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DISCOURS DE MICHAËLLE JEAN À LA ROCHELLE, LE 19 FÉVRIER 2018

Pour le coup d’envoi officiel de la traversée de l’Hermione 2018

Seul le texte prononcé fait foi

Excellences,
Mesdames et Messieurs les Membres du corps diplomatique,
Monsieur le Secrétaire d’Etat,
Monsieur le Député,
Monsieur le Secrétaire général de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie,
Monsieur le Maire de La Rochelle,
Monsieur le Maire de Rochefort,
Monsieur le Président de l’Association Hermione La Fayette,
Monsieur le Secrétaire général de la Préfecture de Charente Maritime,
Madame la Secrétaire générale de l’Office franco-québécois pour la jeunesse,
Madame la représentante du Recteur de l’Agence universitaire de la Francophonie,
Monsieur le Président de l’Association « Dessiner pour la Paix », cher Plantu,
Monsieur le Commandant de la frégate Hermione,
Chers partenaires,
Chers jeunes gabiers et jeunes volontaires,
Chers collaborateurs et bénévoles de l’Association Hermione,

Je veux saluer les Rochelaises et les Rochelais, vous dire le plaisir que j’ai de vous retrouver, pour une autre très grande occasion qui lance un formidable projet.

Il y a dix ans, presque jour pour jour, je foulais le sol de cette ville, en ma qualité alors de Gouverneure générale du Canada, pour célébrer avec vous, le 400e anniversaire de la ville de Québec.

Nous étions alors des dizaines de milliers, réunis sur ce quai pour assister au départ d’une grande traversée transatlantique, celle du célèbre trois-mâts le Belem, accompagné d’une flottille d’une quarantaine de voiliers.

Ensemble, ils avaient quitté La Rochelle pour Québec, ville fondée par Samuel de Champlain, en juillet 1608, célébrant ainsi les relations entre les deux villes situées sur le 46e parallèle Nord.

La Rochelle et Québec, deux villes, une histoire en partage, qui se profile aussi dans la trajectoire commune qu’est la Francophonie : organisation internationale qui rassemble aujourd’hui 84 États et gouvernements sur les 5 continents avec la langue française comme trait d’union, avec même des pays qui n’ont pas le français comme langue officielle et où il est enseigné comme deuxième ou troisième langue étrangère. Et ces pays trouvent dans le vaste espace francophone, sur lequel le soleil ne se couche jamais, un espace de coopération, de solidarité, de fraternité dans la diversité et le foisonnement de tous nos traits de civilisation, un espace d’échanges y compris économiques. Tout cela avec un idéal qui scelle la naissance de la Francophonie et la définit, dans les mots de Léopold Sédar Senghor, le poète qui deviendra le premier Président de la République du Sénégal, dans un humanisme intégral et universel.

Nous voici aujourd’hui avec l’Hermione, la frégate de la liberté, conduite par le jeune Marquis Gilbert Motier de La Fayette, au cœur de cet idéal. Il y a le chef d’œuvre de reconstruction à l’identique de la frégate Hermione, mais aussi l’immense héritage d’un humanisme naissant. La Fayette est du siècle des Lumières et sur les valeurs qu’il porte, la « demande d’égalité » et la réflexion sur « la finalité des actions humaines », la revendication de l’esprit de libre examen et l’affirmation du libre-arbitre des individus en matière de religion, et enfin sur la « séparation du théologique et du politique », l’idée « d’égalité des droits » qui s’en déduit. Le principe justifiera en France, en 1789, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Libre, responsable, l’homme se doit de « donner un sens à son existence terrestre ».

N’est-ce pas ce à quoi aspire toute une jeunesse. Lorsque le 10 mars 2016, l’Organisation internationale de la Francophonie lance l’initiative Libres ensemble pour et avec la jeunesse francophone, ils sont 5 millions à répondre à l’appel ! Ces jeunes ont conscience de la force du nombre qu’ils et qu’elles représentent. Jamais, dans toute l’histoire de l’humanité la jeunesse n’a été aussi nombreuse ! Ces jeunes dans notre monde de toutes les fractures, sentent l’urgence et nous le disent, de faire corps et de s’associer autour des valeurs universelles, dont la liberté est le point cardinal. Pour résister face à l’obscurantisme, la radicalisation violente et affligeante, le dialogue dans la diversité. La diversité vécue comme la plus grande des richesses.

