Organisation internationale de la Francophonie

  • Lettre d’information
  • English

DISCOURS D'ADAMA OUANE À FÈS, LE 10 SEPTEMBRE 2018

A l’ouverture de la Conférence sur le dialogue des cultures et des religions

Seul le texte prononcé fait foi

Monsieur le Ministre,
Madame la Secrétaire d’Etat,
Madame la Représentante personnelle du Chef du gouvernement,
Monsieur le Directeur général de l’ISESCO,
Monsieur le Wali,
Monsieur le Président de la région,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Monsieur le Chancelier de l’Université Euromed,
Monsieur le Président de l’Université Euromed,
Monsieur le Président de l’Association Fès-Saïss,
Distingués invités, chers conférenciers et amis,
Mesdames et Messieurs en vos titres, grades et qualités,
Madame la Directrice de la Langue française, Culture et Diversités,

Chère Youma,
Chers Collègues de l’OIF et chers amis de la Francophonie,
J’ai l’immense plaisir et l’insigne honneur de vous transmettre les salutations les plus chaleureuses de la Secrétaire générale de la Francophonie, Son Excellence Madame Michaëlle JEAN qui effectue à partir d’aujourd’hui une visite officielle en Arménie.

La Secrétaire générale tient à renouveler tous ses remerciements et sa profonde gratitude à l’endroit de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Commandeur des croyants, qui a bien voulu accepter d’offrir son Haut Patronage à cette Conférence internationale sur le dialogue des cultures et des religions. Un des nombreux témoignages de son attachement indéfectible et son soutien permanent à cette thématique dont l’actualité ne cesse de grandir. Et son message est plus élogieux que tous les discours.

Nos remerciements vont également à l’endroit du gouvernement du Maroc qui a proposé d’abriter cette 3e édition de la Conférence internationale pour le dialogue des cultures et des religions, 9 ans après la première édition à Kairouan en Tunisie, 5 ans après la deuxième édition tenue à Fès qui avait été d’un succès éclatant.

C’est avec un réel plaisir que nous retrouvons l’hospitalité légendaire du royaume chérifien reconnu depuis des siècles pour être un creuset riche de sa diversité de civilisations, d’échanges entre les cultures et les communautés, de circulations des idées, riche de sa tradition humaniste, de tolérance, d’ouverture et de paix. C’est un grand privilège de retrouver la chaleur spirituelle de Fès, cette berceuse d’idées, cette atmosphère unique offrant les conditions les meilleures pour faire avancer le dialogue des cultures et des religions.

C’est également une joie de retrouver notre partenaire historique, l’Organisation islamique pour l’éducation, les sciences et la culture (ISESCO) et son Directeur général, notre ami le Docteur Abdulaziz Othman ALTWAIJRI que nous remercions encore une fois. Ensemble, nous partageons 21 pays membres et surtout des valeurs et des missions communes avec des projets innovants.

Nous retrouvons également l’Association Fès-Saïss, fidèle partenaire et acteur incontournable de la région avec une détermination que nous souhaitons contagieuse. Je tiens à remercier son Président, le Ministre Driss Alaoui M’DAGHRI, un éminent homme de culture, un créateur intarissable et un militant infatigable qui a su mobiliser les meilleurs artistes francophones et marocains pour apporter, s’il en était besoin, un merveilleux supplément d’âme à notre Conférence.

Je m’en voudrais de ne pas souligner avec vigueur le rôle essentiel de l’Université Euro-méditerranéenne de Fès (Euromed), haut lieu du savoir et de la connaissance, qui a bien voulu participer à cette aventure et en plus de son savoir-faire mettre à disposition ses magnifiques locaux, son matériel de pointe, ses personnels, ses enseignants et ses étudiants. Soyez en vivement remercié Monsieur le Président, cher Monsieur Mostapha Bousmina.

Si nous nous retrouvons aujourd’hui une nouvelle fois à Fès, c’est que nous souhaitons poursuivre tous ensemble le dialogue entamé en 2013 lors de la précédente conférence et que nous avons conscience de l’évolution préoccupante du contexte mondial rendant ce dialogue encore plus nécessaire, voire indispensable. Et comme le répète inlassablement avec vigueur et obstination, Son Excellence Madame Michaëlle JEAN, Secrétaire générale de la Francophonie : Il y a urgence ! Et cette urgence nous interpelle toutes et tous.
Depuis cinq ans, nous avons assisté à la montée de l’extrémisme violent et de la radicalisation qui ébranlent les institutions de nos sociétés, à la montée du repli sur soi et aux conflits identitaires. Au plan géopolitique, nous déplorons la tendance grandissante au protectionnisme sous toutes ses facettes politique, culturelle, économique, à cette recherche effrénée de l’hégémonie qui met à mal le multilatéralisme, le dialogue et l’échange dans les relations internationales.

Dans un monde en prise avec des turbulences qui brouillent les repères surtout pour les plus jeunes, en prise avec des mouvements qui instrumentalisent les peurs engrangeant les populismes, qui exacerbent les inégalités socio-économiques, qui cultivent la figure éternelle du bouc émissaire, nous disons aussi que ce n’est pas un supposé « trop de religion(s) » qui est problématique mais plutôt le manque de connaissance, y compris historique et critique, des religions, des cultures et des spiritualités qui permet à quelques-uns d’instrumentaliser les textes sacrés à des fins mortifères.

La vitesse vertigineuse des progrès scientifiques et technologiques, l’émergence du numérique et les transformations profondes qu’elles entrainent ajoutent à la déstabilisation des sociétés et des individus. La question de l’altérité, la connaissance, la compréhension, le respect de l’autre comme un autre soi-même est d’une actualité encore plus brûlante au moment où la machine, le robot se réclame un autre, conteste et exige une place à part entière.

