Organisation internationale de la Francophonie

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DISCOURS DE MICHAËLLE JEAN À PARIS, LE 31 MAI 2016

Ouverture des 5es Journées des réseaux institutionnels de la Francophonie

Seul le texte prononcé fait foi

Monsieur le Président du Conseil constitutionnel,
Cher Laurent Fabius,

Je voudrais tout d’abord vous exprimer notre gratitude pour cet accueil dans le cadre prestigieux du Palais-Royal.
Une nouvelle preuve de votre attachement à l’action de la Francophonie et à celle de ses réseaux institutionnels que vous connaissez bien, notamment à travers l’Association des Cours constitutionnelles ayant en partage l’usage du français, l’ACCPUF.

Votre geste nous va droit au cœur, croyez-le bien.

Excellences,
Mesdames et Messieurs les Présidents et Secrétaires généraux des réseaux institutionnels,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Distingués invités,
Chers amis,

Je suis heureuse d’ouvrir ici, la cinquième édition des Journées des réseaux institutionnels de la Francophonie.

Et je suis particulièrement sensible à votre forte mobilisation.

Ces journées constituent, comme vous le savez, un moment important de dialogue et de consultation entre partenaires privilégiés, en vue d’approfondir davantage nos actions en faveur de la paix, de la démocratie et des droits de l’Homme.

Ce grand rendez-vous biennal, qui vient en amont du XVIe Sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement de la Francophonie, les 29 et 30 novembre prochain à Madagascar, permettra, à travers nos échanges, de nourrir sans aucun doute les décisions qui seront prises.

Il s’agit donc d’un temps fort de notre partenariat, qui confirme la détermination de nos engagements communs : à œuvrer au renforcement des institutions de l’Etat de droit et, par-delà, au renforcement de la gouvernance démocratique, élément fondamental, si l’on veut prétendre au bien-être des populations, dans une perspective de développement humain, culturel, économique durable et viable.

Personnellement, je veux saisir ces journées des réseaux, qu’il m’est donné de présider pour la première fois et que j’attendais impatiemment, pour vous dire : à la fois mon entière reconnaissance et ma volonté de mieux affirmer votre rôle essentiel au sein de la Francophonie institutionnelle.
Car, forts de notre étroite collaboration, nous disposons d’une capacité d’action incomparable.

Notre mobilisation conjointe incarne la Francophonie qui agit... la Francophonie des résultats... la Francophonie des solutions... à laquelle je suis particulièrement attachée.
Au nom des citoyennes et des citoyens de l’espace francophone, et plus particulièrement au nom de la jeunesse : nous nous devons d’agir là où nous le pouvons... là où il le faut... là où les besoins sont les plus criants.

Je ne cesse de dire partout combien le temps presse.

Durant ces travaux, vous aborderez les actions que vous menez dans de nombreux domaines prioritaires pour la Francophonie... mais aussi, au regard des défis majeurs qui ont été exposés brillamment par nos quatre grands témoins que je veux remercier pour leur engagement et leur disponibilité.

François Crépeau, Rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l’Homme des migrants, qui nous a fait l’amitié de prendre part à notre rencontre, a eu à cœur, lors de son témoignage, de mettre des mots – et des chiffres - sur une réalité et des drames insoutenables.

Des drames qui nous enjoignent à l’action.

Des drames qui heurtent violemment nos valeurs et nos principes communs.

Des drames qui se déroulent sous nos yeux, qui nous interpellent d’autant plus qu’ils concernent nombre de pays de l’espace francophone.

Nous comptons des pays de départ ou de transit, notamment le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, la Grèce, la Guinée, le Liban, le Mali, le Maroc, le Sénégal, le Togo, la Tunisie.

Nous comptons aussi des pays de destination et d’accueil, la trentaine d’Etats européens membres ou associés de la Francophonie, ainsi que le Canada.

J’attire votre attention sur les chiffres qui nous ont été fournis par l’Organisation internationale des migrations, l’OIM. 

Rien qu’en 2015, près de 147 mille migrants sont arrivés sur les côtes italiennes. Parmi eux, plus de 34 000 personnes, soit près de 25%, arrivant de pays de la Francophonie, pour l’essentiel d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique du Nord.

