Organisation internationale de la Francophonie

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DISCOURS DE MICHAËLLE JEAN À PARIS, LE 10 JANVIER 2018

Séance plénière de rentrée au Conseil économique, social et environnemental (CESE)

Seul le texte prononcé fait foi

Merci, Monsieur le Président du Conseil économique social et environnemental, cher Patrick Bernasconi, de m’accueillir si chaleureusement dans l’enceinte prestigieuse de ce Palais d’Iéna.
Monsieur le Secrétaire d’État Jean-Baptiste Lemoyne,
Mesdames et Messieurs les Conseillères et Conseillers,
Monsieur le Président du Conseil économique Social environnemental et culturel de Côte d’Ivoire, Charles Diby,
Monsieur le Vice-Président du Conseil économique et social de la Roumanie,
Monsieur le Président de l’Alliance française, Jérome Clément,
Monsieur le Délégué général à la langue française et aux langues de France, Loïc Depecker
Madame la rapporteure Marie-Béatrice Levaux ainsi que tous les membres du CESE,
Monsieur l’Administrateur de l’OIF,
Monsieur le Président de TV5 Monde,
Monsieur le Recteur de l’Agence universitaire de la Francophonie,
Mesdames et Messieurs,
Distingués invités en vos titres et qualités,

Je salue aussi le poète pour la force lumineuse de ses mots,

D’abord, quel honneur et quel plaisir de pouvoir m’adresser à vous, femmes et hommes de terrain, vous qui représentez la société civile française dans toute sa diversité et sa richesse.

Vous qui, par votre rôle de conseil au gouvernement et au Parlement sur l’élaboration des lois et sur les orientations des politiques publiques, constituez de véritables acteurs de changements, de réformes, de progrès au service de l’intérêt général. Spécialistes et orfèvres, je retiens cette façon de définir votre travail au CESE.

Alors sachez qu’en vous auto-saisissant de la problématique de la Francophonie, votre Assemblée comble l’un des souhaits récurrents de la Secrétaire générale de la Francophonie que je suis : celui de voir s’affirmer et s’imposer, particulièrement en France, la Francophonie des peuples, la Francophonie des solutions, la Francophonie dans toutes ses dimensions.

Mesdames et Messieurs,

Vous l’aurez compris : je place de grands espoirs dans notre rencontre d’aujourd’hui et j’attends, avec impatience, l’avis que nous livrera, dans quelques instants, la Rapporteure, Madame Marie Béatrice Levaux, sur « Le rôle de la France dans une Francophonie dynamique », et je l’en remercie.

D’ailleurs, l’entrée de la Nouvelle Calédonie, en novembre dernier dans l’Organisation internationale de la Francophonie, l’OIF, est un bon présage.

Car je pourrais encore faire miens les propos du premier Secrétaire général de la Francophonie, ancien Secrétaire général des Nations unies, Boutros Boutros-Ghali, lorsqu’il déclarait devant le Sénat français, en mai 2000 : « si la Francophonie sait tout ce qu’elle doit à la France, la France ne sait peut-être pas encore assez tout ce qu’elle peut donner à la Francophonie. »

« Le jour, disait-il, où nous verrons flotter au fronton de toutes les mairies de France le drapeau de la Francophonie - et j’ajouterais aux côtés du drapeau européen et pourquoi pas même un ministère de la Francophonie- . Eh bien ce jour-là, affirmait-il, nous pourrons dire que la bataille est gagnée. Car la Francophonie est encore mal connue, voire mal perçue. »

Et 17 ans plus tard, force est de constater que les idées reçues sur la Francophonie ont la vie dure et qu’elles freinent d’autant sa pleine appropriation par les citoyennes et les citoyens français, tout en alimentant le désintérêt, parfois condescendant, et je dois dire, très parisien, d’un grand nombre d’intellectuels, d’universitaires et de journalistes.

