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DISCOURS DE MICHAËLLE JEAN À PARIS, LE 07 JUIN 2018

A la remise du Prix de l’inventeur européen 2018

Seul le texte prononcé fait foi

Monsieur le Président de l’Office européen des brevets, cher Benoît Battistelli,
Monsieur le Ministre et PDG d’ATOS, cher Thierry Breton,
Monsieur le Président du Forum Francophone des Affaires, cher Steve Gentili,

Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureuse de participer à cette cérémonie de remise des Prix de l’inventeur européen 2018, organisée par l’Office européen des brevets.
C’est une grande joie que de célébrer cet esprit d’invention qui anime l’humanité depuis ses débuts, depuis le premier éclat de silex jusqu’à la conquête spatiale.
C’est un honneur que de pouvoir rendre hommage, comme ils le méritent, à ces femmes et ces hommes, à ce moment si particulier où leur rêve, leur vision, après des mois ou des années de travail, prend forme enfin, et va devenir accessible et utile à tous.

Et ce passage du rêve à la réalité, c’est le brevet.
N’est-ce pas une devise bien trouvée et qui mériterait un brevet...

En tant que Secrétaire générale de la Francophonie, une organisation qui regroupe aujourd’hui 84 Etats et gouvernements membres, répartis sur les 5 continents, unissant aussi bien des économies avancées que des pays en développement, je sais combien l’innovation est devenue un critère essentiel pour la croissance économique des pays et le progrès social des populations.

Nous sommes à la veille de ruptures technologiques majeures, qu’on nomme parfois la quatrième révolution industrielle, et qui ont été si bien évoquées par les intervenants précédents.
Ces nouvelles technologies, qu’il s’agisse de l’intelligence artificielle, de l’automatisation massive qui en découle, de l’internet des objets ou encore de la chaîne de blocs, vont non seulement créer de nouvelles filières économiques, mais aussi transformer en profondeur les filières existantes.

C’est un enjeu majeur pour les pays de l’espace francophone, car les acteurs dominants de ce nouveau paradigme économique ne sont pas francophones, mais américains ou chinois.

C’est aussi évidemment un enjeu majeur pour l’Europe.

L’innovation est donc devenue la clé de la richesse des nations, la clé de la prospérité des populations et la clé de la souveraineté des Etats.
Les brevets sont l’aboutissement d’un continuum qui part de l’éducation, s’étend à la recherche et aboutit à l’entrepreneuriat.
Ce sont autant de domaines où l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) est active, aux côtés de ses pays membres, pour encourager les jeunes et les femmes à se saisir de ces nouvelles technologies, et rester maîtres de leur destin dans les années à venir.

Sur le plan politique, nous travaillons à la création d’un réseau des ministres francophones en charge de l’économie numérique, afin de renforcer la voix de nos pays dans cette nouvelle étape de la mondialisation, dont la gouvernance et la régulation reste largement à imaginer. Les inventeurs sont au cœur de ces enjeux, et on ne saurait assez insister sur leur importance au sein de nos sociétés.

Je voudrais aussi souligner combien la question linguistique est stratégique concernant l’innovation. Je connais les débats qui ont parcouru votre organisation, s’agissant de la question de la traduction lors du dépôt des brevets, ou encore du nombre de langues officielles.
Ce sont là des sujets complexes, avec des implications financières et surtout juridiques particulièrement pointues, qui sont de votre ressort et de celui de vos Etats membres.

Toutefois, si l’on prend du recul, comment ne pas voir que la diversité linguistique est un bien commun à préserver et renforcer.
Dans ce contexte d’innovation technologique accélérée, de plus en plus de brevets vont porter sur des inventions à fort contenu intellectuel.
Un brevet, c’est une pensée qui prend corps...
Autre devise à retenir. Un peu de poésie pour tempérer la démarche un peu aride de vos procédures d’examen...
Or, sur cette idée d’une pensée qui prend corps, l’on pense avant tout dans sa propre langue.
Cette dimension doit être valorisée et portée comme un atout pour l’Europe.

La diversité des langues et des modes de penser alimente la créativité et l’inventivité. Au contraire, l’uniformisation nuit à l’innovation.
Et en Francophonie nous défendons aussi une approche inclusive qui donne sa chance à tous les porteurs de projets et d’idées.
L’espace francophone est celui qui connaît la plus grande croissance démographique dans le monde, notamment en Afrique où 60% de la population a moins de 25 ans. Il abrite déjà une part considérable de la jeunesse du monde.
Il faut pouvoir inclure ces jeunes femmes et jeunes hommes de l’Afrique francophone qui débordent de créativité et d’inventivité et sont de plus en plus immergés dans les nouvelles technologies.

Ces jeunes doivent pouvoir étudier, publier leurs recherches, créer leur entreprise et breveter leurs inventions dans cette langue internationale de la science et du commerce qu’est le français.

Je me réjouis donc de l’attachement réaffirmé de l’Office européen des brevets au plurilinguisme, avec ses trois langues officielles que sont l’anglais, le français et l’allemand, et je sais que de nombreuses entreprises francophones sont très attachées à la possibilité de déposer leurs inventions dans la langue dans laquelle elles ont été conçues.

C’est donc avec grand plaisir que je m’associe à cette cérémonie qui récompense l’audace des inventeurs et, à travers eux, célèbre ce bien si précieux qu’est la liberté de penser.

Je vous remercie.
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