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DISCOURS DE MICHAËLLE JEAN À MONTRÉAL, LE 9 JUIN 2015

Table-ronde à la Conférence de Montréal sur l’égalité femmes-hommes

Seul le texte prononcé fait foi

Madame la coordinatrice du Reseau Francophone pour l’Egalité Femme Homme,

Chère Ndioro Ndiaye
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,

Quel pays renoncerait à un moyen simple de relancer sa croissance, de réduire la pauvreté, de compenser le déclin de la main d’œuvre ou de renflouer ses caisses de retraite ?

Aucun, sans doute.

Et pourtant la solution à tous ces défis est là, à portée de main : elle est entre les mains de ces 865 millions de femmes, empêchées de contribuer à l’économie de leur pays, dont 812 millions dans les pays en voie de développement ou émergents.

Eh bien oui, en 2015 : les femmes ne représentent encore que 40% de la force de travail mondiale ! Officiellement, tout au moins : car nous savons que ce sont les femmes qui effectuent la plupart des travaux non-rémunérés. Et quand bien même elles sont rémunérées : elles sont presque toujours moins bien payées que les hommes pour un travail identique.

Aux femmes : les emplois informels, les emplois précaires et à bas salaires.

Aux femmes : les conséquences les plus lourdes de la crise.

Aux femmes : la sous-représentation à tous les niveaux du processus de décision dans le domaine économique.

Et pourtant, toutes les études, tous les rapports le montrent comme ceux encore récemment publiés par le FMI ou l’OCDE : la prospérité de l’économie mondiale est entre les mains des femmes.

Le rapport de l’OCDE va même jusqu’à chiffrer ce gain :

"Toute diminution de 50% de l’écart hommes-femmes, en termes de taux d’activité devrait aboutir : à une progression totale de 12 % du PIB sur vingt ans dans les pays membres de l’OCDE ! »

Alors, comment expliquer que malgré certaines avancées : l’égalisation des chances offertes aux femmes s’enlise, régresse même dans certains endroits ?

Comment faire, surtout, pour éradiquer ces discriminations et ces inégalités intolérables, je dirais presque suicidaires ?

Vous comprendrez donc que l’Organisation internationale de la Francophonie, en tant que partenaire privilégié de la Conférence de Montréal, ait tenu à consacrer une table ronde à l’égalité entre les femmes et les hommes sur le marché du travail, dans le cadre d’une conférence qui s’intitule : « Bâtir une économie équilibrée » !

Cet investissement de la Francophonie en faveur des femmes n’est pas nouveau.
Depuis plus de 20 ans, la Francophonie joue un rôle actif dans la promotion de l’égalité femme-homme et des droits des femmes.

Je pense à notre implication dans la Conférence de Pékin, à la mise en place du Réseau francophone pour l’égalité femme-homme que vous présidez avec tant
d’énergie et de conviction, chère Ndioro Ndiaye, en passant par la Conférence des femmes de Luxembourg, ou encore l’adoption d’une Déclaration et d’un Plan d’action sur les violences faites aux femmes et aux filles, et plus récemment l’adoption d’une Déclaration sur l’autonomisation économique des femmes.

Vous le voyez, nous avons, étape après étape, forgé une véritable stratégie francophone en faveur des femmes. Stratégie qui a encore été renforcée, lors du Sommet des chefs d’État et de gouvernement de Dakar, qui a eu pour thème « Femmes et jeunes en Francophonie : vecteurs de paix, acteurs de développement ».

Pour nous, pour moi, Secrétaire générale de la Francophonie, la feuille de route est claire : aucun effort ne doit être ménagé pour toujours plus d’égalité entre les sexes et davantage de justice économique et sociale.

Et je compte bien mettre à profit la Stratégie économique adoptée lors de ce même Sommet pour accélérer la concrétisation de ces objectifs d’égalité et de justice. 
J’ai eu le plaisir d’annoncer hier la première phase du premier programme de cette Stratégie économique, avec une première contribution financière exceptionnelle du gouvernement du Canada.

Un programme qui vise la création d’incubateurs et d’accélérateurs d’entreprises, donc soutien à l’entreprenariat, à la formation professionnelle, à la création d’emploi, soutien à l’innovation, en accordant la priorité aux jeunes, mais aussi aux femmes. Nous commencerons en Afrique subsaharienne francophone, où le besoin est extrêmement pressant.

Mesdames et Messieurs,

En toute conviction, je trouve important de vous dire qu’on ne peut transiger sur le principe d’égalité et qu’il nous faut agir.

J’invite donc tous les décideurs du secteur public comme du secteur privé à considérer le coût majeur des discriminations et des inégalités sur le marché du travail et sur nos économies, et à lever les obstacles structurels qui entravent un potentiel
essor pour tant de pays.

Nous sommes prêts à les accompagner, s’ils le souhaitent.

Ces discriminations, ces inégalités, nous ne les connaissons que trop : inégalité d’accès à l’éducation de base, à l’enseignement supérieur et à la formation professionnelle ; inégalité d’accès à la terre et à toute autre forme de propriété, au crédit, à l’héritage, aux ressources naturelles et aux nouvelles technologies appropriées ; inégalité d’accès à des contrats et aux systèmes de protection sociale ; inégalité d’accès aux postes de direction, à l’entreprenariat ; discrimination professionnelle et sectorielle, discrimination salariale.
 
Nous avons donc encore un immense travail à faire pour que les inégalités et les
discriminations à l’égard des femmes disparaissent des arsenaux juridiques de nos pays, mais aussi des mentalités, et ce sera là un travail de tous les instants qui réclame de notre part vigilance, volontarisme, et surtout un seuil de tolérance zéro.

Nous n’avons que trop patienté, nous n’avons que trop transigé. L’heure n’est plus aux discours, mais aux actes.

Mesdames, Messieurs,

Je suis convaincue que la diversité et la qualité des interventions qui seront proposées lors de cette table Ronde nous seront d’un grand apport.
Soyez sûrs, en tout cas, que la Francophonie saura s’inspirer des initiatives innovantes et des expériences concrètes qui seront ici développées. Je m’y engage, tout en vous souhaitant plein succès dans vos travaux.

Je vous remercie.
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