Au motif que la Francophonie serait un avatar du colonialisme, un machin ringard, un cénacle de défense frileuse du français contre l’anglais, pire encore le bras armé caché de la politique étrangère française dans les anciens territoires de l’Empire.

Il est vrai, et cela fait que je ne désespère pas, que la perception qu’en ont les villes et les régions de France est nettement différente. Elles ont pris toute la mesure des potentialités de l’espace francophone en matière de partenariats et de coopération internationale.

D’ailleurs le projet francophone s’est construit de la base au Sommet. N’est-ce pas M. le Secrétaire d’État, Jean-Batiste Lemoyne ? Vous qui aimez à le rappeler.
Dès les années 20, plus encore dans les années 50, il y a eu la volonté d’écrivains, de journalistes, d’hommes et de femmes, comme vous, de la société civile, de se regrouper en associations, de se constituer en réseaux : pour tirer profit de ce formidable espace que leur ouvrait le partage de la langue française.

Et le temps leur a donné raison, puisque cette Francophonie des militants s’est constituée aujourd’hui, aux côtés de l’OIF, en cette puissante galaxie d’acteurs non gouvernementaux francophones que sont : l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF), l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF), l’Association internationale des maires francophones (AIMF), l’université Senghor d’Alexandrie, TV5 Monde et la Conférence des organisations internationales non gouvernementales et de la Société civile de la Francophonie.

Je pense aussi à tous nos réseaux institutionnels ou professionnels dans les secteurs les plus variés ; je pense à nos réseaux aussi de femmes et de jeunes.

Et c’est bien parce que la Francophonie intergouvernementale sait tout ce que lui apporte la Francophonie non gouvernementale, que nous sommes en train d’élaborer de nouvelles directives pour revitaliser nos liens originels et originaux avec la société civile.

Il faudra attendre le 20 mars 1970 pour que la Francophonie des Etats et gouvernements voie le jour.

C’était à Niamey au Niger, sous l’impulsion de ces figures des mouvements d’indépendance que furent le Sénégalais Léopold Sédar Senghor, le Tunisien Habib Bourguiba, le Nigérien Hamani Diori, le Cambodgien Norodom Sianouk.

C’est grâce à eux, hommes du Sud, grâce à leur clairvoyance, à leur audace et à leur courage que la langue français a cessé d’être la langue de la colonisation, de la domination, de la soumission, pour devenir, aux yeux du monde, la langue de l’émancipation, de l’ouverture et de la coopération.

Depuis lors, la Francophonie, éprouve, chaque jour un peu plus, la pertinence et la modernité de ce projet de société, frappé au sceau de la solidarité, de la réciprocité et du partage, et tendu vers l’émergence d’un humanisme intégral et universel.

Vous en conviendrez, c’est tout sauf ringard, surtout par ces temps de grande turbulence.

La ringardise est plutôt du côté de ceux qui n’ont pas l’honnêteté intellectuelle de chercher à comprendre ce qu’est la Francophonie, d’où elle vient, où elle va, les actions qu’elle mène, l’idéal qui l’anime, les valeurs qu’elle porte et qu’elle défend pour que s’impose une autre vision de la mondialisation et de notre destinée commune.

C’est au nom de cette fraternité entre les peuples, de cet humanisme intégral et universel que la Francophonie n’a cessé, depuis 1970, de s’adapter aux grands bouleversements géopolitiques, d’évoluer par tous les moyens et sur tous les fronts, à l’instar de ce que doivent faire toutes les organisations internationales et multilatérales, face à un monde de plus en plus complexe et en continuel changement.

Pensons à la réforme des Nations unies toujours sur la table. Pensons aux réformes actuellement nécessaires au sein de l’Union européenne.

Ce travail d’adaptation, nous l’avons mené et nous le poursuivons pour faire évoluer nos structures, avec le souci d’objectifs bien identifiés et celui de l’efficacité de l’action.

Du premier Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement en 1986, à l’adoption d’une charte rénovée en 2005, l’Organisation internationale de la Francophonie met tout en œuvre jusqu’à aujourd’hui pour toujours mieux répondre aux attentes des populations de ses pays membres.

