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DISCOURS DE MICHAËLLE JEAN À GENÈVE, LE 8 AVRIL 2016

Conférence sur la prévention de l’extrémisme violent

Seul le texte prononcé fait foi

Monsieur le Secrétaire général des Nations unies,
Monsieur le Conseiller, Chef du département fédéral des Affaires étrangères,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

La peste est de retour. Elle a pour nom, aujourd’hui, l’extrémisme violent, le terrorisme.
Mais réagir ne suffira pas.

Répondre à la violence par la force, répondre à la menace par le tout sécuritaire ne suffira pas.

Il faut agir préventivement, et c’est une course contre la montre.

C’est cette conviction, avec le plus grand sentiment d’urgence, qui nous réunit aujourd’hui. Oui, il faut agir préventivement, en libérant, tout d’abord, la parole.

Face à tous ceux qui prêchent et qui pratiquent la haine de l’autre, la terreur et la destruction, il faut donner la parole à la vaste majorité : à ces centaines de millions de femmes, d’hommes et surtout de jeunes qui voient le monde autrement, et qui opposent à l’obscurantisme, toutes leurs forces de vie et de création, tout leur attachement à ces principes et à ces valeurs universelles qui honorent l’humanité : la liberté et l’égalité, la solidarité et la fraternité, la diversité et l’universalité, la stabilité, la concorde et la paix.

C’est pourquoi le 10 mars dernier, la Francophonie a créé une plateforme internet de dialogue www.libresensemble.com avec les jeunes. En une semaine ils ont été plus de 2 millions à s’y intéresser, parce qu’ils ont un farouche désir de faire entendre leur point de vue, de dire qu’ils sont viscéralement attachés à la liberté, à des valeurs et des idéaux humanistes, ils trouvent dans cette plateforme un espace sans frontière où présenter leurs initiatives citoyennes et déposer des projets qui renforcent le lien social.

Contre l’extrémisme violent, ils veulent créer du lien, briser les solitudes, toutes les
solitudes.

Il faut agir préventivement, en acceptant, aussi, de reconnaître nos erreurs et nos
manquements, en acceptant de changer nos comportements, nos mentalités, nos certitudes.

Agir préventivement par le développement, oui, mais par un développement durable et surtout équitable. Nous le savons, une croissance à deux chiffres n’est pas synonyme d’éradication de la pauvreté, une pauvreté qui se compte aujourd’hui en centaines de milliers de migrants. Sans compter que le creusement intolérable des inégalités nourrit toujours plus le ressentiment dans un monde devenu transparent.

Agir préventivement par l’éducation et la formation pour toutes et pour tous, oui ! Mais une éducation et une formation de qualité, garantes d’un accès à l’emploi pour ces femmes, travailleuses de l’ombre ou de l’informel, pour ces jeunes qui, en 2030, constitueront plus de la moitié de la population dans nombre de pays, et que nous abandonnons au chômage, à la désocialisation et à la désespérance.

C’est pour ces jeunes et pour ces femmes que la Francophonie a lancé, en Afrique et dans l’Océan indien, un ambitieux programme d’appui à de très petites, petites, et moyennes entreprises dans des filières créatrices d’emplois et à vocation régionale.

Agir préventivement par l’enracinement de la culture de la démocratie, de l’État de droit et des droits humains tant à l’échelle nationale qu’internationale, oui ! Mais, dans le dialogue et le respect de la diversité et de l’égale dignité de toutes les cultures. La démocratie n’est pas un modèle unique que l’on exporte, clefs en mains, ou que l’on impose par les bombes, au mépris des droits et des libertés fondamentales. La démocratie est un travail patient, un investissement sur le long terme aux côtés des populations.

Agir préventivement, enfin, par la résolution de toutes les crises et de tous les conflits. Il y a encore trop de crises, trop de conflits orphelins. La valeur inestimable de la vie humaine doit l’emporter sur les intérêts stratégiques de tous ordres. Sans compter que le chaos est un terreau fertile pour l’embrigadement et la radicalisation.

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Nous devons répondre, à la détermination de l’attaque, par la détermination de la contre-attaque.

Répondre, au fonctionnement en réseau de l’extrémisme violent et du terrorisme, par la mise en réseau et la solidarité de tous les acteurs, par la mutualisation et la rationalisation de nos compétences, de nos actions et de nos financements.
C’est bien dans cet esprit que la Francophonie organisera, du 6 au 8 juin, à Paris, une conférence internationale sur la lutte contre le terrorisme et là encore pour la prévention de l’extrémisme violent.

C’est aussi dans cet esprit que la Francophonie soutient le Fonds Mondial de la Communauté et de la Résilience, mis en place, avec votre soutien actif, Monsieur le Conseiller fédéral. Nous y voyons un instrument particulièrement utile au financement d’activités déployées dans le cadre du plan d’action des Nations Unies tant au plan national, régional qu’international.

Je vous remercie.

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