurice en 1993 ; la création, la même année, du MASA, le Marché des arts du spectacle africain à Abidjan.

La Francophonie s’est aujourd’hui imposée comme un partenaire de choix pour la circulation des artistes du spectacle vivants et des arts visuels, tout comme l’une des principales sources de financement de la création cinématographique et télévisuelle des pays francophones. Signalons, à titre d’exemple, que depuis sa création, le Fonds francophone de production audiovisuelle du Sud a soutenu près de 1 700 œuvres, soit une centaine de films chaque année.

Comment ne pas également évoquer les centres de lecture et d’animation culturelle devenus, au fil du temps, lieux d’accès privilégié aux savoirs pour plus de 3 millions de jeunes chaque année. Ces lieux de culture, en zones rurales, ne cessent de croître : aujourd’hui au nombre de 239, ils seront plus de 350 en 2013 dans une vingtaine de pays. Les maisons des savoirs, fruit d’un partenariat réussi avec les opérateurs, viendront compléter ce dispositif au cœur des villes. De telles initiatives ont inspiré, dans nombre de nos pays membres, des stratégies de développement éducatif et culturel.

L’engagement pour l’égale valeur des langues et des cultures, réaffirmé lors des Sommets de Cotonou et de Beyrouth, nous l’avons, encore une fois, illustré en ralliant les pays francophones et d’autres aux principes de la Convention pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, adoptée à l’UNESCO en 2005. La ratification de cette convention par 52 États membres ou observateurs de notre Organisation nous confère une vraie légitimité et une forte capacité pour en influencer le suivi. Conjuguée aux partenariats tissés avec les organisations des autres espaces linguistiques, notre action collective démontre la valeur du multilinguisme et de la diversité culturelle comme réalité du monde. Elle en fait la véritable richesse de l’humanité.

Mesdames et messieurs les ministres et chefs de délégation,

La Conférence constitutive de Niamey a érigé le développement en une impérieuse nécessité. Elle a fait de la formation et du partage de l’information les vecteurs de son engagement dans ce cadre.

L’une des premières initiatives de l’Organisation fut, tout naturellement, d’ouvrir, dès 1973, l’Ecole internationale de Bordeaux. Elle fut, pendant vingt ans, le lieu de ralliement et de formation continue et professionnelle de plus de 20 000 cadres de la Francophonie.

L’information, comme mission fondamentale pour une communauté comme la nôtre, a aussi été l’une de nos préoccupations centrales et a donné lieu à une immense production éditoriale, mobilisant pour ce faire de multiples réseaux d’expertise.

Reflet, une fois de plus, du rôle précurseur de notre Organisation, ce domaine a donné lieu, dès 1997, avec la Conférence des ministres chargés des inforoutes, à l’adoption, bien avant la généralisation de l’Internet, d’un plan d’action avant-gardiste pour le déploiement des nouvelles technologies de l’information dans notre espace. Autour de l’Institut de la Francophonie numérique et à travers son fonds des inforoutes, plus de 200 projets structurants ont été soutenus ; un large vivier d’experts s’est progressivement constitué au Sud, nous assurant d’une présence renforcée sur la Toile. La numérisation de notre immense patrimoine en vue de sa large diffusion marque une autre étape de cette présence.

Dès 1970, nos aspirations au développement économique devaient aller de pair avec le respect d’un équilibre naturel. La question de la pérennité des ressources naturelles et de la fragilité des écosystèmes faisait son apparition, bien avant les grandes mobilisations internationales de ces dernières années. Souvenons-nous qu’en 1973, après la terrible sécheresse qui frappa les pays du Sahel, notre jeune Organisation mobilisait 35 000 jeunes pour l’opération de reboisement appelée « Sahel vert ».

En 1991, en préparation du Sommet de la Terre de Rio, la Conférence des ministres francophones de l’environnement a établi un plan d’action audacieux qui organise notre engagement collectif et notre mobilisation en faveur du développement durable. L’Institut de l’Energie et de l’Environnement, créé à Québec quelques années plus tôt, a été le catalyseur des concertations et de la formation de négociateurs francophones lors des principaux rendez-vous mondiaux sur ces questions, comme à Johannesburg en 2002 pour le Sommet mondial sur le développement durable, aujourd’hui à Nagoya pour la biodiversité et demain à Cancún pour les changements climatiques.

Grâce à des partenariats innovants, notre Institut a contribué à former des milliers de spécialistes en énergie et en environnement ; il a fait naître et continue d’animer réseaux d’expertise et communautés de pratiques.

La même démarche de concertation et de formation, nous l’exerçons aussi à l’appui des négociations commerciales au service de nos pays membres du Sud et des organisations régionales africaines. La Conférence ministérielle des ministres de l’économie avait tracé la route.

