Organisation internationale de la Francophonie

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DISCOURS DE MICHAËLLE JEAN À QUÉBEC, LE 10 JUILLET 2018 (2)

Au colloque des 30 ans de l’IFDD

Seul le texte prononcé fait foi

Monsieur le Ministre de l’Éducation,
Merci pour vos mots si engageants !

Madame la Déléguée générale du Québec à Paris et Représentante personnelle du PM du Québec au Conseil permanent de la Francophonie, ancienne ministre de l’Éducation du Québec,

Excellences, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Madame et Messieurs les anciens directeurs de l’IFDD,
Mesdames et Messieurs les membres du Conseil d’orientation de l’IFDD
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,

Quel plaisir chers amis, de me retrouver parmi vous ce matin à Québec, sous un ciel radieux et en cette saison où le paysage est d’une exceptionnelle luxuriance offrant un écrin de verdure au magnifique fleuve Saint-Laurent.
Quelle belle journée pour célébrer les 30 ans de notre Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD) !

Quel plaisir de retrouver des collègues si dévoués, ces femmes et ces hommes qui ont contribué à façonner et qui portent encore la destiné de ce magnifique noyau d’expertise de la Francophonie.

Je veux saluer le travail remarquable mené par une équipe des plus enthousiastes, sous votre direction Monsieur Jean-Pierre Ndountoum, certaines et certains depuis des années, voire 25 ans.

Vous cher Jean-Pierre qui succédez à Madame Fatima Dia, chère amie, si vous voulez bien vous lever, à Monsieur El Habib Benessahraoui, à Monsieur Jean-Marc de Comarmond, à Monsieur Bernard Duhamel.
Je veux vous rendre hommage, car vous avez su nourrir de votre vision et de vous hautes compétences l’horizon et les champs d’action de l’IFDD.
Puis-je demander aux membres du Conseil d’orientation de l’IFDD et aux observateurs de se lever également.
Au nom de l’Organisation internationale de la Francophonie et de toute la Francophonie, je veux saluer votre précieuse collaboration, inestimable contribution.

Je vous remercie.

Nous prendrons aujourd’hui le temps d’évaluer le chemin parcouru, d’en faire le bilan, avant de nous projeter vers cet avenir qu’il nous incombe d’imaginer et de bâtir ensemble.

L’accord de siège avec le gouvernement du Canada fut signé le 17 novembre 1988, date de l’inauguration des locaux de l’Institut, officialisant ainsi le lancement de l’IEPF, dont les premiers locaux étaient situés au 690, Grande-Allée Est, avant d’être transférés au 56 rue St-Pierre.

Mesdames et Messieurs,

Je vous propose une mise en contexte mondiale de la genèse de notre Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD), qui est un organe, je le disais, des plus importants de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).
C’est au constat de l’extrême vulnérabilité des pays francophones en développement confrontés aux différents chocs pétroliers qui menaçaient gravement leur croissance et secouaient l’économie de toute la planète, que les Chefs d’États et de Gouvernements de la Francophonie, réunis lors de leur 2ème Sommet, tenu à Québec en septembre 1987, décident de créer l’Institut de l’énergie des pays ayant commun l’usage du français (IEPF), avec pour mandat de conduire une action concertée de coopération visant le secteur de l’énergie, par le biais d’activités de formations, d’informations, de concertations et de terrains.

