Organisation internationale de la Francophonie

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DISCOURS DE MICHAËLLE JEAN À PARIS, LE 8 DÉCEMBRE 2017 (2)

A la clôture de la Conférence de Paris

Seul le texte prononcé fait foi

Madame la Présidente, Chère Ameenah Gurib-Fakim,
Madame la Secrétaire exécutive de la Communauté des pays de langue portugaise, chère Maria Silveira,
Monsieur le Secrétaire général de l’OCDE, cher Angel Gurría,
Mesdames et messieurs les Ministres,
Mesdames les Ambassadrices, Messieurs les Ambassadeurs, et autres représentants du corps diplomatique,
Monsieur Muhammad Yunus, Prix nobel de la Paix,
Mesdames et Messieurs, en vos titres, grades et nombreuses qualités,

Nous voici arrivés à la clôture de la toute première Conférence de Paris, du Forum économique international des Amériques dont l’Organisation internationale de la Francophonie est depuis ses débuts, un fier partenaire : avec les 84 États et gouvernements que nous rassemblons désormais, et des 5 continents, soit un pays sur trois des Nations unies, nous sommes au cœur de cette mondialisation dont il question, nous pouvons témoigner des enjeux et des réalités du monde : de la France au Canada, de l’Arménie au Mexique, de la Slovénie au Liban, du Maroc au Cambodge, du Vietnam à Madagascar, d’Haïti au Québec, du Mali au Luxembourg, du Cap vert à la Suisse, du Sénégal à la Grèce, du Cameroun à Monaco, du Qatar à l’Ontario et à la Corée du Sud.

La Francophonie enjambe les frontières et les océans.

C’est une fédération de pays, dont certains sont parmi les plus riches et les plus industrialisés de la planète, d’autres sont énergiquement sur la voie de l’émergence ou d’autres encore en voie de développement.

Le vaste espace francophone que nous formons en est un de possibilités, de contrastes, de potentialités, de synergies, d’investissements, de coopération, de très fortes solidarités également face aux défis majeurs qu’il nous faut affronter ensemble : défis sécuritaires, défis climatiques, défis technologiques, défis de développement, défis de qualifications.

Notre force est dans la diversité des cultures, des peuples, des traits de civilisation, des territoires et des expériences que nous partageons. Elle est aussi dans cette langue que nous avons en commun pour agir, la langue française qui est notre trait d’union, la seule avec l’anglais à être parlée sur les 5 continents, la deuxième langue étrangère la plus enseignée dans le monde et la troisième langue des affaires avec l’anglais et le mandarin.

Le facteur humain nous importe, nous appuyons les ambitions de chaque pays.
Nous avons invité SE Mme Ameena GURIB-FAKIM, la Présidente de la République de Maurice, cette île de l’océan indien, qui comme ses voisines, Madagascar et les Comores a signé, cette année, un important traité de libre-échange qui devrait s’étendre à la moitié du continent africain soit 27 États. A ce jour, 21 de ces pays ont signé cet accord tripartite. Cet accord de libre-échange permettra à Maurice, petite économie aux grandes ambitiobs, qui compte parmi les plus performantes du continent, d’accéder à un marché de près de 700 millions de consommateurs dans une zone qui regroupe trois régions économiques : la Communauté de développement de l’Afrique australe, le Marché commun de l’Afrique orientale et australe et la Communauté d’Afrique de l’Est. Ce grand marché démarre avec les îles de l’océan Indien, Madagascar, Maurice et les Comores, pour s’ouvrir sur l’Afrique du Sud et courir jusqu’au Caire, en Egypte. La moitié du continent sera concerné par la circulation de biens et marchandises dans un cadre plus souple. Imaginez ce que cela représente, pour les opérateurs économiques privés, les petites, moyennes et grandes entreprises, tous ces moteurs de croissance, qui se préparent à tirer tous les profits de ce marché.

Le Président du Niger, SEM Mahamadou ISSOUFOU était aussi avec nous ce matin à l’ouverture de cette table ronde que nous avons organisée sur les partenariats public privé. Le Niger dont le FMI vient de saluer les résultats macroéconomiques, en dépit des problèmes sécuritaires qui affligent la région et de l’évolution défavorable des cours des matières premières, en particulier de l’uranium. Le Niger résiste, avec une bonne campagne agricole, un rebond de la production pétrolière. Le PIB réel a affiché une croissance de 5% en 2016 et devrait s’accroître à 5,2% en 2017, avec l’inflation qui est restée maîtrisée à 0,2%. Tout cela grâce à l’achèvement de plusieurs projets d’investissement à forte intensité d’importations, des efforts également de réforme du gouvernement pour l’amélioration de la gestion des finances publiques, une politique budgétaire solide pour 2018, des mesures concrètes afin de parvenir à un accroissement des recettes qui devraient être récompensés par une accélération de la croissance.

