Organisation internationale de la Francophonie

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DISCOURS DE MICHAËLLE JEAN À QUÉBEC, LE 10 JUILLET 2018 (1)

A la 2e édition du Parlement francophone des jeunes des Amériques

Seul le texte prononcé fait foi

Monsieur le Président de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie,
Monsieur le Secrétaire adjoint à la jeunesse du Gouvernement du Québec,
Madame la Présidente du Conseil d’Administration du Centre de la francophonie des Amériques,
Monsieur le Directeur de Radio-Canada Québec,
Madame la Présidente de Wapikoni mobile,
Chères et chers amis du Parlement francophone des jeunes des Amériques,

Je suis très honorée de venir à votre rencontre aujourd’hui en qualité de Présidente d’honneur de la deuxième édition du Parlement des jeunes francophones des Amériques, et vous remercie infiniment de votre généreuse invitation.
Nous sommes ensemble pour célébrer l’extraordinaire vitalité de cette francophonie et de cette francophilie portée par 33 millions de personnes au Canada, au Québec, au Nouveau Brunswick, en Ontario, en Nouvelle écosse, en Alberta, sur l’Ile du Prince Edouard, au Manitoba, jusque dans les territoires du grand nord et l’Arctique, mais aussi dans les Collectivités et Régions d’outre-mer françaises que sont la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane française, Saint Pierre et Miquelon, mais aussi en Bolivie, au Brésil, au Chili, en Colombie, à Cuba, aux Etats Unis, au Guatemala, au Honduras, au Nicaragua, à Porto Rico, et de ces membres de la Francophonie que sont Haïti, le Costa Rica, le Mexique, l’Argentine et la République Dominicaine !

Cette francophonie des Amériques peut paraître aller de soi pour nous qui, avons une histoire contrastée en partage, descendants d’aventuriers, d’explorateurs, de colonisateurs, d’autochtones ou d’esclaves, il y a ce lien avec le « vieux continent » ainsi qu’avec l’Afrique, « la terre de toutes les origines » et les Amériques.
De cette histoire, il nous reste une langue, la langue française, qui n’est pas un vestige, mais qui est devenue non plus un trait de désunion, mais un trait d’union pour agir, créer, penser, innover, s’engager et réinventer le monde ensemble la très riche perspective de la diversité des peuples et des cultures que nous sommes et de tous nos métissages.
Je peux en témoigner en ma qualité de Secrétaire générale de la Francophonie, une Organisation qui réunit désormais 84 Etats et gouvernements, sur les 5 continents.
Et dans nos liens de coopération et nos espaces de rassemblement pour agir, il y a notre Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF), nos deux conférences ministérielles dans les secteurs de l’éducation et de la jeunesse et des sports, mais également nos opérateurs directs que sont l’Agence universitaire de la Francophonie, TV5 monde, l’Association internationale des maires de la Francophonie et l’université Senghor, mais aussi tous nos réseaux de jeunes, de femmes, d’entrepreneurs, de centaines d’institutions spécialisées dans tous les domaines pour la construction de la paix et la défense de l’État de droit, de la démocratie, des droits et des libertés, pour le développement durable, l’environnement, l’éco-responsabilité, les économies nouvelles, vertes, bleues, le numérique, la culture, la diversité des expressions culturelles.

Ensemble, nous oeuvrons aussi pour promouvoir la diversité linguistique et culturelle, le multilinguisme et le multilatéralisme. Notre idéal est celui d’un humanisme intégral et universel que nous portons sur la scène internationale avec détermination dans un monde qui en a grandement besoin.
D’ailleurs Notre action commune est désormais reconnue à sa juste valeur par les plus grandes organisations internationales et régionales, des Nations Unies et es agences onusiennes, à l’Union africaine, en passant par l’Union européenne, au Secrétariat ibéro américain (SEGIB), à la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP) pour ne citer celles-ci.

