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DISCOURS DE MICHAËLLE JEAN À PARIS, LE 30 MARS 2017

Au lancement de l’Observatoire Boutros-Ghali sur le maintien de la paix

Seul le texte prononcé fait foi


Madame Laila Boutros-Ghali, chère Amie,
Monsieur l’Ambassadeur d’Egypte,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Monsieur le Directeur à la Direction générale des relations internationales et de la stratégie,
Madame la Représentante personnelle du Premier Ministre du Canada auprès du Conseil permanent de la Francophonie,
Monsieur l’ Ambassadeur du Royaume de Belgique en France,
Monsieur le Directeur du GRIP, Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité,
Mesdames et Messieurs les Représentantes et Représentants personnels de Chefs d’État et de gouvernement,

Mes premiers mots veulent aller vers vous très chère Laila Boutros-Ghali. Vous êtes venue du Caire pour nous honorer de votre présence. Nous en sommes très touchés. Et c’est un vrai bonheur de vous avoir avec nous aujourd’hui et de vous recevoir dans cette Maison de la Francophonie où l’esprit et la vision de votre époux continue de nous inspirer.

Mesdames et Messieurs,

Le nom de Boutros Boutros-Ghali est à jamais attaché à la recherche de la paix.

La paix n’était pas seulement pour lui cet idéal toujours à atteindre. Il était fondé à en parler concrètement et en parfaite connaissance de cause. Car il s’y est dédié corps et âme, comme négociateur des accords paix de Camp David, comme sixième Secrétaire général des Nations unies, mais aussi comme premier Secrétaire général de la Francophonie, notre premier Secrétaire général.

Mais Boutros Boutros-Ghali n’a pas été seulement un vaillant soldat de la paix, il en a été l’un des plus brillants théoriciens.

Pour lui, la paix n’était pas l’absence de guerre, mais ce continuum complexe, étroitement inter-relié à la démocratie et au développement.

Dans le domaine de la paix, comme dans tant d’autres, Boutros Boutros-Ghali a exprimé toute l’acuité de sa pensée, toute la subtilité de ses analyses, toutes les fulgurances de sa vision, marquant ainsi irrémédiablement l’histoire des relations internationales.

Lorsque le Conseil de sécurité, réuni au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement, le 31 janvier 1992, lui passe commande d’une étude sur le moyen de renforcer la capacité de l’Organisation des Nations Unies dans les domaines de la diplomatie préventive, du maintien et du rétablissement de la paix et sur la façon d’accroître son efficacité, le Secrétaire général Boutros Boutros-Ghali produit, en moins de six mois, le fameux « Agenda pour la paix » qui, 25 ans après, reste encore d’une percutante actualité.

Mais imaginer que Boutros Boutros-Ghali s’en tiendrait aux trois axes de réflexion que le Conseil de sécurité lui avait fixés, c’était vraiment mal le connaître. Aux trois notions de diplomatie préventive, de maintien et de rétablissement de la paix, il décida d’ajouter cet élément dont on perçoit désormais toute l’importance : la consolidation de la paix.

Alors en donnant le nom de Boutros-Ghali à cet Observatoire francophone du maintien de la paix, nous avons placé la barre très haut, tant en termes de qualité de la réflexion, qu’en termes d’ambitions et de rayonnement international.

Et tout exige que nous soyons volontaires, ambitieux, audacieux.

Car je peux vous assurer que nous prenons, que je prends, chaque jour, comme Secrétaire générale de la Francophonie, la pleine mesure des crises et des conflits qui déchirent, déstabilisent certains de nos Etats et qui mobilisent la moitié des 16 opérations de maintien de la paix conduites par l’ONU dans le monde.

Oui, nous prenons chaque jour la pleine mesure de la transformation profonde, en l’espace de quelques années, de la typologie des conflits et des acteurs, de la montée en puissance, notamment, des menaces asymétriques.

Nous avons créé cet Observatoire Boutros-Ghali du maintien de la paix parce que nous l’avons bien compris et que nous sommes bien décidés à agir et à réagir, en nous adaptant à ces éléments de contexte inédits.

Tous ces éléments de contexte conduisent l’Organisation internationale de la Francophonie, l’OIF, à l’instar d’autres acteurs internationaux, à prendre en compte davantage les spécificités propres à chacune des crises qui sont, de facto, plus longues et plus difficiles à gérer.

Cela nous conduit, aussi, sur la base de mécanismes souples et précis, adossés à des résolutions, des textes normatifs et de référence pertinents - la Déclaration de Bamako, la Déclaration de St-Boniface - à renforcer sans cesse notre rôle dans ces différentes étapes du continuum de la paix dans des contextes politiques, sécuritaires ou socio-économiques fragiles, volatiles et donc prompts à dégénérer.

C’est également dans cette logique qu’il nous semble essentiel que puisse être consolidé le caractère multidimensionnel des opérations de paix, notamment dans leur dimension civile.

Le contexte dans lequel évolue l’OIF, pose aussi, directement, la question cruciale du rôle, du mandat et de la sécurité des personnels déployés sur le terrain.

A cet égard il faut redire combien la connaissance du français, la connaissance de la diversité des réalités, sont essentielles à la réussite des opérations de maintien de la paix en environnement francophone. Surtout à un moment où les stratégies terroristes auxquelles nous sommes confrontés reposent précisément sur la capacité à se fondre au sein des populations civiles, au sein des environnements locaux.

