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DISCOURS DE MICHAËLLE JEAN À GENÈVE, LE 20 MAI 2018

Allocution de la Secrétaire générale de la Francophonie à l’événement « Santé et Francophonie : quels enjeux et opportunités pour la promotion de la santé chez les jeunes dans les pays francophones »

Seul le texte prononcé fait foi

Madame la Ministre,
Monsieur le Directeur exécutif de l’ONUSIDA
Monsieur le Directeur général de l’OMS
Madame la Ministre de la santé et de l’Hygiène publique de Côte d’Ivoire,
Mesdames et Messieurs les Ministres et chefs de délégation,
Monsieur le Directeur général du ministère fran-çais de la Santé,
Distingués invités,

Je voudrais tout d’abord vous dire, Madame la Ministre combien je me réjouis de l’organisation, par la France, de cet événement de haut niveau dédié à la jeunesse francophone, plus spécifiquement en matière de santé.

C’est d’ailleurs parce que l’Organisation internationale de la Francophonie, l’OIF, sait l’importance et l’impact de tels événements, qu’elle organise régulièrement des concertations ministérielles en marge des grands rendez-vous de l’agenda inter-national, aux Nations unies comme dans d’autres instances multilatérales.

Mesdames et Messieurs,

Dans nos pays francophones, singulièrement en Afrique, la jeunesse constitue tout à la fois le plus prometteur des potentiels pour l’avenir, comme le plus grand des défis pour le présent.

D’ici à 2050, le continent africain comptera un milliard d’enfants et de jeunes.

D’ores et déjà, dans nombre de nos pays, plus de 60% de la population a moins de 30 ans.

Transformer cette donnée démographique en un dividende requiert, de la part des États, des organisations internationales, des coopérations bi et multilatérales, du secteur privé, de la société ci-vile, une volonté politique sans précédent et une mobilisation de tous les instants.

C’est d’ailleurs le signal fort envoyé par nos chefs d’Etat et de gouvernement, qui, au Sommet de Dakar, en 2014, ont doté la Francophonie d’une stratégie jeunesse, mais aussi d’une stratégie économique déployée prioritairement au profit des jeunes et des femmes, ainsi pleinement reconnus dans leur rôle central de vecteurs de paix et d’acteurs de développement.

Depuis un peu plus de trois ans, donc, nous nous donnons tous les moyens pour concrétiser ces stratégies, et mettre en oeuvre, sur le terrain, des solutions concrètes, tangibles en faveur des jeunes et des femmes. Et j’en ai fait l’une des priorités de mon mandat.

Nous intervenons selon une approche multipartenariale : avec les pays que nous accompagnons bien sûr, mais aussi avec les Nations unies, les autres organisations internationales ou régionales, les agences et les banques de développement, les Institutions financières internationales, le Partenariat mondial pour l’éducation, mais aussi le secteur privé, les organisations non gouvernementales, les acteurs de la société civile, et bien sûr avec les jeunes eux-mêmes.

Nous ne nous interdisons rien, car nous sommes bien conscients qu’en matière d’aide au développement et d’appui à l’émergence, nous avons tous plus que jamais besoin de mise en synergie et de cohérence pour rationaliser nos interventions et surtout leur assurer un plus grand impact.

Synergie et convergence sont aussi les maîtres mots de tous les acteurs institutionnels de la Francophonie.

Je pense aussi à notre démarche, partout saluée, de partage permanent d’expériences et d’expertises, à travers le tissu irremplaçable de nos réseaux.

C’est dans cet esprit et selon cette démarche que nous agissons en matière d’éducation, de formation professionnelle, technique et technologique, en matière d’enseignement supérieur et de recherche, comme en témoigne la création à Dakar, en 2017, de l’Institut de la Francophonie pour l’éducation et la formation, qui met en partage, au service de l’excellence, ce qui se fait de mieux dans chacun de nos pays.

Éduquer cette jeunesse est essentiel, mais cela ne suffit pas si nous ne lui donnons pas les moyens de s’insérer professionnellement et socialement.

Faut-il que je vous parle de ces centaines de milliers de jeunes qui prennent le chemin de l’exode, au péril de leur vie ?

Faut-il que je vous parle de ces jeunes hommes et de ces jeunes femmes que le
désespoir jette dans les filets de réseaux criminels et terroristes ?

Alors c’est aussi dans cet esprit que nous déployons nos stratégies numérique et économique, à travers, notamment, notre ambitieux programme de soutien à l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes.

Nous soutenons, aussi, le désir de mobilité et d’engagement à l’international de cette jeunesse avec le programme de volontariat international de la Francophonie (VIF).

Nous offrons aussi à ces jeunes l’occasion de faire connaître et valoriser leurs talents avec, notamment, les Concours d’innovation numérique, le Forum mondial de la langue française qui ras-semble les jeunes de tout l’espace francophone sur l’innovation et les technologies de l’information et de la communication, ou encore les Jeux de la Francophonie qui, lors de leur dernière édition, en 2017, à Abidjan, ont mis en compétition 4000 jeunes athlètes et artistes venus des cinq continents.

Nous voulons leur donner, aussi, les moyens de faire entendre sans filtre et sans relais, leurs attentes, leurs aspirations, leurs ambitions à travers une participation active, désormais actée, à nos instances politiques.