Je pense aux différentes réformes administratives et financières, à la mise en place d’une gestion axée sur l’évaluation et les résultats.

Je pense aussi à l’intégration systématique de l’apport ou de la contribution des femmes et des jeunes dans tous nos programmes et jusqu’au cœur même de nos instances.

À cet égard, je veux saluer le caractère exemplaire de votre assemblée en matière de parité et d’inclusion de la jeunesse. Nous sommes en phase.

Je pense aussi à la décentralisation en cours de nos actions, affinées et déployées au plus près du terrain, en activant davantage nos 12 antennes stratégiques sur les 5 continents que sont nos bureaux régionaux - pour l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale, l’Océan indien, la Caraïbe, l’Europe centrale et orientale, l’Asie et le Pacifique- nos représentations permanentes auprès des Nations unies - à New York et à Genève - auprès de l’Union européenne - à Bruxelles- auprès de l’Union africaine - à Addis Abeba - enfin notre institut pour le développement durable - à Québec - et celui pour l’éducation et la formation - à Dakar.
À cela s’ajoutent les bureaux de l’AUF et les 850 établissements d’enseignement supérieur et de recherche qu’elle rassemble, les campus décentralisés par l’Université Senghor dans plusieurs pays d’Afrique, les centaines de villes membres de l’AIMF, la vitrine formidable et la riche programmation que nous offre TV5 monde bien au-delà de l’espace francophone, et combien d’observatoires dédiés notamment à l’évolution de la langue française et à la Francophonie économique.

Ce faisant, la Francophonie est sortie de son monde, pour s’inscrire dans le monde.

Elle a cessé d’être une agence de coopération strictement culturelle et technique, pour s’imposer comme un acteur incontournable des relations internationales, respecté, écouté, attendu pour sa force d’expertise et de proposition.

Je pourrais ici vous parler de notre coopération étroite avec l’ONU, avec l’Union européenne, avec les pays ACP (Asie, Caraïbes, Pacifique), avec l’Union africaine, avec le Commonwealth, avec le Secrétariat général ibéro-américain, avec la Communauté des pays de langue portugaise, avec la Commission de l’Océan indien, et d’autres encore.

L’espace francophone a lui aussi évolué et son attractivité ne se dément pas.

En passant de 21 États et gouvernements membres et observateurs en 1970, à 84 lors du Sommet d’Antananarivo en 2017, la Francophonie a étendu d’autant son offre de coopération Nord-sud, à une coopération ouverte à l’espace monde, à un moment où notre interdépendance est devenue irréversiblement globale.

Avec, dans ses rangs, presque la moitié des États membres de l’ONU, l’OIF s’est affirmée, aussi, comme une véritable force de coalition, de plaidoyer et de proposition dans les grandes négociations internationales, dans tous les temps forts de l’agenda de la planète sur la paix et la sécurité, la lutte contre le terrorisme, l’éducation et la formation, les droits des filles et des femmes, le développement durable, l’inclusion politique, économique et sociale des jeunes, les flux migratoires, les changements climatiques ou encore la diversité culturelle.

À cet égard, je pourrais vous parler du rôle déterminant qui a été le nôtre pour l’adoption, à l’Unesco, en 2005, de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles.

Je pourrais vous parler aussi de notre mobilisation pour l’adoption à l’ONU, en 2015, des objectifs de développement durable, ou encore de notre importante mobilisation pour chacune des conférences sur le climat, et cela depuis le Sommet de la terre à Rio en 1992, jusqu’à la Conférence de Bonn, il y a quelques semaines en passant par celles, en terres francophones, de Paris en 2015, et de Marrakech en 2016.

Je pourrais vous parler des concertations que nous organisons en marge de ces grands rendez-vous et négociations, entre nos États et gouvernements, pour parvenir à des accords conciliants.