Cette décision advient donc il y a 30 ans, dans un monde où le Mur de Berlin est encore debout.
À cette même époque les Chefs d’Etat et de gouvernement, réunis à Québec, avaient la conviction que la Francophonie devait agir au plus près des populations, dans les domaines linguistiques et culturels, mais aussi politiques, économiques et sociaux.
Ils voulaient, dans un monde encore divisé par la Guerre froide, promouvoir « une solidarité libre de contraintes », afin de relever ensemble les grands défis du développement, dans « une libre association de partenaires égaux ».
Cette ambition exprimée à Québec prolongeait la vision qu’avaient eue les Pères fondateurs de la Francophonie, 20 ans auparavant.
La création de l’IFDD découlait de cette hauteur de vue. Il est bon de s’en souvenir, au moment où d’aucuns imaginent la Francophonie en annexe élitiste de l’Académie française.
La création de cet institut était visionnaire, car peu d’années après, en 1992, la conférence des Nations Unies « Le Sommet de la terre » de Rio de Janeiro, place le développement durable au cœur des priorités mondiales.
Trois conventions internationales dégagent alors des champs d’action précis : la lutte contre la désertification, la préservation de la biodiversité et la convention la plus connue sur les changements climatiques.
Sur ces trois priorités, la Francophonie, à travers son Institut pour le développement durable, se mobilise depuis 30 ans.
D’abord sur le terrain, en favorisant des projets de coopération au plus près des populations.
Sait-on seulement que la Francophonie travaille à améliorer l’efficacité énergétique dans toute l’Afrique francophone ?
Sait-on seulement que la Francophonie contribue au développement des énergies renouvelables au Cambodge, au Laos, au Vietnam, comme aussi dans des pays d’Afrique francophone ?
Sait-on seulement que sur le plan de l’agriculture durable, la Francophonie est très engagée dans 13 pays d’Afrique et de l’Océan indien et qu’elle soutient la création d’entreprises innovantes et d’emplois verts ?
Toutes ces actions sont menées en étroit partenariat avec les Etats membres et les partenaires régionaux ou internationaux.
Il y a ensuite le volet des négociations internationales.
Tout le monde sait combien les négociations sur le climat ont atteint ces dernières années un niveau de complexité sans précédent.
La Francophonie aide ses pays membres en développement, par un soutien technique et linguistique leur permettant de négocier en français, afin qu’ils puissent défendre leurs intérêts à armes égales.
A travers toutes ces actions, l’Organisation internationale de la Francophonie a contribué, modestement mais avec un très fort engagement, aux succès récents comme la conclusion de l’Accord de Paris sur le climat, ou l’adoption des Objectifs du développement durable (ODD).
Or, au moment même où le développement durable est enfin reconnu comme un bien commun de l’humanité, auquel chacun doit contribuer pour le bénéfice de tous, une vague de fond déferle aujourd’hui sur le système international pour remettre en cause le multilatéralisme et la pertinence de l’action collective.
Qu’il s’agisse du commerce, des questions de sécurité, des migrations, de l’intégration régionale, l’individualisme resurgit parmi les Etats.
L’unilatéralisme fait un retour en force. Mais s’il est bien un sujet qui exige une mobilisation universelle, c’est le développement durable.
Le changement climatique ou le recul de la biodiversité ignorent les frontières, et affectent l’humanité dans son ensemble.
L’ampleur des moyens à mobiliser pour l’atteinte des ODD rend impensable tout autre action que collective.
Face à ce nouveau défi, l’action multilatérale doit se réinventer.
Il ne suffira pas de faire des vœux pieux pour sauver le multilatéralisme.
Les peuples comme les Etats ont besoin de retrouver confiance dans des institutions internationales qui ont eu tendance à privilégier une approche verticale dans leur production normative, perçues comme technocratique et déconnectée des réalités vécues par les populations.
Les politiciens opportunistes qui, à travers le monde, prospèrent en ce moment sur les discours populistes, sont le symptôme, et non la cause de cette fracture.
Le développement durable peut être le laboratoire d’un multilatéralisme rénové, plus inclusif, largement ouvert à la société civile et aux acteurs non gouvernementaux.
On sait que l’atteinte des objectifs de l’Accord de Paris, la limitation des émissions pour ne pas dépasser une hausse des températures de 2°C dépend de la volonté des Etats, mais tout autant de la volonté des villes, des collectivités locales, des entreprises, des chercheurs et des citoyens.
Le retrait des Etats-Unis de l’Accord est un défi, mais il n’empêche pas de nombreux Etats fédérés américains d’être particulièrement actifs pour réduire lors émissions, et le secteur privé de développer des solutions innovantes.
Cet engagement de toute la société pour relever avec courage des défis mondiaux est aussi un des traits du Québec.
Ce n’est pas un hasard si l’Institut de la Francophonie pour le développement durable est accueilli depuis 30 ans par une province canadienne aussi exemplaire dans le domaine de l’environnement comme de la coopération internationale.
En 1918, au sortir de la Première guerre mondiale, le Président Wilson dans son discours des « 14 points », texte fondateur du multilatéralisme, appelait à une diplomatie franche et transparente.
Un siècle plus tard, cet appel reste d’actualité pour les opinions publiques, déroutées par la technicité de négociations internationales confinant à l’opacité, et enclines dès lors à soutenir, faute de solutions simples, les raccourcis simplistes.
Dans ce contexte, la Francophonie peut être, plus que jamais, un espace où se crée du lien entre les Etats et gouvernements, entre les acteurs non gouvernementaux, entre les populations.
Organisation internationale qui compte des membres d’une grande diversité, répartis sur les 5 continents, l’OIF ne produit pas de normes contraignantes, mais permet le débat en vue d’un consensus, et accompagne ses pays membres face aux grands enjeux de notre temps, parmi lesquels le développement durable figure en bonne place.
Par sa pratique inclusive, son respect des différences, comme par son attachement aux valeurs universelles, la Francophonie, plus que jamais attachée à une « solidarité libre de contraintes », espère ainsi contribuer, à la place qui est la sienne, à la préservation du multilatéralisme et la foi dans un destin commun de l’humanité.
Voyons comment s’est articulée au cours des dernières années, l’action de l’IFDD, notamment en 2015, l’année de mon arrivée également à la haute fonction de Secrétaire générale de la Francophonie qui correspond aussi à un moment où la communauté internationale prend d’importants engagements pour le développement durable, en adoptant, et je me suis assurée que l’OIF soit de la partie :
• Le programme d’action d’Addis Abeba sur le financement du développement (juillet 2015)
• Le programme de développement durable des Nations Unies à l’horizon 2030 et les Objectifs de développement durable (septembre 2015)
• L’Accord de Paris sur le climat (décembre 2015)

