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DISCOURS DE MICHAËLLE JEAN À ESTORIL, LE 14 DÉCEMBRE 2018

A l’ouverture de l’événement de commémoration des 70 ans de la Déclaration universelle des droits de l’Homme

Seul le texte prononcé fait foi

Monsieur le Président du Cabo Verde et président en exercice de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP),
Monsieur le Maire de Cascais,
Madame la Secrétaire exécutive de la CPLP, chère Maria do Carmo Silveira,
Madame la Secrétaire générale ibéro-américaine, chère Rebeca Grynspan,
Madame la Vice-présidente du Forum de la Jeunesse de la CPLP,
Mesdames et Messieurs,
Chers jeunes de nos trois espaces linguistiques,
Chers tous,

Quel plaisir, chère Rebeca, chère Maria, de nous retrouver, entourées de jeunes, ici, à Estoril, face à cet océan de tous les départs, de tous les exils, de tous les déracinements, mais aussi de tant de métissages féconds et de rencontres fructueuses, comme le sera, à n’en pas douter, celle d’aujourd’hui !

Car quelle excellente idée, chère Maria, d’avoir voulu, pour célébrer le 70è anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, donner la parole à tous ces jeunes qui sont le présent et l’avenir de nos espaces.

Je n’oublie pas avec quelle conviction vous avez tenu à ce que la défense des droits et des libertés figure au premier plan de cet appel pressant « pour un humanisme universel » que nous avons lancé toutes les trois, ensemble, avec la Secrétaire générale du Commonwealth, Patricia Scotland, dans nos quatre langues, le 12 juin 2017, à l’invitation du Forum économique international des Amériques qui rassemble les plus grandes multinationales du monde.

Avec quelle détermination nous avons ensuite construit ensemble un plan d’action en faveur des femmes et des jeunes, rendu public à Paris, à l’OCDE, voici tout juste un an !

Car nos trois organisations rassemblent des pays où plus de la moitié de la population a moins de 30 ans, et il y a urgence à agir ensemble !

Agir ensemble pour combattre le chômage chronique des jeunes qui est non seulement un scandale, un gâchis, mais un facteur de risque considérable pour nos économies et nos sociétés !

Agir ensemble, chers jeunes, ici réunis, pour soutenir et renforcer vos capacités et vos compétences entrepreneuriales, votre force d’innovation, votre inépuisable créativité, votre maîtrise du numérique et des nouvelles technologies !

Agir ensemble pour encourager vos initiatives citoyennes, souvent si pertinentes et si essentielles à la cohésion sociale de nos pays !

Agir ensemble pour que vous soyez parties prenantes aux grands débats internationaux qui engagent votre avenir comme celui de vos pays et de la planète entière !

C’était le sens de cette rencontre du mois de mai dernier organisée au Siège des Nations unies à New York par le Président de l’Assemblée générale au cours de laquelle nous avons débattu ensemble, dans nos trois langues - mobilisés que nous sommes contre l’uniformité du monde -, sur les nouvelles orientations que nous voulons donner au multilatéralisme, pour le rendre plus inclusif et humain.

Et pour atteindre cet humanisme intégral que nous appelons inlassablement de nos vœux, nous attendons toujours plus de la communauté internationale car malgré les grands discours et les déclarations solennelles, et la Déclaration universelle des droits de l’Homme en est une des plus remarquables, force est de constater que le droit est encore loin des réalités, que le principe de la responsabilité de protéger est loin d’être assumé par tous et partout, et qu’en matière de défense des droits et des libertés, il reste tellement à faire !

Malgré les engagements pris au plus haut niveau, malgré de nombreux acquis, des avancées significatives qu’il convient de saluer, il reste tellement à faire face à l’ampleur croissante des violations massives des droits et des libertés et des exactions en tous genres.

Il reste tellement à faire face à la persistance des crimes racistes, homophobes, misogynes !

Il reste tellement à faire face au nombre de manifestations réprimées, de défenseurs des droits et des libertés arrêtés, condamnés à de lourdes peines, torturés voire exécutés !