Je pourrais vous parler de l’ accompagnement multiforme que nous fournissons, en ces occasions, à nos pays les plus vulnérables pour qu’on en finisse, enfin, avec ce clivage entre ceux qui se sont arrogé le droit de décider, et ceux qui trop longtemps ont été condamnés à écouter, alors que c’est de leur avenir aussi dont il s’agit.

À cet égard, je pourrais vous parler de nos interventions désormais régulières au Conseil de sécurité des Nations unies, au moment où plus de la moitié des opérations de maintien de la paix sont déployées dans nos pays membres. Au moment où tant de nos populations sont si cruellement frappées par le terrorisme, parfois presque au quotidien.

Nos missions, aussi, ont évolué, sous le signe de la cohérence et de la complémentarité.

Parce que dans ce véritable laboratoire de l’état de la planète que constitue l’espace francophone, nous sommes témoins au quotidien des effets ravageurs des crises et des conflits qui déchirent encore nombre de nos pays membres.

Nous sommes témoins, des effets déjà dévastateurs des changements climatiques, notamment dans les petits Etats insulaires en développement.

Nous voyons les bienfaits, mais aussi les inégalités croissantes que génère le processus de mondialisation.

Nous savons les effets incalculables du non accès des femmes à des emplois formels ; les effets potentiellement explosifs du chômage des jeunes dans des pays où parfois plus de 60% , voire 70% de la population à moins de 30 ans et où 80% des ces jeunes sont sans emploi.

Alors, Quelle serait la crédibilité de la Francophonie, des idéaux, des principes et des valeurs qui l’animent et qui guident son action, si nous prétendions, d’un côté, œuvrer en faveur d’un développement humain et économique durable, inclusif et responsable, et si, de l’autre, nous devions rester indifférents à tout ce qui entrave ce développement.

La Francophonie, au cœur de toutes les urgences et de tous les défis, se devait donc de devenir une Francophonie intégrale.

Au rang de ces défis et de ces urgences, celui, tout d’abord de la gouvernance démocratique et de la paix.

Si nous avons choisi d’accompagner la vague de démocratisation de la fin des années 80, en Afrique et en Europe centrale et orientale ;

si les chefs d’Etat et de gouvernement ont pour la première fois, au Sommet de Hanoi de 1997, élu un Secrétaire général de la Francophonie, Boutros Boutros-Ghali, et lui ont confié, notamment, le mandat de renforcer la dimension politique et diplomatique de l’OIF ;

si nous nous sommes dotés en 2000 d’un texte de référence, la Déclaration de Bamako, sur la pratique de la démocratie, des droits et des libertés dans l’espace francophone ; et en 2006 d’un texte complémentaire, la Déclaration de Saint Boniface sur la prévention des conflits et la sécurité humaine : c’est parce que nous étions bien conscients que démocratie, paix et développement sont indissociables. Et que nous refusions de limiter nos actions à une coopération par beau temps.

Je pourrais vous parler de nos actions multiformes, au sein de nos pays membres et à leur demande, pour renforcer l’Etat de droit, consolider les processus démocratiques, accompagner les processus électoraux, promouvoir les droits et les libertés.

Et je peux vous assurer que depuis 3 ans, nous sommes constamment à pied d’œuvre, toujours plus sollicités.

Nous menons également une action résolue d’appui à la société civile, car une société civile active et bien structurée, vous le savez, est l’un des fondements essentiels de la démocratie.

Je pourrais vous parler de notre contribution à la prévention et au règlement pacifique des crises et des conflits, mais aussi de l’appui que nos fournissons aux pays en transition ou en sortie de crise.

Ce travail de terrain, nous le menons avec les équipes de l’OIF, mais aussi avec celles de l’APF, et en lien étroit avec les 16 Réseaux institutionnels de la Francophonie qui regroupent 600 organismes membres dans plus de 60 pays.

Ce sont autant d’espaces de compétences, d’expertises, privilégiant l’échange d’expériences et de savoir-faire, les synergies favorisées par le partage d’une culture linguistique et juridique. N’oublions pas, à cet égard, l’importance et la force de cette culture juridique en partage.