Dans le domaine du développement, notre Organisation a, dès le début, fait le pari que la lutte contre la pauvreté devait être soutenue par la mise en place d’actions de proximité favorisant la valorisation des ressources locales. À travers son programme spécial pour le développement qui a appuyé près de 400 projets locaux déployés dans une trentaine de pays, elle a directement contribué au renforcement des communautés de base.

Voilà pourquoi, en tirant parti de l’expérience accumulée, nous venons de lancer, il y a quelques semaines, un programme structurant de développement local qui aura pour but d’accompagner les autorités nationales de nos pays membres autour d’une centaine de projets pour consolider le développement local dans les programmes nationaux de lutte contre la pauvreté.

Mesdames et messieurs les ministres et chefs de délégation,

Parce que « francophonie et démocratie sont indissociables », notre Organisation a mis en place, il y a plus de vingt ans, un programme d’appui juridique et judiciaire. Les actions déployées dans ce cadre ont permis de placer progressivement notre Organisation sur un pied d’égalité avec les grands acteurs multilatéraux que sont les Nations unies, l’Union européenne ou l’Union africaine.

Avec les déclarations ministérielles de Bamako en 2000 et de Saint-Boniface en 2006, nous avons franchi une étape sans précédent dans l’implication politique. Ces textes sont les premiers instruments normatifs dont se soit dotée la Francophonie ; ils donnent forme aux idées et aux aspirations partagées par les pays francophones d’une vie politique apaisée, garante des libertés individuelles, et d’un rejet de l’utilisation de la force et de la coercition. Ils donnent également à l’Organisation les moyens d’agir à l’encontre des interruptions des processus démocratiques, des violations graves des droits de l’Homme, mais aussi pour prévenir les conflits et accompagner les sorties de crises. Enfin, pleinement conscients de l’importance du rôle des femmes dans l’évolution de nos sociétés, nous avons mis en place des stratégies visant à renforcer leur implication dans les domaines politique, économique et social.

Ce n’est pas pur hasard si, dans tous ces domaines, notre Organisation fut incontestablement avant-gardiste. La particularité du mouvement francophone a permis d’identifier avant d’autres les enjeux majeurs d’aujourd’hui ; les évolutions de ces dernières années nous ont montré à quel point nous avions eu raison d’être ce que nous sommes ; raison de vouloir ce que nous voulons ; raison de faire ce que nous avons fait.

Mesdames et messieurs,

L’Organisation internationale de la Francophonie, dont le Secrétaire général m’a confié la gestion, pour un second mandat, se porte bien. Sous sa conduite rigoureuse et sa confiance renouvelée, nous nous devons d’être, avec les 300 hommes et femmes qui œuvrent au quotidien au service de l’Organisation, les fidèles dépositaires de l’héritage commun.

En 40 ans de vie, sous ses appellations diverses, l’OIF a mûri. Nous nous sommes attachés à optimiser la gestion, à améliorer les méthodes de travail, à resserrer la programmation et à mieux évaluer nos résultats. L’OIF est entrée, avec ses spécificités, ses compétences, ses limites aussi, dans le cercle des organisations qui structurent les relations internationales et exerce chaque jour davantage une diplomatie d’influence persuasive.

Est-ce à dire que tout va pour le mieux ? Gardons-nous de l’autosatisfaction. Nos moyens financiers n’ont jamais été sans limites. Dans le contexte budgétaire difficile de nos États et gouvernements membres, leur maintien est pour nous une marque de confiance. Il nous appartient d’en faire l’usage le plus avisé et le plus judicieux. Pour cela, nous devons cibler nos objectifs de manière toujours plus juste, en fonction des priorités que vous nous fixez.

En 1970, nos pères fondateurs l’avaient bien perçu : « L’idée de Francophonie ne peut se réaliser en un jour. Son succès dépend de l’efficacité des structures et des hommes qui prennent en charge l’accomplissement du projet ».

Ceci nécessite d’avoir une vision toujours plus stratégique des enjeux de la coopération. À cet égard, nos directeurs et nos représentants doivent endosser ce rôle. Ils doivent être à la fois les vigies et les animateurs de nos programmes. Le regroupement au sein de la Maison de la Francophonie, rendu possible grâce à l’engagement du Gouvernement français que je tiens à nouveau à remercier, nous aidera à parfaire les liens de communication et facilitera la pleine collaboration entre l’ensemble de nos services.

Nous sommes, Mesdames et messieurs les ministres et chefs de délégation, à un moment de la vie de notre Organisation où les équipes sont, plus que jamais, mises face à de multiples défis.

