Sommaire De Ouagadougou à Bucarest, par Abdou Diouf, Secrétaire général de la Francophonie
I. Paix, démocratie et droits
de l’HommeI. Les grandes étapes depuis le Sommet de Ouagadougou
II. Prévention et règlement des crises
et des conflitsIII. Sorties de crise, transitions,
consolidation et maintien de la paixDÉMOCRATIE, DROITS
DE L'HOMME ET ÉTAT DE DROITI. Développement institutionnel
et gouvernance démocratiqueII. Diversité culturelle
et linguistiqueI. La coopération internationale
en matière de gestion et de
régulation de la diversité culturelleII. Le développement des politiques
nationalesIII. La production et la diffusion
des produits et contenus culturelsIII. Technologies
de l’information et médiasI. Les défis de la société
de l’informationII. La présence francophone dans
le paysage médiatique internationalIV. Le français dans les organisations internationales
I. La place de la langue française
aux Nations uniesII. La place de la langue française
en EuropeIII. La place de la langue française
au sein des organisations africainesV. Éducation, formation, enseignement supérieur
et rechercheI. L’accès des enfants aux études
primairesII. L’enseignement et l’apprentissage
du français et en françaisVI. Solidarité et développement durable
I. La réduction de la pauvreté
dans une stratégie
de développement durableII. L’intégration des pays
en développement et des pays
les moins avancés à l’économie
mondialeVII. Une Francophonie modernisée
2. Principales menaces
La situation du français dans les institutions communautaires réclame une vigilance accrue – notamment au moment où seront réexaminés les régimes linguistiques applicables aux différentes réunions. Les États membres de langue française ont la responsabilité d’assurer la présence du français comme langue pivot dans l’interprétation, d’exiger des documents de travail traduits en français, de veiller à la présence du français sur la Toile et de s’assurer également que les communications à destination du citoyen des villes accueillant les institutions soient aussi en français.
La politique linguistique des pays membres de l’UE et de l’OIF doit favoriser l’apprentissage des langues, en particulier dans les systèmes scolaires. L’Eurobaromètre “Les Européens et leurs langues”, rendu public en février 2006, indique que 56 % des citoyens des États membres de l’Union sont capables de participer à une conversation dans une autre langue que leur langue maternelle (neuf points de plus qu’en 2001). 28 % déclarent bien connaître deux langues et 11 % au moins trois langues en plus de leur langue maternelle. À l’inverse, 44 % des Européens disent ne maîtriser aucune langue étrangère. Parmi les langues étrangères, l’anglais reste la langue la plus parlée (38 % des Européens), suivie par le français et l’allemand (14 % chacune). La prise en compte des locuteurs de langue maternelle conforte la position de l’anglais (51 %) devant l’allemand (32 %), le français (26 %) et l’italien (16 %).
3. Réponses et priorités
En adoptant le 22 novembre 2005 une communication intitulée “Un nouveau cadre stratégique pour le multilinguisme”, la première sur ce thème, la Commission présente une nouvelle stratégie pour le multilinguisme, accompagnée de propositions d’actions spécifiques pour promouvoir la diversité linguistique dans la société, favoriser une économie multilingue performante et communiquer avec les citoyens européens dans leur propre langue.
Le document fait état des engagements qu’elle entend réaliser d’ici à 2007, parmi lesquels : la mise en place d’une politique de communication multilingue, le renforcement du caractère multilingue de ses sites Internet, l’aide à l’enseignement supérieur et à la recherche dans les domaines du multilinguisme et de l’interculturalité, le soutien de l’enseignement et de l’apprentissage des langues, l’analyse de l’incidence de la pénurie de compétences linguistiques sur l’économie européenne, la mise sur pied d’un groupe de haut niveau sur le multilinguisme – composé d’experts indépendants chargés d’assister dans l’analyse des progrès réalisés et d’apporter des idées nouvelles – et l’organisation d’une Conférence ministérielle sur le multilinguisme.
La Commission propose aux États membres de l’UE des plans d’action nationaux pour promouvoir le multilinguisme, améliorer la formation des enseignants des langues, favoriser l’apprentissage des langues dès le plus jeune âge, etc.
3.1 — Actions menées par la représentation de l’OIF à Bruxelles
La représentation permanente de l’OIF à Bruxelles entretient une coopération régulière avec l’UE et les institutions, associations ou organisations non gouvernementales (ONG) œuvrant dans les domaines culturel et linguistique.
Elle a contribué à l’organisation et au succès de plusieurs missions de l’OIF à Bruxelles ponctuées de rencontres avec les fonctionnaires et responsables européens, comme le directeur général du service commun interprétation-conférences de l’UE, le directeur général de la traduction au Parlement européen, les responsables de la politique linguistique de l’UE, du recrutement et de la formation des traducteurs et interprètes, le conseiller pour le multilinguisme au sein du cabinet du commissaire européen en charge de l’Éducation, de la Culture et du Multilinguisme, le chef de l’unité “Politique du multilinguisme” à la direction générale de l’éducation et de la culture de la Commission européenne. Une rencontre au Collège de Bruges (Centre de formation postuniversitaire aux affaires européennes, 24 mai 2005) a permis d’explorer les coopérations possibles avec la Francophonie, telles que l’appui du français dans toutes les dimensions de la vie académique du Collège et l’accès des étudiants des pays francophones aux programmes de l’établissement.
