Organisation internationale de la Francophonie

  • Lettre d’information
  • English

DISCOURS DE MICHAËLLE JEAN À BUCAREST, LE 2 NOVEMBRE 2017

A la clôture de la Conférence des femmes de la Francophonie

Seul le texte prononcé fait foi

Monsieur le ministre des Affaires étrangères de Roumanie,
Monsieur le Conseiller présidentiel et Représentant personnel du Président de la République de la Roumanie au Conseil permanent de la Francophonie,
Monsieur le Secrétaire Général du Ministère des Affaires étrangères de l’Arménie,
Mesdames, Messieurs,

Nous repartons de Bucarest avec une certitude : quand les femmes se rassemblent et décident d’agir ensemble, plus rien ne paraît impossible.

Impossible n’est pas féminin.

Durant toute cette conférence, vous l’avez dit et démontré, Mesdames, avec une clairvoyance et une détermination à toute épreuve.

Vous l’avez dit dans vos mots, vous l’avez démontré dans la diversité et la richesse de toutes vos expériences qui, sur tous les continents, dans tous les pays, au Nord comme au Sud , se retrouvent dans les mêmes constats.

Par-delà les mesures gouvernementales et les engagements internationaux,

Si nous, femmes, voulons faire bouger les lignes, et tordre le cou aux clichés, aux stéréotypes, nous avons une obligation de créativité et d’entraide.

Si nous, femmes, voulons que les choses changent à très grande vitesse,

si les femmes entrepreneuses veulent sortir du micro - micro entreprise, micro financement - dans lequel l’immense majorité d’entre elles sont reléguées, et accéder enfin à l’échelle à laquelle leurs compétences et leurs ambitions leur permettent d’aspirer : nous devons user et abuser de toutes les stratégies et de tous les stratagèmes, quitte à prendre les chemins de traverse quand on nous empêche d’avancer en droite ligne.

Nous, les femmes, devons aussi faire jouer à fond la solidarité entre nous et entre les générations, pour installer la mixité à tous les niveaux de la hiérarchie et dans tous les secteurs.

Et parlant de la solidarité intergénérationnelle, j’ai entendu, hier, plusieurs jeunes femmes exprimer leur manque et leur besoin de mentorat féminin de la part des femmes de notre génération, plus focalisées, leur semble-t-il, sur l’accès à l’éducation pour les toutes jeunes filles. Ces jeunes femmes ont le sentiment d’être une génération livrée à elle-même. Je l’ai ressenti comme un appel pressant qui nous confère une responsabilité.

S’il est une autre évidence qui vous a rapprochées, Mesdames, c’est celle, bien sûr, de l’accès pour les filles et pour les femmes à l’éducation tout au long de la vie, aux formations scientifiques, techniques , technologiques. Celle aussi de permettre aux femmes de s’approprier avec force le numérique, quel que soit leur niveau de formation initial.

Autre constat sur lequel vous vous êtes retrouvées, c’est, enfin, la nécessité d’avoir accès à des réseaux et de fonctionner toujours plus en réseau, vous en créez d’ailleurs : pour mobiliser des ressources, pour parler d’une voix forte, unie, pour donner plus de visibilité aux actions que vous menez.

Le réseau des femmes entrepreneuses, à la dimension de l’espace francophone, que vous souhaitiez ardemment, eh bien la Francophonie vient de le lancer, ici même ce matin, grâce au talent d’une jeune informaticienne des plus enthousiastes.

À vous, Mesdames, de vous emparer de ce réseau, dès à présent, de l’alimenter, de le faire vivre et prospérer, à vous d’en tirer toutes les opportunités. Et soyez sûres que la Francophonie vous accompagnera.

Ce réseau, les ministres, l’ont eux aussi unanimement salué, lors de leur concertation. Je veux, à cet égard, redire combien la mobilisation au niveau ministériel a été à la hauteur de votre mobilisation Mesdames.

Vous avez été quelque 700 participantes de très haut niveau, issues du monde économique, culturel, associatif, politique, à avoir convergé, de tous les continents, vers Bucarest à l’occasion de cette Conférence des femmes de la Francophonie. Sans oublier les hommes.