Ce défi est donc plus largement celui du multilinguisme et de la prise en compte de la diversité des expressions culturelles dans toutes les opérations de maintien de la paix, qu’elles se déroulent en environnement francophone ou pas.

Car ce qui est en jeu, c’est la performance et le niveau de sécurité de ces opérations, c’est le succès de la chaîne de commandement et du partage des informations.

Comment imaginer que des militaires, des policiers, des civils qui ne parlent pas la langue des autorités et des populations auprès desquelles ils interviennent, seront en mesure d’interagir efficacement avec elles ?

Je dirais même plus : ce qui est en jeu, c’est le respect de l’identité, de la dignité des hommes et des femmes que l’on a la responsabilité de protéger.

Dans des situations de crise, de souffrance et de désarroi extrêmes, comprendre et être compris est déjà une forme de soutien et de réconfort. Tout ne passe pas par le sécuritaire.

Ces défis majeurs, l’OIF y répond, en appelant sans cesse à une mobilisation, à une participation accrue de ses Etats membres dans les opérations de paix.

L’appel, ces dernières années, a été bien entendu. Ils sont, en effet actuellement 55 Etats de l’espace francophone à participer à des opérations de maintien de la paix, contre 36 en 2005. Et leur contribution représente, en 2016, 37% des effectifs, militaires, civils et policiers déployés, contre 10% en 2005.

Toutefois lorsqu’on replace ces chiffres dans une dimension globale, et dans une perspective future, ils restent clairement insuffisants.

Je ne manque pas une occasion de réitérer mon appel aux Etats francophones afin qu’ils s’engagent, pour le présent comme pour l’avenir, à fournir davantage d’effectifs.
Je ne manque pas une occasion, non plus, de réitérer mon appel aux Nations unies, et aux autres organisations engagées dans le domaine du maintien de la paix, afin que tout soit mis en œuvre pour assurer l’usage du français au sein de leurs secrétariats et sur le théâtre des opérations en environnement francophone.

La Francophonie est prête à les accompagner. Elle le fait déjà, à travers des outils, des méthodes d’apprentissage du français à destination des forces de défense et de sécurité non francophones, dont celle développée conjointement avec le ministère français des Affaires étrangères.

L’autre défi, que nous devons relever, c’est celui de la formation et de la qualification des militaires, des policiers et des civils envoyés sur le terrain ; une formation, qui doit prendre en compte, tout à la fois, je le répète, les spécificités propres à chaque théâtre d’opération et les fondamentaux d’ordre technique, social et éthique communs à toutes les opérations.

Parlant d’éthique, je voudrais réaffirmer fortement ici notre souci d’un code de conduite, irréprochable et exemplaire, de tolérance zéro et de refus de l’impunité face aux abus sexuels commis par des casques bleus.

Le code de conduite fait pour nous partie intégrante des contenus de la formation, y compris linguistique. Il faut être en mesure d’entendre, de comprendre et de consigner le témoignage des victimes. Il faut aussi intégrer pleinement le respect de leur intégrité physique et psychologique.

Enseigner la langue, certes, mais toujours avec le souci d’une formation adaptée aux besoins et qui prenne en compte le respect de ces populations.

C’est ainsi que nous accompagnons les États contributeurs dans leurs programmes de formation. Parce que, malheureusement, tous n’ont pas les moyens de l’assurer.
Nous le faisons en appuyant, par exemple, les centres francophones de formation au maintien de la paix qui font un travail remarquable et qui doivent pouvoir bénéficier de tous les moyens nécessaires.

Nous le faisons, aussi, en soutenant les centres de formation de la paix dans les domaines civils.

Cette nécessaire formation, nous y contribuons, aussi, en favorisant la diffusion des normes et des procédures de recrutement des Nations unies auprès des publics francophones.

Dans le cadre du partenariat étroit qui lie l’OIF aux Nations unies, Hervé Ladsous nous l’a rappelé, notre contribution pend aussi la forme d’une mise en réseau des capacités militaires, policières et civiles francophones, via notre Réseau d’expertise et de formation francophone aux opérations de paix (REFFOP).

Toutes contributions, nous allons pouvoir les affiner et les amplifier encore, à travers les travaux de recherche, d’information et de formation de l’Observatoire Boutros-Ghali du maintien de la paix.

Pour relever le défi de la paix, en ce début de XXIème siècle, nous avons, comme jamais, besoin d’une approche concertée et coordonnée, d’une mutualisation de nos capacités, de nos expertises, de nos ressources et de nos moyens.

C’est bien l’esprit du projet que nous lançons aujourd’hui, un projet porté par la France, le Canada, la Belgique et l’OIF qui, pour sa part, fournira à cet Observatoire un appui technique et financier, tout en mettant à disposition son riche réseau d’experts et le relais précieux de sa Représentation permanente auprès des Nations unies à New York dans les contacts étroits que nous devons encore renforcer avec les Départements des opérations de maintien de la paix et de l’appui aux missions.

Mais nous devons bien comprendre qu’il ne s’agit là que d’un début. Si nous voulons voir prospérer cet Observatoire au service du maintien de la paix nous devons pouvoir compter sur l’engagement des 84 Etats et gouvernements de l’OIF.

Comptez sur moi pour les en convaincre, nous avons déjà commencé à le faire hier, devant les Représentantes et Représentants personnels de tous les Chefs d’État et de gouvernement, lors de la Centième session du Conseil permanent de la Francophonie

Je vous remercie.
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