Par ailleurs, les États et gouvernements membres de la Francophonie ont exprimé à plusieurs reprises, notamment lors de récents sommets des chefs d’État de la Francophonie, leur souhait que l’OIF contribue de manière toujours plus efficiente à la mise en œuvre des ODD, au développement des échanges économiques et à la création des emplois chez les femmes et les jeunes dans le cadre du déploiement des nouvelles économies dans l’espace francophone.

La mise en œuvre de cette volonté des Chefs d’États et de Gouvernements s’est matérialisée dans les programmes de l’Institut par
• La mise en place d’un programme consacré aux ODD
• la mise en place d’indicateurs se rapportant à l’inclusion des femmes et des jeunes ;
• l’accompagnement des jeunes lors des négociations internationales sur l’Environnement, notamment grâce à un financement du Gouvernement du Canada ;
• le développement d’un programme « Jeunes et Climat » en partenariat et avec le financement du Gouvernement du Québec ;
• la mise en place d’un programme « Femmes et Climat » grâce au financement de la Région Bruxelles-Capitale ;
• le soutien à l’Initiative Trophées climat
• la participation citoyenne, par le biais de l’Initiative citoyenne Objectif 2030 (www.objectif2030.org)

Mais au-delà de l’IFDD, la feuille de route reçue de nos Chefs d’État et de Gouvernement se reflète dans plusieurs actions et initiatives de l’OIF que je suis particulièrement fière d’avoir personnellement initiées, notamment

• la Stratégie économique pour la Francophonie ;
• la Stratégie jeunesse de la Francophonie ;
• la Stratégie numérique de la Francophonie ;
• des programmes de promotion de l’entrepreneuriat chez les jeunes et les femmes, d’appui au développement local, etc.
• l’instauration de la participation des jeunes aux Sommets
• l’initiative Égalité Femmes-Hommes
• une meilleure intégration des programmes entre les unités administratives

Le 30e anniversaire de l’IDD a lieu dans un contexte marqué non seulement par une accélération de la mise en œuvre des engagements internationaux en matière de développement durable tel que l’Agenda 2030, l’Accord de Paris sur le climat, mais également par un positionnement de l’IFDD dans sa mission en faveur de la mise en œuvre opérationnelle d’un accompagnement stratégique du développement durable dans les pays membres de la Francophonie et au sein même de l’OIF.

Enfin, le 30e anniversaire de l’IFDD s’inscrit à la veille de l’adoption de la nouvelle programmation quadriennale 2019-2022 de l’OIF, soit à l’occasion du 17e Sommet des Chefs d’État et de gouvernement de la Francophonie, prévu en octobre, à Erevan, en Arménie.

Dans sa conception, c’est une nouvelle programmation que nous avons voulue plus intégrée, pour une meilleure synergie entre les différentes unités administratives. Cette intégration se manifeste ici par la participation de plusieurs directions de l’OIF au Colloque sur les 30 ans de l’IFDD.
Cette intégration sera également bientôt matérialisée par le rapport sur les bonnes pratiques observées au sein de nos États et gouvernements membres, chez nos opérateurs, au cœur de notre société civile, et même à l’intérieur de l’OIF. C’est un rapport que je compte présenter à nos Chefs d’États et de Gouvernements lors du prochain Sommet de la Francophonie, et qui illustrera les solutions que notre espace peut présenter au reste du monde.
Nous pouvons nous enorgueillir, toutes et tous de cette œuvre que vous avez successivement contribué à créer, à consolider, à développer et à propulser.

Je vous remercie.
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