Dans l’œil des médias, une crise, une catastrophe en chasse vite une autre.
Le flux des migrants en provenance de la Syrie capte davantage l’attention.
Le prénom du jeune enfant syrien dont les vagues ont rejeté le corps a fait le tour du monde et on s’en souvient encore.

Mais des enfants africains morts dans les mêmes circonstances ou rescapés de justesse, les médias se sont désintéressés ou n’en n’ont que faire.

Et pourtant, le drame absolu et la souffrance de tous ces malheureux en provenance d’Afrique arrivant sur les côtes italiennes, n’a pas cessé pour autant.
Il reste encore à compiler les données de 2016. Mais rien que ce weekend, entre 500 et 700 migrants africains, dont une quarantaine d’enfants, tentant de gagner l’Italie auraient trouvé la mort, selon l’ONU, dans trois naufrages au large de la Libye et dans des conditions atroces, d’après les témoignages de survivants.

Je veux citer ici une porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux réfugiés envoyée sur les lieux :
"Nous ne saurons jamais le nombre exact, nous ne connaîtrons jamais leur identité, mais les survivants traumatisés disent que plus de 500 personnes sont mortes dans ce naufrage ».
Nous savons cependant que ces femmes, ces hommes, qui franchissent la Méditerranée, certains après avoir vécu une longue et périlleuse marche, parfois en plein désert, pour entrer en Europe sont en grande majorité, des jeunes, scolarisés pour la plupart, mais qui, poussés par le désespoir, le sentiment d’impasse, le chômage, ou fuyant des terres rendues incultivables pour cause du réchauffement climatique, prennent tous les risques, affrontent tous les dangers, voire la mort.

La Méditerranée s’est ainsi vite transformée en un vaste tombeau à ciel ouvert.
Les chiffres de l’OIM précisent qu’en 2015, ce sont près de 3 000 personnes qui sont mortes ou portées disparues en tentant d’atteindre les rives de l’Espagne ou de l’Italie.
Parmi les rescapés beaucoup de jeunes femmes et d’enfants sont concernés.
Comme le montrent très clairement les statistiques du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, cette fois pour le premier trimestre de 2016, 35% de ces réfugiés et migrants d’Afrique arrivés en Europe par la Méditerranée sont des enfants, 20% des femmes.

Pourquoi j’insiste autant ? Parce que le silence est affreusement coupable, le mépris, l’inaction et la discrimination notables, face à ces populations qui, livrées à des hordes de passeurs qui les détroussent, prennent des risques insensés aux conséquences fatales et implorent assistance.

Et la Francophonie entend prendre toute sa part dans la recherche et la mise en œuvre d’actions durables. Nous disons partout, à toutes les tribunes, qu’aucune solution de court terme ne peut être efficace, qu’il faut s’attaquer aux causes profondes de ces exodes forcés.

Nous frappons à toutes les portes et cherchons à rassembler partenaires, ressources et moyens dans la mise en œuvre de notre nouvelle stratégie économique, et en particulier d’un programme dédié à l’accompagnement et au développement de TPE et de PME dans des filières qui permettent la création d’emplois dans les pays concernés. Il faut une réponse globale qui permette d’affronter stratégiquement des difficultés chroniques : investir massivement dans la formation professionnelle et technique, soutenir l’entrepreneuriat de manière structurante, imaginative, innovante, équitable et solidaire. Les jeunes et les femmes nous le disent.

L’OIF continuera également de renforcer son action dans le domaine de la lutte contre l’instabilité politique. Les trop nombreux conflits, qui émanent de crises de la démocratie et de fragilités institutionnelles poussent en effet chaque jour des milliers de personnes sur les chemins de l’exil.

C’est ainsi que nous intervenons en faveur du rétablissement de la paix et de la démocratie, du renforcement de l’État de droit, du respect des droits et des libertés, de la diversité culturelle et religieuse.

Au-delà de l’OIF, c’est l’ensemble de la communauté francophone qui doit répondre collectivement et de façon coordonnée pour prévenir ces situations dramatiques.
Nous devons unir nos forces, nos convictions et nos ressources pour faire respecter le droit international.

