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DISCOURS DE MICHAËLLE JEAN À VANCOUVER, LE 15 NOVEMBRE 2017

A la Conférence de l’ONU sur les Opérations de maintien de la paix

Seul le texte prononcé fait foi

Excellences,
Monsieur le Premier ministre,
Monsieur le Secrétaire général adjoint aux Opérations de maintien de la paix,
Mesdames et Messieurs les Ministres, chefs des délégations, membres du corps diplomatique, Je suis ravie de vous voir en si grand nombre et je vous salue en vos grades et qualités,

Ancienne gouverneure générale et commandante en chef du Canada, et aujourd’hui Secrétaire générale de la Francophonie, je me présente devant vous en sachant fort bien que parler d’opérations de maintien de la paix, c’est d’abord parler d’hommes et de femmes qui agissent, au péril de leur vie, au service d’autres hommes, d’autres femmes, de jeunes et d’enfants plongés dans la souffrance, la détresse et la terreur. Et je veux ici leur rendre hommage.

Nous sommes nombreuses et nombreux dans cette salle à l’avoir vu, et vécu, de très près et nous savons l’urgence d’agir.

Près de la moitié des opérations de maintien de la paix déployées par les Nations unies le sont dans des pays membres de l’Organisation internationale de la Francophonie, l’OIF qui rassemble 84 États et gouvernements sur les 5 continents.

Lorsque je témoigne, notamment au Conseil de sécurité de l’ONU, c’est en connaissance de cause, car il ne se passe pas un jour sans que nous ne soyons en état d’alerte ou cruellement frappés.

L’espace francophone est devenu en quelque sorte un laboratoire des Opérations de maintien de la paix.

Alors oui, nous pouvons juger de la nécessité de les faire évoluer dans leur mandat, en force plus robuste non seulement de maintien, mais d’imposition de la paix, avec des moyens renforcés.

Et nous savons l’urgence d’une mutualisation de tous nos efforts, pour une force de réaction plus grande et plus efficace dans la lutte que nous menons de manière résolue contre le fléau du terrorisme.

Dans un contexte où les menaces asymétriques se sont multipliées, où les populations sont devenues les cibles et les premières victimes des conflits, le défi sécuritaire, tout comme le défi humanitaire nous occupent sans répit.

Ce qui nous a conduits à tenir, de toute urgence, en juin 2016, à Paris, une conférence internationale sur la lutte contre le terrorisme et la prévention de la radicalisation violente.

Une urgente mobilisation pour plus de réactivité, d’adaptabilité et d’efficacité.

Nous agissons sur ces trois axes.

Pour une plus grande réactivité : en favorisant une approche inclusive, intégrée, concertée, coordonnée et multi partenaires.

Et c’est bien dans cet esprit, que nous soutenons et appelons, par exemple, au renforcement des capacités de la Force conjointe des pays du G5 Sahel et de la force multinationale mixte des pays du bassin du lac Tchad. En insistant sur le fait que c’est un enjeu de sécurité mondiale.

C’est dans cette optique que nous mettons en commun toutes nos expériences, nos expertises, nos ressources, nos moyens, nos centres de veille, d’analyse de données et de renseignements.
Nous disposons d’un Réseau d’expertise et de formation pour les opérations de paix.

Nous le renforçons avec l’Observatoire Boutros-Ghali du maintien de la paix, créé, en mars dernier, dans un partenariat stratégique entre notre organisation l’OIF, les ministères français de la Défense, des Affaires mondiales du Canada et des Affaires étrangères de la Belgique.

Pour un multilatéralisme solide, nous croyons dans le dialogue triangulaire entre les États francophones que nous sommes, le Conseil de sécurité et le Secrétariat des Nations unies.

Deuxième axe, pour une plus grande adaptabilité : former davantage les personnels militaires, civils et policiers en fonction des contextes culturels et linguistiques.

Les former donc en français lorsqu’ils interviennent en environnement francophone.
Il est indispensable qu’ils soient capables de recueillir des informations, des témoignages, et de communiquer en français avec les autorités et les populations locales. Avec aussi une connaissance des réalités historiques, politiques, socioéconomiques.

Il y va du climat de confiance, mais aussi du niveau de sécurité et de la performance des opérations, notamment dans leur dimension civile, surtout au moment où les stratégies terroristes reposent précisément sur la volonté de ces groupes criminels d’infiltrer et de se fondre au sein des populations locales.

D’où nos actions pour augmenter la participation de contingents francophones aux opérations de maintien de la paix, tout en développant, dans le même temps, les capacités linguistiques des troupes non francophones.

Troisième axe, pour plus d’efficacité : consolider le caractère multidimensionnel des opérations de paix, notamment dans leur dimension civile, de prévention ou de médiation.

Je suis retournée devant le Conseil de sécurité, il y a quelques jours, à l’invitation de la présidence française, pour plaider en faveur des droits, de la protection, mais aussi de l’apport inestimable des femmes.

Alors, sur le sujet qui nous occupe, comment prétendre renforcer l’efficacité et la performance des opérations de médiation et de paix quand seulement 3% de femmes y participent ?

Alors que la preuve est faite que la présence des femmes contribue à un meilleur comportement des forces de sécurité, accroît la crédibilité des missions, notamment dans leurs rapports avec la population.

Reconnaître aussi l’apport des jeunes nous importe, soutenir et ancrer leurs initiatives citoyennes en faveur de la paix et de la démocratie. Il était formidable de les entendre hier.

Favoriser leur épanouissement, leur accès à une éducation de qualité, leur insertion professionnelle, la création d’emploi : c’est les mettre hors de danger.

Investir dans l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes : c’est une garantie irréfutable de stabilité.
Monsieur le Premier ministre, cher Justin Trudeau, vous en faites une priorité, l’OIF aussi avec notre capacité de rassembler, notre force de proposition et d’action.

Alors, prenons ici des engagements suivis d’effets, à la hauteur du sacrifice consenti par les artisans de paix, et au nom de notre responsabilité de protéger.
Je vous remercie.
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