Cette réalité d’aujourd’hui pose le cadre de votre engagement pour demain. Elle est le fruit de plusieurs combats successifs et de projets visionnaires.
Le combat tout d’abord des Pères fondateurs de la Francophonie, le président sénégalais Léopold Sedar Senghor, le Président tunisien Habib Bourgiba, le Président du Niger Hamani Diori et le Roi du Cambodge Norodom Sianouk. Des hommes du Sud qui ont vu dans les décombres de la colonisation la possibilité de renaître à nous-mêmes, de reconstruire nos relations, le regard que nous portons les uns sur les autres.
Et nous les Secrétaires généraux, Boutros-Boutros Ghali, Abdou Diouf et moi qui sommes les dépositaires de ce legs et de ce combat, il y a un engagement continu et indéfectible et un attachement à bâtir une « Francophonie des peuples et des solutions ».
Et le défi est de taille, vous vous en doutez.
Tout comme moi, vous observez et subissez la montée des populismes, des nationalismes, de la radicalisation et de l’extrémisme violents. Vous observez l’amplification des rapports de force bilatéraux sur la scène internationale et les menaces qui pèsent sur le multilatéralisme. Vous analysez les tiraillements qui s’opèrent entre la fin d’un ordre économique mondial post-industriel et les tentatives d’émergence de nouveaux modèles éco-responsables, collaboratifs et solidaires.
Vous êtes sensibles à l’appel de tous ces peuples qui revendiquent, partout, la reconnaissance et le respect de leurs droits fondamentaux, parmi lesquels la liberté de circulation, la liberté d’expression et la participation à la gouvernance de nos sociétés et de nos institutions.

Ce combat, je le mène depuis toujours, et avec une ardeur redoublée aujourd’hui, sans doute animée de ma propre trajectoire. Le sang haïtien qui coule dans mes veines est celui de ces descendants d’esclaves qui ont lutté sans répit et sans jamais renoncer face à toutes les formes d’oppression, pour faire reconnaître et respecter leurs droits et libertés ainsi que leur dignité. Le souffle qui m’anime est celui du Québec et du Canada qui, lorsque j’avais dix ans, ont accueilli ma famille meurtrie, ma famille en exil, et nous ont permis de nous reconstruire pour me conduire aux responsabilités que j’exerce désormais au service de tous les Etats et gouvernements mais également au service des populations francophones.

Si je vous parle de ces combats, c’est pour vous donner la mesure de ce dont vous êtes les héritiers mais également les messagers.
En participant à ce Parlement des jeunes francophones des Amériques, vous vous destinez à devenir des décideurs de demain, des acteurs de changement dès aujourd’hui.
Votre tâche est belle et votre énergie cruciale.
Avec vous, notre tâche fondamentale, consiste à recréer un rapport éthique au monde, à humaniser notre humanité. Je salue ici l’éthicien René Villemure qui vous accompagne dans cette prise de conscience et cette force. Dans un monde traversé par de profondes tensions politiques, sociales, civilisationnelles et structurelles, face aux murs que certains érigent entre les peuples, face aux mains que l’on refuse encore trop souvent de tendre à celles et ceux qui risquent leur vie et celle de leurs enfants, sur les routes ou sur les mers, en quête d’une vie tout simplement décente, nous devons tout faire, comme le disait Albert Camus, pour « s’essayer à ce que nos sociétés, ensemble, ne se défassent pas ».

Notre rencontre aujourd’hui s’inscrit donc sous ce double signe : celui de la combativité et celui de la responsabilité.
Fortes et forts de tout ce que vous êtes, vous vous préparez à vous mettre au service de causes et d’engagements plus grands que vous, et non pas à vous placer à votre propre service. Cela suppose de disposer ou de développer une capacité de don de soi, d’altruisme, d’abnégation mais également un ordre de valeurs et une endurance à toutes épreuves. Soyez-en pleinement conscients !