Il s’agit donc pour nous de faire œuvre de responsabilité commune. Oui, nous l’avons dit, nous sommes toutes et tous concernés par la recherche de solutions viables et durables respectueuses des droits et des libertés de la personne, des communautés et collectivités.

A cet égard, le rôle des institutions de l’Etat de droit que sont les Commissions nationales des droits de l’Homme ainsi que le Réseau des médiateurs et ombudsman, est essentiel.
Les actions que vous menez en articulation aussi avec des initiatives de la société civile pour prévenir et signaler les abus, agir sur les situations d’exploitation, les mauvais traitements et les conditions de vie insalubres auxquels sont exposées les personnes migrantes. L’élaboration de politiques d’intégration, doit être encouragée et soutenue. Il faut aussi mieux le faire savoir.

Il s’agit pour nous de faire œuvre de solidarité, toujours et notamment avec les plus fragiles et les plus vulnérables, d’encourager une vraie éthique du partage de nos ressources et de nos savoir-faire.

Il s’agit pour nous de faire œuvre de coopération enfin, non seulement entre Etats, mais aussi avec tous les acteurs institutionnels qui se mobilisent pour que, dans tant ces circonstances tragiques, les droits et les libertés soient protégés et les principes démocratiques respectés.

Je sais que certains de vos réseaux se sont déjà activement penchés sur la manière dont vos institutions peuvent mieux répondre aux défis posés par ces flux migratoires massifs.

Je tiens à saluer à cet égard et dans le cadre de notre partenariat, le travail que nous menons depuis cette année avec le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme et le Rapporteur spécial pour les droits de l’Homme des migrants, M. François Crépeau, pour aider les pays, notamment de transit, à garantir la protection juridique des droits de ces milliers de personnes qui méritent notre mobilisation.

J’en parle avec d’autant plus d’émotion que je suis passée par là. Ma famille comme des milliers d’autres a dû fuir la répression et la misère dans lesquelles le régime dictatorial des Duvalier avait plongé inexorablement Haïti. Tout quitter, la peur au ventre, la mort à nos trousses. Tout risquer. Prendre le chemin de l’exil. Devoir affronter l’inconnu et combien d’humiliations. Repartir à zéro dans le plus grand dénuement. Ne pas savoir de quoi demain sera fait. Notre vie brisée. Devoir se reconstruire et disposés à donner le meilleur de nous-mêmes. Je peux vous dire tout cela, mais surtout comment des citoyennes et des citoyens comme vous, des associations et des institutions comme celles que vous représentez ont su faire toute la différence, nous ont permis de garder espoir et dignité face aux pires épreuves et surtout de nous en sortir. N’en doutez jamais.

Madame la Présidente Fatimata Bazeye, à l’occasion de son brillant témoignage, a pour sa part rappelé l’importance des questions constitutionnelles dans l’action de la Francophonie.

Tout d’abord, parce qu’il apparaît primordial d’accompagner la consolidation et le respect des Constitutions de nos Etats membres, tel qu’exprimé dans la Déclaration de Bamako, de faire en sorte que soient respectés les textes fondamentaux régissant la vie démocratique et résultant d’un large consensus national, tout en étant conformes aux normes internationales.

De faire aussi en sorte que ces textes soient l’objet d’une adaptation et d’une évaluation régulières, qu’ils prennent en compte les mutations et les évolutions sociales, toujours dans une démarche inclusive, dans l’intérêt supérieur et général, gage de paix et de stabilité nationale.

A cet égard, j’ai pu mesurer les efforts que vous déployez inlassablement, en tant que Cours et Conseils constitutionnels pour conforter au quotidien l’Etat de droit et la démocratie dans l’espace francophone.
C’est précisément à ce tître que vous êtes sollicités régulièrement par les autres institutions de l’Etat, par les partis politiques, parfois directement par les citoyennes et les citoyens qui montrent ainsi leur attachement à la loi fondamentale.
Je vous encourage à maintenir cette dynamique qui contribue à ancrer ainsi la démocratie.

Cependant, comment passer sous silence ces crises qui ont émaillé ces derniers mois, à la suite des divergences de vue sur l’interprétation et la mise en œuvre des dispositions de la constitution ?
Comment passer sous silence les suspicions manifestées à l’égard de certaines juridictions constitutionnelles, notamment dans les contextes électoraux ?