La représentation a aussi soutenu l’initiative de la Maison de la francité et participé, en septembre 2005, à la constitution d’une plateforme commune des ONG pour la promotion de la langue française en Belgique.
Dans le cadre du plan pluriannuel d’action pour le français dans l’UE, l’OIF a organisé à Paris, en partenariat avec l’École nationale d’administration, un séminaire à l’intention des hauts fonctionnaires de l’Autriche et de la Finlande dont les pays président l’UE pendant le premier et le deuxième semestre 2006. À cette occasion, le représentant permanent est intervenu sur les relations entre la Francophonie et l’UE.
La Francophonie entretient également des relations directes avec les autorités nationales ou locales en charge des questions linguistiques.
Elle a ainsi participé aux réunions périodiques du programme “Valorisation du français à Bruxelles”. Cette initiative de la Communauté française Wallonie-Bruxelles complète le plan d’action pour le français dans l’UE dans la mesure où il s’intéresse à la langue française dans la ville de Bruxelles et non dans les institutions. Des actions du programme sont directement soutenues par la Francophonie.
Enfin, la représentation permanente a participé à différents colloques : la XXIe Biennale de la langue française sur le thème de la place de la langue française en Europe (5-8 mai 2005) ; au séminaire sur la langue française et la diversité linguistique organisé à Bruxelles (30 novembre-1er décembre 2005) par le Conseil supérieur de la langue française et le service de la langue française de la Communauté française de Belgique en collaboration avec leurs homologues de France, de Suisse romande et du Québec ; et au séminaire organisé le 26 avril 2006 par l’association Défense de la langue française sur le thème “Europe et plurilinguisme, une utopie ?”.
3.2 — Programmes de l’OIF
De nombreux fonctionnaires francophones, ressortissants d’États membres de l’OIF, n’utilisent pas le français pour s’exprimer lorsqu’ils ne peuvent utiliser leur langue nationale, et, d’autre part, de nombreux fonctionnaires ne sont pas francophones. Pourtant, l’OIF n’a jamais compté autant d’États européens : 11 États de l’OIF sont actuellement membres de l’UE et, lorsque la Roumanie, la Bulgarie et la Croatie auront intégré l’Union, celle-ci comptera 14 États francophones sur 28.
Durant la période 2004-2006, le plan pluriannuel d’action pour le français dans l’UE, signé en 2002 par la France, la Communauté française Wallonie-Bruxelles et le grand-duché de Luxembourg et mis en œuvre par l’OIF, a permis de poursuivre la formation et la sensibilisation au français. L’objectif est d’accroître l’usage de la langue française dans les institutions européennes en intervenant notamment au niveau des administrations des États où les principales difficultés ont été répertoriées.
Les relations développées par la Francophonie avec les institutions européennes et leurs services linguistiques, les États membres et candidats à l’UE, leurs représentations permanentes, les institutions de formation continue à l’administration publique et à la diplomatie, les associations de promotion de la langue française et celles de fonctionnaires francophones, les trois municipalités des capitales de l’UE et les autres espaces linguistiques européens (roman et germanophone) ont permis d’aboutir à plusieurs types d’accords :
– Des mémorandums de renforcement des compétences de travail en français des diplomates et fonctionnaires ont été signés avec les ministres de huit États européens (pour une durée de trois ans).
– L’OIF a conclu des contrats de coopération avec huit institutions de formation continue à la fonction publique et à la diplomatie et financé leurs projets francophones d’établissement (usage, enseignement et visibilité du français).
– Elle finance 19 plans nationaux de formation au français des relations européennes pour près de 13 000 diplomates et fonctionnaires (dont 10 300 en 2006).
– Elle finance également trois “plans-capitales européennes” de formation au français des relations européennes pour 3 449 diplomates et fonctionnaires, 518 journalistes, 220 experts nationaux à la Commission européenne et 30 fonctionnaires de la Commission européenne des États en poste à Strasbourg, Bruxelles et Luxembourg pour l’année 2006. Les formations sont dispensées au cours de trois ou quatre sessions, organisées de janvier à mars, d’avril à juin et d’octobre à décembre, avec parfois une session d’été (de juillet à septembre).
En 2005 et 2006, l’OIF a financé 50 séjours linguistiques individuels pour des hautes personnalités ainsi que l’organisation de plusieurs séminaires de formation aux concours européens, des cycles de conférences sur les questions européennes et des universités francophones d’été pour plusieurs centaines de personnes.
Mémorandums de renforcement des compétences
de travail en français (pour trois ans)
Plans nationaux de formation au français
des relations européennes
Enfin, la Francophonie assure la conception ou la diffusion d’instruments linguistiques destinés à faciliter le travail en français : logiciels correcteurs de langue française, dictionnaires, ouvrages spécialisés, etc. Le logiciel ProLexis, outil d’aide à la correction de document intégré à de nombreux logiciels de traitement de texte et de mise en pages notamment, est diffusé auprès des instituts partenaires du plan (28 pays concernés). Il se présente sous la forme de “modules experts” capables de traiter un aspect particulier d’une ou plusieurs langues (orthographe, typographie, syntaxe, conjugaison, césure...). Cet outil permet la détection, dans un même document, de la présence simultanée des cinq langues suivantes : le français, l’anglais, l’italien, l’espagnol et l’allemand. En 2005, ce logiciel a été fourni aux représentations permanentes ou administrations centrales de Pologne (10), République tchèque (20), Roumanie (50) et Slovénie (50).
