Organisation internationale de la Francophonie

  • Lettre d’information
  • English

DISCOURS DE MICHAËLLE JEAN À NEW YORK, LE 31 MAI 2018

A la rencontre « Multilatéralisme, vitalité du multilinguisme et renouveau des partenariats : quelles contributions des espaces linguistiques et géographiques ? »

Seul le texte prononcé fait foi

Madame la Secrétaire générale du Secrétariat général ibéro-américain, chère Rebeca Grynspan,
Madame la Secrétaire exécutive de la Communauté des pays de langue portugaise, chère Maria do Carmo Silveira,
Madame la Représentante permanente de l’Union africaine auprès des Nations Unies, chère Fatima Kyari Mohammed,
Mesdames et Messieurs les Ambassadrices, Messieurs les Ambassadeurs et autres Représentants et Représentantes d’États et de gouvernements,

Mesdames et Messieurs,
Je suis particulièrement heureuse de prendre part, ici aux Nations unies, au lendemain de la tenue du Forum de Dialogue avec la jeunesse organisé par le Président de l’Assemblée générale, à cette rencontre qui nous permettra de réfléchir ensemble à la contribution des espaces linguistiques et géographiques à la mise en place d’un multilatéralisme renouvelé, attentif à la diversité et fondé sur des partenariats innovants.

Cette réflexion, nous la menons ensemble depuis des mois, avec enthousiasme et conviction, chères Rebeca Grynspan et Maria do Carmo Silveira, dans le cadre de cette belle initiative, de cette alliance porteuse, qui nous a conduites, en compagnie, aussi, de Patricia Scotland, Secrétaire générale du Commonwealth, à lancer le 12 juin 2017, dans nos quatre langues, l’Appel « Pour un humanisme universel », à la Conférence de Montréal du Forum économique international des Amériques qui rassemble les plus grandes multinationales du monde.

Nous, qui sommes à la tête d’organisations représentant ensemble 167 États, gouvernements et territoires, 4 milliards et demi d’hommes et de femmes sur les cinq continents, soit 61% de la population mondiale, nous avons toute légitimité pour clamer haut et fort, comme nous l’avons fait à Montréal, comme nous l’avons fait aussi ensuite à la Conférence de Paris, à l’OCDE, comme nous le faisons ici aujourd’hui, que nous voulons une mondialisation de l’économie maîtrisée et régulée, une mondialisation plus harmonieuse et plus humaine, qui ne laisse personne au bord de la route, surtout pas les jeunes... surtout pas les femmes – et vous avez remarqué, j’en suis sûre, que nous nous sommes cinq femmes aujourd’hui, avec Fatima Kyari Mohammed, Représentante de l’Union africaine.

Les femmes, les jeunes constituent un inestimable capital humain souvent oublié des processus de mondialisation ; une immense chance, un atout irremplaçable pour le développement de tous nos pays, un inestimable capital humain dans lequel il nous faut investir.

Nous avons souhaité donner sans attendre un contenu opérationnel à l’Appel de Montréal, en lançant à Paris, le 8 décembre 2017, un plan d’action que nous porterions ensemble en faveur des femmes et des jeunes, en unissant nos programmes.

Ce plan est décliné à grand renfort d’audace et d’imagination, tout près d’ici, à la Représentation permanente de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) où des jeunes femmes, des jeunes hommes de nos espaces respectifs, francophones, hispanophones, lusophones, jettent ensemble les bases d’un réseau commun de jeunes leaders, d’un projet d’immersion des jeunes en entreprise ; et il est beau de les savoir en train d’échanger également, dans un parfait esprit de co-construction, sur différentes initiatives innovantes, de volontariat, et d’entrepreneuriat social ; de partager leurs idées et leur vision du vivre-ensemble et de la citoyenneté mondiale à laquelle ils aspirent.

Nous allons les rejoindre, toutes les trois, à la fin de cette journée, pour écouter et encourager ces jeunes, acteurs de changement, à qui nous offrons la possibilité d’unir leurs efforts. Et déjà, ce dont ils discutent c’est de croissance partagée et de développement humain, durable et responsable. Et nous voudrons les aider à mieux porter, aussi, leur plaidoyer auprès de la Communauté internationale engagée dans l’atteinte d’Objectifs de développement durable très ambitieux d’ici à 2030.

Pour réussir cette transformation cruciale à l’horizon 2030, nous avons, dans l’Appel de Montréal, invité les États et les gouvernements « à dépasser leurs intérêts particuliers et à s’engager, courageusement, en faveur d’un multilatéralisme rénové, ambitieux, inclusif et respectueux de la légalité internationale ».

