Organisation internationale de la Francophonie

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DISCOURS DE MICHAËLLE JEAN EN ANDORRE, LE 27 FÉVRIER 2018

Au Musée de l’électricité

Seul le texte présenté fait foi

Madame la Ministre de l’Environnement, de l’Agriculture et du Développement durable, merci de cet accueil dans ce lieu singulier, au cœur de cette Centrale hydroélectrique qui, en 1934, a mis l’Andorre sur le chemin de la modernité et qui constitue aujourd’hui un beau symbole des réformes que vous entendez mener pour assurer la transition énergétique du pays,
[Monsieur le Chef du Gouvernement],
Monsieur le Syndic, [Madame la vice-Syndic],
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs les Maires,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Messieurs les Représentants des Coprinces,
Mesdames les Ambassadrices, Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs en vos titres, grades et nombreuses qualités,

Bona tarda a to thom !

Combien je suis heureuse d’être pour la première fois en Andorre, ce pays si fier de son histoire séculaire, de ses institutions singulières, de ses traditions ancestrales.
L’Andorre ce tout jeune État de 25 ans, issu de la constitution de 1993, moderne, résolument tourné vers l’avenir, engagé dans la diversification de son économie, dans la normalisation de son système bancaire et de ses pratiques fiscales, et qui ne ménage pas ses efforts pour trouver une place en Europe et dans le monde qui puisse préserver sa spécificité.

C’est en 2004, au Xe Sommet des Chefs d’État et de gouvernement tenu à Ouagadougou, au Burkina Faso, que l’Andorre a rejoint l’Organisation internationale de la Francophonie, l’OIF.

Dans son allocution, le Chef de gouvernement de l’époque, M. Marc Forné, avançait comme première raison de cette adhésion, - je le cite - le « maintien de l’esprit d’équilibre et du profond respect envers notre chef d’État, le Coprince français ».

Et il ajoutait : « Être membre de la Francophonie, c’est affronter ensemble — pays du Nord et du Sud, pays développés et pays moins avancés, grandes puissances et États de petite dimension — le danger d’isolement et de marginalisation qui guette les laissés pour-compte de la mondialisation, que ce soit dans le domaine de l’éducation, de l’accès aux nouvelles technologies de l’information et de la communication ou de la sauvegarde des ressources naturelles ».

On ne pouvait mieux dire pour définir ce vaste espace de diversité, de solidarité, de coopération, de connivence et de compétences, qu’est plus que jamais la Francophonie, forte désormais de ses 84 États et Gouvernements membres, cet espace dans lequel sont élaborées en commun, des solutions francophones aux nombreux défis, et aux multiples enjeux auxquels nos sociétés doivent faire face.
C’est ce que j’appelle la « Francophonie des solutions » : ces réponses concrètes, cohérentes et concertées, adaptées aux différents contextes, ces bonnes pratiques, ces réalisations, ces projets innovants, ces approches performantes, ces expériences concluantes, qui sont à la portée de tous et qui ne demandent qu’à être partagées.

Et dans cette « Francophonie des solutions », ce « grand petit pays » qu’est l’Andorre apporte déjà, depuis presque 15 ans, sa contribution particulière.

Je suis sûre, - et les riches entretiens, les échanges féconds de ces deux jours l’ont montré, – que nous pouvons encore aller plus loin, ensemble, dans l’accomplissement des grandes missions dévolues à la Francophonie : promotion de la diversité culturelle et linguistique, de l’éducation et de la formation des jeunes, des droits humains et de la démocratie, de l’économie et du développement durable.

Aller plus loin, par exemple, dans la promotion du multilinguisme dans le monde : la principauté d’Andorre, au carrefour des cultures française et ibérique, ayant le catalan comme langue officielle qui cohabite harmonieusement avec l’espagnol, le portugais et le français, constitue un formidable laboratoire de diversité linguistique.

La coexistence des trois systèmes éducatifs, andorran, français et espagnol, est une richesse à préserver, tout comme le plurilinguisme qui est à l’œuvre à l’École andorrane. J’ai visité ce matin des classes dans lesquelles de jeunes enfants jonglent avec les langues avec une étonnante facilité ! Le partage de cette expérience pédagogique avec celles menées par l’Institut de la Francophonie pour l’Éducation et la Formation (l’IFEF) inauguré récemment à Dakar ne peut qu’être enrichissant pour tous. Cet institut rassemble tout ce qui se pense et se fait de mieux dans tout l’espace francophone dans ces deux domaines, l’éducation et la formation. Il fédère toutes les expertises et les meilleures pratiques pour bien accompagner le renforcement des politiques et des programmes éducatifs de nos pays membres, tout comme la modernisation des approches et des méthodes pédagogiques.

L’exemple andorran compte et l’Andorre a aussi un rôle important à jouer dans la promotion de la diversité linguistique au sein des organisations internationales.
Je salue à cet égard la décision des autorités andorranes de mener en français l’actuelle négociation d’un accord d’association avec l’Union européenne.

C’est certainement la langue de travail des Institutions dans laquelle les Andorrans sont le plus à l’aise et cela ne peut que faciliter ces discussions stratégiques. C’est d’ailleurs l’argument que nous mettons en avant dans notre plaidoyer pour plus de démocratie et pour mettre fin à la discrimination linguistique dont sont victimes certains de nos États membres.

Je sais pouvoir compter sur vous, sur vos représentants à Bruxelles, et dans les organisations des Nations unies, pour mener avec nous ce plaidoyer vigoureux pour que la langue française reste la langue de travail et d’influence qu’elle a toujours été.
L’intention n’est pas de jouer les « gendarmes » de cette langue, face à ceux qui, par laxisme ou par snobisme, l’ont abandonnée, mais de montrer, par des prises de position fermes et des actes savamment posés, que les francophones, unis autour de valeurs universelles, jouent un rôle de premier plan dans la démocratisation des relations internationales et dans la mondialisation.