III. La place de la langue française au sein des organisations africaines
La quasi-absence du français dans la communication et la rédaction de documents orignaux de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) était constatée par le dernier rapport. Il signalait l’urgence de mettre en place une véritable stratégie de partenariat avec les organisations régionales africaines. La première d’entre elles, l’Union africaine (UA), évolue insensiblement vers le monolinguisme. Un plan d’action spécifique a été lancé en 2005 et inscrit dans la programmation de l’OIF.
Outre l’ONU, avec sa CEA, ses programmes pour l’environnement (Pnue) et pour l’habitat (Pnuh), 27 organisations internationales sont présentes sur le continent africain. Seules deux d’entre elles – Communauté des États d’Afrique de l’Est (le Rwanda et le Burundi sont candidats) et l’Union douanière de l’Afrique australe – ne comptent aucun pays membre de l’OIF. Malgré une érosion relative du français, notamment en tant que langue de communication extérieure, l’Afrique reste le continent où il garde les meilleures positions.
Les sièges de quatre organisations comptent 1 400 permanents :
– la Commission de l’UA, Addis-Abeba (Éthiopie) : 800 personnes,
– la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao, Abuja, Nigeria) : 300 personnes,
– le Marché commun d’Afrique orientale et australe
(Comesa, Lusaka, Zambie) : 150 personnes,
– la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC, Gaborone, Botswana) : 150 personnes.
Toutes ces institutions comptent des États membres appartenant à l’OIF. Leurs sièges se trouvent tous dans des capitales dites “anglophones”.
Des premières études menées sur la situation du plurilinguisme dans ces institutions et des contacts établis entre elles et la Francophonie en 2005, il est ressorti :
– la volonté des dirigeants de ces organisations d’assurer la diversité linguistique dans les institutions et de collaborer avec l’OIF s’agissant de la langue française (l’UA a signé un accord en ce sens, la Cedeao, qui compte une majorité de pays francophones, souhaite instaurer le bilinguisme total français-anglais à son siège d’Abuja…),
– l’intérêt marqué par les francophones présents dans les organisations pour ce projet qui valorise le français,
– le souhait des coopérations bilatérales de collaborer avec l’OIF dans des contextes peu francophones,
– le manque de personnels dans ces institutions qui conduit, compte tenu de leurs missions (nombreuses réunions à l’étranger), à un fort absentéisme aux sièges et constitue un frein à la mise en place d’opérations suivies,
– le manque de moyens matériels,
– la nécessité de proposer des formations aux délégués et diplomates des pays appartenant à la Francophonie et qui ne maîtrisent pas la langue française, comme c’est le cas des fonctionnaires des pays lusophones et hispanophones par exemple.
1. Situation dans les organisations africaines
1.1 — À l’Union africaine
L’article 25 de l’acte constitutif de l’UA dispose que “les langues de travail de l’Union et de toutes ses institutions sont, si possible, les langues africaines ainsi que l’arabe, l’anglais, le français et le portugais”, auquel s’ajoute depuis 2003 l’espagnol et en mentionnant expressément le kiswahili comme langue africaine.
Information, communication, multimédia
En fonction du pays auquel s’adresse l’UA, l’anglais et le français sont les langues les plus utilisées : la langue française en ce qui concerne les pays francophones de l’Afrique subsaharienne et la langue anglaise pour les pays anglophones, les pays d’Europe centrale et orientale, d’Asie, d’Amérique et dans les relations avec les autres organisations internationales.
On estime la part des documents originaux produite en anglais à 70 % contre 30 % en français.
Les appels d’offres sont en général rédigés en anglais.
La bibliothèque de l’UA renferme près de 12 500 titres, dont 30 % sont en français et le reste en anglais.
Même si l’on peut trouver des informations dans les quatre langues officielles (anglais, français, portugais, arabe), le site Internet www.africa-union.org est majoritairement en anglais et en français. Cependant, les documents d’information ne sont souvent disponibles qu’en anglais15.
Traduction et interprétation
Lors des réunions officielles on utilise l’anglais, le français, le portugais et l’arabe, avec une prédominance de l’anglais.
On constate un manque d’effectifs et de moyens au sein du service de traduction : 8 interprètes (2 par langue officielle), 12 traducteurs (3 par langue officielle) et 2 réviseurs.
Ressources humaines
L’UA exige la maîtrise d’une seule des langues reconnues par l’Union, avec une préférence pour les candidats qui maîtrisent au moins deux des langues officielles.
1.2 — À l’Union économique et monétaire ouest-africaine
La langue de communication et de production de documents est le français.
Le site Internet www.uemoa.int n’est accessible qu’en français.
Tous les cadres sont francophones.
1.3 — À la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest
L’anglais, le français et le portugais sont les trois langues officielles et de travail. L’article 87 du traité portant création de la Cedeao, révisé en 1993, dispose que “les langues officielles de la Communauté sont toutes des langues ouest-africaines déclarées officielles par la Conférence, ainsi que l’anglais, le français et le portugais ; et les langues de travail de la Communauté sont l’anglais, le français et le portugais”.
Information, communication et multimédia
Pour les appels d’offres, les programmes et les relations extérieures, ne sont utilisés que le français et l’anglais.
Selon le rapport 2004 de la DGLFLF, une majorité de documents de travail originaux est produite en anglais. Environ un tiers des documents enregistrés dans la bibliothèque est en français.