Mesdames et Messieurs,
Plus que jamais, nous sommes convaincus devant une telle complexité que le respect, la promotion et désormais la protection de la diversité culturelle et religieuse, constitutive des sociétés et des nations, est une condition sine qua non pour faire face aux enjeux de notre temps.

Bien évidemment, depuis cinq ans, nous n’avons pas attendu, chacun à nos niveaux d’intervention, chacun dans nos espaces et territoires, pour, comme nous l’avions promis, agir et relever ces grands défis.

Inspirés par la feuille de route de ce qu’on appelle communément « Fès 1 », nous nous sommes efforcés de combattre les stéréotypes et les préjugés qui enferment l’Autre dans une identité monolithique, d’étendre l’accès aux savoirs, d’élargir la participation à la vie culturelle dans toute sa diversité afin de dépasser les clivages culturels, linguistiques, ethniques, religieux, de maîtriser les mutations technologiques et surtout d’humaniser la mondialisation.

Pour sa part, l’Organisation internationale de la Francophonie a déployé une démarche déclinée en deux volets complémentaires et indissociables avec d’une part une dimension positive de l’espérance et d’autre part une dimension pragmatique de prévention.

Nous menons ainsi depuis plus de deux ans une initiative d’envergure, « Libres ensemble », qui a déjà touché deux millions de jeunes francophones sur l’internet mais aussi en présentiel à travers des ateliers « Libres ensemble » pour mieux s’approprier et diffuser les valeurs du vivre-ensemble, à travers des caravanes nationales thématiques, mais aussi ce grand voyage qui a eu lieu de janvier à juin dernier à bord de la frégate l’Hermione.

Cette frégate, symbole de liberté et d’indépendance, a cheminé de l’Atlantique à la Méditerranée pendant 138 jours en mer mobilisant pas moins de 350 jeunes gabiers volontaires venus de tous les horizons pour confronter leurs cultures et leurs expériences au cours d’un parcours de citoyenneté critique et responsable, d’un vivre ensemble harmonieux à travers plusieurs escales de Bordeaux à Portimao en passant par Tanger, moment fort que nous avons vécu en mars dernier avec les autorités du Maroc.

Plus largement, nous avons consolidé toute une palette d’outils méthodologiques et de guides en faveur de la diversité culturelle et linguistique. Je pense au nouveau dispositif d’observation des dynamiques culturelles dans le monde francophone que nous avons mis en place. Je pense au Prix des cinq continents de la Francophonie dont le lauréat 2017, le jeune écrivain tunisien Yémen MANAI se trouve parmi nous, Prix dont le jury a l’honneur de pouvoir compter sur Monsieur JeanMarie Gustave LE CLEZIO, Prix Nobel de littérature, qui nous délivrera toute à l’heure une leçon inaugurale pour ne pas dire magistrale.

Je pense aux projets que nous menons sur l’intercompréhension entre les cultures et les langues, je pense au Prix de traduction en français et en arabe Ibn Khaldoun - Senghor organisé avec l’Organisation arabe pour l’éducation, la culture et les sciences (ALECSO). Je pense aussi à la formation que nous avons réalisé des traducteurs et interprètes de l’Observatoire de l’Université islamique Al-Azar en Égypte. Je pense à l’Observatoire économique de la Francophonie avec l’Université de Montréal, l’AUF et d’autres universités francophones devant prendre en compte les dimensions culturelles, sociales et comportementales.

En complément de cette approche positive de l’espérance, nous déployons également une approche prospective de prévention en travaillant avec les Ministères de la jeunesse et les Ministères de l’éducation afin de mieux prendre en compte les mécanismes de prévention contre la radicalisation et l’extrémisme violents dans leurs politiques publiques.

Plus globalement, et afin d’aller plus loin encore, nous lançons en ce moment-même FrancoPREV, le premier réseau francophone de prévention de la radicalisation et de l’extrêmisme violents, qui a pour objectif de renforcer les synergies et les capacités d’action des pouvoirs publics et des sociétés civiles. Il est constitué d’experts en la matière issus des institutions publiques internationales, nationales et subnationales, du monde académique et de la recherche, de la société civile ou de professions diverses. Ce nouveau projet, nous l’ouvrons à tous nos partenaires ici présents afin de conjuguer nos efforts communs.

Mesdames et Messieurs,
Nous sommes réunis aujourd’hui car malgré tous nos efforts et plus généralement ceux de la communauté internationale, la situation demeure préoccupante, elle s’est même aggravée. Cette Conférence revêt un caractère urgent et appelle de notre part la plus grande responsabilité et la plus grande rigueur afin d’aboutir à des propositions concrètes.

La fenêtre d’opportunité est de taille pour nous à la Francophonie puisque se tiendra notre Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement les 11 et 12 octobre prochains à Erevan en Arménie. Comme initié par les autorités marocaines dont nous soutenons pleinement la démarche, c’est une occasion privilégiée pour faire remonter jusqu’au plus haut niveau nos préoccupations majeures, pour sensibiliser les chefs d’Etat et de gouvernement de la Francophonie et transformer les propositions en politiques publiques vigoureuses et en actions concrètes. Cette démarche renforce celle des autorités du Burkina Faso suite à l’appel du forum tenu à Ouagadougou en 2017 sur le dialogue culturel et inter-religieux.

Et je suis convaincu que la détermination affichée, le génie, l’expertise et l’expérience réunis dans cette salle augurent d’un autre tournant majeur ici à Fès.

Je vous remercie.
Haut de page

COORDONNÉES


© 2013 Organisation internationale de la Francophonie
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d'intérêts.     En savoir plus...Fermer