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DISCOURS DE MICHAËLLE JEAN À PARIS, LE 7 DÉCEMBRE 2017

A la table-ronde sur l’entreprenariat des femmes et des jeunes / Conférence de Paris

Seul le texte prononcé fait foi

Merci, cher Nicolas-Louis BOËL,
Madame la Ministre des Relations internationales du Québec, chère Christine St-Pierre,
Madame Marie-Chistine Oghly, Présidente de l’Association Femmes cheffes d’entreprises mondiales,
Madame Hissane GUY, d’Entreprendre au féminin des Comores, dans l’Océan indien,
Sophie L’Hélias, Présidente de Leader XX CHANGE
Mesdames, Messieurs,

Sachez combien je suis heureuse d’introduire cette table ronde consacrée à l’entrepreneuriat féminin, qui est devenu l’une des priorités de l’Organisation internationale de la Francophonie, l’OIF.

L’entrepreneuriat des jeunes et des femmes est en effet une ligne d’action majeure de notre Stratégie économique pour la Francophonie, adoptée en 2014, lors du Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement qui s’est tenu à Dakar et dont le thème était justement : « Les femmes, les jeunes, vecteurs de paix, acteurs de développement ».

Stratégie économique que nous avons dès 2015 judicieusement jumelée à notre Stratégie numérique adoptée en 2012, au Sommet de Kinshasa.

Le numérique étant un facteur et une composante non négligeable de l’innovation.

« Les femmes, les jeunes, vecteurs de paix, acteurs de développement »

Nous sommes à l’OCDE dont les études nous donnent pleinement raison et confirment : qu’investir dans les initiatives citoyennes et notamment entrepreneuriales, les TPME, TPMI portées par les jeunes et par les femmes, c’est favoriser la croissance, une croissance partagée et inclusive ; c’est favoriser un développement humain et économique durable, viable ; c’est un impact positif, immédiatement ressenti, sur le PIB.

Alors, oui, L’entrepreneuriat des femmes répond à une double nécessité, économique et sociale.

Sur le plan économique, le paradigme du développement est en train d’évoluer rapidement.

Plus personne ne croit que les pays les plus pauvres doivent tout attendre de l’aide publique internationale, qui voit ses montants stagner depuis plusieurs années.

La priorité est au développement et à la croissance endogènes, portés par les forces productives des pays en fonction de leurs spécificités locales.

Cette croissance endogène, durable, responsable et inclusive, doit impérativement être génératrice d’emplois.

En Afrique, par exemple, ce sont 450 millions d’emplois qui devront être créés d’ici 2030, pour absorber l’arrivée des nouvelles générations, selon la Banque mondiale.

L’urgence est de faire de la jeunesse un dividende et des femmes également.

Créer des possibilités, investir dans ce capital humain et tirer le meilleur profit de ces forces vives.

L’OIF, fait aussi sienne cette priorité de notre temps, et engage de manière transversale ses programmes, en faveur d’une professionnalisation intensive, ciblée et une augmentation drastique de la participation des jeunes et des femmes au marché du travail.

Or ces jeunes, ces femmes ne trouveront pas forcément un emploi dans le secteur public ou dans de grandes entreprises.

On les voit créer leurs propres chances par l’entrepreneuriat, dans des filières formelles, avec des pratiques innovantes, des productions de qualité pour plus de compétitivité, adaptées à leur marché national et régional.

Pour répondre à cette impérieuse nécessité, l’OIF met en œuvre un programme de promotion de l’emploi, de renforcement des capacités et des chaines de valeur, d’appui soutenu à l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes, dans 13 pays de l’Afrique subsaharienne et de l’Océan indien, pour commencer.

Un programme adossé au déploiement et au soutien, dans ces pays, de dispositifs tels que des incubateurs, des accélérateurs de jeunes entreprises, des espaces collaboratifs et d’encadrement.

Près de 33 structures de ce type sont actuellement fortement appuyées par ce programme de l’OIF, qui a déjà permis en un an seulement à près de 10 000 jeunes d’être accompagnés, formés ou sensibilisés à l’entrepreneuriat.

Nous sommes partie prenante de plus d’une quarantaine d’autres déjà existantes pour mieux les consolider et les rendre plus performantes.

Le travail ne s’arrête pas là, il consiste aussi à voir à l’amélioration de l’environnement des affaires, notamment la simplification des procédures, l’harmonisation des règles, le passage à une échelle supérieure sur des normes et des standards de qualité.