Mesdames, Vous m’avez fortement impressionnée, comme vous avez impressionné les responsables politiques.

Autre fait remarquable de cette concertation ministérielle : pour la première fois, ce ne sont pas seulement les ministres en charge de la condition de la femme qui se sont impliqués. Combien aussi de ministres des Affaires étrangères, de l’emploi, de la formation professionnelle et d’autres secteurs encore.

Cela veut dire que l’égalité femme-homme est en train de s’enraciner comme un défi transversal à toutes les politiques publiques. Et c’est une impérieuse nécessité.

Cela veut dire, aussi, que se renforce, au niveau international, la conscience qu’ il faut une approche intégrée de l’Agenda 2030. Vous l’avez fort justement rappelé, Monsieur le Directeur exécutif adjoint d’ONU femmes : l’égalité entre les sexes n’est pas seulement un droit fondamental, c’est une solution incontournable pour l’atteinte des 17 objectifs de développement durable qui structurent cet Agenda.

Et à l’ėcoute, lors cette concertation ministérielle et de la séance plénière, des lois adoptées, des stratégies déployées, des initiatives soutenues par nos Etats et gouvernements, de la Roumanie à la Tunisie, de la France au Maroc, du Canada au Sénégal, de la République démocratique du Congo au Cambodge, du Québec à la Fédération Wallonie Bruxelles, pour ne citer que ceux-là, je crois que nous pouvons repartir de Bucarest avec l’idée que, dans tout notre espace, les lignes bougent, au Nord comme au Sud, d’Est en Ouest, et que nous sommes à un moment charnière où il nous faut transformer ce foisonnement législatif en des solutions concrètes, à fort impact sur le terrain.

Cela passe par un multi partenariat ouvert et vigoureux, entre les responsables politiques qui fixent le cap, les organisations de femmes qui multiplient les initiatives sur le terrain, et bien sûr les femmes à même de bénéficier de toutes ces réformes.

Nous n’avons plus le temps d’agir chacun de notre côté, ni d’éparpiller nos énergies, d’affaiblir l’impact des décisions et des actions, faute de synergie. Et c’est là aussi que notre réseau prend tout son sens. Pour savoir et faire-savoir, pour partager et mutualiser.

Mettre en commun pour mieux avancer, et surtout pour avancer plus vite.

Alors oui, nous repartons de Bucarest, Mesdames, avec bien en tête vos recommandations et celles des jeunes entrepreneurs et entrepreneuses qui se sont réunis ce matin, recommandations dont nous venons de prendre connaissance.

Combien les chefs d’Etat et de gouvernement ont eu raison, à Dakar, d’allier les femmes et les jeunes dans notre programme de soutien à l’emploi par l’entrepreneuriat.
Combien ils ont eu raison de les unir sous une même dénomination, « les femmes, les jeunes, vecteurs de paix, acteurs de développement ».

Parce que, j’ai pu le constater sur le terrain, presque toujours les femmes et les jeunes sont confrontés aux mêmes difficultés, aux mêmes défis : défi de sortir du chômage chronique, de la précarité ou de l’informel, défi du renforcement des capacités, défi de l’accès aux financements.

Presque toujours les femmes et les jeunes ont aussi cette même volonté de servir le bien commun.

Presque toujours, les femmes et les jeunes ont ce souci de s’entraider, et nous les encourageons en ce sens.

Nous voyons des jeunes que nous soutenons, créer des applications numériques pour, par exemple, permettre aux femmes en milieu rural de moderniser leurs modes de production.

Nous voyons aussi des femmes partager leur savoir-faire, par exemple artisanal, avec des jeunes entrepreneurs et entrepreneuses soucieux d’amener cette filière à une autre échelle.

Cette solidarité, on peut même parler de partenariat fécond, génère de nouvelles chaînes de valeurs et, bien sûr, de l’innovation.

C’est passionnant d’en être les témoins.

Vos recommandations et celles des jeunes n’ont pas seulement servi à nourrir l’Appel de Bucarest qui vient de vous être présenté, un appel à l’action et à la mobilisation.