Le site Internet www.ecowas.int est accessible dans les deux langues même si certains documents officiels ne sont pas systématiquement disponibles en français.
Traduction et interprétation
Lors des réunions officielles, l’anglais et le français sont les langues les plus utilisées, avec une prédominance de l’anglais dans les réunions informelles. Concernant le respect du régime des langues officielles et de travail, la traduction en portugais n’est pas effective.
Le service d’interprétation et de traduction compte 10 professionnels (5 pour le français et 5 pour l’anglais).
Ressources humaines
Le personnel de la Cedeao compte 64,1 % d’anglophones (dont seuls 7,4 % lisent et parlent aussi le français), 35,2 % de francophones (dont 64,7 % parlent et lisent aussi l’anglais) et 0,7 % de lusophones (tous trilingues).
Lors des recrutements, les candidats bilingues sont favorisés, sans que cela soit pour autant une condition.
1.4 — À la Communauté économique des États de l’Afrique centrale
Information, communication et multimédia
Lors des réunions officielles, les quatre langues sont utilisées. Pourtant, la langue de communication courante dans l’organisation et dans les relations extérieures est le français.
Les documents sont en général disponibles dans toutes les langues officielles.
Son site Internet www.ceeac-eccas.org n’est accessible qu’en français.
Traduction et interprétation
Le service de traduction ne compte que quatre professionnels, un par langue officielle, nombre totalement insuffisant par rapport aux besoins de l’organisation. Ils servent aussi d’interprètes.
1.5 — À la Communauté de développement de l’Afrique australe
Depuis 2001, le français est devenue une langue de travail de la SADC. Le traité actuel mentionne donc “les langues de travail de la SADC sont l’anglais, le français et le portugais”. Aucune mention n’est faite concernant les langues officielles.
Information, communication et multimédia
Lors des réunions officielles, l’usage de l’anglais est quasi exclusif, à 95 %. Il en est de même pour la communication courante dans l’organisation et la communication externe.
Les documents sont produits en anglais et traduits en général en français et en portugais, mais avec retard en raison du manque de personnel.
Le site Internet www.sadc.int est disponible intégralement en anglais. Il existe toutefois des versions partielles en français et en portugais.
Traduction et interprétation
L’organisation dispose de quatre traducteurs-interprètes dont trois de l’anglais vers le portugais et un de l’anglais vers le français.
Ressources humaines
Il n’y a qu’une dizaine de francophones parmi les 140 personnes qui travaillent à la SADC. On exige des fonctionnaires qu’ils parlent l’anglais. La connaissance du français et du portugais est un atout.
1.6 — Au Marché commun de l’Afrique orientale et australe
Le traité du Comesa mentionne (article 185) : “Les langues officielles sont l’anglais, le français et le portugais”. Il n’y a aucune mention concernant les langues de travail.
Information, communication et multimédia
Lors des réunions officielles, et couramment, l’anglais et le français sont utilisés avec une prédominance de l’anglais.
Les documents sont produits essentiellement dans les deux langues, mais la plupart des ressources documentaires sont en anglais.
Le site Internet www.comesa.int est bilingue, mais les informations concernant le recrutement sont en anglais.
Traduction et interprétation
90 % des traductions sont faites en français. Le service de traduction est peu organisé et équipé. La qualité des traductions en français est faible et les délais sont difficilement respectés.
L’organisation dispose de cinq à sept traducteurs.
Ressources humaines
Parmi les 150 personnes qui travaillent dans l’organisation, on compte 10 % de francophones.
La connaissance de l’anglais et du français est requise pour les fonctionnaires.
Depuis 2005, un professeur de français, recruté avec le soutien de l’OIF, assure des cours de français aux personnels intéressés.
1.7 — À la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique
Information, communication et multimédia
L’anglais et le français sont les langues les plus utilisées au sein de la CEA, avec une prédominance de l’anglais.
Selon le rapport 2004 de la DGLFLF, 95 % des documents officiels de la CEA sont rédigés en anglais et 5 % seulement en français. L’arabe est employé exceptionnellement pour la production des documents.
Le site Internet www.uneca.com est accessible en anglais, mais une version française est également proposée. Les documents officiels (résolutions, communiqués de presse) sont disponibles en français et en anglais. En revanche, certains rapports, des informations d’actualité ou certaines publications importantes, ne sont disponibles que dans l’une des deux langues et notamment le rapport annuel sur la gouvernance en Afrique qui n’est proposé qu’en anglais.
Traduction et interprétation
Durant les réunions officielles les plus importantes, la CEA recourt toujours aux interprètes du bureau des Nations unies au Kenya. En général, dans les réunions officielles, il n’y a pas de problème d’interprétation. En revanche, durant les réunions informelles, l’interprétation ainsi que la traduction des documents ne sont pas assurées, en raison du manque de personnel16.
Par rapport aux autres institutions de l’ONU, la CEA accuse un retard en ce qui concerne le nombre des réviseurs de français. Sur les 32 personnes qui travaillent dans ces services, 5 à 6 seulement sont francophones.
Ressources humaines
Les agents sont formés aux techniques de négociation/communication par l’ONU en anglais.
1.8 — À la Banque africaine de développement
Information, communication et multimédia
Dans les réunions on utilise l’anglais et le français à parité.
Les documents sont en général bilingues, en français et en anglais.
