Organisation internationale de la Francophonie

  • Lettre d’information
  • English

DISCOURS DE MICHAËLLE JEAN À GENÈVE, LE 22 MAI 2018

A l’ouverture du Segment à haut niveau de la Conférence internationale sur l’accès aux médicaments de qualité en Afrique francophone

Seul le texte prononcé fait foi

Excellence, Monsieur le Président de la République du Bénin,

Excellences,

Je veux tout d’abord remercier le Directeur exécutif d’ONUSIDA, l’ami Michel Sidibé pour son militantisme, ses mots inspirants, son énergie et son inestimable engagement,

Mesdames et Messieurs les Ministres et chefs de délégation,

Mesdames et Messieurs les Ambassadrices et les Ambassadeurs,

Monsieur le Directeur général de l’Office des Nations Unies à Genève, cher Michael Møller, merci d’abriter cette conférence dans cette salle si évocatrice des droits humains,

Monsieur le Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé, merci à vous aussi d’associer vigoureusement l’OMS à ce grand rassemblement,

Madame la Vice-Présidente de la Fondation « Jacques Chirac-Agir au service de la paix »,

Mesdames et Messieurs les Ambassadrices et les Ambassadeurs, Représentantes et représentants permanents auprès des Nations unies à Genève,

Monsieur le Représentant permanent de l’Organisation internationale de la Francophonie auprès des Nations Unies,

Mesdames et Messieurs en vos grades et qualités,

« De toutes les inégalités, la plus blessante est l’inégalité devant la santé. […]
L’économie criminelle des faux médicaments me révolte. »


Ces propos, que je fais pleinement miens, sont ceux de Jacques Chirac dans le Préambule de l’Appel de Cotonou contre les faux médicaments.
C’est, en effet, dans votre pays, Excellence, Monsieur le Président de la République du Bénin, cher Patrice Talon, que Jacques Chirac et plusieurs autres chefs d’Etat et anciens chefs d’Etat , responsables politiques et citoyens des nations d’Afrique, des Amériques, d’Asie, d’Europe, ont lancé, à l’initiative de la Fondation Chirac, chère Claude Chirac, cet Appel international à mobilisation contre le trafic de faux médicaments.

C’était en 2009. Il y a bientôt 10 ans.

Un an après, en 2010, les chefs d’Etat et de gouvernement de la Francophonie, réunis au sommet, à Montreux, adoptaient une « résolution sur le renforcement de la coopération entre les États pour lutter contre les faux médicaments et les produits médicaux falsifiés ».

Puis, Le Sommet de Dakar de 2014, vit à son tour l’adoption d’une résolution qui réitérait la détermination de nos Etats et gouvernements, je cite « à poursuivre et à renforcer leur mobilisation pour faire de la lutte contre les faux médicaments et les produits médicaux falsifiés une priorité mondiale, à développer des politiques visant à assurer la disponibilité de médicaments et de produits médicaux de qualité, sûrs, efficaces et d’un prix abordable, pour les populations les plus démunies, en particulier dans les pays en développement ».

Cette résolution saluait aussi le rôle fondamental que joue l’Organisation mondiale de la santé pour veiller à ce que l’innocuité, la qualité et l’efficacité des produits médicaux soient assurées.

Elle saluait, également, l’adoption, par le Conseil de l’Europe, en 2011, de la Convention sur la contrefaçon des produits médicaux et les infractions similaires menaçant la santé publique.

A la date d’aujourd’hui, 27 Etats seulement de par le monde ont signé cette convention, 12 Etats l’ont ratifiée dont 10 sont membres de l’Organisation internationale de la Francophonie.

Et pourtant plus de 140 pays sont touchés par les faux médicaments, et plus gravement encore en Afrique francophone.

Malgré cette prise de conscience, malgré les déclarations, malgré les engagements que je viens de rappeler, les actions déployées ne sont toujours pas à la hauteur du défi, et ce fléau fait, chaque jour, un peu plus de ravages.
Nous le savons. Les chiffres l’attestent.