Défis parmi lesquels il en est un que le Secrétaire général et moi-même avons particulièrement à cœur et qui fixera le cap de notre action. Je veux parler de la nécessité de construire des partenariats innovants et ambitieux. Il nous faut, pour ce faire, des projets forts et crédibles porteurs d’une valeur ajoutée unanimement reconnue.

Si j’avais à mettre en avant deux domaines qui nous paraissent devoir structurer une telle démarche, je vous dirais sans détour : l’éducation et la jeunesse.

Pour le premier, nous sommes tous conscients de l’enjeu sociétal que portent l’éducation et la formation. Le 50e anniversaire de la Conférence des ministres de l’éducation, qui sera célébré à Dakar, dans quelques jours, ne fait que nous rappeler l’importance de cet enjeu. L’école et ses maîtres ont une responsabilité essentielle. La tâche, qui leur incombe, est immense. L’Initiative de formation à distance des maîtres que nous développons avec l’Agence universitaire de la Francophonie et l’appui de TV5 Monde, est un projet alliant originalité et ambition. C’est un dispositif, totalement novateur, conjuguant technologies numériques et savoir-faire traditionnels locaux. Il participe, sans conteste, à l’accomplissement de l’objectif d’une « Éducation de qualité pour tous ».

En 2013, ce projet aura permis, à l’issue de sa phase expérimentale, la formation d’environ 85 000 enseignants du primaire, dont la totalité des maîtres que comptent le Bénin, le Burundi et Haïti. Ce projet est aussi le vôtre. Si vous nous en donnez les moyens, la Francophonie pourrait devenir le chef de file d’une dynamique mondiale appelée à prendre de l’ampleur. Nous avons lancé un appel dans ce sens à toutes les coopérations lors du Sommet sur les Objectifs du Millénaire du développement du mois dernier.

Le second domaine va de soi. Parce que 60 % des francophones du monde entier ont moins de 30 ans, il est primordial que cette jeunesse trouve dans nos programmes l’écho à ses aspirations et le garant de ses ambitions. Nous y travaillons résolument. Le projet de jeunes volontaires, qui associe tous les opérateurs, est né de cette double vision. En 2013, près de 200 jeunes auront acquis une expérience significative qu’ils valoriseront au cours de leur cheminement professionnel. Les Jeux de la Francophonie, dont le Liban vient d’organiser avec brio la 6e édition, sont aussi un exemple de cette modernité que s’efforce d’incarner notre Organisation, avec la Conférence des ministres de la jeunesse et des sports. Ces jeux, au-delà de l’événement lui-même, constituent un processus de mobilisation, avant et après, à travers le sport et la culture. Ces actions, avec d’autres qui mobilisent plus largement des milliers de jeunes, visent à privilégier l’engagement de notre jeunesse et son implication dans les enjeux du futur.

C’est cette image d’une jeunesse francophone constamment mobilisée, engagée et créative, dynamique et ambitieuse qui me vient à l’esprit quand je me tourne vers l’avenir.

Mesdames et messieurs les ministres et chefs de délégation,

Malgré ces réussites, et les espérances qu’elles suscitent, des questions restent cependant ouvertes à la réflexion critique : comment répondre toujours mieux aux attentes d’une famille francophone à la composition élargie avec les moyens qui sont les nôtres ? Chaque jour se rappelle à nous la nécessité d’un cercle vertueux de solidarités nouvelles, qui est la raison d’être même du projet francophone. Conscient des défis qui s’imposent à nous, il vous appartient de nous donner les moyens de vos ambitions.

Mesdames et messieurs les ministres et chefs de délégation,

Nous l’avons vu ensemble, ces quarante ans nous ont permis de construire un édifice dont les fondations sont solides. Il s’agit d’une œuvre collective minutieusement érigée grâce à l’engagement, le dévouement et la passion de milliers d’hommes et de femmes, connus et moins connus, issus de la société civile ou de nos partenaires gouvernementaux, et auxquels je voudrais, avec votre permission, rendre un vibrant hommage. Forts de notre passé, nous pouvons aujourd’hui nous tourner vers l’avenir avec résolution et sérénité.

Les défis actuels, la Francophonie les avait pressentis hier. Aujourd’hui, au bord du Lac Léman, dans cette belle ville de Montreux, je suis persuadé que le Cor des Alpes, porté par les échos des montagnes suisses, communiquera au monde entier ce que la Francophonie fera pour anticiper ceux de demain.

Soyez assurés, Mesdames et Messieurs les ministres et chefs de délégations, que cette volonté de réussir la synthèse de nos diversités nous anime plus que jamais. Avec votre soutien, nous serons en mesure d’en faire une réalité. Par avance, soyez-en remerciés.

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