La jeunesse francophone est au rendez-vous, les 350 gabiers issus de 34 États et gouvernements de la Francophonie ont l’âge de La Fayette lorsqu’il traverse l’Atlantique. La jeune vingtaine. Pétris comme La Fayette d’un désir de défendre l’égalité des droits et des libertés, l’État de droit et la démocratie, le suffrage universel, l’abolition de l’esclavage. Oui, l’esclavage est toujours d’actualité, nous le savons. Le scandale de la mise en vente de migrants en Libye, nous l’a montré.

Je suis d’Haïti, descendante d’esclaves et je veux saluer la Ville de La Rochelle qui met bien en lumière ce chapitre de la traite au Musée du Nouveau monde qui illustre les relations entre la France, en particulier La Rochelle, avec les Amériques depuis le XVIe siècle. Oui, à ce quai venaient autrefois et pendant des siècles s’amarrer des bateaux négriers en route vers les colonies des Amériques, principalement Saint Domingue qui deviendra Haïti, première République noire de l’histoire de l’Humanité, née de la résonance des valeurs des Lumières que mes ancêtres ont ressentie dans leur chair : Liberté, Égalité, Fraternité, pour nous aussi les nègres des plantations qui n’étions pas conviés au banquet révolutionnaire, ni à manger de ce pain là. Et l’esprit inclusif et universel de La Fayette en faveur d’une égale dignité pour tous les peuples a ouvert la voie de l’émancipation et justifié la raison d’être du soulèvement dans les plantations de Saint Domingue. Je vous remercie Monsieur le maire, cher Jean-François Fountaine d’avoir érigé une statue à l’effigie et la mémoire de Toussaint Louverture héros de la révolution haïtienne.

Nous voici, héritiers de cette histoire pour l’humanité, cette histoire qui ennoblit la Francophonie et qui nous rassemble.

Nous voici désireux d’accompagner la jeunesse sur cet idéal qu’il nous faut cultiver en toute vigilance, en nous disant que rien n’est jamais acquis, que résister s’impose encore aujourd’hui comme hier.

Vous comprendrez donc mon émotion et ma joie de vous retrouver aujourd’hui, en ma qualité de Secrétaire générale de la Francophonie, pour célébrer la concrétisation d’un projet des plus emblématiques de notre projet humaniste commun et de la Francophonie des peuples et des solutions que je m’attache à bâtir.

En revenant sur les traces de La Fayette, j’ai été saisie d’une découverte qui m’émeut profondément : nous sommes nés, lui et moi, le même jour, le 6 septembre, lui en 1757 et moi en 1957. Deux siècles nous séparent, mais les mêmes valeurs, une même mission nous unissent. La liberté qu’il a défendue, fait de moi la femme libre et debout aujourd’hui devant vous, et nous permet de nous engager ensemble en toute égalité. Et surtout de faire entendre l’appel des jeunes d’être Libres ensemble ! De vivre Libres ensemble ! Dans une Francophonie qui se vit, qui se voit, qui se partage.

Une Francophonie en mouvement, bien d’aujourd’hui, fière de sa vitalité, de sa modernité et de son dynamisme.

Une Francophonie de terrain qui s’incarne dans l’humain au quotidien, face à tous les défis de notre temps.

Une Francophonie jeune, décomplexée, confiante, audacieuse, aventurière, créative, inventive, généreuse, solidaire, libre et fière de cette diversité qui est à son essence.
Le globe de la Francophonie, que votre ville abrite depuis l’année 2000, qui vient d’être restauré et qui nous sera dévoilé dans un instant, en porte un éclatant témoignage.

Permettez que je rende hommage ici à la vision et à l’engagement de Michel Crépeau, ancien maire de La Rochelle, qui a inspiré cette œuvre, et que, je me félicite avec vous, de la présence aujourd’hui de son créateur, l’artiste rochelais Bruce Krebs.

Nous sommes ici sur une terre qui respire et inspire la Francophonie.

Partie de Rochefort puis faisant escale à La Rochelle avant de rejoindre Tanger, la frégate Hermione devient aujourd’hui le porte-étendard de la Francophonie de tous les possibles.

Je veux citer ici le jeune La Fayette « Pour que vive la liberté, il faudra toujours que des hommes se lèvent et secouent l’indifférence ou la résignation ».

Aujourd’hui, la Francophonie rassemble des hommes et des femmes qui se lèvent et secouent l’indifférence et la résignation.

Je vous remercie.
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