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LE G20, UN SOMMET DES GARANTS DU MONDE ?

Le 2 avril, 90 % du PIB mondial sera représenté à la table des négociations du G20 à Londres. Il ne manquera plus alors que 90 % des pays.

Pourtant -conséquence directe de la mondialisation- tous les pays, sans exception, subissent de plein fouet une déferlante de crises : crises financière et alimentaire, crises énergétique et environnementale. Aussi sont-ils tous concernés par ce qui alimentera les négociations du G20, et par ce qui en résultera.

Jeter les bases d’une nouvelle prospérité suppose une réponse globale, sans exclusive, aboutie et durable. Espérons que le G20 ne se contentera pas de traiter des difficultés de ses seuls membres. Mais il est permis d’en douter : la réunion préparatoire des ministres des Finances, tenue à Horsham il y a une quinzaine de jours, n’a pas dissipé les ambiguïtés sur la nature des ambitions d’un dessein collectif, et la prise en compte des attentes du reste de la communauté internationale.

Pourtant, lors du G20 de Londres, les dirigeants devraient avoir à l’esprit deux réalités interdépendantes.

Première réalité : les pays du « G172 », qui n’ont pas été invités à la table des négociations à Londres, aspirent à une économie mondiale dynamique et stable. Les répercussions du ralentissement mondial sont, en effet, ressenties plus fortement dans le monde en développement, et elles le seront plus durablement. Pour nombre de ces pays, la stabilité économique est une question de vie ou de mort.

Le G20 détient le leadership et les leviers pour agir au bénéfice de l’humanité. Il pourrait être le coordonnateur de politiques susceptibles d’enrayer le ralentissement économique, et inverser ainsi la baisse spectaculaire des investissements, des capitaux et des envois de fonds destinés aux pays en développement. Il pourrait aussi utilement se demander pourquoi les pays développés bénéficient d’un soutien pour leurs banques et leur industrie automobile, alors que les pays en développement ne reçoivent aucune aide pour leurs plans de sauvetage.

S’attaquer à ces disparités ne doit pas pour autant le dispenser de répondre aux besoins les plus pressants des pays en développement et d’honorer le plus important de tous les engagements souscrits au niveau mondial, celui pris à l’ONU, en 2000, d’atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement.

Les échanges commerciaux mondiaux se contractent à un rythme jamais vu en deux générations. Le G20 doit trouver la marche à suivre pour promouvoir un commerce international libre et équitable, moyen le plus sûr de rétablir la prospérité mondiale. Nombre des pays exclus du Sommet sont les plus tributaires des échanges commerciaux, et ils seront les premières victimes d’une tendance naissante, et alarmante, celle à un protectionnisme qui - depuis que le G20 s’est réuni en novembre dernier à Washington - a vu 17 de ses membres prendre des mesures visant à entraver les importations. Si les actes du G20 sont à la hauteur de ses discours, les mesures qu’il prendra devraient susciter un peu plus d’optimisme. Mais la promesse de parachever le Cycle de Doha à la fin 2008 est restée lettre morte.

Deuxième réalité : pour le « G172 », tous les pays ont intérêt à ce que les institutions financières internationales soient les moteurs de la coopération mondiale. La Banque mondiale et le FMI ont été conçus à une époque aujourd’hui révolue, par une autre « communauté internationale » - beaucoup plus restreinte, beaucoup moins représentative.

Ils doivent donc être redimensionnés - un simple réaménagement n’y suffira pas – pour répondre aux besoins du 21ème siècle. Ils doivent être refondés, sur la base de principes partagés et appliqués par tous. Il s’agit de créer de nouvelles institutions reposant sur la légitimité, l’égalité et une représentation équitable, la flexibilité, la transparence, l’obligation de rendre compte et l’efficacité. Premier geste d’ouverture, le G20 devra s’engager à écouter, discuter et traiter les points de vue et les aspirations des non membres, même si ces derniers ne peuvent être présents à la table des négociations.

Au moment où la communauté internationale porte un regard nostalgique sur le passé, où elle cherche des solutions à un présent incertain, il lui faut regarder plutôt vers l’avenir. La crise financière a suscité un nouvel élan en faveur d’une mobilisation mondiale, authentiquement collective.

L’année 2009 doit nous enseigner qu’un nouvel engagement global est nécessaire si nous voulons répondre à ces défis au bénéfice de tous. Aujourd’hui, notre réalité se borne à une mondialisation imparfaite, mais notre objectif est un mondialisme sans exclusive. Le nouveau multilatéralisme est un impératif, en aucun cas une option.

Le G20 sera peut être le garant des intérêts de notre planète. Le saura-t-il, le voudra-t-il ?

Kamalesh Sharma, Secrétaire général du Commonwealth
Abdou Diouf, Secrétaire général de la Francophonie

L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) compte 56 Etats et gouvernements et 14 observateurs. Le Commonwealth regroupe quant à lui 53 pays. 10 Etats sont membres des deux Organisations : Cameroun, Canada, Chypre, Dominique, Ghana, Maurice, Mozambique, Sainte-Lucie, Seychelles et Vanuatu.

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