Organisation internationale de la Francophonie

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DISCOURS DE MICHAËLLE JEAN À PARIS, LE 14 SEPTEMBRE 2017

A l’ouverture de la 2e édition des Journées de la Francophonie économique et numérique

Seul le texte prononcé fait foi

Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Représentants personnels des Chefs d’Etat et de gouvernement,
Messieurs les Présidents de la Commission économique et du Groupe de travail chargé du suivi de la Stratégie économique pour la Francophonie,
Mesdames et Messieurs les responsables et représentants des organisations internationales et des organisations d’intégration régionale,
Mesdames et Messieurs les acteurs économiques,
Monsieur l’Administrateur de l’OIF,
Monsieur le Président de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie,
Monsieur le Recteur de l’Agence Universitaire de la Francophonie,

Merci à vous qui avez ouvert le cercle de parole et commencé à engager la réflexion et vous l’avez fait magnifiquement.

Merci, à la vaillante équipe de la Direction de la Francophonie économique et numérique qui a pris en charge ce rendez-vous, avec le concours aussi des autres équipes des différentes directions, en jumelant vos efforts dans une approche transversale assurément plus féconde et avec la plus grande énergie,
Un merci tout particulier à vous, cher Kako NUBUKPO pour ces premiers mots d’accueil à nos distingués invités que vous avez su fort bien saluer en leurs titres, grades et qualités,

Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

À mon tour de vous souhaiter la plus cordiale bienvenue à toutes et à tous, à l’occasion de cette deuxième journée de la Francophonie économique et numérique.

Cette fois encore, vous avez répondu en grand nombre à notre invitation.
J’ose penser que cela confirme, s’il le fallait, l’attractivité et l’immense potentiel que recèle l’espace francophone en matière économique.

Quelles sont nos forces ?

La langue française, troisième langue des affaires.

84 États et gouvernements sur les 5 continents.

Un immense vivier de forces vives.

Un marché de plus de 800 millions d’habitants rien que dans nos pays membres, sans compter les pays observateurs.

Une part importante, donc, du commerce mondial.

Les faits sont là, notre espace foisonne déjà d’échanges économiques, mais ce marché commun, - et c’est ainsi que nous devons nous penser désormais -, mérite d’être mieux valorisé et exploité, d’être plus dynamisé et structuré, à l’aune des spécificités qui sont les nôtres.

Dans nos rangs figurent des pays riches, industrialisés, membres du G20, du G7. Des pays qui tracent résolument leur chemin vers l’émergence. C’est le cas en Afrique, dans la région Asie-Pacifique, dans celle de l’Océan indien également, comme en Europe centrale et orientale, et ailleurs encore. La Francophonie, compte aussi des pays moins avancés, mais qui ont néanmoins beaucoup à offrir et à réaliser

A cet égard, combien d’idées fausses auxquelles il faut tordre le cou !
Lorsqu’on parle, notamment, d’une Afrique francophone qui serait moins performante que l’Afrique anglophone.

Les données fournies par la Banque mondiale, dans un rapport publié en début d’année 2017, prouvent le contraire.

Je cite et retenez bien : pour la quatrième fois en 5 ans, l’Afrique subsaharienne francophone a réalisé les meilleures performances économiques du continent.
Cet ensemble de 22 pays a, en effet, enregistré une croissance globale de 3,7%, tandis que le reste de l’Afrique subsaharienne affichait un taux de 0,8%.

En Afrique de l’Ouest, les pays francophones de l’espace de l’Union économique et monétaire ouest-africaines (UEMOA) ont enregistré une progression globale supérieure à 6 % .

Fin de la citation...

Ces bons chiffres résulteraient, en partie, de la meilleure résistance de la majorité des pays producteurs d’hydrocarbures et de minerais, à la chute des cours.
Une certaine amélioration du climat des affaires y serait aussi pour beaucoup ; y compris des avancées en matière de bonne gouvernance ; le succès de l’Initiative pour la transparence des industries extractives ; ainsi que les ambitieux programmes de diversification dont on commence à voir les résultats.

C’est bien dans cette dynamique que les chefs d’Etat et de gouvernement, lors du sommet de Dakar en 2014, ont voulu doter la Francophonie d’une stratégie économique.

L’objectif de cette irruption de l’économie dans les priorités de notre Organisation est clair : aider à accélérer la croissance de nos pays en renforçant les capacités et les compétences - n’est pas Jean-Paul de Gaudemar ? - sécuriser l’environnement des affaires, en soutenant l’entrepreneuriat et la création d’emplois, en valorisant les filières stratégiquement diversifiées, en identifiant l’offre et la demande pour activer les chaînes de valeur, en favorisant l’innovation et la création d’emplois qualifiés et pérennes pour les jeunes et les femmes. Nos équipes sont à pied d’oeuvre dans et avec plusieurs pays ciblés
Tout cela aidant : pour plus de stabilité, plus de cohésion sociale, plus de synergies constructives, tant à l’échelle locale, nationale, régionale, qu’interrégionale.