Sachez pouvoir compter sur notre grande famille francophone pour vous guider et vous accompagner sur cette voie car votre accomplissement, votre épanouissement, la révélation et la pleine expression de vos talents sont notre priorité.
Depuis le Sommet de la Francophonie de Moncton en 1999, la jeunesse est la cible prioritaire de notre Organisation, ce qui a été confirmé par la « Stratégie de la Francophonie pour la jeunesse 2015-2022 », adoptée lors du Sommet de Dakar en 2014.
Notre engagement à vos côtés consiste à favoriser l’inclusion politique, sociale et économique des jeunes.
Pour ce faire, nous développons un programme de volontariat international francophone à grand succès, nous soutenons l’entrepreneuriat des jeunes à l’aide d’incubateurs mais également d’un Prix du jeune entrepreneur dont la seconde édition, organisée en partenariat avec le Gouvernement du Nouveau Brunswick et l’entreprise Ernst and Young, vient d’être lancée.
Nous appuyons tout particulièrement l’innovation numérique des jeunes à l’aide de dizaines d’innovathons, mais également l’entrepreneuriat éco-responsable dans le cadre du FIJEV, le Forum international jeunes et emplois verts, dont la troisième édition avait été accueillie en 2016 au Nouveau Brunswick.
Ceci rejoint notre engagement en faveur du développement durable, dont la traduction quotidienne est assurée par notre Institut francophone pour le développement durable, basé ici à Québec, et dont nous célébrons aujourd’hui très officiellement le 30ème anniversaire.
Par ailleurs, nous nous engageons massivement dans la prévention de la radicalisation violente avec l’initiative intitulée « Libres ensemble » qui mobilise des milliers de jeunes sur les réseaux sociaux et sur le terrain et que je vous invite à rejoindre. Nous lancerons également prochainement un réseau francophone de prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents, avec l’appui de l’APF et de nos Etats et gouvernements, aux premiers rangs desquels le Canada et le Québec.

Toutes ces actions s’adressent à la jeunesse mais visent également à l’inclure en tant qu’inspiratrice et actrice des changements que nous visons ensemble. C’est donc avec vous que nous préparons actuellement le prochain Sommet de la Francophonie à Erevan, en Arménie. Celui-ci se tiendra du 9 au 12 octobre 2018 sur le thème « Vivre ensemble dans la solidarité, le partage des valeurs humanistes et le respect de la diversité : source de paix et de prospérité pour l’espace francophone ».
Les Chefs d’Etat et de gouvernement adopteront une Déclaration finale mais également un « Pacte francophone pour le vivre ensemble ».
Ce dernier, en cours d’étude par nos Etats et gouvernements, a été élaboré à partir d’une consultation de la jeunesse francophone menée en avril dernier sur internet. Nous avons reçu plus de 2 200 contributions qui nous ont permis d’élaborer le projet de Pacte désormais examiné par nos Instances.
A la suite de cette large consultation, 300 jeunes francophones seront réunis en conférence du 17 au 19 septembre 2018 à Genève, en Suisse, afin d’adopter une Déclaration des jeunes qui sera présentée à Erevan, comme ce fut le cas lors du Sommet de Madagascar en 2016.
Enfin, une délégation de jeunes conférenciers se rendra à Erevan pendant le Sommet afin de prendre part à nos réunions.

Vous êtes donc le cœur de notre réacteur. Sans la jeunesse rien n’est possible. Avec vous, tout devient possible !
Nous sommes nombreux à l’avoir compris et à nous organiser pour en tenir compte à l’échelle internationale.
En effet, j’ai noué des relations très étroites avec mes consœurs les Secrétaires générales et exécutive du Commonwealth, de la Conférence des pays de langue portugaise et du Secrétariat ibéro américain.
Ensemble, nous avons lancé « l’Appel de Montréal pour un humanisme universel » puis présenté le « plan d’action de Paris » spécifiquement dédié à la jeunesse.
Les nations Unies se sont jointes à nous en nous accueillant à New York le mois dernier à l’occasion de sa 72è Session qui accueillait une conférence internationale de jeunes.
A cette occasion, nous avons pu échanger avec la jeunesse du monde entier sur les défis qui se présentent à nous tous, sur nos pistes de solutions et nous avons acté la création d’un réseau des jeunes des quatre espaces linguistiques.

Je vous invite à rejoindre ce mouvement, à rejoindre ce réseau lorsqu’il sera en place, comme je vous invitais plus tôt à rejoindre le réseau de la jeune « Génération Libres ensemble ».
C’est par votre mise en relation et votre action commune que vous pourrez exercer collectivement votre haute responsabilité au service de l’humanité. Au sein du Parlement des jeunes francophones de l’APF, vous trouverez en Monsieur Ibrahima Diabate un précieux appui pour cheminer en ce sens. Ibrahima Diabate est en effet, pour quelque mois encore, le coordonnateur de la PIRJEF, la plateforme internationale des jeunes francophones.
Ce « réseau de réseaux », soutenu par l’OIF depuis sa création à Dakar en 2014, doit pouvoir vous accompagner sur le chemin enthousiasmant de l’exercice de vos futures responsabilités.

Je vous souhaite, pour ces prochains jours, de fructueux travaux, et pour vos prochaines années de fructueux et généreux engagements.

Je vous remercie.
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