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MESSAGE DE M. ABDOU DIOUF - HONG KONG, LE 12 DÉCEMBRE 2005

Message adressé par le Secrétaire général de la Francophonie à l’occasion de la concertation des ministres francophones du Commerce à Hong Kong (Chine).

Demain s’ouvre une rencontre dont nous savons déjà qu’elle n’aboutira pas aux résultats que nous attendions lors du G8 il y a six mois. Nous sommes également à la veille de devoir conclure l’année 2005 par un bilan très mitigé pour les pays en développement. Je voudrais, en ces circonstances, vous dire ce que j’estime important pour nous tous.

Comme le Sommet de New York sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement, tenu en septembre 2005, cette 6ème Conférence Ministérielle de l’Organisation Mondiale du Commerce est d’abord une expression des difficultés que rencontre et que suscite la
mondialisation. L’évolution des techniques, celles des communications, des moyens de transports et de l’ingénierie financière en particulier, fragilise les positions de nombreux acteurs économiques, entraîne une redistribution des avantages comparatifs et fait craindre des bouleversements sociaux majeurs. Pour poursuivre un développement
durable et équitable, et établir fermement la paix dans nombre de nos pays, des changements sont nécessaires. Mais, pour beaucoup qui ne sont pas les plus défavorisés, ces changements pourraient se traduire d’abord par des pertes, non par des gains, par des changements structurels, non par de simples aménagements. Il faut donc du courage,
politiquement, pour accepter de négocier en vue de bénéfices à venir et non pour la préservation, même provisoire, d’avantages acquis.

Ce courage devrait être la conséquence de la solidarité qui lie les pays francophones entre eux.

Je n’ignore rien des différences qui existent entre les économies de nos pays membres : de par leur position géographique, leur histoire, leurs ressources naturelles et humaines, chacun de ces pays, chacune des Communautés Economiques Régionales ou des Unions dont ils font partie, ont des intérêts, des positions spécifiques àdéfendre. Mais cela peut-ilse faire sans prendre en compte l’ensemble des relations économiques et commerciales, sans chercher comment remédier à des déséquilibres, à des inégalités flagrantes, et en subissant la tyrannie d’un modèle de concurrence sans nuance ?

La vocation de la Francophonie, fondée sur le partage d’une langue et de valeurs communes, est d’offrir d’abord la possibilité d’une parole libre et respectueuse de l’autre. Sans respect la liberté n’a pas de sens, sans liberté le respect n’est que crainte qui ne dit pas son nom.

C’est pourquoi je demeure attaché à un système multilatéral aussi large et ouvert que possible. C’est pourquoi je suis en faveur d’une OMC forte, capable de tenir la balance égale entre tous les Etats, sur la base de règles admises par tous. C’est pourquoi, en matière commerciale comme en d’autres, je regrette la multiplication d’accords bilatéraux,
qui prétendent faciliter le libre-échange ou le partenariat et qui demeurent inévitablement inégaux.

D’aucuns ont prétendus, parce que la Francophonie a engagé et soutenu jusqu’au bout l’adoption à l’UNESCO de la Convention sur la Diversité Culturelle, que nous étions opposé à l’OMC et aux avantages reconnus qu’apporte la libéralisation des échanges. Or ce que nous avons voulu faire reconnaître, c’est qu’il existe des biens qui ne sont pas des marchandises, même si leur fabrication mobilise des moyens financiers et humains importants ; c’est que ces biens ne sont pas simple divertissement et que, comme la langue, ils sont un constituant essentiel de l’identité même de chaque peuple. Cette Convention s’ajoute ainsi à celles qui s’efforcent d’organiser l’espace commun de
l’humanité, qu’il s’agisse de droits de l’homme, d’environnement ou, pour l’OMC, de commerce.

Je ne reviens pas, devant vous qui connaissez tout cela par coeur, sur les grands dossiers en suspens, la négociation agricole, les questions spécifiques que sont le coton, le sucre, le riz ou la banane, le problème des services ou la définition d’un Traitement Spécial et Différencié qui soit effectivement un outil de développement. De tout cela vous traitez
depuis longtemps et vous allez continuer durant les jours qui viennent, cherchant des solutions acceptables pour tous. Je souhaite simplement que la Francophonie vous offre la possibilité, avant et pendant vos débats, d’exprimer des points de vue et de chercher des points d’accord dans un cadre indépendant de la négociation proprement dite.

C’est dans cet esprit que, dés avant la 5ème Conférence Ministérielle tenue à Cancun en 2003, la Francophonie a engagé des programmes de renforcement des compétences et un processus de concertation destinés à améliorer l’intégration de ses membres, en particulier les Moins Avancés, dans le commerce mondial. Pour ce faire, elle s’est
associée au Commonwealth, a travaillé avec l’OMC, le CCI et la CNUCED, est chargée de la mise en oeuvre d’une partie du programme de l’Union Européenne relatif aux Accords de Partenariat Economique. A Genève, à Bruxelles, à Cotonou, la Francophonie a suscité en nombre croissant des rencontres et des échanges, afin de préparer, par des discussions ouvertes et sans préjugé, la négociation effective au sein de l’OMC.

La présente rencontre est l’aboutissement d’une démarche partagée, qui me semble avoir recueilli votre approbation. Mais c’est une étape : une fois close la 6ème Conférence, la Francophonie continuera, avec les outils que vous jugerez les mieux adaptés, à agir en faveur d’une meilleure compréhension et d’une plus grande égalité entre ses pays
membres, au sein d’une OMC assurant une régulation efficace et reconnue du commerce mondial.

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