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DISCOURS DE MICHAËLLE JEAN À NOUAKCHOTT, LE 06 DÉCEMBRE 2018

A la Conférence de coordination des partenaires et bailleurs de fonds du G5 Sahel pour le financement du Programme d’Investissements Prioritaires

Seul le texte prononcé fait foi

Excellences,
Monsieur le Président Mohamed OULD ABDEL AZIZ de la République islamique de Mauritanie, hôte de cette importante Conférence de coordination des partenaires et bailleurs de fonds du G5 Sahel,
Monsieur le Président Mahamadou ISSOUFOU de la République du Niger, et Président en exercice de la Conférence des chefs d’État du G5 Sahel,
Monsieur le Président Roch Marc Christian KABORE de la République du Burkina-Faso,
Monsieur le Président Ibrahim Boubacar KEITA de la République du Mali,
Monsieur le Président Idriss DEBY ITNO de la République du Tchad,
Monsieur le Secrétaire permanent du G5 Sahel, Cher Maman SIDIKOU,
Mesdames et Messieurs les Ministres, les Ambassadeurs, les Envoyés spéciaux,
Monsieur l’Ambassadeur Hervé Ladsous, ancien Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux opérations de maintien de la paix, que j’ai le plaisir d’avoir à mes côtés en tant que Conseiller spécial,
Mesdames et Messieurs les Représentants de l’Union Africaine, des Nations unies, de la CEDEAO, de l’Union Européenne, de la Banque Mondiale et des bailleurs bilatéraux ;
Mesdames et messieurs, en vos titres et qualités,

Je souhaite tout d’abord remercier les autorités mauritaniennes, et vous remercier personnellement, Monsieur le Président, pour l’excellent accueil qui nous est fait à Nouakchott, dans la plus pure tradition de l’hospitalité légendaire de la Mauritanie, qu’évoquait déjà Antoine de Saint-Exupéry dans Terre des hommes.

Le Sahel, ce vaste espace de rencontres et d’échanges, depuis des temps immémoriaux, a su faire rêver. Et le voici au centre de graves préoccupations. Mais à mes yeux et pour l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) que je représente ici, il demeure un territoire de tous les espoirs.

Et, c’est guidés par l’esprit de solidarité qui caractérise notre Organisation depuis ses origines en 1970, à Niamey, dans votre pays, Monsieur le Président Mahamadou ISSOUFOU, que nous répondons sans hésitation à tous vos appels, encore plus en ces temps de graves crispations et de turbulences sans précédent.

Nous voulons ainsi dire à la planète que les pays du Sahel, terres de haute civilisation, de tant de potentialités et de richesses, ont beaucoup à offrir. Que vous les peuples du Sahel avez la volonté, le courage et un désir constant de vous dépasser.

Et comme il est injuste que des forces obscures de destruction, de déstabilisation et de tous les trafics, puissent mettre à mal tous les efforts rassemblés, les vôtres et ceux des populations.

Les effets du réchauffement climatique sont déjà suffisamment dévastateurs. Pourquoi faut-il qu’aux catastrophes naturelles vienne aussi s’ajouter la terreur que sèment partout ces hommes, sans foi ni loi ?

Et cette criminalité organisée, transnationale, qui a pour arme redoutable l’extrémisme, la radicalisation, cette nébuleuse infâme, étend ses ramifications sur le monde entier.

Avec vous, je veux saluer la mémoire des milliers de victimes civiles et militaires de ces attentats ignobles.

Mais, nous ce céderons pas au fatalisme. Le Sahel résiste et demande à la communauté internationale d’être à ses côtés.

Dès ma prise de fonctions en janvier 2015, je me suis engagée dans ce combat, encouragée par la Résolution adoptée par vous et tous les Chefs d’État et de gouvernement de la Francophonie, lors du XVe Sommet tenu à Dakar, en novembre 2014, qui consacrait la volonté et la détermination de tout mettre en œuvre, d’unir tous nos efforts, pour parvenir à éradiquer le terrorisme.