Elles nourriront aussi utilement le Plan d’action robuste de la Francophonie en faveur de l’autonomisation économique des femmes que nous voulons faire adopter par nos ministres, dès mars prochain, à New York, lors de leur traditionnelle concertation en marge de la Commission de la condition de la femme de l’ONU.

Elles permettront également à l’Entité pour l’égalité femme-homme que nous allons mettre en place, d’être en parfaite adéquation avec vos besoins, avec vos attentes et avec les actions que vous engagez. C’est la marque de fabrique de la Francophonie, notre souci constant, cette prise en compte des réalités pour plus de pertinence, d’impact et d’efficacité. S’adapter, ne rien imposer dans la précipitation, mais co-construire, pour une meilleure appropriation et une réelle pérennité.

Vos recommandations nourriront, bien évidemment, la stratégie francophone en matière d’égalité femme-homme qui sera soumise à l’adoption des chefs d’Etat et de gouvernement, lors du Sommet d’Erevan en octobre 2018.

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

17 ans se sont écoulés depuis la première Conférence des femmes de la Francophonie à Luxembourg en 2000.

17 ans durant lesquels la Francophonie a multiplié les initiatives, les plaidoyers, les forums et, bien sûr, les actions en faveur des droits des femmes et de leur autonomisation économique.

Durant ces 17 années, les femmes de la Francophonie se sont imposées, pas à pas, dans tous nos pays, avec une opiniâtreté remarquable, sans ne jamais rien lâcher, pas même face aux menaces délétères, aux exactions criminelles, aux régressions intolérables portées par des idéologies obscurantistes.

Alors, 17 ans après, c’est riches de tous ces efforts menés ensemble que nous regardons le présent et l’avenir, et que nous voulons avancer avec confiance.

Confiance en nous, en ce que nous sommes, Mesdames, en ce que nous représentons, en ce que nous avons à offrir.

Certaines d’entre vous parlent d’un complexe d’imposture, à force de se sentir déconsidérées, jusqu’à douter parfois de leurs compétences.

Nos ambitions sont plus que légitimes. Notre présence s’impose dans ces espaces que nous investissons de toutes nos capacités, de tous nos talents, de toutes nos forces, de toutes nos expériences et de toute notre volonté.

Merci, Monsieur le Ministre des Affaires étrangères, et à travers vous, c’est une nouvelle fois le Président Iohannis que je veux assurer de notre reconnaissance pour l’accueil qui nous a été réservé. Pour ces lieux où nos paroles et nos espoirs ont résonné, parfois avec émotion.
Pour la soirée d’hier soir au théâtre national de Bucarest qui nous a plongés dans la sensibilité, la virtuosité et ces belles tonalités de la culture roumaine.

Merci à l’Institut culturel roumain et l’Institut culturel français de Bucarest d’avoir offert leur espace à une riche programmation de films francophones, pour un septième art au féminin.

Merci, merci à la Roumanie d’avoir ouvert bien grande les portes de Bucarest à tout ce que nous sommes, à la chaleur de nos énergies complémentaires dans cet humanisme intégral qui nous définit et que nous défendons.

Merci à toutes celles et tous ceux qui ont contribué à la préparation et à la tenue de cette conférence, aux équipes roumaines comme à celles de l’OIF. Et au Bureau régional de la Francophonie pour l’Europe centrale et orientale. Au Réseau francophone pour l’égalité femme-homme. Sans oublir le groupe des Ambassadeurs francophones à Bucarest.

Merci à vous Mesdames et Messieurs.

Avec quand même une mention spéciale pour vous Mesdames, pour tout ce que vous êtes, pour tout ce que nous sommes.

Allez, on s’applaudit !

Vive le Réseau francophone des femmes entrepreneuses, ouvert aussi aux hommes !

Vive la Francophonie des femmes ouvertes à tous, à la grandeur du monde !

Merci !
Haut de page

COORDONNÉES


© 2013 Organisation internationale de la Francophonie
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d'intérêts.     En savoir plus...Fermer