C’est pourquoi, je lance un appel à un sursaut d’efforts de votre part pour favoriser la confiance et l’acceptation générale de vos décisions.

En ce lieu symbolique qu’est le Conseil constitutionnel français, siège du Secrétariat de l’Association des Cours constitutionnelles ayant en partage l’usage du français l’ACCPUF, j’appelle les Etats et gouvernements membres de notre Organisation à tout mettre en œuvre pour assurer le renforcement des capacités et des moyens au profit de l’ensemble des institutions constitutionnelles.

J’ajoute que les membres des juridictions constitutionnelles devraient être en mesure, dans tout l’espace francophone, d’exercer leur fonction de façon indépendante, à l’abri de toute pression.

L’OIF prend sa part dans les efforts visant à vous doter des moyens nécessaires à vos missions. Car, de la qualité de vos décisions, dépend le fonctionnement efficace des institutions ainsi que la paix et la stabilité de nos Etats.
C’est pourquoi, l’OIF est et demeure l’un des rares partenaires internationaux à poursuivre son appui aux juridictions constitutionnelles et électorales.

Les séminaires de renforcement des capacités dans le domaine du contentieux électoral, les séminaires d’échange de bonnes pratiques en matière constitutionnelle, les voyages d’études auprès d’institutions homologues, la mise à disposition d’ouvrages de référence dans le domaine constitutionnel ainsi que la mobilisation des experts en soutien à nos missions, sont autant d’actions que nous menons en faveur des cours et conseils constitutionnels.

Mesdames et Messieurs,

Comme l’a évoqué très justement le Ministre Cheikh Tidiane Gadio, un autre sujet de préoccupation majeure pour la Francophonie est l’émergence et la récurrence des crises et des conflits, ainsi que l’augmentation, sans précédent, d’activités liées au terrorisme et à la criminalité transnationale, au sein de notre espace.

C’est pourquoi, il nous faut apporter des réponses aux nombreux défis auxquels nous devons faire face dans des situations de plus en plus complexes.

Complexes en raison de l’évolution profonde de la nature des crises et des conflits qui se caractérise aujourd’hui par une recrudescence des tensions et par une diversification des acteurs impliqués, qu’ils soient institutionnels, politiques ou non-étatiques.

Complexe également parce que nous devons faire face à une montée en puissance de la radicalisation violente et du terrorisme, qui nous touche de plein fouet.

Face à ce fléau, qui nous horrifie et qui frappe voire déstabilise de nombreux Etats de notre espace, il nous faut résister et tous ensemble.

C’est pourquoi, en suivi de la Résolution sur le terrorisme adoptée par les Chefs d’Etat et de gouvernement membres de la Francophonie lors du dernier Sommet de Dakar, nous avons développé différentes actions et activités, destinées à renforcer, mobiliser et structurer la réponse francophone à ce phénomène, et ce, bien souvent, grâce à votre appui. Outre, les actions que nous avons menées dans les secteurs de l’économie, de la jeunesse, du numérique, ou encore de la diversité culturelle, nous avons consolidé nos initiatives dans les domaines de l’Etat de droit, des droits de l’Homme, ou encore de la régulation des médias.

C’est ainsi que j’ai lancé le 10 mars dernier, la campagne « Libres ensemble », destinée aux jeunes et menée avec eux. Car il nous est insupportable de constater qu’en plus d’être victimes des attaques terroristes, nos jeunes sont aussi des cibles de choix lorsqu’ils sont pris dans les filets de l’instrumentalisation et de la radicalisation violente, et deviennent eux-mêmes des bourreaux.

Cette plateforme internet de dialogue est destinée à encourager et relayer les points de vues de la jeunesse de tout l’espace francophone. Elle leur permet de présenter des initiatives citoyennes et de proposer des projets qui renforcent le lien social. Elle a connu dès sa mise en ligne un immense succès. Nous avons rejoint plus de deux millions d’internautes dès la première semaine et avons atteint, depuis un nouveau cap de 3 millions de consultations. Des dizaines de milliers de jeunes se sont appropriés la plateforme et la font vivre. Ils disent leur soif de liberté, d’humanité, leur attachement aux valeurs de solidarité, de fraternité, de dialogue, de partage et de respect de la diversité. Face de ceux qui prêchent la haine de l’autre, la terreur et la destruction, la parole de ces jeunes est un contrepoids et ils la prennent partout.