Autre initiative lancée en 2016 : " Libres en-semble".

Cela a d’abord été une plate-forme internet dont les jeunes se sont emparés massive-ment. C’est aujourd’hui un mouvement citoyen international qui se déploie dans tout l’espace francophone, sous forme d’ateliers, de formations, de forums d’échange sur la prévention de la radicalisation violente, mais aussi d’autres thématiques majeures.

À cet égard, ne sous-estimons pas le poids de la parole quand les jeunes parlent aux jeunes.

Madame la Ministre,
Mesdames et Messieurs les Ministres et chefs de délégation,

En dressant ce bref panorama de nos interventions, ne croyez pas que je perds de vue la problématique qui nous occupe aujourd’hui : celle des enjeux et des opportunités pour la promotion de la santé chez les jeunes dans les pays francophones.

Parce que je veux vous convaincre que toutes ces actions que nous engageons sont autant d’opportunités pour faire progresser la prévention et la promotion de la santé chez les jeunes.

Nous pouvons répondre présents, en matière d’éducation et de formation, et donc de prévention, en français. La langue est dans le secteur de la santé, aussi, fondamentale.

Nous pouvons répondre présent en matière de recherche.

Nous pouvons, grâce à nos réseaux de parlements, d’universités, de maires, nos réseaux professionnels et institutionnels, répondre présent en matière, par exemple, de législation, de normalisation, d’élaborations de politiques publiques.

Sans compter notre média international en langue française TV5 Monde, susceptible de relayer des campagnes sanitaires dans des centaines de millions de foyers.

Les jeunes que nous accompagnons, eux-mêmes, peuvent et veulent répondre pré-sent.

Je pourrais vous parler de ces jeunes entrepreneurs qui ont placé le bien-être de leur communauté, ou l’accès à la santé au cœur de leur activité, ou encore des ces jeunes engagés au sein de mouvements associatifs, ou de ces jeunes volontaires francophones qui sont des relais de poids.

Les jeunes veulent être désormais pleine-ment acteurs du changement, dans tous les domaines y compris celui de la santé.

Dans tout ce que nous entreprenons, ne l’oublions jamais.

Quant aux enjeux, vous le savez mieux que quiconque, ils sont considérables, au regard, notamment des données démographiques que j’évoquais en commençant, auxquelles s’ajoutent des réalités aussi tenaces que révoltantes.

Je veux parler du fait que ce sont les jeunes, mais aussi les enfants et les femmes qui payent le plus lourd tribut dans les situations de crise et de conflit, dans les situations d’extrême pauvreté, comme dans l’accès aux soins.

Le droit à la santé est un droit fondamental pour toutes et pour tous. Et il détermine tous les autres droits.

Oui les enjeux sont énormes, car si nous ne prenons pas le problème de la santé à bras le corps, nous risquons de compromettre des années d’efforts en faveur d’un développe-ment humain, économique et social durable.

Bien plus, face au fléau grandissant des médicaments de qualité inférieure ou falsifiés, ce sont les avancées enregistrées, depuis plusieurs années, dans la lutte contre le paludisme, la tuberculose, le VIH / SIDA et tant d’autres pathologies encore, que nous risquons de mettre en péril.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’OIF a pris l’initiative, avec l’ONUSIDA, et la Fondation Jacques Chirac, et avec le soutien de l’OMS, d’organiser après-demain, mardi, - et vous y êtes toutes et tous conviés -, une conférence internationale sur l’accès aux médicaments de qualité en Afrique francophone.

Je compte sur votre présence, le Président de la République du Bénin, SEM Patrice Talon ouvrira avec moi la séance et de très nombreux experts et partenaires y compris de la société civile seront de la partie.

Cette Conférence est aussi le résultat d’une vaste et fructueuse concertation, co-pilotée par le Bénin, le Maroc et le Rwanda, que je remercie très chaleureusement.

L’objectif final n’est pas une Déclaration de plus après celle du Sommet de Dakar qui disait l’urgence de « poursuivre et renforcer la mobilisation pour faire de la lutte contre les faux médicaments et les produits médicaux falsifiés une priorité mondiale, et de développer des politiques visant à assurer la disponibilité de médicaments et de produits médicaux de qualité, sûrs, efficaces et d’un prix abordable, pour les populations les plus démunies, en particulier dans les pays en développement ».

L’objectif est de transformer les engagements pris en un Plan d’action ambitieux. et pour ce qui est de la Francophonie, je m’engage à rendre attentifs les chefs d’Etat et de gouvernement qui se réuniront à l’occasion du XVIIe Sommet de la Francophonie, en octobre prochain. Il faut une mobilisation autour de solutions concrètes et de financements durables au plan national, régional et international.

Il va de soi que la promotion de la santé dans nos pays passe aussi par là et que les jeunes qui sont chaque année parmi les centaines de milliers de victimes de ces trafics criminels font aussi partie de l’action comme de la solution.

Voilà, Mesdames et Messieurs, les quelques réflexions dont je souhaitais vous faire part, tout en vous redisant que vous pouvez et devez compter sur la mobilisation de la Francophonie.
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