Mais aujourd’hui, malgré tous ces atouts, l’espace francophone n’a pas encore pris la place légitime qui lui revient dans la mondialisation.

Lé.gi.time. Nous devons nous en persuader nous-mêmes et relever avec la plus grande volonté et la plus grande confiance les nombreux défis qui se posent encore dans notre espace à l’instar du reste du monde.

Qu’il s’agisse, par exemple, des normes juridiques, des nouveaux standards technologiques, des flux financiers ou commerciaux.

Aujourd’hui, malgré ces taux de croissance enviables rapportés par la Banque mondiale, nombre de ces pays peinent à éradiquer la pauvreté.
Nombre de pays peinent à s’engager sur la voie d’une croissance partagée et d’un développement responsable.

Nombre de pays sont encore trop dépendants de facteurs exogènes, comme le cours des matières premières, et reposent trop sur cette rente.

Nombre de pays peinent à passer à l’étape de la transformation et de l’industrialisation, si essentielle pour la création d’emplois et de richesses, qui plus est dans un contexte de démographie galopante avec, dans certains cas, plus de la moitié de la population âgée de moins de 25 ans et un chômage des jeunes, chronique et potentiellement explosif.

L’urgence est de faire de la jeunesse un dividende, de faire des femmes, également, un autre précieux dividende.

Toutes les données le montrent : le plein apport des jeunes et des femmes pourrait avoir des retombées économiques considérables, s’il n’était pas autant déconsidéré.

Une attitude totalement incompréhensible et surtout irresponsable dont nous voyons les effets désastreux, le gaspillage d’énergies laissées pour compte.
J’en profite pour vous dire que des centaines de femmes entrepreneures de tout l’espace francophone se retrouveront à Bucarest, du 31 octobre au 2 novembre, sur le thème "Création, innovation, entrepreneuriat, croissance et développement : les femmes s’imposent !"

Que l’on comprenne, enfin, à quel point il nous faut investir massivement dans ces forces vives et ce capital humain.

C’est un pari gagnant, pour le présent et pour l’avenir.

Un nouveau monde est en train de prendre forme sous nos yeux. Dans ce monde, les pays de l’espace francophone doivent saisir toutes les opportunités dans une démarche multipartenariale, si riche de la diversité des approches que vous incarnez, ici : vous décideurs politiques, responsables de grandes entreprises, entrepreneurs, chercheurs, universitaires, représentants des institutions internationales.

Les pays francophones doivent saisir toutes les opportunités dans tous les secteurs.

Identifier les secteurs porteurs à l’échelle régionale et internationale, repérer les filières créatrices d’emplois qualifiés, amener les jeunes et les femmes entrepreneurs à sortir de l’informel, ce sont là les priorités des décideurs économiques d’aujourd’hui.

C’est le cas pour le vaste secteur des biens et des industries culturels.
Alors que notre combat pour la diversité culturelle et linguistique, qui est au cœur de notre mission, a permis de remporter de nombreux succès, il ne s’est pas accompagné de l’émergence d’une économie de la culture francophone suffisamment forte, capable de lutter à armes égales avec les grands acteurs internationaux, sans dépendre exagérément de la subvention publique.
Or, là, comme ailleurs, le numérique est en train de rebattre les cartes, et la création francophone, si riche et si diverse, peut devenir un secteur majeur pour la création d’emplois et de richesses.

Dans la compétition mondiale, il n’y a pas d’économie forte sans culture dynamique.
Le numérique constitue un accélérateur de croissance pour tous les autres secteurs, tout comme il représente en soi un domaine d’une inépuisable vitalité.
Les jeunes utilisent au quotidien les nouvelles technologies avec des applications sans cesse réinventées.

Ils parlent et partagent cette langue par-delà les frontières et avec ce trait d’union ils créent des réseaux, se regroupent, en rejoignent d’autres.

Le numérique est d’ailleurs pour l’OIF, un secteur prioritaire pour nos programmes dédiés à l’innovation et à accompagner l’entreprenariat des jeunes et des femmes.

Le numérique, comme un bien commun, qui peut améliorer la gouvernance en permettant un meilleur accès aux services publics et une plus grande transparence. Nous accompagnons des jeunes qui produisent des applications remarquables à cette fin.

Le numérique, comme un enjeu de sécurité et de souveraineté. Là aussi, nous mettons des jeunes au défi de développer des solutions, des dispositifs de protection, de vigilance et de prévention.