Monsieur le Président Idriss Déby Itno, je me souviens que dès nos premiers contacts, vous m’avez demandé de porter auprès du Conseil de sécurité de l’ONU l’urgence d’une mobilisation pour un soutien financier et technique à la force multinationale mixte de lutte contre les actions de Boko Haram si affligeantes pour les pays du bassin du Lac Tchad. Je l’ai fait et je n’ai eu de cesse de maintenir ce même plaidoyer pour tout le Sahel.

Devant la déferlante d’attaques meurtrières, et en réponse aux demandes pressantes de nombre d’entre vous, chefs d’État de la Francophonie, nous avons organisé, le 6 juin 2016 à Paris, la Conférence internationale sur la lutte contre le terrorisme et la prévention de la radicalisation violente : vers une approche francophone intégrée, qui a réuni un nombre considérable d’acteurs de premier plan, politiques nationaux et internationaux- beaucoup de vos Ministres étaient là, Messieurs les Présidents, des représentants également des Organisations internationales et régionales ici présentes - institutionnels, experts, académiques et associations de la société civile.

Toutes les recommandations appelaient à une mutualisation urgente de nos capacités, nos expertises, nos expériences concluantes, voire nos renseignements, pour passer de la parole aux actes !

La Résolution adoptée ensuite au XVIe Sommet des Chefs d’État et de gouvernement à Antananarivo en novembre 2016, a mandaté l’OIF de mettre en place le Réseau Francophone de prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents pouvant conduire au terrorisme (FRANCOPREV). C’est désormais chose faite.

Le G5 Sahel veut prendre une part active à ce Réseau, lancé en septembre dernier, qui viendra en appui aux actions du Secrétariat permanent, et en particulier, à sa cellule régionale vouée à la prévention.

La réunion inaugurale de FRANCOPREV aura lieu dans quelques jours, le 13 décembre prochain à Bruxelles, avec l’ensemble des experts y compris ceux et celles désignés par nos États et Gouvernements membres.

Le G5 Sahel était aussi présent et très actif, je tiens à le dire, à l’importante Conférence que nous avons organisée, du 9 au 12 mai dernier, au Canada, avec le Gouvernement canadien et l’Université d’Ottawa, afin de procéder au bilan de la Déclaration de Saint-Boniface, notre texte normatif sur la prévention des conflits et la sécurité humaine.

La remarquable contribution du Secrétariat permanent du G5 Sahel aux travaux menés avec 200 experts, a permis d’adopter un cadre de mise en œuvre opérationnelle des plus pertinents et fédérateurs, pour renforcer l’action des États et des organisations sous-régionales dans cette lutte si cruciale que nous menons ensemble, en visant en priorité des actions dans les zones transfrontalières.

En septembre 2017, en marge de la 72e session de l’Assemblée générale de l’ONU, l’OIF organisait à New-York une concertation ministérielle pour mobiliser tous nos États de la Francophonie en appui à ce projet, car ce doit être notre affaire à tous pour la sécurité mondiale. Tous y ont participé.

Un mois plus tard, le 30 octobre 2017, lors de la Réunion ministérielle organisée par la Présidence française du Conseil de sécurité, j’ai personnellement rappelé qu’en plus du soutien politique aux efforts conduits par les pays du G5 Sahel, il était essentiel que les partenaires internationaux, à travers notamment les Nations unies, s’engagent concrètement pour renforcer les capacités, y compris sur les plans financier et matériel, de cette Force conjointe, dans un cadre cohérent et ambitieux.

Je réitère aujourd’hui cet appel pressant avec la force que donne l’urgence : le soutien financier des partenaires internationaux, Mesdames et Messieurs, demeure plus que jamais indispensable et il doit être renforcé !

Nous avons, de notre côté, engagé plusieurs actions d’accompagnement de la Force conjointe, notamment ce premier Séminaire international pour le renforcement des capacités des Centres d’études stratégiques des 5 États du G5 Sahel, tenu à Bamako et à la demande de leurs responsables, les 15 et 16 octobre 2017, en coordination avec le Mali, qui présidait alors le Groupe, et avec le Secrétariat permanent.