Le site Internet www.afdb.org est bilingue, en anglais et en français.
Traduction et interprétation
Le service de traduction et d’interprétation compte 32 agents, dont 10 traducteurs pour le français, 7 pour l’anglais, 3 réviseurs pour le français, 2 pour l’anglais, 5 interprètes pour le français, 4 pour l’anglais, 1 terminologue.
Ressources humaines
Les entretiens de recrutement se déroulent en français et en anglais, selon le cas.
1.9 — À l’Autorité intergouvernementale pour le développement
Information, communication et multimédia
L’usage de l’anglais est prédominant et favorisé par la situation linguistique de l’Afrique de l’Est. Le français n’est quasiment pas utilisé dans les négociations entre les différents membres. Les banques de données, les documents et le site Internet www.igad.org ne sont disponibles qu’en anglais.
Traduction et interprétation
Les réunions se tiennent en anglais et les documents fournis sont également en anglais, traduits si un participant francophone le demande. Les pays non anglophones qui participent aux débats ou aux négociations organisés autour de l’Igad sont confrontés aux problèmes de la langue. Les interlocuteurs francophones travaillent donc à partir de traductions.
Lors des réunions officielles, l’anglais, le français et toute autre langue (notamment l’arabe) sont utilisées si l’interprétation est assurée.
Il n’y a que deux traducteurs anglophones capables de traduire les documents en français.
Ressources humaines
La maîtrise du français n’est pas exigée lors du recrutement.
1.10 — Au Tribunal pénal international pour le Rwanda
Les langues officielles sont l’anglais et le français. Lors des audiences (déposition des témoins), le kinyarwanda est de facto une langue de travail.
Information, communication et multimédia
L’interprétation est rare durant les réunions officielles. Elle est inexistante durant les réunions informelles qui se tiennent uniquement en anglais.
La plupart des documents destinés à l’extérieur (mémos de présentation, communiqués, etc.) le sont d’abord et parfois uniquement en anglais.
Le site Internet www.ictr.org est consultable en anglais, en français et en kinyarwanda.
Traduction et interprétation
Le service compte 40 traducteurs (13 pour le français, 13 pour l’anglais, 14 pour le kinyarwanda) ; 49 interprètes ; 10 réviseurs (dont 5 pour le français et 1 pour le kinyarwanda), 2 correcteurs d’épreuves (1 pour le français et 1 pour l’anglais).
Ressources humaines
Le tribunal compte 921 fonctionnaires, dont 339 francophones. Le procureur et la majorité des juges sont anglophones. Il y a un manque réel de traducteurs pour le français mais les directives de l’ONU ne permettent pas de recruter. Des cours d’anglais, de français et de swahili sont proposés par l’ONU.
2. Principales menaces et atouts
Les prises de parole de certaines délégations francophones dans d’autres langues alors qu’il existe un service d’interprétation simultanée, le volume de correspondances courantes et de documents d’information rédigés uniquement en anglais, notamment à l’intention d’autres organisations régionales ou internationales, sont inquiétants. Une lourde menace pèse sur la langue de communication pouvant s’établir entre l’Afrique et l’Europe.
Or, les négociations entre la Commission et les 76 États ACP ouvertes depuis 2002 doivent aboutir d’ici à 2008 à un nouveau partenariat économique et commercial, compatible avec les règles de l’OMC. En outre, l’Afrique a été désignée comme prioritaire par l’UE en matière d’aide au développement. Les programmes européens qui seront mis en place nécessiteront des personnels maîtrisant le français. Les pays d’Europe centrale et orientale qui appartiennent, pour beaucoup d’entre eux, à l’UE et à l’OIF, ont bien compris que le français est la langue privilégiée de communication avec les instances africaines.
3. Réponses et priorités
Les organisations multilatérales africaines prennent de plus en plus d’importance : les relations qu’elles entretiennent avec les autres instances internationales, le poids qu’elles acquièrent tant sur le plan continental qu’international sont autant de facteurs qui incitent à considérer la place du français au sein de ces institutions comme un enjeu et également un véritable atout pour le français. L’Afrique comptera 55 % des francophones de la planète en 2010. Le français est la langue de l’administration et de l’université dans toute l’Afrique francophone.
Les autres organisations internationales établies en Afrique se tournent, elles aussi, vers le français. Ainsi, les institutions de l’ONU (Pnue, Pnuh, CEA…) dont le siège se trouve en Afrique recherchent des personnels parlant le français. De même, les organisations d’intégration économique régionale d’Afrique australe, tout comme les États, qui cherchent à développer des relations avec le nord du Continent s’ouvrent de plus en plus à l’apprentissage de la langue française. Le français peut donc tenir un rôle privilégié dans la communication entre les deux continents et s’en trouver renforcé au-delà de ces espaces.
3.1 — Actions menées par la représentation permanente de l’OIF à Addis-Abeba et le groupe des ambassadeurs francophones
Le Secrétaire général de la Francophonie a répondu à l’invitation du président de la Commission de l’UA Alpha Oumar Konaré, et s’est rendu en visite officielle au siège de l’organisation panafricaine le 9 mai 2005. À cette occasion, les deux dirigeants ont signé un mémorandum de coopération et le président de la Commission de l’UA s’est engagé à être vigilant en ce qui concerne le respect des langues officielles, et à permettre à toutes les délégations d’accéder au même moment aux documents d’information et/ou de travail de qualité égale.