Il reste tellement à faire face aux millions de personnes qui n’ont pas accès à l’eau et à l’assainissement, aux soins essentiels, à l’éducation, à une alimentation suffisante ou à un logement décent !

Il reste tellement à faire face à ces milliers de femmes, d’hommes et d’enfants en situation de grande précarité, forcés de fuir des situations intenables, en quête d’asile et d’un espoir ailleurs !

C’est forte de ces constats alarmants que l’Organisation internationale de la Francophonie place les droits, les libertés et la dignité de la personne humaine au cœur de sa réflexion et de son action.

Forte aussi de nos documents de référence que sont les Déclarations de Bamako sur les pratiques de la démocratie, des droits et des libertés dans l’espace francophone et de Saint-Boniface sur la prévention des conflits et la sécurité humaine, nous contribuons depuis des années avec détermination à l’élaboration de normes internationales plus protectrices des droits, des libertés et de la sécurité des personnes.

Nous avons noué des partenariats efficaces avec le Haut-Commissariat aux droits de l’Homme des Nations unies et nous accompagnons nos pays dans le cadre du mécanisme de l’Examen périodique universel. Nous travaillons avec le Conseil de l’Europe, gardien de la Convention européenne des droits de l’Homme, avec la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples, et j’en passe…

Couvrant l’ensemble de l’espace francophone, pour contrer toute velléité de relativisme, nous portons un ferme plaidoyer sur l’universalité des valeurs et des droits et libertés.

Nous aidons aussi, de manière très concrète, nos États et gouvernements membres à mettre législations et pratiques en conformité avec les standards internationaux ; nous accompagnons des institutions telles que les Commissions nationales des droits de l’Homme ; nous soutenons des acteurs de la société civile, notamment à travers le Fonds francophone pour les droits de l’Homme Martine ANSTETT (FFDH) qui a permis en 2018 d’apporter un financement à neuf projets d’ONGs locales de sept pays, dont le vôtre, Monsieur le Président du Cabo Verde.

Tout au long de cette année du 70è anniversaire de la Déclaration, la mobilisation de l’Organisation internationale de la Francophonie a été exceptionnelle : ainsi, nous avons organisé hier, au siège des Nations unies à New York, une table ronde de haut-niveau à laquelle ont pris part des représentants des plus prestigieuses associations francophones et internationales d’avocats. Une exposition sur les 30 articles de la Déclaration illustrés par l’artiste Yacine Ait Kaci (YAK), créateur du personnage d’Elyx, a aussi été présentée dont les livrets que nous mettons à votre disposition vous donnent un aperçu.

Ces illustrations devraient parler particulièrement aux jeunes.

Et c’est, d’ailleurs, essentiellement en direction des jeunes que l’OIF a mis en place une multitude d’actions cette année, dont une simulation de négociation d’un projet de résolution autour de la Déclaration universelle, plusieurs outils pédagogiques créés ou soutenus, dont un important projet multimédia éducatif « Regards croisés sur la Déclaration universelle des droits de l’Homme » et un cours en ligne ouvert massivement (CLOM) sur l’éducation aux droits de l’Homme.

Ces outils sont à votre disposition et ne demandent qu’à être traduits ou adaptés pour les élèves et les enseignants de vos espaces.

Mesdames et Messieurs, chers jeunes,

Le moment où la communauté internationale était convaincue qu’elle pourrait changer le monde par la force des valeurs universelles, qu’elle pourrait, grâce au multilatéralisme, mettre un terme aux régimes autoritaires, aux dérives démocratiques, aux violations massives des droits humains et des libertés, semble révolu.

Saisissons donc le 70è anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme pour unir, au plus vite, nos réseaux de jeunes dans une mobilisation inédite et massive de nos volontés et de nos énergies en faveur des droits et des libertés inaliénables.

Nos trois organisations réunies, avec le Commonwealth, représentons 167 États, gouvernements et territoires, 4 milliards et demi d’hommes et de femmes sur les cinq continents, soit 61% de la population mondiale.

Nous avons la force du nombre !

Je vous remercie.
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