Les conclusions de ce séminaire, d’ordre très technique et opérationnel, s’inscriront dans un projet de feuille de route qui sera discuté et adopté lors du 2e séminaire international que nous organiserons prochainement, toujours avec le Secrétariat permanent du G5 Sahel, à Niamey.

Nous ne serons que plus forts contre ce fléau du terrorisme si nous échangeons nos connaissances, nos bonnes pratiques avérées en matière de prévention et d’alerte précoce.

C’est ce que je soulignais devant les membres de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie, lors de la Conférence sur le G5 Sahel qu’elle a organisée le 1er novembre dernier à New-York. Hervé Ladsous y a également pris une part active et appréciée.

J’attendais avec beaucoup d’impatience de pouvoir formaliser la mobilisation de la Francophonie par la signature d’un Mémorandum d’entente avec le Secrétariat permanent du G5 Sahel. Et je suis aujourd’hui particulièrement fière de l’aboutissement ici même, de cet important accord auquel ont œuvré, ces derniers mois, les équipes de l’OIF et du Secrétaire permanent. Cher Monsieur Maman SIDIKOU, je salue votre engagement indéfectible et votre action résolue.

Le Mémorandum prévoit que, dans le cadre de leur programmation respective, l’OIF et le G5 Sahel conviendront de l’élaboration et de la réalisation de projets conjoints dans le domaine de la justice, des droits humains, de la bonne gouvernance, de la promotion du vivre ensemble, de la prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents pouvant conduire au terrorisme, en déployant nos armes de construction massive : inclusion économique, éducation, formation, entrepreneuriat des jeunes et des femmes, la culture et le sport.

Notre collaboration avec le G5 Sahel s’inscrit ainsi en parfait arrimage avec le Programme d’Investissements Prioritaires (le PIP), sur les axes Sécurité et Développement, qui vont de pair.

Mesdames, Messieurs,

J’ai confiance que l’objectif des 2 milliards de dollars sera atteint, que nous repartirons avec la satisfaction d’avoir contribué à relever ce double défi de la stabilité et du développement.

Et l’OIF prend toute sa part dans cet effort.

Les projets qui découleront dès 2019 du Mémorandum avec le G5 Sahel sont d’ores et déjà inscrits dans notre programmation quadriennale adoptée lors du XVIIe Sommet de la Francophonie qui vient de se dérouler à Erevan, en Arménie. Ils apporteront entre autres et en particulier une précieuse contribution à l’axe n°2 de ce PIP, celui qui porte sur la gouvernance.

Cet accompagnement pour une gouvernance plus inclusive, nous le menons infatigablement depuis des années, avec les États et gouvernements membres.
J’en veux pour preuve la centaine de missions d’appui technique et d’accompagnement politique des élections, pour un processus transparent, inclusif et, nous l’espérons toujours, apaisé, que nous avons déployées en moins de quatre ans.

L’une des dernières en date l’aura été, justement, au Mali, Monsieur le Président Ibrahim Boubacar KEITA. Durant la même période, nous aurons déployé, aussi, dans une trentaine de pays, plus d’une cinquantaine d’autres missions de facilitation et de médiation.

C’est donc forts de cette expertise avérée, que nous apporterons notre contribution au PIP.

Nous aurons aussi un rôle important à jouer pour renforcer le « vivre ensemble », la cohésion et la paix sociales. Dans ce domaine également, nous savons faire. Depuis mars 2016, nous avons mobilisé comme jamais auparavant les jeunes, sur les réseaux sociaux et sur le terrain, dans le cadre du vaste mouvement citoyen et d’éducation civique « Libres ensemble ».

Cette initiative, qui dès le départ a touché plus de deux millions de jeunes francophones sur la Toile, se décline désormais en actions sur le terrain, c’est un travail essentiel de prévention de la radicalisation mené pour et avec la jeunesse.

Dans ce même esprit nous avons organisé à Fès, sous le Haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohamed VI, du 10 au 12 septembre dernier, la 3e Conférence internationale de la Francophonie pour le dialogue des cultures et des religions et dont les recommandations irrigueront notre future programmation.