Au niveau international, la Francophonie, on ne le dira jamais assez, prend une part active et reconnue à la mission universelle de construction de la paix et de la sécurité.

Nous sommes devenus incontournables dans les Opérations de maintien de la paix des Nations unies, tant par notre contribution à la réflexion sur leur efficacité face aux nouvelles menaces asymétriques, que par nos interventions de formation au français et en français des personnels militaires, policiers et civils, ou encore par notre mise à disposition d’experts juristes, médiateurs et dans d’autres multiples domaines.

Une implication qui a conduit aussi à la création de l’Observatoire Boutros-Ghali du maintien de la paix, issu d’un partenariat entre le ministère français de la Défense, les ministères canadien et belge des Affaires étrangères et l’OIF.

Stratégique aussi est notre mobilisation aux côtés des pays du G5 Sahel - le Niger, le Tchad, le Mali, le Burkina Faso et la Mauritanie, tous membres de l’OIF - pour mieux outiller cette force conjointe de lutte contre le terrorisme.

L’OIF soutient cette force du G5 Sahel en contribuant à la liaison et au renforcement des dispositifs de prévention et de défense qui émergent dans la région : ces centres de veille, d’alerte précoce, d’analyse, de collecte de données et de renseignements. Nous accompagnons la mise en place de Centres d’études stratégiques dans chacun de ces pays.

Et c’est sans compter le plaidoyer en faveur de l’appui que la communauté internationale doit d’urgence fournir à cette force du G5 Sahel comme à celle des pays du Bassin du Lac Tchad pour lutter plus efficacement contre la nébuleuse d’organisations criminelles de tous les trafics d’armes, de drogues et de personnes, qui par l’action terroriste cherchent à déstabiliser des territoires, cherchent à nous diviser pour dégager les circuits de leurs trafics. Il y va de notre sécurité à toutes et à tous.

Au rang des défis et des urgences, celui aussi de l’insertion harmonieuse de nos pays les plus fragiles dans l’économie mondiale, à travers notamment la promotion de l’emploi des femmes, qui comptent pour la moitié de la population de la planète, et des jeunes qui n’ont jamais été aussi nombreux de toute l’histoire de l’humanité.

Si les chefs d’Etat et de gouvernement ont voulu que l’économie et l’innovation fassent plus résolument irruption dans notre organisation, en la dotant, en 2012, d’une Stratégie numérique et en 2014, d’une Stratégie économique, c’est parce que nous avons conscience que le temps presse et que la réduction des fractures économiques, la lutte contre la pauvreté nécessitent une mobilisation sans précédent de toutes les organisations, de tous les pays, de tous les acteurs.

Combien d’années que la communauté internationale s’y emploie ! Nous n’avons plus le temps de perdre notre temps.

Faut-il que je vous parle de ces millions d’hommes, de femmes, d’enfants qui prennent chaque jour le chemin de l’exode au péril de leur vie ? S’exposant au pire ! L’actualité nous rapporte un nouveau naufrage en Méditerranée et la mort d’une centaine de migrants. Ainsi commence l’année 2018 ! Un de plus, un de trop.

Nous le savons, nous de la Francophonie qui regroupons, tout à la fois, des pays de départ, de transit, de destination et d’accueil. Il arrive que certains pays soient tout cela à la fois.

Pour ces images montrant un marché d’esclaves en Libye, combien de traitements abjects infligés aux migrants se déroulent hors caméra !

À la source même du problème, il y a le désenchantement de ces jeunes sans perspectives d’avenir, leur sentiment d’impasse, jusqu’au désespoir, jusqu’à se laisser prendre parfois dans les filets des organisations criminelles et se laisser séduire par le chant des sirènes de la radicalisation violente.

