Du 7 au 9 octobre 2026, à Kampot, une quarantaine d’enseignants et représentants du ministère cambodgien de l’Éducation, de la Jeunesse et des Sports (MEJS) ont engagé la révision des curricula du et en français. Cet atelier constitue la première phase du Plan d’action pour l’enseignement du français au Cambodge, accompagné par l’OIF.
Une réforme ancrée dans les besoins du système éducatif cambodgien
Comment faire évoluer les programmes scolaires pour mieux répondre aux besoins des élèves, aux réalités des classes et aux transformations du système éducatif cambodgien ? Cette question a guidé les travaux de l’atelier de concertation organisé à Kampot, première étape d’une démarche visant à renforcer la qualité et la cohérence de l’enseignement du français et des disciplines scientifiques enseignées en français, notamment dans les classes bilingues franco-khmères. L’ambition dépasse la simple actualisation des contenus : il s’agit de repenser les progressions, les démarches pédagogiques et les modalités d’évaluation, en cohérence avec les orientations éducatives nationales.
À l’ouverture des travaux, Dr KHUON Vichheka, Directrice générale de la formation des enseignants et du développement professionnel au MEJS, a rappelé les enjeux de cette réforme : « La révision et l’actualisation des programmes de français, ainsi que des disciplines scientifiques enseignées en français dans les classes bilingues franco-khmères, visent à mieux répondre aux besoins des apprenants et aux exigences du XXIe siècle. Notre ambition est de permettre aux élèves non seulement de maîtriser la langue française, mais aussi de l’utiliser comme un véritable outil d’apprentissage, de recherche et d’accès aux connaissances scientifiques et techniques. »
Partir des pratiques de classe pour repenser les curricula
Accompagnés par deux expertes internationales mobilisées par l’OIF, Jeanne Renaudin et Priscille Lasémillante, les participants ont dressé un état des lieux des curricula et de leur application. Répartis en quatre pôles (LV1, LV2, français des classes bilingues et disciplines non linguistiques (DNL), ils ont confronté les programmes officiels aux pratiques de classe, à partir des manuels, des séquences pédagogiques et des évaluations. « Le travail engagé a d’abord permis de dresser un état des lieux des curricula existants, des ressources disponibles et des pratiques de classe, afin d’identifier les points forts, de renforcer l’adéquation entre réalités de terrain et curricula et d’expliciter les besoins d’évolution », expliquent les deux expertes.
L’atelier a approfondi l’analyse sur l’éducation fondée sur les résultats d’apprentissage grâce à une intervention de l’experte technique internationale Isabelle Bokhari. À partir de situations concrètes, les groupes ont examiné la cohérence entre compétences attendues, contenus, activités et évaluations, soulignant la nécessité de mieux articuler ces composantes et de placer davantage l’élève au cœur des apprentissages. « Sur cette base, nous avons amorcé une réflexion collective sur les principes méthodologiques qui guideront la conception des futurs curricula, notamment la progression des apprentissages, la cohérence entre les objectifs, les activités et l’évaluation, ainsi que la place de l’apprenant dans les démarches pédagogiques », précisent Jeanne Renaudin et Priscille Lasémillante.
La consolidation des diagnostics et la formulation des premières orientations de réforme, à partir de documents collaboratifs élaborés pour chaque discipline constituent le temps fort de cet atelier de trois jours.
Renforcer la pratique orale et les compétences fondamentales
Pour les enseignants, cette concertation représente une occasion de confronter leurs expériences et de proposer des améliorations concrètes. Yves DUSABIKANYE, enseignant volontaire du programme de mobilité de l’OIF au lycée de Kampong Thom, souligne la nécessité d’actualiser les contenus : « Je pense que ce travail de révision des curricula est vraiment nécessaire. En analysant ensemble les programmes de 2015 et de 2018, nous avons pu constater que certains contenus ne correspondent plus tout à fait aux réalités d’aujourd’hui. » Il insiste particulièrement sur le développement de la communication orale, dans un contexte où les élèves disposent de peu d’occasions de pratiquer le français en dehors de l’école.

Les échanges ont également souligné la nécessité de mieux articuler les contenus et les objectifs d’apprentissage, mais aussi d’introduire un module d’initiation au français pour les élèves, comme l’a évoqué VANNTHA Sreypov, enseignante de français au lycée nouvelle génération Prèk Anchanh, qui préconise une démarche pédagogique plus structurée : « J’aimerais qu’on propose une démarche plus claire pour chaque leçon, avec une phase de sensibilisation, des activités et une tâche finale qui permette aux élèves d’utiliser le français et de développer les quatre compétences. »
Ces propositions traduisent une préoccupation commune : rendre les apprentissages plus progressifs, plus accessibles et davantage orientés vers l’utilisation effective de la langue.
Mieux articuler le français et les disciplines scientifiques
La coordination étroite entre l’apprentissage linguistique et celui en français des disciplines scientifiques telles que les mathématiques, la physique-chimie et la biologie exige une harmonisation des progressions et des compétences visées. Selon LONG Noeun, enseignant de mathématiques au collège Chaaktomuk, cet enjeu mérite une attention particulière : « Quand les élèves apprennent les mathématiques en français, ils ont besoin de faire le lien avec ce qu’ils étudient en cours de langue. Aujourd’hui, les deux enseignements ne sont pas toujours suffisamment liés. Ce serait donc intéressant de prévoir, directement dans les curricula, une meilleure coordination entre les cours de français et les cours de mathématiques. » Cette approche permettrait aux élèves de mobiliser leurs acquis linguistiques pour mieux comprendre les notions scientifiques et, inversement, d’utiliser les disciplines scientifiques comme des situations authentiques de pratique du français.
Une première étape vers des orientations partagées
L’atelier de Kampot a ainsi permis d’établir un diagnostic partagé et d’identifier les priorités de révision des curricula, grâce à une forte mobilisation des enseignants et experts cambodgiens. Dr KHUON Vichheka s’est déclarée confiante : « Nous sommes convaincus que cette coopération contribuera à renforcer durablement l’enseignement du français et des sciences en français au Cambodge, au bénéfice des enseignants, des élèves et du développement de notre système éducatif. »
Ces travaux se poursuivront à Siem Reap, du 15 au 17 octobre 2026, lors d’un deuxième atelier, afin de définir des orientations communes et de préparer des programmes adaptés aux réalités nationales. Ils s’appuieront toujours sur un partenariat étroit entre le MEJS et l’OIF, associant expertise internationale et acteurs de terrain.