Près d’un million de personnes, soit l’équivalent de 5 fois la population de la ville de Genève, meurent chaque année à cause de l’absorption de médicaments contrefaits, sans compter les nouvelles maladies ou les handicaps lourds que ces produits peuvent provoquer. Et, désormais, toutes les classes thérapeutiques des médicaments font l’objet de contrefaçons.

Dans les pays en développement et émergents, singulièrement en Afrique, plus de 30% des médicaments distribués sont de « qualité inférieure » ou « falsifiés » comme il convient de dire, soit qu’ils ne contiennent aucun principe actif, soit qu’ils sont mal dosés ou, pire, qu’ils sont constitués de substances dangereuses.

Toutes les cinq minutes, un enfant décède à cause d’un antipaludique de qualité inférieure ou falsifié, alors que l’administration de traitements authentiques permettrait de guérir rapidement 90% des cas.

Mais ... ce ne sont pas des chiffres qui pourront traduire la douleur d’une mère qui voit mourir sa toute petite fille de deux ans et demi, après lui avoir fait prendre un antipaludique acheté sur le marché.

Ce ne sont pas des chiffres qui pourront traduire la douleur de ces mères qui ont perdu leur bébé après leur avoir fait boire un sirop censé calmer les poussées dentaires et qui contenait en fait des substances mortelles.

Mesdames et Messieurs, même les nourrissons sont une cible pour ces réseaux mafieux transnationaux qui tirent du trafic des faux médicaments un revenu 10 à 25 fois supérieur à celui que génère le trafic d’héroïne, de cocaïne ou d’armes.

Donner la mort à des innocents rapporte chaque année à ces assassins des dizaines de milliards de dollars. Certains avancent même le chiffre de 200 milliards de dollars.
La situation est grave !

Les pays en développement et les pays émergents d’Afrique francophone sont en état d’urgence sanitaire !

Il faut compter aussi avec les effets collatéraux de ce marché mondial de la contrefaçon de médicaments.

Ce qui est en jeu, par-delà l’accroissement de la mortalité et de la morbidité, c’est la prévalence accrue des maladies, la progression de la résistance aux anti microbiens, et donc une perte de confiance des populations dans les produits et dans les soins médicaux.

Ce qui est en jeu, sur le plan économique, c’est une perte de productivité et de revenus, une absence de mobilité sociale, une augmentation des dépenses à la charge des patients et donc une aggravation de la pauvreté.

Ce qui est en jeu, c’est la sécurité des personnes et des biens, car cette économie souterraine frauduleuse et abjecte, constitue une véritable manne financière pour le crime organisé et les réseaux terroristes, d’autant plus que les risques encourus par les trafiquants sont faibles. Il faut les pourchasser et les condamner non pas à de simples amendes, mais à des peines aussi sévères que pour le trafic de stupéfiants. Des lois doivent être introduites en ce sens.

Ce qui est en jeu c’est la réalisation de tous les objectifs de développement durable à l’horizon 2030. Et nous savons que nous n’avons plus le droit à l’erreur, que nous n’avons plus le temps de prendre notre temps.

Or, en laissant se propager ce fléau, nous acceptons de détruire d’une main ce que l’on construit si patiemment et si énergiquement de l’autre en matière de paix et de sécurité, en matière d’accès à une éducation et une formation de qualité, en matière de développement humain, social et économique durable, en matière de soutien à l’entrepreneuriat des femmes et des jeunes, en matière d’égalité femme-homme.
Car nous savions déjà que les conflits et la pauvreté frappent plus cruellement les femmes, les enfants et les jeunes. Nous savons aussi désormais que cette discrimination sexiste et générationnelle se manifeste, aussi, dans l’accès aux soins !
Bien plus !

En laissant faire, nous acceptons de saper les progrès si chèrement acquis, dans la lutte contre le paludisme, la tuberculose, et n’est-ce pas, cher Michel Sidibé, dans la lutte contre le VIH/Sida.