Les actions de la Francophonie ont sensibilisé des décideurs de l’UA à la nécessité de préserver et de promouvoir le pluralisme linguistique par une meilleure prise en compte de toutes les langues statutaires, en particulier la langue française. Le Secrétaire général s’est adressé en ce sens au comité des représentants permanents et aux commissaires de l’UA lors de sa visite à Addis-Abeba. Il a ensuite rencontré le groupe consultatif des ambassadeurs francophones pour leur demander d’assurer une veille pour le respect et un plus grand usage du français dans les institutions africaines.
3.2 — Programmes de l’OIF
Le programme pluriannuel de renforcement de l’utilisation de la langue française au sein des institutions de l’UA concerne un nombre restreint d’organisations cibles visant à produire des résultats mesurables. Les sièges de ces cinq organisations cibles comptent, en tout, un personnel permanent de 1 500 personnes :
– Commission de l’UA (Addis-Abeba) : 800 personnes,
– Cedeao (Abuja) : 300 personnes,
– Comesa (Lusaka) : 150 personnes,
– SADC (Gaborone) : 150 personnes,
– Secrétariat du groupe des États ACP (Bruxelles) : 100 personnes. Cette institution, dont l’une des missions consiste à assurer l’interface entre l’UE et les organisations du continent africain, est un enjeu important pour le français et son avenir dans les communications entre les deux grands ensembles.
Le plan d’action élaboré en faveur du renforcement de l’utilisation de la langue française (à l’oral et dans les documents produits) est applicable à l’ensemble des cinq institutions ciblées. Il tient compte des spécificités de chacune (nombre d’États membres appartenant à la Francophonie, taille de l’organisation, environnement linguistique...).
Une telle approche vise à garantir la cohérence de l’action, à dégager des économies d’échelle et à établir des passerelles en français entre les institutions.
Le projet prend nécessairement en compte l’éloignement des organisations par rapport au siège de l’OIF (communication difficile, missions des experts et envoi du matériel coûteux…). Les principales difficultés rencontrées viennent du fait que l’offre de cours de français doit être renforcée dans les villes sièges des organisations et que l’environnement francophone y est, par définition, quasi inexistant.
Les collaborations en cours ou prévues avec les cinq institutions portent sur :
– la mise en place de cours de français sur objectifs professionnels à l’intérieur même des organisations,
– l’organisation de sessions de formation linguistique en immersion (soit dans les pays francophones proches, soit dans les pays du Nord),
– la prise en charge de formations spécifiques à l’intention des hauts fonctionnaires des organisations,
– la formation permanente des professeurs de français,
– le renforcement des services de traduction-interprétation,
– la formation permanente des traducteurs-interprètes et leur mise en réseau,
– la fourniture d’ouvrages techniques actualisés en français aux centres de documentation des organisations,
– la mise en ligne des informations et documents en français sur les sites des organisations ciblées.
Les moyens d’intervention sont :
– des outils faisant appel aux technologies de l’information et de la communication (logiciels d’évaluation des compétences, de formation linguistique, d’aide à la traduction…). Des négociations sont en cours pour l’équipement des cinq organisations,
– la formation à l’administration et à l’utilisation de ces outils,
– la mise à disposition de jeunes diplômés francophones aux sièges des organisations pour le suivi des cursus de formation, l’enseignement direct du français, etc.
– le recours systématique aux structures existant sur place et offrant des cours de français (telles les cinq Alliances françaises et les coopérations bilatérales).
3.3 — Opérations menées
Avec des organisations africaines
1/Union africaine
– Formation intensive au français de 10 hauts fonctionnaires de la Commission (Vichy, France, août 2005).
– Recrutement à l’Alliance éthio-française d’un professeur de français chargé d’assurer des cours de français au siège de la Commission (Addis-Abeba, Éthiopie).
– Envoi d’une mission de formation à l’enseignement du français de spécialité de formateurs de l’Alliance éthio-française (Addis-Abeba, novembre 2005).
– Signature d’un protocole avec l’UA pour le recrutement d’un professeur de français au siège et la formation des traducteurs (Addis-Abeba, avril 2006).
2/ Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest
– Étude de faisabilité permettant d’établir un plan de formation pour l’ensemble du personnel non francophone (novembre 2005).
– Formation intensive à la langue française de 18 responsables (2006).
3/ Marché commun d’Afrique orientale et australe
– Recrutement d’un professeur de français au siège de l’organisation, cours ouverts aux 130 personnels non francophones de l’organisation (Lusaka, Zambie).
– Prise en charge de stages professionnels et linguistiques à l’intention de 10 fonctionnaires et personnels d’assistance (Réunion, France, juillet 2005).
– Aide à l’interprétation et à la traduction des documents en français, lors des Xe et XIe Sommets du Comesa (Kigali, Rwanda, juin 2005, et Djibouti, novembre 2006).
4/ Communauté de développement de l’Afrique australe
– Étude de faisabilité menée.
– Stage intensif en français du secrétaire général adjoint Jõao Caholo (France, septembre 2006).
5/ Secrétariat général du groupe des pays ACP
– Formation intensive à la langue française du secrétaire général du groupe des pays ACP John Kaputin (France, août 2005).
– Mise en place dans les locaux du groupe des pays ACP d’une formation annuelle à la langue française pour 40 personnes (2005 et 2006).