Nous leur avons aussi demandé « de donner aux organisations internationales, enceintes privilégiées d’un multilatéralisme assumé, les moyens financiers nécessaires à l’accomplissement de leurs missions ».

On parle souvent de perte de confiance dans le multilatéralisme, de crise du système multilatéral international. Nous sommes nous, à l’OIF, d’ardents défenseurs du multilatéralisme et que ce soit ici, à New York, à Genève, à Addis Abeba ou à Bruxelles, mais aussi dans les enceintes économiques internationales que sont la Banque mondiale ou le Fond monétaire international, nous faisons entendre la voix de nos États et gouvernements.

Cette réflexion, ce plaidoyer commun et ces actions collectives, que nous souhaitons de plus en plus partager avec vous, des autres espaces géolinguistiques, aide à bâtir, dans ces enceintes, des consensus qui vont alimenter les débats internationaux, les rendre plus opérationnels, plus efficaces.

C’est que nous avons fait et continuons de faire dans les négociations, sur le climat ou sur le financement du développement, où notre diplomatie d’influence porte ses fruits.

Les espaces linguistiques et géographiques que nous représentons, qui ont l’avantage de pouvoir mettre en place des partenariats innovants, plus souples et donc plus efficients, ont tout intérêt à faire entendre leurs voix dans les enceintes régionales et internationales et dans cette enceinte privilégiée des Nations unies, engagée dans un important processus de réforme, pour qu’une participation équitable de tous soit assurée, en un mot, pour que cette expression « démocratie multilatérale » que l’on utilise à tout venant, prenne vraiment sens.

Et l’une des composantes, essentielles, de la démocratie multilatérale, chers amis, est le respect du multilinguisme, or, et j’ai eu l’occasion de m’en entretenir plusieurs fois avec le Secrétaire général des Nations unies et, encore, ce matin, avec vous, chères Rebeca et Maria do Carmo, avec la Vice-Secrétaire générale, Mme Amina Mohamed, la situation actuelle à l’ONU est loin d’être satisfaisante, et nous savons qu’elle affecte directement la pleine participation et la contribution de nombre de nos pays aux débats de ses instances.

Car c’est bien de déni de démocratie, dont il s’agit, Mesdames et Messieurs, quand on refuse à certains le droit de s’informer, de négocier, de faire valoir leurs positions dans la langue qu’ils maîtrisent le mieux.

C’est bien de déni de démocratie dont il s’agit quand la pensée unique prend le pas sur la diversité des approches, des nuances et des expériences que chaque langue véhicule.

Il nous faut plus que jamais agir ensemble, avec audace, imagination, intelligence, pour que dans le cadre de la réforme, le multilinguisme soit renforcé.

Seules des dynamiques en partenariat solide, comme celui que nous construisons entre nous, de la Francophonie, du monde ibéro-américain, de la Communauté lusophone, et dont nous créons peut-être les conditions aujourd’hui avec vous, le Groupe africain auprès de l’ONU, seules ces synergies peuvent mettre au jour un multilatéralisme plus efficace, plus proche des populations, de leurs besoins, leurs attentes et leurs aspirations.

Nous savons la somme des chantiers à réaliser et à ouvrir en Afrique, continent de tous les espoirs.

Nous savons la somme des défis majeurs à relever et l’énorme potentiel.
Nous savons les fragilités qui ne peuvent être circonscrites à des espaces locaux ou nationaux et qui exigent que nous agissions, avec encore plus de détermination, pour que dans ce multilatéralisme à la fois plus robuste et plus souple, soit aussi plus inclusif des jeunes, des femmes, des collectivités, de la société civile, des forces économiques du secteur privé également.

Ce que nous appelons de nos vœux c’est une responsabilité partagée, une approche multisectorielle qu’il nous reste à inventer, avec un souci constant de pertinence et de résultats. C’est l’un des points majeurs de mes échanges récents avec le Président de l’Union africaine Moussa Faki Mahamat.

Il nous faut partager toutes nos expériences, toutes nos stratégies pour, partout, lever les résistances, pour libérer, enfin, les moyens nécessaires à l’accompagnement et au soutien de nos pays et de nos populations les plus fragiles et révéler ainsi toutes ces énergies porteuses de solutions.

Je souhaite le réitérer aujourd’hui encore et le rappeler partout où j’aurai l’occasion de m’exprimer : il nous faut agir, agir ensemble, sans tarder, pour participer à la construction de ce monde nouveau.
Haut de page

COORDONNÉES


© 2013 Organisation internationale de la Francophonie
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d'intérêts.     En savoir plus...Fermer