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DISCOURS D'ABDOU DIOUF À DAKAR, LE 29 NOVEMBRE 2014

Cérémonie d’ouverture du XVe Sommet de la Francophonie

« On a toujours trouvé des Sénégalais parmi les précurseurs et les francs-tireurs. »

Ce sont ces propos de Léopold Sédar Senghor, évoquant les grandes figures de la politique et de la culture dans son premier discours comme Président de la République indépendante du Sénégal, qui me viennent à l’esprit au moment où s’ouvre ce XVème Sommet de la Francophonie.

Il fut, sans conteste, le plus brillant de ces précurseurs et de ces francs-tireurs lorsqu’il conçut, avec Habib Bourguiba, Diori Hamani et Norodom Sihanouk le projet d’une communauté d’Etats unis autour de la langue française, lorsqu’il nous offrit, dans le plus généreux des efforts de dépassement des déchirures de l’Histoire, ce rêve d’une civilisation de l’universel.

Alors je veux vous dire, Monsieur le Président de la République, que ce sommet n’est pas un sommet comme les autres. Je ne pense pas seulement à la tradition légendaire de l’accueil sénégalais, je ne pense pas seulement à la mobilisation de toutes celles et tous ceux qui ont permis la tenue de ce grand événement dans des conditions flamboyantes, je pense, aussi, au devoir qu’a la communauté francophone de vous rendre hommage, Monsieur le Président de la République, pour avoir su et voulu continuer à porter haut et fort le flambeau de la Francophonie, pour avoir su et voulu faire prospérer, avec sagesse et créativité, tout ce qui incarne, depuis des décennies, aux yeux de l’Afrique et du monde, le génie du peuple sénégalais et du Sénégal, ce grand pays, ma patrie, mon pays de cœur et de sang. Et c’est de cet hommage que je veux accompagner les remerciements fraternels que je vous adresse, avec fierté, en mon nom personnel, et au nom de toute la Francophonie.
Ce sommet n’est pas un sommet comme les autres.

Il doit être, en ce lieu des origines, en ce lieu où fut scellée, aussi, en 1989, la vocation politique de la Francophonie, l’occasion , non seulement, de célébrer les étapes franchies, mais surtout de célébrer la pertinence, l’acuité, la modernité du projet qu’avaient forgé, pour nous, ces précurseurs.

Dans ce monde secoué de convulsions, fracturé par les inégalités, démuni face à des menaces nouvelles, dans ce monde en proie à une crise économique persistante, dans ce monde en perte de repères et de valeurs, dans ce monde en manque de régulations et d’éthique, dans ce monde encore trop peu soucieux du futur crépusculaire qu’il pourrait bien léguer aux générations à venir, dans ce monde sans cap et sans capitaine, la Francophonie a allumé ce phare d’espérance et de concorde, de solidarité et d’humanisme qu’ils avaient édifié dans l’océan de l’universel.

Car la plus grande menace qui nous guette, aujourd’hui, ce n’est pas seulement le terrorisme ou le changement climatique, c’est aussi l’immobilisme, l’égoïsme ou l’indifférence, c’est de renoncer à la solidarité, c’est de faire prévaloir les intérêts particuliers sur l’intérêt général de la famille humaine, c’est de persister dans l’idée d’une communauté internationale qui ne soit pas une véritable communauté démocratique de nations, c’est de repousser sine die les moyens par lesquels les Etats accèderaient, enfin, au sens de la responsabilité universelle en remettant entre les mains d’un gouvernement d’union internationale la résolution des grands problèmes transnationaux.

A tout cela la Francophonie est en mesure de répondre, aujourd’hui, grâce à la force de sa langue partagée, la langue française qui est devenue la langue de la non-allégeance à une mondialisation sans âme, la langue qui redonne voix aux sans-voix, la langue qui redonne droits aux sans-droits, la langue qui redonne sens à un monde en quête de sens.

A tout cela, la Francophonie est en mesure de répondre, aujourd’hui, grâce à la force des valeurs universelles qu’elle promeut dans le respect de la diversité et de l’égale dignité de toutes cultures.

A tout cela, la Francophonie est en mesure de répondre, aujourd’hui, grâce à la force d’un multilatéralisme à 77 soucieux de transcender les divergences culturelles, politiques ou stratégiques et non de les attiser, grâce à la force de sa coopération de proximité, fondée sur le dialogue, la connaissance et la compréhension mutuelles, la solidarité vraie.

A tout cela, la Francophonie et en mesure de répondre, aujourd’hui, grâce à la force de ses acteurs : les parlementaires, les universitaires, les maires, sa télévision mondiale en langue française, ses réseaux institutionnels, professionnels, son réseau d’OING, mais aussi ses réseaux de femmes et de jeunes, les femmes qui ont inscrit au rang des valeurs universelles, la sororité, les jeunes qui, sur les cinq continent ravivent jour après jour la flamme des droits et des libertés.

Monsieur le Président de la République,
Mesdames et Messieurs les chefs d’Etat et de gouvernement,

Si vous êtes convaincus que ce sommet ne doit pas être un sommet comme les autres, alors démontrez-nous, ici, à Dakar, que la Francophonie n’est pas une organisation internationale comme une autre en continuant à lui octroyer, pour les années à venir, la confiance et les moyens de « répondre [plus que jamais] présente à la renaissance du monde, tel le levain nécessaire à la farine blanche. »

Je vous remercie.


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