Il nous faut donc bâtir sur l’espoir. Mais il nous faut également redoubler d’efforts pour lutter contre les conditions propices au développement du terrorisme et de la radicalisation violente.

En matière de justice, vous le savez, l’OIF travaille avec certains d’entre vous -notamment l’Association internationale des procureurs et poursuivants francophones, l’AIPPF, et le Réseau francophone de formation policière, Francopol- afin de renforcer la coopération intra-régionale en matière de lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée, notamment dans le domaine de l’entraide judiciaire.

A cet égard, l’OIF a organisé le 4ème Colloque sous-régional de haut niveau à l’intention des pays francophones d’Afrique, à Antananarivo du 26 au 28 avril 2016. Ce colloque, destiné aux Etats de l’Océan indien, avait notamment pour but de proposer un cadre pour la mise en place d’un mandat d’arrêt africain qui doit permettre de poursuivre en justice toutes les personnes accusées d’infractions terroristes à l’échelle du continent.

Des actions sont également menées avec le Réseau africain francophone de formation judiciaire, en vue de la formation continue sur le terrorisme destinée aux auditeurs de justice, aux magistrats confirmés, ainsi qu’aux avocats francophones.

Dans le domaine de la sécurité, nous développons avec vos réseaux plusieurs activités, notamment l’élaboration avec Francopol d’un guide à destination des personnels de police sur la « Prévention et l’identification des signes de radicalisation au sein des communautés ».

Concernant plus particulièrement la lutte contre la cyber-criminalité, l’OIF a organisé avec succès, une Conférence internationale sur le renforcement de la cybersécurité et de la cyberdéfense dans l’espace francophone, à Grand Bassam en Côte d’Ivoire, les 8, 9 et 10 février 2016. Cette conférence, organisée en partenariat avec l’Autorité de régulation des télécommunications de Côte d’Ivoire (ARTCI) et la Police scientifique de Côte d’Ivoire (DITT), visait à faire l’état des lieux des problématiques rencontrées par l’ensemble des pays membres de la Francophonie et d’envisager les pistes de collaboration et de coopération entre les différents acteurs impliqués pour une meilleure appréhension des phénomènes liés à cybercriminalité.

Avec le Réseau francophone des Régulateurs des médias, le REFRAM, nous menons une réflexion sur les enjeux de la régulation à l’ère du numérique, tout en maintenant notre soutien indéfectible à la liberté de la presse et à l’innovation dans les médias.
Enfin, pour renforcer notre action dans une démarche concertée avec l’ensemble des acteurs engagés dans ce combat, nous tiendrons, comme vous le savez, les 6,7 et 8 juin prochains, à Paris, une conférence qui sera intitulée « lutte contre le terrorisme et prévention de la radicalisation violente : vers une approche francophone intégrée ». Nous répondons ainsi au besoin urgent de mutualiser nos efforts, nos expériences, nos meilleures pratiques, nos dispositifs et nos renseignements pour mieux prévenir et protéger. Nous sommes frappés de toutes parts. Aucun pays ne peut s’en sortir seul.

Au regard de votre rôle fondamental sur des aspects-clés de ces problématiques, votre appui et votre expertise seront absolument essentiels pour enrichir les travaux de cette conférence.

Général Siaka Sangaré, la question de l’état civil me tient particulièrement à cœur, car, comme vous l’avez rappelé et combien il est important de l’avoir à l’esprit : plus de 230 millions d’enfants de moins de 5 ans ne sont pas enregistrés dans le monde !
Ce constat alarmant dressé par l’UNICEF en décembre 2013, alors que nombre de pays échappent encore aux statistiques, touche l’espace francophone, et particulièrement l’Afrique sub-saharienne et l’Asie du Sud-Est, où moins de la moitié des enfants sont enregistrés à la naissance.