– Prise en charge de la participation à la réunion annuelle inter-institutions sur la terminologie et la traduction assistée par ordinateur (Luxembourg 2006) et à la réunion internationale concernant les services linguistiques, la documentation et les publications (Vienne, Autriche, 2006) du secrétaire général adjoint du groupe des pays ACP, M. Moss Lenga, et de deux traductrices.
Avec des pays de la Francophonie et dont le français n’est pas la première langue officielle
1/ Cap-Vert
– Renforcement des capacités d’expression en langue française de 40 diplomates et fonctionnaires des administrations capverdiennes tournées vers l’international (Praia, 2005).
2/ Guinée-Bissau
– Formation intensive à la langue française de 30 fonctionnaires de la Guinée-Bissau (Dakar, 2005 et 2006).
– Formation intensive à la langue française du directeur de l’Onudi Kandeh Yumkella (Toulon, France, 2005).
Par ailleurs, l’OIF a organisé, en septembre 2005, une réunion de concertation entre les services linguistiques de toutes les organisations africaines afin de définir des actions adaptées, puis, en septembre 2006, pour évaluer et orienter le projet global.
IV. Le français aux Jeux olympiques
La place faite au français lors des Jeux olympiques constitue un enjeu important compte tenu notamment de son impact médiatique. Langue officielle du mouvement olympique avec l’anglais, sa présence dans les enceintes où se déroulent les compétitions et sur les écrans n’est pas sans conséquence sur la perception de la position du français dans le monde actuel.
Or la situation du français aux Jeux olympiques se détériore. Lors de plusieurs sommets francophones récents, cette situation a été évoquée. En 2004, le Secrétaire général a décidé de nommer un Grand Témoin, M. Hervé Bourges, à l’occasion des Jeux d’été d’Athènes. M. Abdou Diouf lui a demandé d’effectuer pendant les Jeux une mission d’observation et de sensibilisation à l’usage du français. Un premier rapport a été transmis au Secrétaire général fin 2004. Ce rapport, contenant des observations critiques et des recommandations, a été diffusé auprès de tous les acteurs du mouvement olympique et rendu public. M. Abdou Diouf a tenu à rencontrer, le 9 mars 2005 à Lausanne, le président du Comité international olympique (CIO) Jacques Rogge, afin d’aborder la situation décrite par le rapport d’Hervé Bourges et les réponses à apporter par le CIO et la Francophonie.
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Pour les Jeux d’hiver de février 2006, le Secrétaire général a désigné en juillet 2005 Mme Lise Bissonnette, présidente de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Lise Bissonnette a pu se rendre à Rome et à Turin à l’automne 2005, afin d’examiner les préparatifs de ces Jeux pour ce qui avait trait à l’usage des langues. Elle a assisté ensuite aux Jeux en février 2006, avec un mandat semblable à celui confié à M. Hervé Bourges. Elle a pu compter sur l’appui efficace de l’ensemble des autorités italiennes impliquées dans l’organisation de l’événement ; le CIO lui a accordé aussi certaines facilités.
Le rapport remis en mai 2006 au Secrétaire général constate que le statut du français a été respecté pour les événements de nature protocolaire. Mais, dans de très nombreuses circonstances, le bilinguisme était totalement absent des enceintes et sur les écrans. Un travail très important reste donc à accomplir aussi bien par le CIO que par les États et gouvernements francophones pour que la lettre et l’esprit de la règle 24 de la Charte olympique régissant le statut des langues au sein du mouvement olympique s’imposent.
À l’occasion des Jeux, l’OIF a diffusé sur place plusieurs documents et un DVD contenant un lexique anglais/français/italien des sports olympiques et paralympiques.
Rapport du Grand Témoin : http://www.francophonie.org/doc/dernieres/Rapport_francais_Turin.pdf
Avant la tenue des Jeux de Turin, des contacts préliminaires ont été pris par le Secrétaire général avec les autorités chinoises en prévision des Jeux de Pékin de 2008. Assurer la place du français à ces Jeux constituera un défi considérable pour les organisateurs et pour l’OIF. Un troisième Grand Témoin sera à l’œuvre dans les meilleurs délais.
Depuis le dernier sommet, le Secrétaire général a maintes fois rappelé les menaces qui pesaient sur la situation du français dans les organisations internationales. Il a poursuivi son travail d’observation mais aussi de sensibilisation et d’alerte des États sur le non-respect des règles relatives au plurilinguisme et sur la responsabilité qui leur incombait de veiller à leur application. Ainsi, lors de la 57e session du Conseil permanent de la Francophonie, le 12 octobre 2005, il faisait part aux représentants personnels des chefs d’État et de gouvernement de sa “déception certaine” d’apprendre que, au cours du débat général de l’Assemblée générale de l’ONU, “23 pays seulement parmi nos membres se sont exprimés en français, 10 se sont exprimés en anglais et de nombreux États membres de l’OIF n’ont même pas fait l’effort de distribuer le texte de leurs interventions en français”. Il soulignait alors “combien cette situation [était] regrettable et même dommageable pour nos efforts en faveur du renforcement du français dans les organisations internationales”, tout en se félicitant de l’effort des représentants de l’Algérie et de l’Italie, pays non membres de l’OIF, qui s’étaient exprimés en français !
La mobilisation plus que jamais nécessaire des États doit être soutenue par la poursuite des plans d’action engagés aussi bien en Europe qu’en Afrique et par les efforts déployés à l’ONU.
