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DISCOURS DE MICHAËLLE JEAN À NEW YORK, LE 27 OCTOBRE 2017

Lors du débat public au Conseil de Sécurité des Nations unies sur le thème : "Femmes, paix et sécurité"

Seul le texte prononcé fait foi

Excellences,
Monsieur le Représentant permanent de la France auprès des Nations unies, Président du Conseil de sécurité,
Mesdames et Messieurs en vos grades et qualités,
Chers amis,

Permettez-moi tout d’abord de féliciter la France d’avoir pris l’initiative de ce débat de haut niveau.

Monsieur l’Ambassadeur, cher François Delattre, je vous suis particulièrement reconnaissante de m’amener à redire, cette fois devant le Conseil de sécurité de l’ONU, combien cruciale est la mise en œuvre des dispositions prévues par l’adoption, le 31 octobre 2000, de la résolution 1325, et des résolutions qui l’ont complétée, année après année.

Voilà 17 ans, que nous avons accepté de mettre en mots des évidences.

17 ans, que nous avons accepté de prendre acte de l’importance d’une pleine participation des femmes, sur un pied d’égalité avec les hommes, dans les domaines de la prévention des crises, de la médiation, du maintien et de la consolidation de la paix et de la sécurité.

Commençons par reconnaître que les femmes, elles, n’ont pas attendu que soit adoptée la résolution 1325 pour traduire en actes cette évidence.

On l’a vu au Libéria. Ellen Johnson Sirleaf a été de ces femmes qui ont tenu tête aux chefs de guerre et ont assuré la médiation entre les parties belligérantes.

On l’a vu en Bosnie. Au sein des communautés, les femmes sont toujours les premières à faire des tentatives de réconciliation et à revenir.

On l’a vu au Rwanda. Des femmes, meurtries dans leur chair, ont pris l’initiative des efforts de réconciliation et de reconstruction aux niveaux local et national.

Au Mali, comme partout ailleurs, quand les femmes parviennent à la table des négociations, leur influence est réelle et elles obtiennent des résultats notoires.

Je pense aussi à l’Accord préliminaire de Ouagadougou, d’avril 2012, qui a été rédigé par quatre femmes à qui on n’avait pas souhaité, au départ, donner la parole. Mais, face à leur insistance, face à la valeur et à la teneur de leurs propositions, on a fini par les admettre à la table des négociations, - oui, les admettre - sans pour autant les convier officiellement.

Mesdames et Messieurs,

Ce ne sont là que quelques exemples, parmi tant d’autres, rapportés ici même, qui disent : la capacité réelle des femmes, tous ces actes forts qu’elles posent au quotidien, qui contribuent à la paix et à la sécurité, et dont on a bien tort de se passer.

Et c’est sans compter ce que des femmes engagées au sein des opérations de maintien de la paix ont su accomplir.

Je me souviens d’avoir écouté, avec la plus grande admiration, des cohortes d’entre elles formées au Ghana et au Mali dans les bases du Centre Pearson pour le maintien de la paix dont je déplore amèrement la fermeture en 2013.

Alors, combien faudra-t-il encore de résolutions, d’études, de réunions de groupes indépendants de haut niveau, de groupes consultatifs d’experts, pour en finir avec ce chiffre inouï, inacceptable, de 9% de femmes seulement parmi les participants aux quelques 30 grandes négociations menées ces 25 dernières années ?

De quoi avons-nous peur ?
D’être plus efficaces ?

Puisqu’il est aujourd’hui démontré que la participation des femmes accroît de 20% la probabilité de parvenir à un accord de paix qui durera au moins deux ans, et de 35% celle de parvenir à un accord de paix qui durera 15 ans.

Nous - organisations internationales, Etats et gouvernements, avec la société civile - devons nous engager résolument à identifier et mobiliser de manière plus systématique et coordonnée des femmes pour s’asseoir a TOUTES les tables, conduire ou prendre part à tous les dialogues et processus nationaux.

C’est d’ailleurs l’une des recommandations centrales du séminaire d’Abidjan sur « la promotion de la participation des femmes dans les processus de paix en Afrique francophone », que nous avons organisé il y a près d’un an, en partenariat avec ONU-Femmes, et le Réseau francophone pour l’égalité Femme-Homme.

Nos pays, nos réseaux regorgent de femmes remarquables. Mobilisons-les !

Qu’attendons-nous aussi pour en finir avec ce chiffre dérisoire et inacceptable de 3% de femmes seulement parmi le personnel militaire des missions de l’ONU ?

De quoi avons-nous peur ?
D’être plus performants ?

Puisqu’il est aujourd’hui démontré que la présence des femmes dans ces secteurs contribue à un meilleur comportement des forces de sécurité et accroît la crédibilité des missions, notamment dans leurs rapports avec la population.