L’absence d’enregistrement à la naissance signifie en effet l’absence d’identité mais également de nationalité, et, par-delà, la privation de protection juridique, sociale et économique, de droit à l’éducation mais aussi de droit à la santé. Ces enfants non enregistrés sont des individus privés de leurs 23 droits fondamentaux recensés par les Nations unies, sans compter une dizaine d’autres droits qui en découlent et qui sont tout aussi fondamentaux !

Il s’agit d’une situation inacceptable. Un facteur de risque majeur sur le plan sécuritaire. Et puis comment penser des politiques sociales et de développement économique sans données précises sur la population ? Comment penser une gouvernance inclusive et efficace ?

En dépit des conventions internationales signées et ratifiées par la plupart des pays, tous ne bénéficient pas d’un état civil fiable et consolidé. La plupart manquent de moyens, financiers ou humains, mais aussi parfois, je dois le dire, de volonté politique forte pour pallier les défaillances des systèmes d’enregistrement.

Souvent aussi, les populations sont trop pauvres ou trop peu informées pour se rendre dans les centres d’enregistrement.

Afin de contribuer à surmonter cette difficulté, et en s’appuyant sur les enseignements tirés de ses missions électorales, l’OIF avec l’Association du Notariat francophone, l’Association francophone de protection des données personnelles et le Réseau francophone des compétences électorales ont élaboré un guide pratique qui propose des outils concrets pour l’établissement d’un état civil et de listes électorales fiables, assurant dans le même temps la protection des données personnelles. Ce guide, paru en 2014 et que vous connaissez, est un outil essentiel destiné aux fonctionnaires et agents en charge de l’état civil, des listes électorales et de la protection des données personnelles. Il consigne autant de recommandations utiles que de principes ayant fait leur preuve dans la pratique.

En plus de ces actions importantes, l’OIF prend sa part dans les réflexions menées au niveau international en vue de contribuer à des solutions concertées, notamment avec les institutions spécialisées des Nations unies et les principaux bailleurs de fonds.

Notre implication doit se traduire dès cette année par des actions de plaidoyer et de soutien concret, en particulier le renforcement du cadre légal et institutionnel des Etats en matière d’état civil, voire la mobilisation de l’expertise technique.

C’est pourquoi, dans la convention-cadre signée, pas plus tard que le 18 mai dernier, avec un bailleur de fonds comme la Banque mondiale, nous avons introduit une coopération pour l’élargissement de leur programme « ID for All », traduisons « Identité pour toutes et pour tous », aux pays francophones. Car ce programme, soit dit en passant, n’avait pas été pensé en français et nullement à destination des populations francophones.

Je compte sur votre mobilisation pour nous appuyer dans notre plaidoyer et tous ces grands chantiers qui nous adressent des défis colossaux que nous ne pouvons relever qu’ensemble, dans la plus grande complémentarité possible.

Cette occasion me permet de vous rappeler aussi un élément fondamental de notre feuille de route depuis le Sommet de Dakar : la construction d’un vrai espace économique francophone caractérisé par un cadre juridique attractif et sécurisant et par un dispositif fiscal incitatif. Je reviens à l’importance d’enclencher une réelle dynamique de développement, à travers la création de richesses, d’emplois, en particulier pour les jeunes et les femmes.
Pour mener à bien cette ambition légitime, il nous faut décloisonner les champs d’intervention et faire en sorte que les différents réseaux se parlent davantage afin d’identifier les secteurs où chacun pourrait apporter une contribution concrète et utile. Il s’agit en particulier de tout ce qui pourrait être de nature à contribuer à la mise en place de cet environnement juridique propice à l’activité et au développement des TPE-PME auxquelles j’accorde la plus grande importance ».

Nous disposons pour tout cela de 5 grands atouts.

Il s’agit tout d’abord du soutien politique de nos Chefs d’Etat et de gouvernement qui, à travers leurs différentes résolutions, marquent la nécessité de renforcer notre action dans nos nombreuses missions.

Il s’agit ensuite de l’ancrage juridique qui fonde et structure nos interventions. En effet, la Déclaration de Bamako, adoptée le 3 novembre 2000 par les Etats et gouvernements francophones, demeure notre boussole. Elle engage notamment la Francophonie à promouvoir des institutions fortes et indépendantes, à soutenir dans ce sens l’action de réseaux exemplaires et opérationnels.