Nous avons convié également des ministres, SE Cheikh KANTE qui est responsable du suivi du Plan Sénégal Emergent.
SEM Adama KONE ministre de l’économie et des finances de Côte d’Ivoire,
SEM Benjamina RAMANANTSOA RAMACEL, Ministre en charge des de l’aménagement du Territoire et de l’équipement, Madagascar
M. Issa Larba KOBYAGDA, conseiller technique du ministre de l’Économie, des Finances et du Développement, Burkina Faso
M. Gérard MESTRALLET, Président d’ENGIE était aussi de la discussion.

Nous avons également tenu une table ronde sur l’entrepreneuriat des femmes, qui avec les jeunes sont des acteurs de développement incontournables, dont il faut soutenir vigoureusement les initiatives économiques pour doper la croissance et l’innovation.

J’en profite pour saluer le chef de file et maître à penser du micro crédit, le fondateur en 1976 de la Grameen Bank, Prix nobel de la paix Muhammad YUNUS, qui sait combien accompagner solidairement le dynamisme de ces femmes et ces jeunes est essentiel pour plus de cohésion sociale, plus de stabilité et de paix.

Cette première édition dans la capitale française, montre qu’à Paris, comme à Montréal, Toronto et Miami, le Forum économique international des Amériques s’affirme de plus en plus comme une incontournable plate-forme de dialogue entre les décideurs politiques et économiques qui peuvent contribuer à changer le cours du monde. Cher Gil, cher Nicolas Rémillard soyez avec tous les initiateurs et contributeurs réunis autour de ce projet, vos équipes également, félicités pour cette opération réussie qui augure de nouvelles et riches perspectives.

Il faut dire que le thème de cette Conférence de Paris était d’emblée inspirant, « Repenser la mondialisation », dans cette maison, l’OCDE qui n’a de cesse de rassembler les données, les pistes de solutions, les acteurs de changement, y compris nous organisations internationales, intergouvernementales et multilatérales partenaires, pour nous encourager et nous éclairer. Et, je remercie le Secrétaire général Angel Guria dont l’énergie est contagieuse, de nous avoir accueillis.

Comme il est réjouissant, Mesdames et Messieurs, éminentes personnalités de la sphère publique, nationale et internationale, et du secteur privé, représentants de grandes multinationales, de vous entendre réfléchir aux modalités d’une autre mondialisation, une mondialisation différente de ce « rouleau compresseur » qui s’abat sur nos économies et nos sociétés et d’envisager avec vous cette mondialisation nouvelle que nous sommes si nombreuses et si nombreux à appeler de nos vœux.

« Le processus de mondialisation n’est ni bon ni mauvais par nature, il est ce que nous en faisons et ce que nous en ferons ».

J’ai extrait ce constat de l’appel Pour un humanisme universel que nous avons lancé à la Conférence de Montréal le 12 juin dernier, à 4 voix et dans nos 4 langues, Patricia Scotland, Secrétaire générale du Commonwealth, Rebeca Grynspan, Secrétaire générale du regroupement des pays ibéro-américains, Maria do Carmo Silveira, Secrétaire exécutive de la Communauté des pays de langue portugaise et moi pour la Francophonie.

4 femmes, vous l’aurez remarqué, à la tête de ces 4 organisations qui ensemble regroupent 167 pays et territoires, 4 milliards et demi de personnes, soit 61 % de la population mondiale.

Et qui, dans une posture exemplaire décident de s’associer.

Les deux autres étant retenues ailleurs, Maria do Carmo SILVEIRA, que je suis toujours heureuse de retrouver, et moi allons vous dire comment cet appel à l’action nous conduit de manière résolue à unir concrètement et efficacement nos efforts, à nous engager ensemble, sur des pistes d’actions concrètes tracées dans le cadre des mandats que nous ont conféré nos États et gouvernements membres et inscrites dans nos stratégies et nos programmations respectives.

Nous le faisons avec un réel sentiment d’urgence.

Ce que nous voulons, c’est une mondialisation de l’économie maîtrisée et régulée.
Ce que nous voulons, Mesdames et Messieurs, chers amis, c’est une mondialisation plus harmonieuse et plus humaine ; et nous voulons le rappeler avec véhémence partout où nous aurons l’occasion de nous exprimer, dans les plus hautes enceintes nationales et internationales, politiques ou économiques.

Ce que nous voulons, c’est une mondialisation qui ne laisse personne au bord de la route, surtout pas les femmes, surtout pas les jeunes.

Nous voulons que les femmes, la moitié de la population mondiale, cessent d’être cantonnées dans l’économie informelle et les emplois non ou mal rémunérés, qu’elles soient en capacité de prendre leur destin en main, et que soient levés, un à un, tous les obstacles à leur émancipation économique.