Les femmes inspirent confiance.

La Francophonie, ne démord pas des engagements pris au Sommet de Dakar en 2014 : investir dans les femmes et les jeunes, vecteurs de paix et acteurs de développement.

Notre organisation, impliquée depuis plus de 15 ans pour renforcer la contribution francophone aux Opérations de maintien de la paix des Nations unies, se mobilise également sur le terrain : pour encourager la participation de personnel féminin dans ces missions ; et pour former les forces de sécurité aux droits des femmes.

J’insisterai dans quelques jours, sur tous ces aspects, lors de la Conférence ministérielle sur le maintien de la paix, à Vancouver.

L’OIF sensibilisera à nouveau ses membres à cette problématique, lors de la rencontre que nous organisons dans le cadre de l’Observatoire Boutros-Ghali, à la fin du mois de novembre à Paris, en partenariat toujours avec les Nations unies.

Je ne voudrais pas que l’on oublie le volet de l’Etat de droit, car la banalisation d’une violence excessive des Etats à l’encontre de leurs citoyens, le climat d’impunité et la persistance de zones de non droit conditionnent aussi l’agenda « femmes, paix et sécurité ».

Mesdames et Messieurs,

De toute évidence, il nous faut faire plus.

Plus, pour l’intégration économique et sociale des femmes : parce que la paix, la stabilité et la sécurité dépendent aussi d’un développement économique partagé et inclusif.

C’est le message que je porterai dans cinq jours à Bucarest, où se tiendra la Conférence des femmes de la Francophonie sur le thème
« Création, innovation, entrepreneuriat, croissance et développement, les femmes s’imposent ».

Plus, aussi, pour le financement en faveur des femmes, de la paix et de la sécurité.

Car à quoi sert-il de plaider la cause, si les montants accordés aux États fragiles pour les questions d’égalité entre les femmes et les hommes ne représentent toujours que 6% du paquet d’aides total et seulement 2% de l’aide réservée à la paix et à la sécurité ?

Sans compter le taux de financement pour les organisations locales de femmes, y compris celles de défense des droits des femmes que l’on peut qualifier d’infime.

Plus, aussi, pour une pleine reconnaissance de toutes les formes de discrimination et des crimes commis contre les femmes, qui sont autant de crimes contre l’humanité.

Plus, pour que cesse l’impunité.

Comment peut-on imaginer reconnaître effectivement le rôle des femmes comme vecteur de paix, et laisser impunis ceux qui bafouent leur corps et les déshumanisent ?

Voilà des années, résolution après résolution, que nous acceptons de mettre en mots les horreurs infligées aux femmes par les hommes, plus cruellement et plus systématiquement encore en temps d’hostilités, de conflits et de guerre.

C’est d’abord aux femmes qu’ils s’en prennent lorsqu’ils décident d’annihiler un peuple, une nation.

Le rapt, le viol des femmes, des filles et des petites filles sont devenus des armes de destruction massive,
et leur ventre un champ de bataille.

Je n’oublie pas les larmes de cette fillette de 7 ans, ni celles de sa mère et de toutes les femmes suppliciées par des miliciens, dans la région de Goma, en République démocratique du Congo, où je me suis rendue en 2010.

Et ce qui nous parvient ces jours-ci, des massacres dans la région du Kasaï, récits de femmes mutilées, certaines enceintes retrouvées éventrées, est insoutenable.

Je pense à ce qu’ont vécu les femmes du Rwanda et du Burundi voisins.

Je pense à ces milliers de femmes réfugiées au Niger, à la frontière du Nigéria, 70% d’entre elles ont été les proies de Boko Haram et soumises aux pires agressions.

L’Afrique, pensez-vous ?
Non, pas seulement.

La barbarie et l’inhumanité ne connaissent pas de frontières.

Et lorsque des informations font état de sévices sexuels commis par des membres du personnel des Nations unies, les faits sont tout aussi accablants.

Vous faites bien messieurs de ne pas baisser les yeux, vous dans cette salle, et de marcher résolument à nos côtés.

La rencontre d’aujourd’hui nous fournit l’occasion d’affirmer, une vraie volonté d’agir ensemble, d’agir encore bien davantage.

Faisons le pari de toujours plus de concertation et de mise en synergie des efforts.

C’est ce que nous avons décidé, nous les 4 femmes respectivement à la tête de la Francophonie, du Secretariat général Ibero-Americain, du Commonwealth, et de la Communauté des pays de langue portugaise : 167 Etats et gouvernements au total, soit 61% de la population mondiale.

Cette alliance stratégique, est là aussi pour servir l’agenda « femmes, paix et sécurité ».

Rien, sans les femmes n’est, ni ne sera possible.

Je vous remercie.

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