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DISCOURS DE MICHAËLLE JEAN À PARIS, LE 8 DÉCEMBRE 2017 (1)

A la table-ronde sur le financement de l’émergence économique / Conférence de Paris

Seul le texte prononcé fait foi

Madame la Présidente de la République de Maurice,
Monsieur le Président de la République du Niger,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Mesdames, Messieurs les Représentantes et Représentants du corps diplomatique,
Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureuse d’introduire cette table ronde consacrée à la question du financement de l’émergence économique.

Cette conférence de Paris se veut un espace de rencontre et de dialogue entre les décideurs de la sphère publique et les acteurs du monde économique.

Et pour l’Organisation internationale de la Francophonie, l’OIF, que je représente ici - qui rassemble aujourd’hui 84 États et gouvernements sur 5 continents, à la fois des pays riches et industrialisés, des pays en émergence, des pays en développement et des pays moins avancés - tout est affaire de coopération, d’échange, de partage de connaissances, de besoins de financement, de conditions à rassembler comme facteurs d’attractivité, d’opportunités d’investissement, de partenariats et de maillages, de choix stratégiques et d’outils de pilotage...

Or, quel sujet se prête mieux à ces regards croisés, à cette approche partenariale, que le financement du développement économique et social de nombre de pays de l’espace francophone : je pense à ces pays qui ne se voient plus seulement comme des pays en développement, mais qui se projettent et sont engagés avec résolution sur la voie de l’émergence économique.

L’année 2015 a été déterminante sur ce sujet.

C’est l’année de l’adoption des Objectifs du développement durable (ODD).
C’est aussi l’année de l’adoption de l’Accord de Paris sur le climat, à l’issue de la COP 21, mais aussi de la conférence d’Addis Abeba sur le financement du développement.

Ces trois succès de la diplomatie multilatérale et de la mobilisation en faveur de l’action collective posent un nouveau paradigme.

Tout d’abord, la reconnaissance de l’immensité des besoins en matière de financement :
Plus de 100 milliards de dollars par an pour l’adaptation au changement climatique, et des montants tout aussi considérables pour atteindre les ODD qui s’imposent à tous les pays du monde et qui sous-tendent tous les programmes nationaux de développement.

Ensuite, l’accent mis sur le secteur privé pour une croissance économique endogène, alors que l’aide publique au développement au mieux plafonne, au pire régresse.
Mais le secteur privé, dans les pays en développement, ne peut à lui seul tirer instantanément la croissance économique.

Là encore, des investissements considérables sont attendus, pour faire sauter les goulets d’étranglement en matière d’infrastructures : qu’il s’agisse d’infrastructures de transports ou de celles que réclament la révolution énergétique en cours avec la transition vers les énergies renouvelables et l’augmentation des capacités.

Ces investissements, d’une ampleur sans précédent, ont été facilités ces dernières années par une conjonction de facteurs favorables pour les pays en développement, notamment en Afrique subsaharienne :
Des prix des matières atteignant les plus hauts niveaux historiques ; les accords sur le désendettement pour de nombreux pays ; et une croissance économique soutenue, atteignant ou dépassant 5% en moyenne, permettant une augmentation du revenu par habitant et une amélioration des rentrées fiscales.

Aujourd’hui toutefois, nos pays francophones en développement connaissent une situation beaucoup plus contrastée :
Les cours des matières premières se sont retournés ; la croissance moyenne en Afrique subsaharienne tend vers un rythme de 3% en moyenne, après avoir ralenti autour de 1% en 2015 ; et l’endettement redevient un sujet de préoccupation majeur.

Si en 2013 la majorité des pays d’Afrique subsaharienne avaient un taux d’endettement sur le PIB inférieur à 35%, 3 ans après en 2016 la majorité est au-dessus de 50%.

Alors que ces facteurs affectent les recettes fiscales, les besoins en matière d’investissement continuent de croître, tant dans le secteur productif qu’en matière d’équipements sociaux, dans la santé ou l’éducation, en raison de la forte croissance démographique.