La Déclaration de Saint-Boniface, adoptée en mai 2006, sur la prévention des conflits et la sécurité humaine a, pour sa part, approfondi le champ d’engagement de la Francophonie au service de la paix. Elle a notamment mis l’accent sur la responsabilité première des Etats à protéger les populations sur leur territoire et sur la responsabilité de la communauté internationale, lorsqu’un Etat n’est pas en mesure ou n’est pas disposé à exercer cette responsabilité, de protéger les populations victimes de violations massives des droits et des libertés, et du droit international humanitaire.

Les Etats et gouvernements francophones ont aussi réaffirmé leur volonté de lutter contre l’impunité et de renforcer l’action préventive de l’OIF. Cette approche s’appuie notamment sur la consolidation des institutions nationales dont vous êtes les représentantes et les représentants.

Il s’agit en outre de vos réseaux qui, en tant qu’outils de concertation, de formation par les pairs et de développement de capacités et d’instruments de travail comparatifs et mutualisés, constituent un maillon central du dispositif francophone pour la promotion de la démocratie et de l’Etat de droit.
Je crois aussi pouvoir dire que la Francophonie est l’une des seules organisations internationales – en tout cas l’une des premières - à avoir si vigoureusement encouragé la création de vos réseaux, en tant qu’espaces de compétences similaires, privilégiant l’échange d’expériences et de savoir-faire.

Il s’agit par ailleurs de notre culture linguistique et juridique commune. Vos réseaux présentent également la particularité de se situer à un niveau intermédiaire entre la sphère étatique et la société civile. A ce titre, les réseaux institutionnels sont véritablement les vigies, les leviers et le vivier de la démocratie au sein de l’espace francophone.

Vous constituez des vigies parce que vos institutions nationales bénéficient d’une place de choix pour observer le contexte de vos Etats respectifs et sont souvent les premières interlocutrices, les premières instances à réagir en cas de discriminations ou de violations de leurs droits.

Vous constituez des leviers ensuite, parce que composant un maillage institutionnel remarquable, vos réseaux représentent de vrais acteurs pour donner corps à la Francophonie des solutions que je défends. Vos actions se révèlent ainsi être des leviers, oui, incomparables en matière de coopération internationale.

Vous constituez des viviers enfin, parce que seize réseaux institutionnels, ce sont, au total, 600 institutions membres dans plus de 60 pays de l’espace francophone, regroupant chacune de remarquables compétences et qualités au service de la promotion de la paix, de l’Etat de droit, de la gouvernance démocratique et du respect des droits et des libertés.

Il s’agit enfin et depuis 2012, de notre Charte partenariale qui a contribué à renforcer notre cadre de travail, à approfondir nos synergies et nos actions communes, dans le plein respect de l’autonomie des différents réseaux.

Ces dernières années, des projets conjoints et transversaux ont en effet été développés permettant de porter plus loin encore l’action francophone.

Mesdames et Messieurs,

Ces perspectives tracées, je vous encourage donc, avec force, à poursuivre vos actions respectives, afin de conforter l’indépendance des institutions nouvellement installées ou protéger celles fragilisées dans leur fonctionnement.

L’ensemble de ces actions contribue à renforcer la stratégie d’influence de la Francophonie, sa force de proposition et d’action, également.
Placés au cœur de l’ambition francophone, vous représentez un rouage indispensable de la Francophonie institutionnelle qui se déploie par ailleurs grâce aux partenariats fructueux avec plusieurs organisations internationales et régionales, dont je salue la présence de nombreux représentants et représentantes parmi nous aujourd’hui.

Je souhaite vivement que les conclusions de ces Journées nourrissent notre réflexion, dans la perspective du prochain Sommet, notre XVIe Sommet de la Francophonie à Madagascar, pour continuer à nous rassembler et à construire ensemble des projets communs qui concrétisent notre attachement à la démocratie.

Je vous remercie de votre attention et souhaite plein succès à vos travaux dont j’attends les conclusions avec le plus grand intérêt.

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