Alors Messieurs les Présidents,

Mesdames et Messieurs les Ministres et chefs de délégation,

Demandons-nous, en toute conscience, nous de la Francophonie, qui avons placé la défense et l’effectivité des droits humains fondamentaux au cœur de nos missions, et qui aspirons à un humanisme intégral et universel, demandons-nous si nous sommes prêts à donner, au plus vite, leur pleine portée à ces mots de « droits » et d’ « humanisme » qui sous-tendent notre idéal et nos actions.

Sommes-nous prêts à traduire, au plus vite, en actes les engagements pris au fil des déclarations et des résolutions ?

Votre présence en nombre, aujourd’hui, est le plus encourageant des signaux.
Elle démontre, une fois de plus, que la Francophonie sait rassembler autour des grands défis et des grands enjeux de l’heure : Etats et gouvernements, organisations internationales et non gouvernementales, experts de haut niveau, représentantes et représentants de la société civile.

La Déclaration que vous adopterez à l’issue de cette Conférence est le résultat d’une vaste et fructueuse concertation, co-pilotée par le Bénin, merci Monsieur le Président, Messieurs les ministres des Affaires étrangères et de la coopération Aurélien Agbenonci, Monsieur le Ministre de la Santé Aurélien Seidou... le Royaume du Maroc, Merci Monsieur le Ministre de la santé Anas Doukkali et je félicite le Représentant permanent du Royaume du Maroc, ici à Genève l’Ambassadeur Omar Zniber... le Rwanda, j’ai pu remercier hier le Président Paul Kagamé lors de notre entretien et qui a dû repartir ce matin, Merci Madame la Ministre Diane Gashumba et Monsieur le Représentant permanent, Monsieur l’Ambassadeur Francçois Xavier Ngarambé.

Dans mon esprit cette Déclaration qui vous est soumise aujourd’hui n’en est pas une de plus !

Car, notre objectif final est de transformer ce texte en un Plan d’action ambitieux et sachez que je porterai cette ambition auprès des chefs d’Etat et de gouvernement lors du XVIIe Sommet de la Francophonie, en octobre prochain, en les mobilisant autour de solutions concrètes et de financements durables au plan national, régional et international.

Un plan d’action, qui tire le meilleur parti de notre capacité à nouer des partenariats stratégiques, comme l’illustre cette conférence organisée ici avec l’ ONUSIDA et la Fondation Jacques Chirac, avec le soutien de l’Organisation mondiale de la santé.
Un plan d’action qui tire le meilleur parti de notre capacité à travailler en réseau, dans un esprit de partage d’expériences et d’expertise, à travers l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, l’Agence universitaire de la Francophonie, l’Université Senghor d’Alexandrie, l’Association internationale des maires francophones, TV5 Monde, les Conférences des ministres francophones de l’éducation et de la jeunesse, nos organisations non gouvernementales accréditées, et bien sûr le tissu irremplaçable de nos réseaux : réseaux institutionnels et professionnels, réseaux de femmes et de jeunes.

Un plan d’action, enfin, qui tire le meilleur parti de nos stratégies économique et numérique, de notre stratégie jeunesse, et bientôt de notre stratégie pour l’égalité femme-homme.

Car si le fléau des médicaments de qualité inférieure ou falsifiés grève lourdement tous les champs de l’activité humaine, c’est aussi en rentrant par tous ces champs que nous pourrons assurer l’accès de toutes et de tous à des médicaments et autres produits médicaux de qualité.

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Faisons en sorte que , dans les années à venir, nous n’ayons plus jamais à dire, comme je le rappelais en commençant : « De toutes les inégalités, la plus blessante est l’inégalité devant la santé. »

J’invite sur ces mots le Président de la République du Bénin, S.E. Monsieur Patrice Talon, qui de tous les chefs d’État et de gouvernement de la Francophonie, est certainement l’un des champions de la cause, de la nécessité d’agir et quand il le faut de sévir.

Monsieur le Président, la parole est à vous...
Haut de page

COORDONNÉES


© 2013 Organisation internationale de la Francophonie
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d'intérêts.     En savoir plus...Fermer