Je m’explique.

Il ne viendrait à l’idée de personne d’avancer que démocratie nationale et parti unique sont compatibles.

De la même manière, démocratie internationale et langue unique, avec le tout en anglais, sont incompatibles.

Nous sommes résolument tournés vers un futur meilleur.

La Francophonie n’est pas un combat d’arrière-garde.

Nous continuerons, ensemble, à nous mobiliser pour un multilatéralisme éclairé, ouvert aux alliances fécondes, favorable au dialogue des peuples et au respect de leurs identités multiples.

Une de ces alliances, nous l’avons tissée avec le Commonwealth, la Communauté des pays de langue portugaise (la CPLP) et le Secrétariat ibéro-américain (le SEGIB). Ensemble nous avons d’ailleurs lancé à Montréal, le 12 juin 2017, à l’invitation du Forum économique international des Amériques qui rassemble les plus grandes multinationales du monde, un Appel pour un humanisme universel. Donner un visage plus humain, plus équitable, plus inclusif à la mondialisation, dans une éthique du partage. Cet Appel a été suivi d’un Plan d’action conjoint, présenté à Paris, à l’OCDE, le 8 décembre 2017, avec une priorité accordée aux jeunes et aux femmes.

Je me rendrai dès demain à Madrid, pour participer à une rencontre de nos grands espaces linguistiques à l’invitation de Madame Rebeca Grynspan, Secrétaire générale ibéro-américaine. Et je ne peux que me réjouir que l’Andorre ait formé le projet d’organiser le Sommet ibéro-américain en 2020, une magnifique occasion de projection internationale de la Principauté, et, qui sait, peut-être la voie tracée vers un futur grand rendez-vous institutionnel de la Francophonie ?

Senyores i Senyo(r)s,

Au cours de ces deux journées de rencontres, d’échanges, de débats, j’ai senti un intérêt grandissant pour la Francophonie, y compris chez les plus jeunes.
Car, ce monde meilleur que nous appelons de tous nos vœux, il nous faut le construire avec et pour les jeunes.

En ces temps troublés où nos certitudes sont ébranlées et où la tentation du repli sur soi est si forte, c’est avec la jeunesse qu’il nous faut résister à la barbarie et à l’obscurantisme que certains aimeraient voir triompher. En leur donnant des raisons d’espérer, des possibilités d’apprendre, de créer, d’inventer, d’innover et bien sûr d’entreprendre ensemble. C’est tout le sens que nous donnons à l’initiative Libres ensemble lancée avec la jeunesse de tous les horizons de l’espace francophone en mars et qui depuis s’est transformée en un vaste mouvement sur le terrain qui crée des passerelles pour tous ces jeunes, désireux, comme ils le disent de vivre libres ensemble.

J’ai senti aussi un intérêt pour la Francophonie politique, celle qui accompagne ses États membres en situation de crise ou de sortie de crise et les aide à retrouver une vie publique apaisée.

Madame Cristina Rodriguez, Représentante personnelle du Chef du Gouvernement vient de participer efficacement à une mission d’information et de contact au Burundi.
La voie est désormais ouverte à la participation d’experts andorrans en médiations, aux nombreuses actions que mène l’OIF dans ces domaines.

J’ai senti aussi un intérêt pour la Francophonie économique. Dans ce domaine également nous pouvons aller plus loin, ensemble. Je pense notamment au déploiement des Stratégies économique et numérique de la Francophonie qui se déclinent en programmes de promotion de l’entrepreneuriat, de formation professionnelle, de soutien à l’emploi.

Je me réjouis de la contribution volontaire de 20 000 euros que l’Andorre a récemment apportée pour la mise en place de la plateforme numérique du Réseau des femmes entrepreneures de la Francophonie.

Cet outil d’échange de pratiques innovantes, conçu pour plus de maillages et de partenariats entre elles, a vu le jour à la Conférence des femmes francophones tenue à Bucarest les 1er et 2 novembre sous le thème, « Création, innovation, entrepreneuriat, croissance et développement, les femmes s’imposent ! ». Cette plateforme est désormais opérationnelle et je la lancerai publiquement à l’OIF le 8 mars prochain à l’occasion de la Journée des Droits des Femmes.

Voilà qui reflète à merveille ces grands chantiers communs à l’Andorre et à la Francophonie qui sont aussi de grands enjeux mondiaux : l’innovation économique, le défi numérique et le combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes.

Langue, culture, politique, lutte contre le terrorisme et prévention de la radicalisation violente, économie, nouvelles technologies, développement durable aussi, Madame la Ministre !

Je suis sûre que vous avez tant à partager avec notre Institut de la Francophonie pour le Développement durable basé à Québec, (l’IFDD) !…

Loin de renier son action en faveur de la langue française et de la diversité culturelle et linguistique, la Francophonie est désormais sollicitée et entendue, présente et active, dans des domaines où on ne l’attendait pas toujours.

L’OIF est devenu un acteur incontournable, un partenaire de choix, souvent même un précurseur.

Oui, nous sommes bien aux avant-postes de l’avènement d’une autre mondialisation, différente de celle que certains prétendent nous imposer : une mondialisation plus solidaire, plus sensible à la diversité de nos experts, de nos expressions culturelles et de nos apports.

En tout demeure et s’exprime cet « humanisme intégral », évoqué par le Poète Président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor pour définir l’idéal que doit poursuivre la Francophonie et sa raison d’être.

La langue française est « notre trait d’union pour agir ! » Tel est le message de la Journée internationale de la Francophonie que nous nous apprêtons tous à fêter le 20 mars prochain !

Gràcies per la seva atenció.
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