Il voit aussi à la mise en réseau des forces économiques pour plus se synergies à travers tout l’espace francophone, plus d’occasions de partenariats et de maillages, plus d’échanges de bonnes pratiques, avec, à disposition, toute la somme des expertises que nous savons fort bien rassembler et mobiliser.

L’autre aspect structurant de ce programme est l’accompagnement des politiques nationales de nos Etats membres pour l’emploi : une priorité vitale.

Sans perspective d’emploi, pas d’espoir, pas d’enracinement, mais ce désenchantement, ce sentiment d’un avenir bouché qui poussent des milliers de jeunes et de femmes à fuir, les expose au pire et à tous les dangers de ces migrations désespérées.

Dois-je spécifier que le manque d’emplois pour les jeunes est l’une des causes profondes de l’instabilité qui affecte de nombreux pays de notre espace, un terreau fertile pour les organisations criminelles et les réseaux terroristes ?

Les femmes font partie de la solution. Elles peuvent jouer un rôle majeur dans la création d’emploi.

Se priver de la contribution à la richesse nationale de la moitié de la population est une folie, un gaspillage insensé, irresponsable.

D’autant plus que, je le redis, toutes les études le démontrent, la progression de l’emploi des femmes entraîne des gains considérables en termes de croissance et de revenu par habitant.

Les enjeux de l’entrepreneuriat des femmes ne sont pas seulement économiques, il touchent également la sphère sociale.

L’entrepreneuriat est aujourd’hui un atout décisif pour l’autonomisation des femmes, leur indépendance financière, donc leur pleine participation à la prospérité, leur émancipation, par conséquent celle de toute leur communauté et de leur pays.
L’indépendance financière, le renforcement des connaissances, sont des leviers essentiels pour que les femmes décident de leur destin et choisissent la vie qu’elles souhaitent mener.

Actuellement, dans tout l’espace francophone, les femmes entrepreneuses font la démonstration d’une extraordinaire créativité, de leur inventivité, de leur dynamisme et de leur persévérance.

Et cela, quelles que soient les filières d’activité dans lesquelles elles investissent leur énergie : des domaines les plus pointus de l’économie numérique, avec de nombreux incubateurs féminins qui fleurissent dans de nombreux pays de la Francophonie ; ou encore de secteurs traditionnels comme l’agriculture, où là aussi les nouvelles technologies viennent transformer les pratiques anciennes.

Ce sont souvent les femmes, souvent avec l’appui des jeunes, qui ensemble sont les vecteurs de ce changement.

Je pense ainsi à ces femmes maraîchères du Niger qui utilisent une application spécialement adaptée à leur téléphone mobile, créée par un jeune, pour qu’elles gèrent à distance, en composant 3 chiffres l’irrigation de leurs champs. Finie la pénible corvée d’eau et d’arrosage attribuée aux filles. Un dispositif peu coûteux et si efficace que les femmes triplent leur surface de culture, produisent davantage, ont plus de revenus, du temps gagné qu’elles investissent dans d’autres projets.

Leurs filles peuvent maintenant envisager une tout autre vie, aller à l’école plus régulièrement et plus longtemps, envisager un métier, des études supérieures, aspirer à des emplois qualifiés qui semblaient inaccessibles aux femmes issues des zones rurales. Elles sont d’emblée à l’abri des mariages forcés, alors qu’elles ne sont encore sorties de l’enfance et des grossesses précoces.

L’entrepreneuriat est pour les femmes un salut et un puissant révélateur.

Les éclatantes réussites que connaissent de nombreuses femmes à la tête d’entreprises qu’elles ont créées battent en brèche les préjugés qui confinent les femmes au champ du « micro » : micro entreprises, micro crédit, ou encore certaines activités d’économie sociale qui déguisent l’assistanat.

Au contraire, les femmes ont vocation à prendre toute leur place dans le domaine économique comme elles doivent le faire dans la société, et ne pas poser de bornes à leur ambition.

Cela reste un combat.

Elles sont venues le dire en très grand nombre, à Bucarest en Roumanie, où s’est tenue la deuxième édition de la Conférence des femmes de la Francophonie qui a réuni plus de 700 femmes de tous les horizons de l’espace francophone sur les 5 continents, issues du monde économique, culturel et de la société civile.

Sous le thème « Création, innovation, entrepreneuriat, croissance et développement : les femmes s’imposent ! », cette conférence a produit un réseau des femmes entrepreneuses de la Francophonie, doté d’une plateforme numérique opérationnelle, pensée comme une passerelle et un levier d’influence.

C’est le mot d’ordre de toutes les actions que nous organisons pour promouvoir l’entrepreneuriat des femmes, et pourquoi pas le fil directeur de cette importante table ronde.
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