1. En Europe
Le 24 mai 2006, le Secrétaire général de la Francophonie, les bourgmestres de Bruxelles et de Luxembourg et le maire de Strasbourg ont signé la Déclaration des trois capitales européennes. Elle vise à renforcer la place de la langue française dans les institutions européennes et dans les villes accueillant ces dernières, en s’engageant notamment à soutenir le plan pluriannuel d’action pour le français dans l’UE et en créant à cette fin un “réseau francophone des trois capitales de l’Union”.
Elle fait suite à plusieurs déclarations ou prises de position récentes qui ont montré l’intérêt croissant porté au respect du plurilinguisme.Le Président Jacques Chirac, confronté à une prise de parole en anglais du représentant français du patronat européen, avait quitté la réunion bruxelloise, en mars 2006.
Quelques semaines plus tard, les bureaux du Bundestag allemand et de l’Assemblée nationale française dénonçaient “une dérive inacceptable vers un régime monolingue” dominé par l’anglais et se prononçaient pour le plurilinguisme, “l’une des expressions de l’unité dans la diversité”. Ils ont souligné l’importance de l’accès simultané à l’ensemble des versions linguistiques nationales des documents adoptés par la Commission et plaidés pour que les élus nationaux des 25 puissent s’exprimer dans leur langue maternelle lorsqu’ils participent à des réunions organisées par une institution de l’Union. Ils ont enfin souligné l’importance de “l’accès à l’information de tous les citoyens européens sans discrimination” en demandant que les informations publiées sur les sites Internet des institutions de l’UE soient disponibles dans l’ensemble des langues officielles.
De son côté, le ministre tchèque des Affaires étrangères Cyril Svoboda, dont le pays prendra la présidence du Conseil début 2009, déclarait que “la connaissance de l’anglais ne suffit pas” et invitait tous les ministères de son pays à déployer les efforts nécessaires pour une bonne maîtrise du français de leurs fonctionnaires, qui devront étudier et répondre aux demandes et propositions que la présidence européenne recevra en français.
2. En Afrique
Face à l’ampleur de la tâche, la conjugaison de tous les efforts en faveur de la langue française dans les organisations africaines est nécessaire. Un accord tripartite est en cours d’élaboration entre l’OIF, la France – avec son ambassade à Addis-Abeba – et la Commission de l’UA. Cette synergie conférera à ses actions plus d’envergure et d’impact à court et à moyen terme.
Les actions suivantes sont en cours en 2006 :
– Signature d’accords-cadres de coopération en faveur du renforcement de la langue française avec les cinq organisations cibles.
– Envoi des outils de base nécessaires aux cours de français et aux services de traduction.
– Envoi de jeunes diplômés sur place.
– Poursuite des activités de cours et des stages intensifs de français.
– Lancement de l’étude de faisabilité sur la formation des diplomates des pays lusophones et hispanophones du continent africain appartenant à la Francophonie (dénombrement des personnes concernées, repérage des centres de langues en Afrique, etc).
3. À l’Organisation des Nations unies
La résolution A/RES/60/109, du 18 janvier 2006, rappelle au Secrétaire général qu’il doit “veiller à ce que le texte de tous les nouveaux documents rendus publics, dans les six langues officielles, et des documents d’information de l’ONU soit affiché chaque jour sur son site Internet et puisse être consulté immédiatement par les États membres”, souligne la nécessité qu’il y a à “adopter une décision concernant le développement, la mise à jour et l’enrichissement en plusieurs langues du site Web de l’ONU, et demande au Secrétaire général de soumettre des propositions tendant à créer au sein du département de l’information un groupe distinct pour chacune des six langues officielles de façon à assurer à celles-ci une parfaite égalité de traitement”. Elle demande également au Secrétaire général de “continuer à mener à bien à titre prioritaire le transfert sur le site Internet de l’ONU de tous les anciens documents importants de l’organisation, dans les six langues officielles, de manière à ce que les États membres aient ainsi également accès à ces archives” ; prend note du principe proposé par le Secrétaire général, qui est de faire traduire, dans toutes les langues officielles, par les services du secrétariat qui en auront fourni le contenu tous les documents et bases de données affichés en anglais sur les sites Internet de l’organisation.
Enfin, sur proposition du Secrétaire général de la Francophonie, la commission politique du Conseil permanent a créé en janvier 2006 un groupe ad hoc sur “la relance du français dans la vie internationale”. Il lui a confié le mandat de définir pour le XIe Sommet de Bucarest des lignes de conduite communes aux États et gouvernements membres de la Francophonie quant à l’usage du français, langue officielle et langue de travail, dans les organisations internationales et régionales. Il s’agit de ratifier formellement l’engagement des pays francophones en faveur du plurilinguisme et permettre d’organiser une promotion du français plus collective et donc plus efficace en faisant valoir le poids de la Francophonie au sein des différentes organisations. Les États membres de l’OIF devraient avoir systématiquement recours au français quand l’usage de leur langue n’est pas possible. Le but est de veiller collectivement à l’application du plurilinguisme notamment en conditionnant les recrutements à la maîtrise de la langue française, en refusant de considérer un texte qui n’est pas disponible en français, en réclamant les moyens financiers nécessaires à l’interprétation et à la traduction. Cette démarche initiée par le Secrétaire général a pour objectif de favoriser une mobilisation et une action plus systématique, plus structurée et plus visible en faveur du respect de la diversité linguistique au sein de la communauté multilatérale.
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