Il y a là de vrais sujets, des enjeux graves et réels. Qu’on pense à la privatisation à des fins lucratives des données individuelles ou administratives et qu’on se rappelle les mauvaises pratiques, pour ne pas dire scandaleuses, de certains acteurs du secteur extractif dans des pays en développement.

La cybersécurité est au cœur aussi de nos travaux.

Nous voici déjà dans les couleurs de l’économie : je porte ce matin celle des industries créatives, sachant que la créativité traverse tout, couleur aussi de la connaissance. En tout il faut agir à grand renfort d’imagination, d’intelligence et de tous nos savoirs. Cette conjugaison est stratégiquement essentielle, vous l’avez si bien dit Monsieur le recteur.

Passons maintenant au domaine de l’économie verte qui est quant à lui extrêmement prometteur.

Malgré le revirement des Etats-unis, la dynamique de l’Accord de Paris, j’en suis convaincue, est irréversible.

L’OIF et son Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD) resteront mobilisés, pour faciliter l’accès de nos pays en développement aux financements internationaux pour l’adaptation, financements qui doivent être maintenus.

Mais parallèlement, l’Agenda des solutions, porté par les acteurs non-étatiques, - entreprises, collectivités locales, société civile -, avance à grands pas.

La transition de nos économies, vers une production décarbonée et vers l’adaptation au changement climatique est un phénomène majeur, qui revêt une dimension historique.

Nos économies en sortiront profondément transformées à grand renfort d’imagination et là encore il faut des investissements et des incitatifs.

Cette mutation devrait produire des millions de nouveaux emplois à travers le monde.

C’est là un axe essentiel de nos efforts en faveur de l’entreprenariat, car de nombreuses solutions sont à mettre en œuvre au niveau local, au plus près des collectivités, dont les savoirs traditionnels permettent d’adapter les nouvelles technologies aux réalités du terrain et vice versa.

Enfin l’économie bleue, qui reste largement méconnue, sous exploitée ou mal exploitée, alors que ses enjeux sont considérables. La vie est née des océans, et l’avenir de l’humanité passe encore aujourd’hui par les océans. Je pense aussi à nos voies fluviales qui sont aussi des vecteurs de développement et d’échanges. Je pense à nos lacs et nos rivières.

Mais qu’il s’agisse de la pêche, du tourisme durable, de la gestion raisonnée de la biodiversité, de l’exploitation durable des ressources énergétiques ou hydriques présentes dans les grands fonds et nos eaux, rien n’est à la portée d’un Etat seul.
Les alliances et les coalitions, une mise en commun intelligente et équitable sont indispensables.

Demandez à nos petits Etats insulaires en développement, rendus encore plus vulnérables par le changement climatique.

Aussi la Francophonie, qui est constamment à leur écoute, veut être l’espace où se noueront justement ces alliances, où les expériences, les intérêts communs agrégés permettront de plaider pour des financements conséquents, et où il sera possible de gérer ensemble des ressources qui sont des biens communs de l’humanité.

Sur chacun de ces sujets, qui sont des domaines d’action pour l’OIF dans le cadre de la stratégie économique de la Francophonie, nous voulons aujourd’hui vous entendre, débattre et partager.

Nous souhaitons bâtir une vision commune pour élaborer ensemble des solutions communes, des solutions francophones. Ces orientations et ces premières solutions seront reprises au cours de deux réunions importantes, la conférence des femmes qui se tiendra, je le disais, à Bucarest du 31 octobre au 2 novembre prochain, et la Conférence ministérielle qui rassemble les ministres des Affaires étrangères de la Francophonie qui se tiendra à Lomé les 25 et 26 novembre.
Voilà ce qu’attendent de nous les jeunes francophones, avec énergie et enthousiasme, un désir de s’accomplir avec créativité, d’acquérir des compétences, de se dépasser dans des emplois qui les amènent à s’épanouir, inventer, innover ; des emplois décents qui leur permettent de bien vivre, d’être autonomes, de porter et de réaliser des projets chez eux, forger des liens, ouvrir la voie pour d’autres également et à des partenariats stimulants.

Ce qui nous épate alors que nous avançons aux côtés des jeunes, avec ces jeunes femmes et ces jeunes hommes partout dans l’espace francophone, c’est leur volonté de faire bouger les lignes, de faire reculer l’impossible, de contribuer à la stabilité de leur pays et plus largement, à la stabilité du monde, de participer à l’édification d’une économie plus humaine, durable, viable, équitable et responsable, de penser une croissance partagée, inclusive, fondée sur une gouvernance adossée à des principes de justice.

C’est à toutes et à tous ces jeunes que nous accompagnons avec fierté et de qui nous apprenons aussi énormément, à leur courage, leur persévérance, leurs idées lumineuses que je dédie cette journée, dans un arc en ciel de possibilités, tout en vous remerciant, une fois encore, de votre participation engagée.
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