Quel rempart plus solide face aux risques terroristes, que la cohésion sociale, le dialogue et, bien entendu, le développement socio-économique de nos pays ?
C’est tout l’intérêt de l’approche inscrite dans l’axe 3 du PIP relatif au développement humain.

Et Je me félicite du programme phare de soutien à l’emploi par l’entrepreneuriat de l’OIF auquel participent, à des degrés différents, les 5 pays membres du G5 Sahel.

Car dans les 13 pays d’Afrique subsaharienne et de l’océan Indien, en à peine deux ans, nous avons fait en sorte que 20 500 femmes et jeunes entrepreneurs ont intégré des dispositifs d’accompagnement, espaces collaboratifs, incubateurs, accélérateurs de TPME et TPMI petites et moyennes entreprises et industries, dans des filières ciblées et innovantes.

Grâce à l’appui de l’OIF, ces entrepreneurs ont su générer à leur tour quantité d’emplois et impulser des chaînes de valeurs plus solides.

C’est d’ailleurs dans ce cadre que j’ai eu l’honneur de parrainer, en février 2017, avec vous et à votre invitation, Monsieur le Président du Niger, Sahel Innov. Et nous pouvons être fiers de ce dispositif novateur qui regroupe les incubateurs de 7 pays d’Afrique de l’Ouest, afin d’accélérer le développement de jeunes pousses, des start up à fort potentiel, dans des secteurs d’activité jugés prioritaires pour la région.

Ces 7 incubateurs implantés au Burkina Faso, à Djibouti, en Guinée, au Mali, au Niger, au Sénégal et au Tchad mettent à la disposition des entrepreneurs, des espaces de travail, des ressources humaines, des mentors et leur offrent des possibilités de financement. Nous facilitons le passage à l’échelle via un accélérateur, SAHEL INNOV BOOST qui en un an accompagne déjà 150 entreprises émergentes dans toutes les étapes de leur expansion jusqu’à la mise en marché des produits. Et ce n’est pas tout nous aidons quelques grandes entreprises à mieux comprendre le marché sahélien.

Venons-en à l’impact des effets du réchauffement climatique sur la région.

Toujours avec vous, Monsieur le Président, cher Mahamadou Issoufou, j’ai fait en sorte que l’Institut de la Francophonie pour le Développement Durable (l’IFDD), avec votre gouvernement, le Ministère nigérien de l’Environnement, organisent la Conférence internationale sur la désertification et l’économie verte (CIDEV) les 26 et 27 juillet dernier, à Niamey.

Outre les ministres de 21 pays, dont 16 de la Francophonie, la Conférence a rassemblé des experts, des représentants d’organisations économiques régionales et sous régionales, des partenaires techniques et financiers, les Secrétariats exécutifs des trois principales conventions de l’ONU en matière d’environnement, ainsi que des jeunes et des femmes entrepreneurs évoluant dans le domaine des économies vertes.

Un domaine dans lequel nous travaillons avec le Niger qui en a pris le leadership depuis quelques années à travers les quatre éditions successives du Forum Jeunesse et Emplois verts soutenu aussi par le gouvernement du Nouveau-Brunswick au Canada.

Je formule le vœu que l’« Appel de Niamey » issu de la Conférence de juillet, soit rapidement décliné de manière opérationnelle.

Le Mémorandum que je m’apprête à signer avec le G5 Sahel mentionne aussi l’éducation, la culture et le sport, qui sont, oui, des « armes de construction massive » qu’il nous faut déployer avec force pour la stabilité et pour la paix, ne les sous estimons pas : elles ne donnent pas la mort, elles font que la vie et toute la beauté du monde triomphent, et c’est ce que nous voulons.

Excellences,
Mesdames, Messieurs,

Arrivée à la fin de mon mandat de Secrétaire générale de la Francophonie soyez assurés que c’est ainsi que je voudrai toujours continuer à appuyer ce continent, cette terre de toutes nos origines.

Je vous remercie de votre attention.
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