Nous voulons que les jeunes de moins de 30 ans, qui représentent 60%, voire parfois 70% de la population dans beaucoup de nos pays, trouvent les moyens de sortir du chômage chronique et de la précarité qui sont le triste lot de la majorité et qui les poussent à fuir, migrants désespérés exposés au pire et à tous les dangers.
Nous voulons, ensemble, - n’est-ce pas chère Maria ? -, partout, dans toutes les instances où se décident les politiques publiques, où se dessine l’avenir du monde, porter un solide plaidoyer en faveur des jeunes et des femmes qui doivent être reconnus comme des acteurs de changement, des forces de croissance partagée, inclusive et de développement durable et responsable.

Les études notamment de l’OCDE, ou du FMI le démontrent : investir dans les initiatives et les projets économiques portés par les femmes et les jeunes a un impact direct sur la croissance et le PIB, revitalise les économies et produit de la stabilité.
Nous voulons que ce plaidoyer soit bien entendu par les décideurs parce que les politiques publiques doivent devenir de puissants leviers d’actions.

Nous voulons que partout dans le monde, et en particulier dans nos pays en développement et émergents, que les pouvoirs publics investissent, de manière urgente et conséquente, dans les compétences des femmes et des jeunes, cet inestimable capital humain souvent oublié des processus de mondialisation alors qu’il est une immense chance, un atout irremplaçable. Nous nous engageons à tout mettre en phase pour les accompagner en ce sens.

Nous voulons que la communauté internationale, engagée dans l’atteinte d’Objectifs de développement durable très ambitieux d’ici à 2030, accompagne ces pays pour qu’ils trouvent les sources de financement nécessaires à l’urgente transformation structurelle de leurs économies, qui permette de réorienter l’activité des secteurs à faible productivité vers ceux où elle est plus forte.

Et les jeunes et les femmes sont amenés à jouer un rôle de premier plan dans cette transformation, eux qui sont à l’œuvre dans les chaînes de valeur, dans des filières souvent porteuses et innovantes, génératrices d’emplois et si essentielles à la revitalisation des économies locales, elles-mêmes indispensables à l’émergence économique des pays.

On ne le dit pas assez, la prospérité mondiale est entre les mains des jeunes et des femmes. Pour réussir cette réorientation, cette transformation cruciale, il nous faut agir ensemble, à grand renfort d’audace, d’imagination, d’intelligence, en partageant tous nos savoirs, toutes nos expériences, en croisant nos actions : seules des dynamiques partenariales innovantes peuvent accélérer le développement des pays.

Et une de ces dynamiques innovantes est cette initiative originale que nous portons ensemble, nous, de la Francophonie, du monde ibéro-américain, de la Communauté lusophone.

Nous voulons agir ensemble sans tarder.

Nous voulons agir ensemble en capitalisant sur ce que nous avons déjà patiemment fait éclore au sein de nos organisations respectives et dans nos États et gouvernements membres.

Nous allons créer un réseau de jeunes leaders économiques de nos trois organisations, en tissant des liens entre les réseaux existants que nous avons su animer ces dernières années, en partageant les expériences réussies des nombreux forums et journées économiques, ateliers et séminaires de formation sur les pratiques entrepreneuriales, que nous avons organisés au sein de nos espaces respectifs.

Nous insisterons particulièrement sur le partage des expériences entrepreneuriales réussies des jeunes hommes, et en y encourageant aussi tout particulièrement les jeunes femmes dans le domaine du numérique, qui reste encore, beaucoup trop souvent, l’apanage des hommes, alors que les femmes, elles le démontrent tous les jours, peuvent être initiatrices de projets technologiques remarquables orientés vers le bien commun et vers l’avenir.

Nous organiserons ensemble des concours comme des hackatons et autres innovathons, des laboratoires d’innovation technologique et partagerons la création et le développement d’applications numériques d’intérêt économique et citoyen.

Nous souhaitons aussi mettre en place des instruments pour favoriser les jumelages d’incubateurs, d’accélérateurs et de structures d’accompagnement de TPME, TPMI, portées par de jeunes et des femmes entrepreneurs pour que les modèles à succès se répandent dans tous nos espaces.

Il nous faut partager toutes nos expériences, toutes nos stratégies pour, partout, lever les résistances, pour libérer, enfin, les moyens nécessaires à l’accompagnement et au soutien des initiatives économiques des jeunes et des femmes et révéler ainsi leur immense potentiel, économique, mais aussi citoyen et politique.

Mon amie Maria do Carmo Silveira, Secrétaire exécutive de la CPLP, vous en dira davantage sur cette dimension politique de notre partenariat novateur.

Je m’empresse de lui céder la parole, en vous remerciant pour votre attention.
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