C’est aussi pour prévenir ces situations que nous mettons en œuvre depuis 2 ans un ambitieux programme de soutien à l’emploi par l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes. Et toute la Francophonie est mobilisée, l’OIF, l’AUF, l’Université Senghor, l’IFDD, l’IFEF, l’AIMF, sans compter l’engagement déterminé de certains de nos États membres...

L’OIF, pour commencer, a ciblé 13 pays d’Afrique et de l’océan Indien, où elle déploie et soutient, en co-construction avec les États et les acteurs économiques, des dispositifs d’accompagnement, espaces collaboratifs, incubateurs, accélérateurs de TPME et TPMI dans des filières ciblées et innovantes comme l’économie bleue et l’économie verte, mais aussi l’économie de la culture, l’économie numérique, l’économie sociale et solidaire.

Et, que d’énergie, de génie, que d’imagination et de volonté sur le terrain. Que de savoir-faire et d’expériences à partager !

Il nous faut investir massivement dans ce capital humain et le faire ensemble en impliquant les forces économiques de tout l’espace francophone .

Cette volonté de mettre en réseau est du reste l’une des marques de fabrique de la Francophonie, comme elle est devenue un processus structurant de la société mondialisée.

C’est ainsi que nous mettons, par exemple, à disposition l’expertise de nos réseaux, notamment de normalisation pour généraliser les standards de qualité, introduire des labels et des certifications qui permettent d’accroître la compétitivité, d’accéder à des investissements et à des financements.

C’est pour cela aussi que nous n’avons de cesse d’encourager les partenariats entre les acteurs économiques, que nous multiplions les plateformes d’échanges de bonnes pratiques.

La dernière plateforme créée est celle des femmes entrepreneuses qui, en novembre dernier, sont venues à Bucarest par centaines, de tous les continents, pour témoigner et se constituer en réseau lors de la Conférence des femmes de la Francophonie.

Mais rien ne peut remplacer la possibilité pour ces acteurs économiques de se rencontrer. Il est urgent de faire sauter tous les verrous, préjugés et amalgames, qui entravent encore au 21e siècle la libre circulation des entrepreneurs, des créateurs, mais aussi des étudiants, des chercheurs, des sportifs du Sud. C’est une réelle injustice qui nous dessert tous.

Nous mettons également en réseau les ministres francophones des Finances et du Commerce, que nous réunissons, respectivement, lors des assemblées de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international et des conférences ministérielles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Bientôt également, à l’initiative du Bénin, un réseau des ministres francophones en charge du numérique.

La mise en commun, le dialogue franc favorisent l’amélioration de l’environnement des affaires, la confiance, les gages de crédibilité.

De la même façon que nous nous appuyons depuis des années sur un réseau des Ministres francophones de la Jeunesse, des Sports, et de l’Education.

Et dans ce domaine, aussi, il y a urgence, parce qu’il n’y a pas de développement et d’émergence possible, sans un accès pour toutes et pour tous à une éducation de qualité tout au long de la vie, à une éducation à la citoyenneté, à une formation professionnelle, technique et technologique bien en phase avec les réalités socio-économiques de nos pays, leurs stratégies, leurs plans de développement et d’émergence.

Là encore, la Francophonie qui a une longue tradition en matière de coopération éducative, a franchi une étape déterminante avec la mise en place, en octobre dernier, à Dakar, de l’Institut de la Francophonie pour l’Education et la Formation, l’IFEF.

Cet institut qui rassemble tout ce qui se pense, se produit, s’accomplit dans l’espace francophone en matière d’éducation, de formation, d’innovation, a pour mandat d’accompagner les pays dans l’élaboration et la mise en œuvre de politiques et de programmes novateurs dans ces domaines , pour tendre vers l’excellence.

L’IFEF mettra aussi en œuvre un dispositif d’enseignement massif du et en français, dont l’objectif principal est la formation de plus de 100 000 professeurs et cadres. TV5 Monde et l’Institut français sont partie prenante de ce dispositif, tout comme l’AUF, l’Université Senghor, le Partenariat mondial pour l’éducation, l’Agence française de développement, la Banque mondiale, pour ne nommer que ces partenaires que nous avons su fédérer.