La question des finances publiques est donc plus que jamais stratégique pour nos Etats, qui doivent mobiliser des ressources toujours plus importantes, en évitant le double piège de l’austérité et de l’emballement de la dette.

C’est pourquoi l’OIF se mobilise : avec le réseau des ministres des finances des pays francophones à faible revenu, pour trouver des solutions, partager des bonnes pratiques, et faire entendre la voix de nos pays dans les négociations internationales.
Ce réseau se réunit deux fois par an, en marge des assemblées de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, réunions complétées par des ateliers techniques tout au long de l’année.

Ces deux dernières années le réseau a travaillé sur la question de la mobilisation des ressources intérieures, dans le contexte des initiatives internationales telles que BEPS (Base erosion and profit shifting [érosion de la base d’imposition et transfert de bénéfices]), lancée par le G20 et portée par l’OCDE, qui vise à limiter l’impact des stratégies d’optimisation fiscale des multinationales.

Pour les pays en développement, le cadre fiscal national doit être attractif, mais sans tomber dans la compétition fiscale au niveau régional.

Il doit assurer un élargissement de l’assiette fiscale et un taux de prélèvement minimal raisonnable (20% par exemple comme le recommande l’UEMOA, alors que la plupart des pays de la zone sont en dessous de ce taux).

La question des contrats négociés pour de longues durées avec les acteurs des industries extractives revêt une sensibilité particulière.

Depuis 2017, le réseau des ministres des finances des pays francophones à faible revenu travaille sur la question des partenariats public-privé (PPP).

Cet instrument est particulièrement séduisant pour le financement d’infrastructures.
Il est porté par la demande d’implication croissante du secteur privé dans le financement du développement économique et social des pays les moins avancés (PMA), comme en témoigne encore récemment l’initiative de la présidence allemande du G20 du Compact for Africa.

Toutefois, en raison des engagements financiers à très long terme, propre à ces instruments, le recours aux PPP doit se faire avec discernement : en disposant de l’expertise technique pour évaluer les risques et en informant de manière transparente les parlements et plus largement les citoyens.

Dans les pays développés, les PPP ont permis d’accélérer les investissements publics, mais ils ont été aussi parfois la source de dérives considérables, dont le coût s’est retrouvé à la charge du budget de l’Etat.

L’OIF se mobilise aux côtés de ses Etats membres pour obtenir de la part des institutions financières internationales le meilleur soutien en terme d’expertise technique, à l’image du guide d’évaluation des PPP du FMI (P-FRAM ) dont la version française sera présentée dans un atelier de l’OIF à Cotonou le 12 décembre.

Ce dialogue permanent entre les responsables publics et le secteur privé illustre la convergence des intérêts qui est la marque de ce nouveau paradigme de développement.

Ces nouvelles relations entre les gouvernements et les investisseurs doivent reposer sur la confiance, la crédibilité, la responsabilité partagée, et s’appuyer sur des codes de conduite et d’éthique garants de l’intégrité.

Pour le secteur privé, le moment présent représente une opportunité historique pour investir dans les pays en développement.

La Francophonie est aux côtés de ses Etats qui présentent aux partenaires publics et privés, bailleurs et investisseurs, leurs plans de développement, comme le Niger va le faire à Paris d’ici quelques jours, M. le Président, et il est frappant de voir combien les investisseurs privés répondent positivement.

Les pays francophones disposent d’un réservoir de talents et d’énergie avec leur jeunesse, de plus en plus attirée par l’entrepreneuriat, qu’il s’agisse d’économie numérique ou d’économie verte, qui sont les secteurs pourvoyeurs d’emplois et d’innovation.

C’est tout le sens de la stratégie de la francophonie économique, que nous portons depuis 2014, pour faire du monde francophone un espace de croissance, de prospérité et de paix.

Je ne doute pas que cette table ronde de haut niveau y contribue, et je vous souhaite d’excellents débats.

Je vous remercie.
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