Dans le domaine de l’enseignement de la langue française, nous savons faire et nous avons déjà à notre actif le succès de l’Initiative francophone pour la formation à distance des maîtres (IFADEM) qui utilise le numérique pour diffuser de nouvelles approches pédagogiques plus performantes.

Je pense également à notre programme ELAN (École et langues nationales), qui favorise les premiers apprentissages dans la langue maternelle de l’enfant avant de passer à la langue française.

Tous ces programmes seront désormais gérés à l’IFEF qui en développera de nouveaux y compris dans le champ de la formation professionnelle et technique adaptés aux besoins d’insertion professionnelle des jeunes en impliquant le secteur privé comme un partenaire incontournable de la réflexion et de l’action.

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

J’aurais eu tant de choses à vous dire encore sur nos actions en matière culturelle, ou encore environnementale, sur notre démarche centrée sur le dialogue, sur notre vision d’un multilatéralisme plus robuste, plus conséquent et cohérent, mais je sais qu’il est plus que temps de conclure.

Quelques mots cependant sur le rapport qu’a la France à la langue française.

Je suis, en tant que Secrétaire générale de la Francophonie, la première à applaudir l’engagement du gouvernement français pour répondre au désir de français croissant qui s’exprime dans le monde .
Notre langue est puissante, elle demeure, elle est, j’espère vous en avoir convaincus, un formidable trait d’union et un irremplaçable levier pour l’action, par-delà les frontières et les océans.

Mais je vous pose une question.

Faut-il s’en remettre uniquement aux francophones hors de France pour assurer la vitalité et le rayonnement de la langue française ?

Faut-il compter sur les enseignants et les étudiants d’autres pays et d’autres continents pour perpétuer la tradition d’un enseignement supérieur d’excellence en français, alors que nombre d’universités et de grandes écoles françaises font aujourd’hui le choix de l’enseignement en anglais dans des domaines aussi importants que les sciences, l’économie, le commerce, marketing, management ? Les sciences, l’économie, la gestion, l’étude des marchés, l’innovation, les technologies se pensent et se conçoivent aussi en français.

Faut-il compter sur les diplomates et les fonctionnaires des autres États membres de l’OIF pour assurer le statut du français comme langue officielle et de travail dans le système onusien, ou à l’Union européenne, alors que les Français eux-mêmes préfèrent souvent s’y exprimer en anglais quand rien ne les y oblige ?

Je pourrais multiplier les exemples. Et ces questions se doivent aussi d’être posées, y compris aux publicitaires ici en France qui imposent le tout en anglais et que dire des médias.

Soyons clairs, il ne s’agit pas de renoncer à s’exprimer en anglais. Je viens moi-même d’un pays bilingue, le Canada, et je parle cinq langues étrangères.

Il faut comprendre que ce qui est en jeu à travers notre comportement linguistique, c’est non seulement la préservation de la diversité culturelle et linguistique du monde, mais aussi la démocratie internationale. Parce que le multilinguisme est à la démocratie internationale ce que le multipartisme est à la démocratie nationale.

Alors j’avoue que je ne comprends pas ce désamour des Français pour les mots de la langue française.

J’ai du mal à comprendre pourquoi un programme de la France pour la promotion du numérique en Afrique francophone s’intitule Challenge digital Africa, alors qu’en français Afrique rime si bien avec numérique.

Je ne comprends pas cette tentation croissante, obstinée de tout emprunter à l’anglais, sous prétexte de se donner un lustre, et qui sait du glamour.

Cela est déconcertant et la réponse appartient à la France et aux Français.

Alors puisse l’alliance prometteuse qui se dessine entre le Conseil économique, social, et environnemental, tous ses membres et la Francophonie, donner une nouvelle impulsion et une véritable bouffée d’oxygène à la Francophonie au sein de l’Hexagone.

Je vous remercie.
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